L'avis 5★ de Sam95 : « Super Univers »
tome 1 - Aila et la Magie des Fées

La saga d'Aila  fantasy


fantasy littérature

Note : 4.6 / 5 avec 216  critiques français

L'avis 5★ de Sam95 :

« Super Univers »

Tome passionnant ! Impossible d’arrêter la lecture, je l'ai lu en une nuit tellement j'étais prise par l'histoire.
J'ai hâte de lire la suite dès que j'aurai un peu de temps.
Vive l'univers des fées et des humains !
Sandrine (source)

Retour aux avis des lecteurs - tome 1 de fantasy auteure

Aila et la Magie des Fées
de

Prix : 5,99  ebook toujours disponible
Date de parution : 29 février 2012
Environ 480 pages
✯  Éditeur : UPblisher
  → ISBN-13 : 978-2-7599-0048-0 en epub
✯  Éditeur : UPblisher
  → ISBN-13 : 978-2-7599-0047-3 en pdf
✯  Éditeur : UPblisher
  → ISBN-13 : 978-2-7599-0051-0 en format Kindle (Amazon)
✯  Diffuseur : Amazon
  → ISBN-13 : 2759903168 en livre papier pour ceux qui aiment (14,99 €)
✯  Diffuseur : Amazon
  → ASIN :  B01GERN0TU pour Kindle
✯  Diffuseur : Bookeen
  → EAN :  9782759900480  →  pour tout appareil
✯  Diffuseur : Kobo
  → id :  #57023 pour tout appareil
✯  Diffuseur : FNAC
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✯  Diffuseur : Apple
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✯  Diffuseur : Decitre
  → id :  9782759900480 pour tout appareil

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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Aila brossait son cheval dans l’écurie quand Aubin y déboula, tout excité :
— Aila ! Aila ! où te caches-tu ?
— Ici, dans la stalle de Lumière !
— Devine, c’est extraordinaire ! Deux des fils du roi arrivent pour chercher des combattants aguerris qui protégeront la famille royale ! Tu te rends compte, ils sont venus les prendre chez nous !
— Ah !… oui, génial…
— Mais si ! C’est toi la meilleure ! Personne ne le sait et tu vas pouvoir le prouver à tous !
— Ah !… Et qui voudrait d’une fille comme garde du corps ? Arrête, Aubin, tu délires…
— S’ils ne te choisissent pas, c’est qu’ils n’y connaissent rien !
— Juste un instant, imagine la tête de Barou si les hommes qu’il a entraînés avec passion se trouvaient relégués au second plan… Il en aurait une attaque !
Il la fixa.
— Qu’est-ce que tu crains, Aila ? Te fait-il peur à ce point ? Que peut-il t’enlever de plus ?
— Aubin, tais-toi !
Elle recommença à brosser son cheval. Aubin l’attrapa par le bras, la forçant à le regarder.
— Aila, tu n’as pas répondu à ma question !
— Laisse-moi, tu veux bien ! Laisse-moi !
Elle se dégagea d’un geste brusque et, le visage fermé, s’éloigna d’un pas décidé.

La nuit tombait dans la pièce principale de Bonneau, sobrement meublée d’une table, de deux bancs, d’un buffet et du paravent qui cachait la chambre d’Aila. Dans la cheminée, un feu prenait doucement, tandis qu’elle le contemplait, songeuse. Elle entendit le bruit des pas de son oncle sur les dalles devant la maison, le claquement du loquet et le grincement léger de la porte qui s’ouvrait.
— Aubin est venu me parler. Tu dois y participer, Aila. Ces compétitions ne sont pas interdites aux filles, que je sache !
— Mais qu’est-ce que tu racontes, Bonneau ? Je ne veux pas faire partie de cette espèce de concours de bêtes de race !
— Tu es une combattante ! Et la meilleure ! Ta voie est tracée ! Maintenant, vis ta vie comme tu l’as choisie, malgré Barou !
— Et toi ! Qui es-tu pour me donner des leçons ? Pourquoi un guerrier hors pair comme toi est-il relégué au rang de palefrenier ? Tu aurais dû devenir maître d’armes comme Barou ! Alors pourquoi t’es-tu contenté de ce rôle de sous-fifre, une ombre dans la lumière étincelante de ton frère ? Expliquez-moi, monsieur le donneur de conseils !
— Ce fut mon choix et je peux t’en donner les raisons simplement. Quand tu auras vu des carnages comme j’en ai vu, quand tu auras coupé autant de membres que j’en ai coupé, quand tu auras été éclaboussée d’autant de sang que je l’ai été, peut-être auras-tu envie de changer de vie, de te fondre dans la masse pour que tous ceux que tu rencontres ne te rappellent pas que tu as tué en quelques jours plus de personnes que tu n’en croises en une année. J’ai appelé un nouveau destin de tous mes vœux, devenir une ombre dans la lumière, comme tu le dis, et je ne le regrette pas ! Mais toi, tu es d’une autre trempe ! Que tu le veuilles ou non, tu es la fille de ton père et l’art du combat coule dans tes veines ! Alors, accomplis ce pour quoi tu es née ! Et je t’y aiderai ! Demain, rendez-vous au champ de courses à la première cloche. Ils testent les talents de cavaliers, je t’y attendrai.
Bonneau sortit de la pièce, laissant Aila encore plus songeuse qu’à son arrivée. Elle ne savait plus que penser, ni que décider. Comme elle, est-ce que toutes les filles de seize ans devaient prendre des décisions aussi importantes que celle-ci ? Elle se sentit si jeune, si inexpérimentée tout d’un coup et elle songea à sa mère. Si Efée avait vécu, en quoi sa vie aurait-elle été différente ? Ressemblerait-elle aux demoiselles de la châtelaine dont les seules préoccupations oscillaient entre l’élégance et le souci de dénicher un époux gentil ? Non, elle n’était pas juste avec elles, elles n’étaient simplement pas faites pour combattre avec des armes, mais, chaque jour, avec Mélinda, Amandine, Blandine et Estelle luttaient contre la misère du pays qui se répandait. Aila les avait accompagnées si souvent qu’elle connaissait leur courage devant l’adversité, la maladie. Elle avait compris depuis longtemps où passaient les tentures et tous les objets de valeur des châtelains. Ils étaient vendus pour soulager cette misère qui sautait aux yeux dès les premiers pas à l’extérieur du château. Elle savait que le pantalon large qu’elle avait conçu et que ces dames portaient représentait une autre forme d’économie, dissimulée sous une plaisanterie légère. Aila eut presque honte de la magnifique robe qu’elle conservait précieusement dans sa petite armoire… Non, vraiment, les considérer comme des évaporées serait injuste. Sauf que, devant la souffrance, elles faisaient front ensemble et qu’Aila se sentait bien seule. Elle se coucha tout habillée sur le lit, les mains calées derrière la tête, attendant un sommeil qui vînt difficilement. Elle entendit vaguement Bonneau rentrer et déposer un objet à ses côtés.

Le lendemain matin, quand Aila se réveilla, une odeur de cuir neuf lui chatouilla les narines. Ouvrant les yeux, elle découvrit, sur la chaise près de son lit, une tenue composée d’un pantalon et d’un gilet. Admirative, elle toucha du bout des doigts leur texture souple et douce dont la couleur brun clair la ravit, même si elle devinait que la peau se tannerait rapidement au soleil. Par les fées, c’était si beau… Elle raviva le feu de la cheminée, déjeuna promptement, puis se déshabilla. Une fois tiédie, elle prit l’eau de la bouilloire, la versa dans la cuvette et entreprit de se laver. Rejetant ses cheveux mouillés en arrière, tandis que des gouttes ruisselaient en étroits sillons lumineux sur son corps, elle surprit son image fugitive dans le mouvement du liquide. Séchée, elle enfila le pantalon, un peu trop large, songeant déjà à la ceinture qui remédierait au problème. Dans son armoire, elle dénicha une chemise que Bonneau lui avait offerte quelque temps auparavant. Beige, elle irait parfaitement avec le reste… Quelle idée ! D’où lui venait ce souci d’élégance ? Elle qui avait toujours fait fi de ces coquetteries ! Ajustant son gilet, elle rabattit le col de sa chemise dessus et serra la ceinture qu’elle avait dégottée. Elle natta ses cheveux avec application, puis chaussa ses bottes. Sur le seuil de la porte, elle s’arrêta brusquement. Faisant demi-tour, elle se dirigea vers le feu où elle enflamma une brindille qui lui permit d’allumer la lampe. Hésitant encore, elle se rapprocha de la cuvette où l’eau s’était calmée et regarda son image dans ce miroir de fortune comme si elle se voyait pour la première fois. Elle observa ses yeux noirs, ses sourcils plissés, ses pommettes hautes et légèrement creusées, sa bouche volontaire aux lèvres serrées : elle ressemblait à sa mère… Elle essaya de la visualiser comme un reflet d’elle avec de menues différences. Comme elle aurait aimé s’en souvenir… Elle tendit la main au-dessus de la table et attrapa une lanière de cuir qu’elle noua autour de son cou. Encore un cadeau de son oncle… Elle avait fait erreur sur toute la ligne. Elle avait toujours profité d’un père aimant, présent et généreux : Bonneau. Et maintenant, à cet instant crucial, elle réalisait la place qu’il occupait dans sa vie : il lui avait tout donné et elle, que lui avait-elle offert en retour ? Mais, tout semblait encore possible, elle se sentait sûre de réussir. Aujourd’hui, elle allait lui rendre hommage. Elle deviendrait la meilleure et, pour lui, elle lutterait jusqu’au bout ! Sa décision finale prise, elle souffla la lampe, sortit de la maison et bifurqua vers l’écurie.

À son arrivée, Bonneau étrillait Lumière, le cheval d’Aila, une pouliche noire de trois ans, pleine de vitalité et de promesses, qu’elle avait choisie entre toutes. Il se tourna vers la jeune fille et émit un sifflement approbateur :
— Tu es magnifique…
— Aussi belle que ma mère ?
La moue qu’il esquissa lui laissa penser qu’elle avait fait mouche.
— Je veux dire aussi belle que ma guerrière de mère ?
— Ah ! tu es au courant… C’est Mélinda qui te l’a relaté ?
Aila hocha la tête.
— Elle m’a juste devancé, je désirais t’en parler ce matin.
— Et que m’aurais-tu raconté d’elle, Bonneau ?
— Que tu étais aussi merveilleuse qu’elle et peut-être encore meilleure ! Mais, à sa décharge, tu as commencé plus tôt.
Il soupira avec légèreté. Elle s’approcha de lui et l’embrassa. Surpris, il leva ses yeux vers elle. Elle déglutit :
— Tu es le père que j’aurais aimé avoir, Bonneau.
Insatisfaite, elle recommença :
— Non, ce n’est pas ça. Tu es le meilleur père que j’aurais pu avoir et, malheureusement, c’est seulement maintenant que je m’en aperçois. Pardon !
Elle se jeta dans les bras de son oncle et sentit qu’ils se refermaient dans sur dos. Ils restèrent ainsi un long moment avant de se séparer, gardant juste leurs mains l’une dans l’autre.
— Cours donc expliquer à Lumière ce que tu attends comme prouesses, elle adore tes histoires ! conclut-il dans un rire enjoué.
— Flatteur, va ! répliqua-t-elle.
Elle s’approcha de son cheval, frotta doucement son visage contre ses naseaux et commença à lui murmurer tous ses désirs, ses envies et sa certitude qu’elles gagneraient ensemble.
— L’heure tourne, Aila, nous devons partir, rappela la voix de son oncle.
Leurs regards se croisèrent et ils se sourirent. Bonneau posa sa main large et puissante sur son épaule.
— J’ai confiance en toi, tu réussiras d’une façon ou d’une autre.

Quand ils arrivèrent, de nombreux cavaliers patientaient déjà aux abords du champ d’entraînement. Aubin figurait parmi eux, mais Aila et lui n’osèrent se saluer en présence de Barou. Elle devina plus le regard approbateur de son frère qu’elle ne le vit vraiment et, pourtant, cela lui réchauffa le cœur ; le plus dur restait à venir… Elieu et Mélinda, ainsi qu’Hamelin et un homme d’une trentaine d’années, voire moins, qu’elle identifia comme l’un des fils du roi, sûrement le prince héritier, attendaient dans la tribune. À ses côtés, un personnage grand et fin, aux yeux scrutateurs, portait une longue barbe blanche, probablement le mage royal. D’autres personnes les entouraient, mais elle se concentra sur Barou dont elle essaya de capter le regard, sans succès. Bonneau intervint :
— Je suis l’ancien maître d’armes d’Avotour et je sollicite la participation de mon élève à la sélection des combattants.
Barou semblait s’être statufié sous l’effet de la surprise, mais il se reprit vite, contredisant son frère :
— Il n’en est pas question, martela-t-il avec hargne.
— Et pourquoi donc ? intervint un nouvel arrivant, suivi de son cheval.
Barou vira au rouge, mais se retint devant les couleurs royales arborées par le nouveau venu.
— Messieurs, ma dame, mademoiselle, je suis Avelin d’Avotour, le fils cadet du roi et, modestement, un des meilleurs cavaliers du royaume. Comme vous le voyez, je suis paré pour courir parmi les vôtres. J’admets volontiers que j’ai sollicité cette épreuve supplémentaire pour me confronter à vos champions !
Il s’inclina, un sourire ironique au coin des lèvres. Aila eut envie d’éclater de rire en observant la tête de tous les gens présents. Les expressions de leurs visages allaient de la surprise la plus inattendue à une désapprobation encore plus profonde. Excepté la mine réjouie d’Aubin, celles des autres concurrents faisaient peine à voir.
Barou intervint :
— Installez-vous aux emplacements qui vous ont été attribués en vous décalant d’un rang, le premier étant naturellement réservé à sire Avelin.
Bien sûr, aucune place ne fut proposée à Aila qui se trouva négligemment reléguée à la position la plus extérieure du champ de courses, pas très loin d’Aubin. Elle observa attentivement les montures qui piétinaient sur la ligne de départ, localisant celles qui lui donneraient le plus de fil à retordre. Il lui faudrait jouer serré. Barou reprit la parole :
— Je vous rappelle les règles : vous avez cinq tours à effectuer. Seuls les cinq premiers seront distingués grâce à cette épreuve. Vous serez évalués à la fois sur votre aptitude à gérer la distance, votre tactique de course, la maîtrise de votre cheval et, naturellement, votre ordre d’arrivée prévaudra. Le premier signal vous indique que le départ suivra au deuxième.
Tous les cavaliers se concentrèrent, puis démarrèrent le moment venu. Sur l’extérieur, Aila devait parcourir une distance supérieure pour se maintenir au niveau des autres. Consciente de l’émulation que provoquait la présence du prince, elle conserva sa silhouette, identifiable à ses couleurs, à la limite de son champ de vision. Elle sentait Lumière prête à s’envoler tout de suite, mais choisit de rester à proximité du groupe central, juste en léger retrait pour ne pas sembler trop menaçante à son égard. Si ceux qui le constituaient l’oubliaient, peut-être la laisseraient-ils passer d’autant plus facilement… Au tour suivant, les écarts se creusant au fur et à mesure, elle donna un peu de liberté à son cheval pour se rapprocher de l’arrière du peloton de tête. Par paliers successifs, elle avait convergé vers le cœur du champ de courses, réduisant la longueur de chaque tour. Avelin caracolait devant, sans forcer l’allure. Quand vint le troisième, retenant toujours Lumière, elle se positionna derrière son frère, qui se débrouillait très bien. Enfin, dès que le dernier tour fut entamé, elle lâcha progressivement son coursier qui allongea sa foulée pour dépasser Aubin, puis rattrapa ceux qui suivaient à une foulée du prince sans oser le doubler. À sa vue, ils éperonnèrent leur cheval pour l’en empêcher, mais, inexorablement, Aila se détachait de leur groupe, de plus en plus proche d’Avelin. Celui-ci s’en aperçut et donna du mou à sa monture qui bondit en avant, forçant l’allure. Lumière ne fut pas en reste et s’accrocha à lui, réduisant à chaque instant la distance qui les séparait. Les autres cavaliers, à quelques encolures derrière, luttaient pour revenir sur eux. Elle imaginait leur colère, l’affront qu’ils ressentaient et elle s’en moquait éperdument, elle volait avec Lumière. La course se terminait et elle lâcha complètement sa pouliche qui, dans une dernière envolée, vint se placer au même niveau que le cheval du prince sur la ligne d’arrivée. Graduellement, les concurrents s’arrêtèrent et elle se coucha sur l’encolure de Lumière, lui murmurant tout en la flattant :
— Ma belle, tu es la meilleure ! Tu es un oiseau, une flèche ! Tu es mon ange…
— Félicitations, la cavalière émérite que vous êtes nous a gratifiés d’une superbe prestation ! Existe-t-il d’autres domaines dans lesquels vous excellez… ?
Elle se redressa et toisa Avelin qui la regardait avec son sourire toujours ironique.
— Tous ! affirma-t-elle, le menton en avant.
Le sourire d’Avelin s’agrandit :
— Alors, j’espère goûter au plaisir d’en découvrir quelques-uns. À demain…
Il se détourna. Sans trop savoir pourquoi, Aila se sentit rougir comme une pivoine. Heureusement, l’arrivée de Bonneau, jubilant, la sortit de l’embarras. Il flottait visiblement sur un nuage de bonheur, ne cessant de lui répéter qu’elle était la meilleure ! Tous les participants se réunirent devant le châtelain pour l’annonce des gagnants :
— Première, Aila Grand, deuxième : Émelin Gingon, troisième : Aristide Héran, quatrième : Aubin Grand, cinquième : Aimé Faller. Cette compétition facultative a permis de dévoiler la fine fleur de nos cavaliers et représentera un argument de poids lors de la sélection finale. Les joutes reprendront demain.
Barou prit la parole à sa suite, alors que tout le monde commençait à s’éloigner :
— Je vous informe que seuls quatre des gagnants nommés poursuivront les épreuves, car, pour continuer, l’autorisation du père est formellement requise. J’annonce donc à Émile Gerdain, arrivé sixième, qu’il pourra se présenter comme le dernier vainqueur.
Le cœur d’Aila sauta dans sa poitrine. Après la joie ressentie pour sa victoire, le plaisir infini de la quatrième position d’Aubin, ce fut la goutte de trop. Elle explosa et sa voix retentit sans limites :
— Quel père indigne refuserait à son enfant de devenir un combattant ? Où est-il ? Qu’il sorte du rang ! Que tout le monde puisse le voir et juger sa lâcheté !
La main de Bonneau se posa sur son épaule, tandis qu’un grand silence s’abattait sur la foule présente. Aila étouffait de colère :
— Où se terre donc cet homme courageux ? Qu’il ose croiser le regard de celle à qui il a interdit d’exister depuis qu’elle est née ! Comment peut-il se prétendre mon père quand il n’a jamais vécu que comme une ombre malfaisante planant sur ma vie ? Regarde-moi Barou ! Regarde-moi au lieu de ne m’offrir que le triste visage de ta couardise !
Sans le moindre coup d’œil vers elle, Barou tourna les talons, tandis qu’Aila continuait de hurler et de gesticuler, difficilement retenue par Bonneau.
— Lâche ! Tu n’es qu’un lâche ! Ose me regarder ! Ose ! Je te hais ! Tu entends ! JE TE HAIS !!!
Son père était parti… Anéantie, Aila se tut, toute tremblante. Elle discerna que Bonneau lui parlait sans comprendre les mots qu’il prononçait et sentit qu’il la tirait par le bras. Elle ne voyait plus rien, elle demeurait seule avec la terre qui s’écroulait tout autour d’elle. Elle entrevit Aubin sans le regarder, elle ne souhaitait pas de pitié, ni la sienne, ni celle des autres, elle voulait juste disparaître…

Émergeant lentement de son vide intérieur, Aila constata qu’elle était revenue chez Bonneau. Son oncle lui avait fait boire une tisane de son cru et elle reprenait ses esprits après avoir sombré dans l’égarement.
— C’est fini. Tout est fini ! Tu ne pourras jamais ressentir cette fierté pour moi…
Elle éclata en sanglots, se maudissant pour sa faiblesse, certainement cette fichue tisane !
— Ça suffit, Aila, ressaisis-toi ! Rien n’est terminé et demain tu concourras en finale dans les épreuves.
— Pourquoi ? s’enquit-elle avec une lueur d’espoir, a-t-il changé d’avis ?
Bonneau fit non de la tête.
— Mais tu l’as entendu comme moi ! Il refusera de donner son autorisation pour que j’y participe et j’en ai besoin !
— Je t’ai demandé de te calmer !
La voix de son oncle claqua dans le silence de la chaumière et elle entreprit un immense effort sur elle-même afin d’obéir à ce qu’il exigeait d’elle.
— D’abord, je n’ai pas attendu aujourd’hui pour être fier de toi et, deuxièmement, je te propose une solution à cette complication, mais j’aurais sacrifié ma main droite pour ne pas en arriver là…
Son regard, humide, se perdit dans le vague. C’était la première fois de sa vie qu’elle le voyait aussi affecté, lui, si tranquille, si constant… Que se passait-il donc ? Il s’était éloigné un instant et revenait avec une petite malle qu’il avait extraite du buffet et qu’elle ne connaissait pas. Elle aurait parié qu’hier encore la cassette ne s’y trouvait pas.
— Voici l’héritage d’Efée, le témoignage de sa tendresse par-delà sa mort, la preuve de son amour et de sa confiance en toi.
Il bascula le couvercle, plongea sa main dans les trésors que le coffre contenait avant de lui tendre une miniature qu’il caressa doucement au passage.
— C’est elle, Efée…, son portrait. Elle posait pour ses dix-sept ans et était aussi merveilleuse que toi…
Avec émotion, Aila découvrit le visage de sa mère. Elles se ressemblaient tant que c’en était incroyable. Efée paraissait juste plus élancée, mais peut-être n’était-ce qu’une illusion.
— Maman, murmura-t-elle.
— Et ceci pourrait bien te servir lors d’une occasion particulière…
Bonneau tira de la malle une magnifique robe en soie grège, toute légère et si douce, presque sublime. Aila admira l’encolure parsemée de perles, l’effleurant du bout des doigts, se figurant sa mère le jour de son mariage. Elle devait être si belle… Comme devinant ses pensées, il ajouta :
— Elle irradiait de bonheur. Barou et elle formaient un vrai couple de rêve. Ils étaient destinés l’un à l’autre.
— Comment maman a-t-elle pu s’offrir une robe si merveilleuse ? s’étonna-t-elle, l’instant d’après.
— La reine Éthel, qui l’estimait profondément, la lui a donnée en récompense de ses services.
— Bonneau, stop ! tu marques une pause, tu veux bien. Tu viens de me dire qu’elle a travaillé pour la souveraine avant d’accompagner dame Mélinda. Je ne comprends plus. Ce matin, tu t’es présenté comme l’ancien maître d’armes d’Avotour. Comment se fait-il que vous ne vous soyez jamais rencontrés avant l’attaque du carrosse ?
Pensif, il resta silencieux.
— Bonneau ! insista-t-elle.
Son oncle frotta son visage avec ses mains qu’il croisa ensuite à la hauteur de son menton :
— C’est, comment dire…, compliqué. En fait, je crois que nous avons joué de malchance. Efée est née en Melbour. Éprise de liberté, elle était le garçon manqué de la famille. Un matin, elle décida de passer sa journée à cheval avec un homme de son père censé la surveiller, elle devait avoir une dizaine d’années. Ce fut la fumée qui les alerta de loin qu’un événement anormal se produisait. Ils revinrent sur place à bride abattue ; trop tard, d’immenses flammes avaient englouti le château familial et toute sa famille avait brûlé vive. Ce fut un des premiers méfaits hagans qui déboucha sur les grandes batailles. Ce jour-là, Efée décida que jamais plus personne ne causerait du mal à ceux qu’elle aimait sans qu’elle puisse les défendre. La reine, qui la recueillit, comprit bien vite sa détermination. Tandis que sa fille aînée, Éthel, devenue depuis l’épouse du roi Sérain avant d’être tuée avec son enfant, apprenait ses futures obligations avec sa mère au château royal, la cadette, Mélinda étudiait à l’école des femmes de Havens. Efée fut envoyée là-bas également ; ce fut ainsi qu’elles firent connaissance et qu’une amitié nouvelle naquit. Efée devint la garde du corps de Mélinda qui voyageait beaucoup et passait ainsi peu de temps à Avotour. Je la connaissais de nom sans jamais y avoir vraiment prêté attention. Personne ne savait qu’au lieu de s’instruire simplement comme la princesse, elle avait aussi appris à se battre. Je la croyais dame de compagnie, servant la reine et ses filles. Je ne me souviens même pas de l’avoir croisée. Je travaillais comme maître d’armes dans deux endroits à la fois, le domaine royal et mon comté de naissance où vivait encore Barou. Souvent, elle partait quand j’arrivais et inversement. Par les fées, nous ne devions pas nous rencontrer… Avant les grandes batailles, j’avais ratissé toutes les campagnes pour trouver des hommes prêts à se battre et agrandir notre armée. Au passage, j’avais même débauché Barou ! Et puis, juste avant de rejoindre les troupes, je fis un détour au château pour rendre compte de mes actions au roi. La reine et une femme, dont je ne voyais que le dos, s’apprêtaient à partir. Par curiosité, je jetais un coup d’œil pour savoir qui discutait avec Éthel. À ce moment précis, Efée s’était tournée de mon côté et je découvrais son visage pour la première fois. Je m’en souviens encore, mon cœur, saisi, a oublié un battement. Hélas ! le temps de me secouer, elles étaient déjà montées dans le carrosse qui s’ébranlait. Je ne l’ai plus revue jusqu’à l’attaque des Hagans…
— Je suis désolée, Bonneau.
— De quoi, Aila ? Qu’elle ne soit pas devenue ma femme ? Je l’ai regretté pendant quelque temps, puis je me suis habitué à cette idée. Elle me disait que j’étais le grand frère dont elle avait toujours rêvé. Je me suis souvent demandé si elle savait à quel point je l’aimais, mais je crois qu’elle était trop fine pour ne pas s’en douter… Elle m’a donné une place de choix à ses côtés, celle de l’ami fidèle et indispensable, souhaitant préserver, à la fois, la fierté de Barou et la mienne… C’était tout ce qu’elle pouvait m’offrir et je me suis contenté de ce rôle qui m’a apporté beaucoup de bonheurs. Aujourd’hui, lorsque je pense à elle, je me souviens de notre complicité doublée de confiance et de respect. En plus, comme je te l’ai déjà dit, j’ai eu la chance infinie d’élever sa fille…
Bonneau lui sourit, puis fouilla dans la malle à nouveau.
— Voici le dernier souvenir qu’avait Efée de ses parents. En fait, ce n’était pas à elle. Sa famille l’avait offert à la reine lors d’un séjour qu’elle effectuait à Avotour. Éthel l’avait conservé précieusement et lorsque ta mère s’est mariée, ce fut un autre de ses cadeaux, par amitié et en mémoire des siens.
Il extirpa un écrin qu’il ouvrit posément, révélant une parure composée d’un collier de perles, d’une paire de boucles d’oreille assorties et d’un diadème à fixer sur la chevelure. Très simple, ce dernier, constitué d’une délicate chaîne ciselée en or, laissait pendre en son milieu une larme ovale d’un blanc nacré, à ceindre sur le front. Aila demeurait sans voix, elle n’osa même pas toucher les bijoux, se contentant d’observer sur les perles les reflets irisés de la lampe qui les paraient d’éclats chatoyants. Son oncle mit fin à son ravissement en refermant la boîte :
— Et voici le principal, annonça Bonneau.
Aila se demanda ce qu’il pouvait sortir de plus beau que le portrait d’Efée, qu’une robe de mariage féerique ou qu’une extraordinaire parure. La main hésitante, il lui tendit un papier plié en quatre.
— C’est une lettre de ta mère, je ne l’ai jamais ouverte, précisa-t-il d’une voix qui tremblait, je te laisse avec elle.
Il se leva, puis s’éclipsa de la pièce. Aila restait figée devant ce billet, posé sur la table. Elle était médusée : elle ne ressentait plus rien et le regardait, incapable de bouger pour le prendre. La peur l’étreignit. Et si sa mère décidait de la renier comme son père. Non, ce n’était pas possible, pas après lui avoir légué tant de souvenirs d’elle. Aila ferma les yeux, cherchant à calmer son cœur pris de panique. Enfin, surmontant son appréhension, elle déplaça ses doigts vers la lettre dont elle s’empara et l’ouvrit.

Ma chère Aila,

Le temps a dû passer depuis que j’ai disparu de ta vie, te laissant sûrement très seule pour grandir sans moi. J’espère que tu voudras me pardonner un jour d’avoir été obligée de t’abandonner ainsi…

Si aujourd’hui, tu as cette lettre entre les mains, c’est que ton existence est arrivée à un tournant crucial. Ce que je redoutais de toute mon âme est survenu, tu vas devoir t’opposer à ton père. Si je n’ai pas réussi à changer son attitude quand nous étions ensemble, je ne le laisserai pas détruire ton avenir après ma disparition, et je serai dans la mort la mère courageuse que je ne suis pas parvenue à être de mon vivant…

J’ai pris une décision avant de mourir, celle que tu puisses choisir ta vie, malgré Barou. Dans ce but, je t’ai confiée à ton oncle. Il fera un père attentif et aimant pour toi, le meilleur que l’on puisse trouver. Je sais que l’amour qu’il me portait s’est transformé en tendresse infinie, la même que celle que je partage avec lui. Il m’est arrivé parfois de me demander quelle existence j’aurais menée si c’était lui que j’avais aperçu en premier et non Barou… Sûrement rien, j’ai aimé ton père à la folie et, pour lui, sans la moindre pression de sa part, je serais allée au bout du monde. Les sentiments que j’ai éprouvés pour Bonneau étaient très différents, mais tout aussi profonds. Il représentait le frère que je n’ai jamais eu la chance de voir grandir, puisque le mien est mort brûlé vif… Je sais son courage, il respectera l’engagement qui est le sien et lui, comme Mélinda et Hamelin, l’exécutera pour moi et pour te protéger. Ce qu’ils m’ont promis constitue un acte dont ils vont souffrir, car ils aiment Barou autant que moi et ils prennent le risque de briser la vie de leur frère ou ami. Ma confiance est absolue, aucun d’entre eux ne faiblira le moment venu.


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