L'avis 5★de : « J'ai adoré »
tome 1 - Aila et la Magie des Fées

La saga d'Aila  fantasy


fantasy fantasy

Note : 4.6 / 5 avec 225  critiques high

L'avis 5★ :

« J'ai adoré »

Dès le début de la lecture, j'ai été prise par l'histoire, les actions et je ne souhaitais que connaître la suite le plus rapidement possible. BRAVO !!! Tu as un vrai don, bon courage pour la suite. (source)

Retour aux avis des lecteurs - tome 1 de fantasy littérature

Aila et la Magie des Fées
de

Prix : 5,99  ebook toujours disponible
Date de parution : 29 février 2012
Environ 480 pages
✯  Éditeur : UPblisher
  → ISBN-13 : 978-2-7599-0048-0 en epub
✯  Éditeur : UPblisher
  → ISBN-13 : 978-2-7599-0047-3 en pdf
✯  Éditeur : UPblisher
  → ISBN-13 : 978-2-7599-0051-0 en format Kindle (Amazon)
✯  Diffuseur : Amazon
  → ISBN-13 : 2759903168 en livre papier pour ceux qui aiment (14,99 €)
✯  Diffuseur : Amazon
  → ASIN :  B01GERN0TU pour Kindle
✯  Diffuseur : Bookeen
  → EAN :  9782759900480  →  pour tout appareil
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✯  Diffuseur : Decitre
  → id :  9782759900480 pour tout appareil

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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Le réveil du lendemain fut difficile. Elle se sentait épuisée, le cœur au bord des lèvres. En se levant, elle retrouva l’ouvrage par terre. Mais que faisait-il là ? Elle ne l’avait pas touché hier ! À moins que… Non, elle s’en serait souvenue. À croire que ce livre possédait des mains pour sortir seul du sac et des pieds pour se déplacer ! Avec un geste d’humeur, elle le rangea, puis choisit de revêtir sa tenue de cuir. Évidemment, cela allait surprendre Airin et Barnais, mais, pour une journée qui s’annonçait décisive, elle ne pouvait s’arrêter à ces considérations. De toute façon, le secret de n’être qu’une garde du corps et non une promise serait bientôt éventé, cela ne présentait aucun risque. Elle monta son arc et prépara son carquois. Avant de quitter sa chambre, elle effleura son kenda. Le lien qui les unissait la submergea comme une onde de lumière. Elle ferma les yeux et de multiples petits papillons se mirent à danser devant ses paupières. Cette image la ramena dans la pièce. Elle avait déjà vu ces papillons dorés, mais où ? Dans l’incapacité de réunir ses souvenirs, elle abandonna et descendit se restaurer.

Tout le monde fut vite prêt et, après avoir remercié Argue, la troupe repartit. Aila se sentait d’aplomb, le petit déjeuner l’avait remise en forme, mais, à présent, elle pressentait le danger. Elle ignorait encore où, mais se doutait qu’il se rapprochait.
— Dame Aila, vous voici armée d’un arc ! Je ne me doutais pas qu’une dame de votre qualité sache tirer ! Dans les maisons d’éducation, il me semblait que les femmes apprenaient plutôt la couture ou la danse…
Un léger sourire ironique sur les lèvres, Barnais la fixait. Elle décelait dans son regard une lueur dansante aux reflets provocateurs. Il ne laissait rien au hasard et se souvenait de chaque parole qu’elle avait prononcée. Plutôt que de s’enfoncer dans le mensonge, elle s’en sortit par une pirouette.
— J’ai juste pensé qu’un petit lapin ou deux pourrait améliorer notre dîner de ce soir si jamais l’auberge que nous trouvons se révèle médiocre. Vous savez, j’ai aussi appris à cuisiner…
Une moue sceptique s’afficha sur le visage de Barnais, mais l’homme ne renchérit pas. Le silence s’était installé parmi eux ; même Airin ne discourait plus, comme s’il percevait lui aussi la gravité de la situation. Ils approchaient de la frontière d’Escarfe et, pour Aila, l’intuition du danger se renforçait à chaque pas. Si elle n’en comprenait pas l’origine, elle avait au moins analysé que la projection de son esprit sur les environs expliquait son acuité exceptionnelle. Elle ne savait pas non plus comment elle réalisait cet exploit, mais, petit à petit, elle parvenait à en maîtriser l’utilisation. Elle jeta un coup d’œil expressif à Hubert que capta Barnais au passage. Ce dernier s’arrêta net.
— Cela suffit à présent. Je ne voudrais manquer de respect ni à vous, sire Hubert, et encore moins à votre promise, mais je pense que mon père et moi méritons des explications sur votre comportement. J’ai mis toute confiance en vous, alors accordez-moi l’honneur de la vôtre !
Elle restait silencieuse, attendant la réaction de son prince qui prit la parole :
— Pouvons-nous parler ici, Aila ?
Elle fit oui de la tête. Mais pourquoi lui posait-il cette question à elle ?
— Airin, Barnais, nous avons eu vent d’un complot qui visait à vous éliminer tous les deux. Si nous vous avions laissé partir seuls, vous n’auriez plus que quelques heures à vivre. Aila et moi nous sommes dit qu’en vous accompagnant, nous multiplierons par deux vos chances de survie.
Airin intervint — son expérience d’homme âgé rejaillissant à travers ses propos :
— Voyons, sire Hubert, dame Aila aurait dû rester en sécurité au château ! Que vous ayez mis en jeu la vie de votre future femme me surprend. Pourquoi frisez-vous ainsi l’inconscience ?
— Simplement parce qu’elle est la meilleure d’entre nous pour combattre.
Si Airin et Barnais écarquillèrent leurs yeux, ceux d’Aila s’écartèrent encore plus largement. « La meilleure d’entre nous pour combattre », venait d’avouer le prince !

— Dame Aila, une combattante ? Mais voyons, c’est votre promise ! contesta Airin, complètement dérouté.
— Je ne suis pas sa promise, mais sa garde du corps, surenchérit-elle.
Cette confession assomma les deux seigneurs et surtout Barnais. Elle savait ce qu’il pensait : elle lui avait menti, car elle n’avait pas refusé sa proposition par fidélité à un autre homme… Elle décida de juguler la fureur qu’elle sentait monter en lui.
— Barnais, je ne suis pas une femme disponible. J’ai juré de me dévouer aux habitants de mon pays. Que je respecte cette promesse en me mariant à sire Hubert ou en me battant pour lui ne me paraît pas important. Vous qui avez une mémoire tellement extraordinaire, repassez ce que je vous ai dit et vous constaterez que la dimension de mon engagement est la même. Par contre, je vous prie instamment d’oublier les rares moments d’égarement dont j’ai pu faire preuve, car ils ne sont pas à mon honneur, ajouta-t-elle, sans baisser les yeux.
— Que devons-nous faire alors ? enchaîna Airin qui tentait de reprendre le fil de la discussion, coupant court à toute digression.
— Le danger est à quelques kilomètres d’ici, et deux choix s’offrent à nous, poursuivit-elle.
— Mais comment pouvez-vous le savoir ? coupa Barnais, dont la hargne s’attisait. Visiblement, il était très fâché.
— Parce que je le sais, comme je savais qu’Astria avait gravi la falaise !
Sa voix se cassa, dévoilant son chagrin encore si vivace. Elle respira à fond avant de reprendre :
— Bascetti ne nous fera aucun cadeau. Nous détruire tous les quatre représente l’opportunité de sa vie. Il rentrerait en Faraday parader comme un grand de ce monde ! Il nous veut, mais moi, je veux Bascetti et je suis sûre qu’il viendra superviser les opérations ! Le neutraliser apporterait une sécurité temporaire à notre pays.
— Mais que vient faire Bascetti là-dedans ? s’étonna Airin.
Elle laissa Hubert expliquer la situation :
— Faraday a envie de s’agrandir…
— Vous avez raison. Son roi nourrit de grandes ambitions, alors pourquoi pas sur Avotour ? Mais comment devons-nous réagir ? questionna le seigneur.
Un coup d’œil d’Hubert suffit à Aila pour qu’elle reprît la parole à son tour :
— Soit nous repartons en Escarfe et la possibilité d’une attaque diminue nettement, nous nous mettrons en sécurité chez Argue et pourrons attendre des renforts là-bas, tandis que Bascetti nous échappera, soit nous poursuivons notre chemin, mais le danger nous guette, à mon avis, dès que nous atteindrons les limites du comté d’Antan. J’aurai une chance de supprimer Bascetti, mais cela vous fera courir des risques importants. Notre ennemi peut avoir payé une escouade d’hommes entraînés ou en avoir choisi un très grand nombre pour nous tuer. Dans les deux cas, nous pouvons échouer et mourir…
— Vous vous êtes servie de nous ! Voilà tout ce que vous avez fait ! Vous mettez la vie de mon père en danger juste pour capturer Bascetti, cela me répugne au plus haut point ! Père, rentrons ! Poursuivez votre chemin et allez vous faire égorger tout seuls ! Vous ne savez rien et vous n’êtes rien !
Barnais hurlait, mais son discours ainsi que la colère qu’il éprouvait étaient distinctement adressés à Aila.
— Descendez de cheval ! Et je ne le répéterai pas ! s’exclama-t-elle, avec un ton sans appel.
Lui jetant son regard meurtrier, elle glissa de sa selle. Goguenard, il s’exécuta :
— Que voulez-vous essayer de prouver, dame Aila ? se moqua le fils d’Airin.
— Combien de temps, Barnais, croyez-vous que je vous résisterai dans un combat à mains nues ?
Il hurla littéralement de rire.
— Vous savez peut-être tirer à l’arc, mignonne, mais la force d’un homme n’a rien à voir avec…
— Arrêtez donc de bavasser ! Votre réponse ?
— Je vous bats en aussi peu de temps qu’il en faut pour le dire ! affirma-t-il, la défiant du regard.
— Pari tenu !
Et Aila s’élança. Quelques secondes plus tard, Barnais était mis à terre et immobilisé. Après lui avoir prouvé que, même en se tortillant de toutes ses forces, il n’arrivait pas à se libérer de sa prise. Elle le relâcha et ce fut un homme fou furieux qui se releva.
— Considérez que vous avez de la chance ! Un autre que vous agoniserait au sol, la nuque brisée ! ajouta-t-elle.
Il s’apprêtait à bondir de nouveau sur elle quand Hubert, descendu de cheval, le retint :
— Barnais, cela suffit ! Savez-vous que, si elle n’avait pas décidé que vous méritiez de vivre, j’aurais choisi sa vie à la vôtre ? Nous serions déjà à Avotour et vous sur le point de mourir seuls ! Alors, vous avez intérêt à écouter votre futur roi avant qu’il ne calme votre rage d’un bon coup de poing. Est-ce que je peux vous lâcher maintenant ?
Il opina, certes à contrecœur, et rajusta sa veste, tandis qu’Hubert s’écartait de lui.
— Une des actrices de ce complot destiné à vous supprimer était Rebecca qui devait vous attirer dans un piège, mais, en vous séparant d’elle, vous avez contrarié ses plans. Aila a passé son temps à veiller sur vous, discrètement. Vous ignoriez qu’elle accomplissait sa mission, alors qu’elle courait elle-même un danger. Lorsqu’elle a récupéré Astria, un traître a sectionné la corde qui la retenait, elle aurait dû mourir…
Barnais ouvrit la bouche, mais le regard sévère du prince coupa court à toute interruption.
— Je lui ai proposé de repartir immédiatement et elle a refusé. Selon elle, vous méritiez d’être sauvé. Une remarque, Barnais ? Elle mettait à nouveau sa vie en danger pour vous quand, tous les matins, pour ne rien changer à ses habitudes, elle se promenait seule, malgré mes réticences. Il ne fallait pas que quiconque puisse soupçonner ce que nous avions décelé. Puis vous avez bousculé nos plans en décidant de partir tous les deux. Nous aurions pu vous laisser courir à votre perte, mais nous avons préféré vous accompagner et prendre de gros risques pour vous protéger. Un commentaire, Barnais ? Aila et moi savons nous battre, mais vous, cloué au sol en moins de deux ! Elle va devoir combattre pour trois ! Expliquez-moi ce qu’elle y gagne ? Finalement, Bascetti, nous l’aurions attrapé un jour ou l’autre !
Barnais était devenu rouge de honte et Airin toussota :
— Je crois que mon grand dadais de fils n’a pas encore perdu toutes ses mauvaises manies. Je vous prierais de bien vouloir lui pardonner sa dernière erreur de jeunesse, car je pense qu’après celle-là il hésitera à en commettre d’autres… Personnellement, je choisis de continuer. Moi aussi, dans mon bel âge, j’ai été un homme vaillant et compétent. Vous devez me considérer comme plus que rouillé, mais pas tant que cela, je m’entraîne régulièrement. Toutefois, je pratique discrètement, n’ayant aucune envie de devenir la cible des moqueries au château… Je vous suis et ne vous demande qu’une chose. Si de nous deux, vous devez sauver quelqu’un, choisissez mon fils. Toi, tais-toi, tu as dit assez de bêtises pour aujourd’hui ! Il est mon seul héritier et comme, maintenant, il gagne en sagesse, comme une image, il se posera en très précieux allié pour notre pays. Moi, à mon âge, les années sont comptées et puis mourir ne me déplaît pas ; je pourrais retrouver Amandine, ma femme, et je m’en estimerais heureux.
Aila étouffa un cri de surprise. La promise de Barnais et sa mère portaient le même prénom !
— Dame Aila, sire Hubert, je m’en remets à vous, conclut Airin.
Le prince semblait sur le point d’ajouter quelque chose, mais il se retint. « Encore », pensa Aila. Qu’hésitait-il donc à partager avec elle ?

Plus ils avançaient, plus ils se rapprochaient de leurs ennemis. Aila sentait leur présence comme si elle avait été à leur côté. Elle n’avait pas encore réussi à évaluer leur nombre exact, mais elle en imaginait plus d’une vingtaine et eux n’étaient que quatre. Elle avait rapidement transmis cette information à ses compagnons, mais tous avaient choisi de continuer. Restant près d’eux, elle leur communiquait ce qu’elle percevait. Elle estima que le nombre des combattants à l’épée surpassait celui des quelques rares archers : ils constituaient donc la cible principale dont elle devrait se débarrasser en premier. Elle décela où Bascetti, observateur lointain, s’était posté ; sur un promontoire rocheux, il attendait leur assassinat avec confiance et délectation. Comme c’était étrange, elle avait même deviné ce qu’il pensait…
Il devint évident à Aila qu’une attaque frontale se révélerait meurtrière pour eux, car leurs adversaires étaient bien trop nombreux. Il allait falloir ruser, mais comment ? Dans sa tête, elle agençait progressivement tous les pions et entrevit l’incroyable possibilité d’éviter le carnage. Cela paraissait presque trop simple. Elle leur murmura :
— Voici mon plan qui a toutes les chances de marcher si vous l’exécutez à la lettre. Un peu plus loin, sur votre gauche, un chemin bifurque dans la forêt et vous l’emprunterez.
— Comment savez-vous tout cela, dame Aila ? interrogea Airin en chuchotant.
Elle le fixa un instant comme s’il venait d’énoncer une absurdité.
— Je le sais, c’est tout. Faites-moi confiance.
Mais, au fond d’elle-même, comme lui, elle se posait la même question. Elle n’était jamais passée par ici ! Que savait-elle d’autre dont elle n’avait pas conscience ? Si seulement elle arrivait à se souvenir…
— J’abats les archers en premier, ajouta-t-elle.
— Combien sont-ils ? s’enquit Hubert.
— Quatre, non, cinq… Le plus dangereux s’est caché en hauteur dans un arbre, je commencerai par lui. Ainsi, vous ne courrez plus le risque qu’une flèche vous transperce. Je compte sur l’effet de surprise que vont déclencher nos actions combinées. Troublés, ils mettront un certain temps pour récupérer les chevaux, qu’ils ont attachés à l’écart sur leur droite, avant de vous poursuivre. Leur organisation laisse vraiment à désirer ! Préparez-vous, je vais tirer sans tarder.
Aila émit un petit rire pour donner l’illusion d’une conversation banale et légère.
— D’ici ? Mais nous sommes trop éloignés et l’on n’aperçoit pas les archers…, se permit Barnais.
Quand il rencontra le regard d’Aila, il se tut et eut la judicieuse idée de baisser les yeux. Ils avancèrent encore un peu.
— Et vous, dame Aila ? demanda Airin. Quand vous retrouverons-nous ?
La combattante, sensible à l’intérêt du châtelain, répondit gentiment :
— Ne vous inquiétez pas pour moi. Je me charge de Bascetti et je vous rattrape. Je n’aurai aucun mal à suivre vos traces. Hubert, vous êtes impayable ! s’exclama-t-elle, tout haut.
Puis elle poursuivit à voix basse :
— Vous voyez la route à gauche, là-bas, c’est celle-là. Dès que je tire, vous lancez vos chevaux au galop, vous vous y engouffrez et vous ne vous arrêtez plus !
Elle croisa les yeux bleus d’Hubert posés sur elle. Ils paraissaient si sérieux, presque sévères à moins que cela ne traduisît l’expression d’une inquiétude cachée… L’espace d’un instant, Aila pensa qu’elle et le prince se regardaient pour la dernière fois et elle n’arriva pas à lui sourire. Soudain, comme un éclair, elle arma son arc et décocha sa flèche. Elle entendit ses compagnons éperonner leurs montures qui partirent au grand galop. Elle tira deux, trois, quatre fois, et si vite que cela lui donna l’impression de voir le monde évoluer au ralenti autour d’elle, avant qu’il s’accélérât de nouveau. Elle apercevait des hommes venir vers elle, épées levées, et percevait leurs pensées « Une femme ! Quelle aubaine ! Commençons donc par elle ! » Elle prit son temps pour armer une dernière flèche et la lança. Les cinq archers mis hors d’état de nuire, elle talonna Lumière en lui faisait effectuer un demi-tour, se frayant un chemin parmi les buissons de la forêt, au grand dam de ses poursuivants. Elle entendit crier derrière elle : « Allez chercher les chevaux ! », alors elle conclut que son idée avait été la bonne. « Maintenant, au tour de Bascetti », se décida-t-elle.
Elle ressentait la confusion qui s’emparait de l’homme. De son poste de guet, il ne voyait pas tout, mais pressentait que les choses ne se déroulaient pas comme prévu. Il hésitait entre rester et s’éclipser… Elle devait se dépêcher. « Plus vite, Lumière », murmura-t-elle à son cheval, qui, encore plus vive et légère, bondit au-dessus des obstacles. Soudain, elle détecta une présence à côté de Bascetti. Par les fées, il n’était plus seul ! Cela allait compliquer sa tâche. Arrivée au pied de la petite colline de rochers où se trouvait le commanditaire à abattre, elle s’empara de son kenda, envoya Lumière se cacher et commença l’ascension. Étrangement, sa perception, toujours brouillée, de la seconde personne l’inquiéta un peu. Après tout, comme aucun autre chemin n’existait pour redescendre, le savoir coincé en haut l’enthousiasmait. Pour le reste, elle aviserait. Elle avait gravi la pente si vite qu’elle rejoignit le promontoire, légèrement essoufflée. Elle se figea quand, aux côtés de Bascetti, elle découvrit un homme plus grand que Barou… Non, pas un homme, un géant… Et, franchement, ce n’était vraiment pas son genre, comme combattant.
Bascetti poussa un petit rire moqueur :
— Dame Aila, quelle surprise ! J’aurais dû me douter que vous n’étiez pas ce que vous paraissiez. À ma décharge, je reconnais que vous avez joué votre rôle à la perfection. Me voilà fort marri de tirer ma révérence à une femme aussi surprenante que vous. Cependant, je suis un homme très occupé et je dois regagner au plus vite mes amis qui m’attendent. Je n’obtiendrai peut-être pas le succès que j’escomptais, mais je pourrai au moins dire que je me suis débarrassé d’une nouvelle ennemie dangereuse. Répugnant à me salir les mains, c’est mon associé, Tête, ici présent, qui va s’y employer. Bien le bonsoir, ma dame. Tête, à toi !
Et Tête fonça ! Aila gâcha sa chance de retenir Bascetti quand elle évita tout juste que le fameux Tête la broyât. Elle se sentait vraiment mal partie dans ce combat. Comment donc parvenir à se débarrasser de ce mastodonte ? Et le voilà qui chargeait vers elle à nouveau comme un taureau ! « Réfléchis, Aila, c’est une montagne de muscles, mais il est bête comme ses pieds. Trouve quelque chose et vite ! »
Entre le vide et la roche, l’étroitesse du promontoire empêchait le maniement du kenda. Elle tenta bien un coup violent dans les dents de Tête, mais qui le laissa de marbre, et il continua ses attaques brutales qu’elle esquivait comme elle le pouvait. Elle perdait du temps, tandis que Bascetti avait presque regagné son cheval. Cela l’énervait quand, soudain, une idée lui traversa l’esprit. Ça allait être dur, mais elle ne voyait pas comment battre Tête autrement. Bascetti avait dit d’elle qu’elle l’avait bluffé : eh bien, pourquoi ne pas en faire autant avec ce gros balourd… ? Alors qu’il s’approchait, elle se laissa frapper et projeter brutalement sur le sol. La tête dans le vide, elle cessa de bouger. Vraiment sonnée sans tomber inconsciente, elle fit appel à tout son courage pour feindre l’évanouissement. Les yeux clos, elle entendit Tête saisir son épée pour la passer par son fil. Le moment était venu de jouer sa seule et unique carte pour s’en sortir et, si elle échouait, elle vivait là ses dernières secondes. Tout se déroula alors très vite. Rassemblant les forces qui lui restaient, elle pivota légèrement, propulsant ses pieds dans le bas-ventre de la grosse brute. Certain de sa réussite, Tête avait baissé sa garde et la surprise n’en fut que plus cruelle. Il demeura un instant figé dans une position peu gracieuse, tandis qu’un grognement de douleur s’échappait de sa bouche. Dominant sa souffrance, il avança de quelques pas, peu assuré sur ses jambes, pour en finir avec elle. Mais la jeune combattante avait anticipé sa réaction : d’un geste vif, elle attrapa son kenda qu’elle fit glisser rapidement sur elle, puis tourna pour entraver la marche de Tête. L’homme se prit naturellement les pieds dedans, amorçant une chute sur Aila, mais, au dernier moment, il rétablit son équilibre. Profitant de l’inattention ponctuelle de son adversaire, elle rampa sur le sol à toute vitesse vers la paroi. Passant entre les jambes du géant, elle se dégagea et, bien que moulue, se releva promptement. Tête lui tournant encore le dos, elle lui assena un deuxième coup dans l’entrejambe, suivi par un autre dans les vertèbres, puis sur la nuque. Mal en point, Tête esquissa quelques pas déséquilibrés, puis chuta vers l’avant. Plus grand qu’Aila, ses mains ne rencontrèrent pas le sol, mais le vide. Étranglé par la colère et l’incompréhension, il chercha à se redresser, mais, calculant mal sa trajectoire, il perdit définitivement l’équilibre et bascula du promontoire dans un long cri guttural. En position de combat, Aila resta pétrifiée. Elle ne comprenait pas exactement pourquoi et comment il était tombé, il n’aurait pas dû, mais le fait était que cela s’était produit… Consciente de l’urgence de la situation, ses pensées revinrent vers l’homme qu’elle devait tuer. Bascetti ! Où avait-il fui à présent ? Il ne s’était guère éloigné, car il avait rencontré quelques difficultés avec sa monture. Cette dernière, effrayée par un bruit, s’était cabrée et cela avait demandé un certain temps pour la calmer. Aila redescendit le chemin en courant, appelant Lumière qui arriva au trot. Elle attrapa son arc accroché à la selle et remonta vers le promontoire. Elle grimpa sur les rochers à toute vitesse pour parvenir au sommet. Là, elle se positionna, arma et attendit. Bientôt, Bascetti passerait dans son angle de tir. « Tu es complètement folle, Aila, il est sous le couvert des arbres et beaucoup trop loin pour être à portée de flèche. Tu n’as aucune chance de le voir et encore moins de l’avoir… », lui susurra une petite voix intérieure. Aila, bien que d’accord avec cette dernière, ne bougea pas et, quand Bascetti s’avança dans sa fenêtre de tir, elle décocha sa flèche, la regarda voler au loin, disparaître dans les feuilles, puis la vit se planter dans son cou… S’il ne mourait pas instantanément, cela ne tarderait guère. Adieu Bascetti ! Abaissant son arc lentement, elle s’étonna. Étaient-ce vraiment ses yeux ou plutôt ses pensées vagabondes qui avaient capté toutes ses images ? Et puis, surtout, comment avait-elle réussi un tel tir ?
Elle se secoua, elle avait d’autres tâches à accomplir, elle s’occuperait de tout cela plus tard. Tournant les talons, elle courut vers Lumière. Une fois à cheval, elle partit au galop sur le chemin que les autres avaient emprunté. Sa stratégie ne leur avait permis que de gagner du temps sur des adversaires trop nombreux et de se débarrasser de Bascetti. À présent, la petite troupe composée de Hubert, Airin et Barnais devait être talonnée, avec en prime le risque de se retrouver en mauvaise posture… Par les fées, pourvu que son plan ne se retournât pas contre eux ! Elle essayait de les visualiser, mais son esprit semblait incapable de renouveler ses projections dans l’espace. Dépitée, elle se contenta donc de suivre les traces laissées par les cavaliers et d’estimer l’avance qu’ils avaient prise sur elle.
— Va, Lumière, va, ma belle ! Il faut les rattraper !
Lumière fonçait, réduisant à chaque foulée la distance qui séparait sa maîtresse de son groupe. Bientôt, Aila l’amena à ralentir quand, enfin, elle perçut ce qu’elle ne pouvait voir. Ses trois compagnons avaient trouvé refuge dans une petite cabane au pied d’une falaise, espérant repousser, ne serait-ce que temporairement, leurs assaillants. Malheureusement pour eux, ces derniers se préparaient à incendier leur abri de fortune. Plus par prudence que par hésitation, ils n’étaient pas encore passés à l’acte, ayant déjà perdu plusieurs des leurs, transpercés par quelques carreaux. Elle n’en revenait pas, Airin utilisait une arbalète et tirait adroitement ! Elle sourit. Décidément, cet homme ne cesserait jamais de la surprendre… Pendant un long moment, la jeune fille resta songeuse, cherchant la meilleure façon d’aider ses compagnons. Projetant son esprit, elle évalua la configuration du lieu, le nombre de leurs opposants et soupira : « Encore quatorze ». Quatorze contre quatre… La situation demeurait défavorable, mais ils allaient s’en sortir ! Comment ? Tout n’était pas clair dans sa tête, mais il était absolument hors de question qu’elle les laissât brûler dans la maison ! Un instant, elle imagina de tuer les hommes de main de Bascetti un par un. Cependant, elle prit rapidement conscience que, étant trop groupés, la disparition de l’un ou l’autre ne passerait pas inaperçue et elle y perdrait l’effet de surprise. Un bruit de sabots attira son attention. De nouveaux cavaliers arrivaient par le chemin ! Espérant de toutes ses forces que ce ne fût pas des renforts pour les mercenaires, elle talonna Lumière et s’enfonça à couvert. Dissimulée, elle regarda s’approcher les nouveaux venus, puis, ressentant un immense soulagement, elle s’élança vers eux :
— Aubin ! Sire Avelin ! s’écria-t-elle. Quel plaisir de vous revoir ! Vous tombez à pic !
Les cavaliers s’arrêtèrent.
— Aila ! Tu as vu, s’exclama Aubin, je deviens presque aussi bon que toi pour suivre les traces ! Quand nous avons découvert les archers agonisant par terre, j’étais sûr qu’ils t’avaient servi de cibles mouvantes ! Nous avons préféré remonter la piste la plus nette ; l’autre n’indiquait qu’un seul cavalier isolé qui filait vers l’ouest.
— Tu as bien fait, il est mort. Mais par quel heureux hasard je vous retrouve ici ?
— Nous sommes arrivés à Antan en même temps que Blaise. Hubert sollicitait de l’aide et nous voilà ! Où sont-ils ?
— À l’abri dans une cabane à quelques centaines de mètres devant nous, mais encerclés par une quinzaine d’hommes qui projettent d’y mettre le feu.
— Qu’attendons-nous pour les délivrer ! s’écria Avelin.
— Doucement ! D’abord, je vous explique ce que j’ai observé et après, si vous voyez les choses ainsi, on fonce ! Votre arrivée va enfin rétablir l’équilibre des forces. Maintenant, à six contre quatorze, c’est tout de même plus avantageux…
Elle leur décrivit le lieu, la répartition des hommes de main, et le degré de préparation de leur funeste projet.
— Le mieux consisterait à en éliminer quelques-uns de plus avant d’attaquer. Qu’en pensez-vous ? questionna-t-elle.
— Ce serait très bien, mais qui s’en charge ? s’enquit Avelin.
— Aubin et moi excellons au tir ; chacun de nous peut se débarrasser d’au moins trois mercenaires assez rapidement. Alors ?
Aubin et Avelin donnèrent leur accord. Laissant les chevaux suffisamment loin, Aubin se glissa sur la droite et Aila sur la gauche, tandis qu’Avelin se positionnait en observateur prudent, mais prêt à intervenir. Elle dénombra cinq hommes de son côté et songea que ce serait tellement pratique si elle pouvait les tuer tous simultanément. Elle prit cinq flèches dans son carquois et, intensément, les observa dans sa main ouverte. Moqueuse, elle pensa : « Ce serait si simple s’il me suffisait de dire : filez, mes cinq flèches, droit dans le cœur de mes ennemis ! » Et ce fut ce qu’elles firent… Les flèches quittèrent sa paume et fondirent toutes les cinq vers les mercenaires qu’elles atteignirent en plein cœur. Ils s’effondrèrent. Aila était statufiée : « Mais comment ai-je fait cela ? Par les fées, mais comment j’ai fait cela ? » Elle entendit le signal d’attaque lancé par Avelin, mais, immobile, elle fixait sa main, revoyant les flèches filer toutes seules. « Je deviens folle… »
— Aila ! Viens ! cria Aubin.
Elle se secoua et, poussant un hurlement, fondit dans la bagarre.

Le combat était achevé depuis longtemps. Le groupe, enrichi de deux membres, avait décidé de dormir tassé dans la cabane qui leur fournirait au moins un abri pour une nuit dont l’obscurité noircissait la forêt. Aila leur apprit la mort de Bascetti, sans parler de sa lutte avec Tête, puis n’ouvrit plus la bouche de la soirée, s’esquivant même discrètement, alors que la conversation battait son plein. Enthousiastes, Barnais et Airin narraient à qui voulait les écouter leurs exploits et comment ils s’en étaient merveilleusement tirés pour un « vieux » et un « joli cœur », comme ils se décrivaient. Surpris par son absence, Aubin vint rejoindre sa sœur, dehors :
— Des soucis, Aila ? Cela ne s’est pas bien passé avec sire Hubert ?
— Si. Enfin, au départ, non. Après, cela a été mieux, même bien.
— Raconte-moi tes aventures. Parce que pour moi, à part ce soir, ce fut plutôt un calme plat !
— Tu sais, pas grand-chose : un…
Elle avait failli avouer un premier baiser, mais elle se retint ; elle n’avait pas envie d’en parler :
— … château, des robes de princesse, un bal, une demande en mariage. Tout ce qui fait la vie d’une femme, sans plus…
— Tu me fais marcher ?
— Non, pas du tout, j’ai vraiment traversé toutes ces épreuves !
— Et qui donc voulait t’épouser ? Dis-moi, ce fut un vrai coup de foudre !
— Et il s’est abattu sur ma vie ! Comme tu vois, j’ai résisté… Tout est pour le mieux…
Aubin, elle le devinait, n’en était pas convaincu :
— Tu en es sûre ?
— Oui, Aubin. J’ai vécu beaucoup de moments très intenses en un temps limité et, ce soir, je me sens un peu… lasse. Après une bonne nuit de sommeil, il n’y paraîtra plus.
— Bon, si tu le dis… Au fait, tu as fait comment pour tirer aussi vite tout à l’heure ? J’ai vu tomber au moins trois hommes simultanément et, au final, tu en as descendu cinq !
— Je ne sais pas. J’ai dû débuter une poignée de secondes avant toi. En tout cas, je te le promets, je ne me suis pas fabriqué un arc à plusieurs flèches !
Elle plaisanta avec Aubin qui lui jeta un dernier regard circonspect avant de se retirer. Et pourtant, elle n’avait pas envie de rire, elle avait effectivement tiré cinq flèches en même temps et se trouverait carrément dans l’incapacité de recommencer tout de suite, si on le lui demandait. Elle ignorait comment elle avait accompli cette prouesse. D’ailleurs était-ce bien elle qui l’avait réalisée ? Les yeux dans le vide, elle se recroquevilla, sa tête sur ses bras croisés, reposant eux-mêmes sur ses genoux. Elle demeurait dans cet état depuis un bon moment quand Hubert vint la rejoindre :
— Aila, où étiez-vous donc passée ? Je vous cherchais…
— J’avais besoin de calme. Désolée de vous avoir faussé compagnie, dit-elle.
Changeant de sujet, elle ajouta :
— Alors, vous m’avez encore fait des cachotteries…
Hubert hocha la tête :
— Pour Aubin et Avelin ? Non, pas vraiment. J’avais en réalité envoyé Blaise réclamer des secours à Antan, mais si la chance n’avait pas voulu qu’Aubin et Avelin s’y trouvent, nous n’aurions reçu aucune aide. J’ai évité de vous donner de faux espoirs. Je souahite que vous ne m’en teniez pas rigueur…
Elle approuva, avec compréhension :
— Je ne peux pas vous le reprocher. Je me sentais réellement préoccupée par notre solitude en face à nos ennemis, mais j’ai refusé de vous transmettre mon inquiétude en la partageant avec vous. Vous êtes donc pardonné.
Silencieux, ils écoutèrent les bruits de la nuit avant qu’elle reprît :
— Sire Hubert, je voulais vous demander…
Elle hésita à poursuivre. Hubert tournait le dos à la faible lumière issue de la cabane et elle s’étonna d’arriver à voir ses yeux malgré tout.
— Pourquoi… ?
Elle s’arrêta à nouveau. Elle craignait les mots qu’elle allait prononcer et encore plus la réponse qu’elle risquait d’obtenir.
— Aila, si vous ne terminez pas votre phrase, je ne pourrai pas répondre…
— J’ai dit à tout le monde ce qu’il devait exécuter. Vous avez tous obtempéré à une simple combattante, personne n’a protesté. Même pas vous…
Hubert se tut un moment, avant de déclarer :
— Voilà une remarque pertinente… Vous paraissiez voir ce qui nous échappait et votre certitude nous a gagnés. Je n’ai pas songé un seul instant à remettre vos choix en cause…
Tout en disant ces mots, Hubert semblait réaliser leur signification : ce petit bout de fille de seize ans s’était imposée comme leur chef, alors qu’il représentait le roi. Dérangé par cette idée, il se leva brusquement, lui rappelant juste qu’elle devait venir se coucher. Elle le regarda rentrer dans la cabane et attendit encore un peu avant de se décider à y retourner.


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