Le début de l'histoire de La Porte des Temps de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy

Note : 4.6 / 5 avec 284  critiques

Le début de l'histoire de La Porte des Temps

Résumé succinct des tomes 1 à 4 - première époque de la saga d'Aila

Aila a grandi dans le comté d'Antan, élevée par son oncle et entourée par Mélinda, la châtelaine et Hamelin, le mage du comté. Sa volonté est de devenir une combattante et, poussée par son oncle, elle participe à des joutes orchestrées dans le but de sélectionner les membres de la garde rapprochée du roi Sérain d'Avotour. Finalement choisie, elle commence par être envoyée en mission en compagnie du fils aîné du roi, Hubert. Peu à peu, ses talents de combattante empruntent des voies inhabituelles qui semblent décupler ses sens et sa perception du monde qui l'entoure. Troublée, elle ne découvre que plus tard l'origine de tous ces bouleversements, liée aux pouvoirs que les fées partagent avec elle à son insu. Dorénavant, la vie en a décidé pour elle, elle n'aura plus qu'autre choix que celui d'accepter ses nouvelles aptitudes et toutes les conséquences, bonnes ou moins bonnes, qu'elles induiront.

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L'heure est grave. Venu du nord, un empereur, Césarus, avance vers eux pour conquérir Avotour et tous les pays environnants. Il apparaît si puissant que tous doutent de leur capacité à le contrer. Convaincu de la nécessité de créer des alliances même avec leurs ennemis de toujours, Sérain d'Avotour envoie son fils cadet, Adrien, en compagnie d'Aila, vers le pays hagan. La route des deux compagnons emprunte des chemins de traverse et amène la jeune fille à semer dans les esprits des villageois le souffle d'un espoir insensé : pour lutter contre Césarus et pourquoi pas le vaincre, la seule solution réside dans le fait de s'allier et de se battre tous ensemble pour la liberté.

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Parvenue aux frontières du pays Hagan, Aila récupère les affaires d'une chamane, Marça, qui vient de rejoindre les esprits de la Terre. À peine la tenue revêtue et la bague passée à son doigt, elle se retrouve dans une grotte, accueillie par une femme cachée dans l'ombre. Cette dernière lui révèle qu'elle est à présent, Topéca, la première chamane guerrière. Aila, sans pidement, Aila affirme sa nouvelle personnalité : elle est Topéca, la première chamane guerrière et le sol comme le ciel vibrent sous sa puissance au son des clochettes de son kenda. Elle va d'ailleurs prouver rapidement à tous que les esprits de la Terre l'habitent et crée La Tribu Libre regroupant les opposants de la Tribu Principale. Redescendue dans la plaine d'Avotour, Topéca redevient Aila au grand désespoir de cette dernière qui se perd entre ses différents rôles.

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La lutte n'est cependant pas terminée et Aila parvient à renverser le roi du Faraday pour le remplacer par son frère. Alors qu'elle continue de combattre son destin, la clarté d'un regard lui donne envie d'aimer et d'être aimée. Malheureusement, au petit matin, l'Oracle l'appelle et elle quitte tous ses amis, même lui... Désespérée, elle renonce à tout. Cependant, sa quête ne restera pas solitaire très longtemps, car elle est rejointe par Niamie dans un premier temps, puis par Hang.

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Au coeur du pays Hagan, après deux confrontations avec la sorcière, Aila retrouve Amata et devient la nouvelle porteuse de L'Oracle de Tennesse. Sous le déferlement de la connaissance, Aila s'efface totalement, mais Niamie s'y oppose de toutes ses forces et permet à la jeune femme de renaître derrière la personnalité si particulière de l'Oracle, l'amenant à organiser petit à petit sa double vie.

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Parvenue en Épicral, Aila se lie d'amitié avec la reine Hatta avant de rejoindre la reine Alsone en Estanque. Sans toutefois rallier cette dernière à Avotour, elle obtient la participation de ses soldats. Ses relations avec Hang s'étant nettement dégradées, leurs chemins se séparent.

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L'Oracle est une source incroyable de connaissances dont Aila s'enrichit pour mieux comprendre la façon de vaincre Césarus tandis qu'elle développe une nouvelle magie qui la rend lumineuse : la magie ancienne. Rebelle, exclusive, cette dernière ne lui offre aucune réponse et chacun des progrès d'Aila se paie au prix fort. Une petite et dangereuse incursion dans le cerveau de Césarus lui en apprend beaucoup sur les projets de son ennemi et Aila commence à organiser la résistance.

Devenue La Dame Blanche, elle organise les grandes batailles de la Wallanie qui verront la défaite et le décès de Césarus. Naaly, fille d'Aila sera la clé de ce succès. Le monde retrouvera la paix, tandis que Pardon et Aila mèneront une vie rangée.


Début du tome 5 - La Porte des Temps

PLus de quinze ans se sont écoulés depuis les dernières grandes batailles de la Wallanie, quinze ans depuis la disparition de la magie… Aila et Pardon vivent à Antan, avec leurs deux enfants : Naaly, seize ans et Tristan, quatorze ans et demi. Si Naaly est dynamique et plutôt rebelle, au contraire, Tristan apparaît effacé tout autant par son physique que sa personnalité. Pardon avec Hang et Bonneau ont repris le manège de Barou et Aila s'occupe comme elle peut.

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Dans l'ombre, une femme grimée manœuvre pour obtenir une clé, celle qui ouvrira La Porte des Temps. Grâce à elle, elle espère changer le passé et sauver la personne qu'elle aime le plus au monde. Malheureusement, elle ne sait ni à quoi elle ressemble ni comment l'utiliser, mais elle est prête à tout pour le découvrir et, quand sa dernière tentative se révèle vaine, elle passe à l'action. Qui peut détenir cette connaissance, sinon un Oracle ?

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En Avotour, la relation entre Aila et Pardon se dégrade jour après jour. En effet, Aila s'accroche lamentablement à un désir de troisième enfant qui se refuse à elle, se sentant davantage perdue à chaque nouvel échec. De plus, ses relations avec sa fille s'avèrent parfois compliquées, rendant la situation encore plus pénible à supporter, jusqu'au moment où, sans en comprendre réellement la raison, elle quitte sa famille.

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Quand Pardon découvre la disparition de sa femme, sa colère explose froidement et il refuse de lui courir après. Mais son fils ne lui laisse pas le choix. Persuadé que sa mère court un danger, il s'enfuit lui aussi de la maison, obligeant ainsi son père à le suivre, accompagné de Naaly et Hang, qui abandonne sa femme, Niamie, enceinte.

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Bientôt, Aila rencontre une vieille femme en difficulté qu'elle raccompagne chez elle et passe la nuit dans sa maison. Celle-ci lui annonce un avenir terrifiant avant de lui offrir un flacon et une pierre qu'elle attache autour de son cou. Le lendemain, Aila repart sans se souvenir de la conversation ni des présents.

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Après une escale à Avotour, Aila repart juste avant que son mari arrive avec ses compagnons. Pardon, soulagé, retrouve son fils et décide de repartir avec Hang tout en laissant ses enfants à la garde de Bonneau. Mais, encore une fois, Tristan échappe à la surveillance de son grand-père, entraînant à sa suite, Sekkaï, le fils de Sérain et de Lomaï d'Avotour, puis sa jumelle, Merielle, accompagnée par Naaly.

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Attaquée par des bandits qui lui dérobent son cheval, Lumière, Aila chute et perd la mémoire. Tandis que Pardon et Hang suivent la piste de la jument, la troupe d'adolescents, guidée par Tristan, s'engage sur les traces d'Aila.

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Lire le premier chapitre gratuitement

➀ Début d'Aila et la Magie des Fées ➁ Début de La Tribu Libre ➂ Début de L'Oracle de Tennesse ➃ Début de La Dame Blanche ➄ Début de La Porte des Temps ➅ Début d'Une Vie, voire Deux ➆ Début d'Un Éternel Recommencement ➇ Début de L'Ultime Renoncement ➀ à ➃ Début de La Première Époque ➄ à ➇ Début de La Deuxième Époque Tous les débuts des romans de fantasy


Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Aila avançait sur la route vers Niankor, le cœur en miettes. De toutes les épreuves qu'elle avait été amenée à traverser jusqu'à présent, celle-ci était, de loin, la plus cruelle et certainement la plus injuste…

Alors que les souvenirs de sa nuit repassaient en boucle dans sa tête, tout son être se révoltait à la simple pensée d'être séparée de lui… Tant de chemin parcouru pour parvenir à aimer et être aimée auquel succédait le vide insondable de l'abandon…, sauf que c'était elle qui avait renoncé, et ce, de façon définitive parce qu'elle ne connaissait pas d'autres voies possibles. Et si, pour une fois, elle refusait le destin qui lui était imposé ! Et si elle envoyait promener cette existence emplie de contraintes qui brisaient sa résistance et sa vie ! Il lui suffirait de faire tourner bride à Lumière pour galoper vers Avotour et ainsi rejoindre l'homme qu'elle avait choisi, exactement comme son cœur le souhaitait. Aila fronça les sourcils. Mais pour combien de temps ? Jusqu'à ce que l'empereur Césarus les eût tous anéantis pour la simple raison qu'elle aurait refusé l'inexorable fatalité qui était la sienne… Comment pourrait-elle ignorer qu'elle condamnerait les nations à plier l'échine devant ce dictateur sanguinaire jusqu'à l'agonie, trois fois rien, en somme… Elle soupira de regret, elle aurait dû l'accepter depuis le début ; aimer lui serait impossible… Dans quelle mesure pouvait-elle lutter contre son inexorable destin ? Ou comment le moindre sentiment pourrait-il s'épanouir dans un pays réduit en esclavage, peuplé d'hommes et de femmes qui mourraient à chaque instant ? Certaines décisions résultaient d'une absence d'alternative et sa brève rébellion lui parut soudain ridicule, presque risible. Un dernier soupir, long et triste, puis elle se résigna à poursuivre sa route, cherchant désespérément à éteindre la voix intérieure qui lui criait de repartir vers lui… Tiraillée entre son désir intime et le choix devant lequel elle s'inclinait, elle éprouvait tout à la fois l'envie de hurler, de pleurer et de taper. Mais, renonçant à suivre son cœur, elle se contenta de fixer la voie qui se déroulait face à elle, terriblement seule et malheureuse, certaine, instinctivement, que jamais l'Oracle ne la laisserait rebrousser chemin… L'heure du déjeuner approchant, elle décida de s'arrêter à côté d'un champ pour permettre à Lumière de se reposer un peu. Elle n'avait pas faim et resta simplement assise sur une souche à regarder dans le vide, préférant l'absence de pensées conscientes à des sentiments trop violents et douloureux…

Alors qu'Aila s'apprêtait à repartir, un bruit de sabot lui fit tourner la tête en direction d'Avotour. Un rêve fou l'envahit soudainement et son cœur bondit dans sa poitrine, mais la surprise se révéla à la hauteur de la désillusion. Niamie ! C'était Niamie… Il ne manquait plus que ça ! Elle ouvrit la bouche pour l'interpeller à propos de sa présence, mais la petite fille la devança et, d'un ton assuré, lui demanda :
— Pourquoi ne m'as-tu pas attendue ? Je t'avais dit que nous partirions ensemble.
Saisie par la teneur de ces propos, la jeune femme la fixa un instant avant de réagir.
— Niamie, tu dois retourner au château. Ta place n'est pas à mes côtés.
— Mais si, Aila ! Je viens sauver Amata avec toi ! Nous devons être toutes les deux pour y parvenir.
La combattante resta silencieuse, abasourdie, cherchant à assimiler le sens des mots prononcés, sans succès. Incertaine, elle hasarda :
— De quoi parles-tu ?
— L'Oracle de Tennesse, il m'a appelé aussi ! Souviens-toi, je te l'ai dit !
Ébranlée, Aila secoua la tête. Certaines phrases, incomprises sur le moment, lui revenaient effectivement en mémoire. Vaguement excédée, elle fixa sa jeune amie longuement avant de capituler. Après tout, si l'Oracle avait également invité une gamine pour partager sa vie aventureuse, très bien ! Mais il était juste temps de cesser de lui compliquer ses journées à tout bout de champ ! Après tout, son existence partait déjà en lambeaux, alors, finalement, un peu plus, un peu moins, quelle différence pour elle ?
— Bon, allons-y, concéda Aila d'un ton maussade.
La combattante enfourcha Lumière et reprit son voyage, enfermée dans un silence obstiné, suivie par une Niamie, pas le moins du monde perturbée par l'attitude revêche de la jeune femme.
Au milieu de la forêt clairsemée, la route défilait lentement, presque irréelle sous le regard d'Aila qui n'avait pas daigné ouvrir la bouche depuis des heures, murée dans une profonde résignation. Cette situation morose aurait persisté encore longtemps si une question dérangeante n'avait soudainement surgi dans son esprit. Elle se mordit les lèvres, persuadée de la réponse qu'elle allait obtenir en la posant à Niamie et, d'avance, profondément ennuyée par son contenu.
— Niamie, as-tu mangé depuis ce matin ?
Souriante, l'enfant secoua la tête et la culpabilité étreignit le cœur d'Aila. La combattante poursuivit :
— Nous parviendrons bientôt au prochain village. Nous nous installerons à l'auberge et je te promets qu'une fois dans la salle, tu pourras dévorer tout ce que tu veux.
Le visage de la fillette s'éclaira un peu plus tandis qu'Aila l'observait avec attention, se demandant quelle force intérieure permettait à Niamie de résister à toutes les épreuves traversées depuis leur rencontre : la disparition de toute sa famille, la souffrance et le souvenir d'une mort presque inéluctable, une nouvelle vie si différente de la première et, aujourd'hui, un départ vers un monde inconnu… Rien ne semblait atteindre sa petite compagne. Alors que l'estomac de Niamie devait crier famine, celle-ci, le regard clair et serein, n'en paraissait nullement affectée. Peut-être était-ce en raison de cet optimisme inébranlable et de cette lumière si personnelle que l'Oracle avait choisi Niamie pour soulager le chagrin d'Aila.

Malgré une allure plus rapide, une bonne heure de route s'écoula avant d'apercevoir le village en fin d'après-midi. Seule, Aila aurait sûrement avancé plus loin et dormi en forêt, mais la situation venait radicalement de changer, elle devait tenir compte de la fatigue de la fillette. Parvenir à l'unique auberge fut aisé et se débarrasser de leurs affaires dans leur chambre vite fait. Amusée, Aila remarqua que, comme elle, Niamie saisissait son kenda au moment de sortir de la pièce. Elle se demanda ce que Bonneau avait pu apprendre à sa petite élève le temps des quelques leçons dispensées à Avotour.
Installées dans la salle, les deux filles commandèrent un repas chaud. Alors que Niamie entamait avec entrain son assiette au fumet appétissant, Aila se contenta d'en remuer le contenu sans appétit et finalement d'en avaler une bouchée à contrecœur. Comme si son estomac contracté ne suffisait pas, un nouveau sentiment de malaise s'empara d'elle et, bientôt, des pensées étrangères et malveillantes s'infiltrèrent dans son esprit : elle courait un danger. Non, elles couraient un danger ! Quelle idée saugrenue que celle d'entraîner une gamine innocente dans sa vie périlleuse avait traversé ce maudit Oracle !
L'attitude d'Aila ne changea en rien sinon qu'elle se pencha vers Niamie et lui glissa à voix basse :
— Comment te débrouilles-tu au kenda ?
— Bonneau affirme que je deviendrai bientôt aussi bonne que toi, répondit la fillette avec un aplomb naturel qui arracha un sourire fugace à la combattante.
Probablement agile et rapide, Niamie ne disposait assurément pas du bénéfice de l'âge, ni même de celui de l'expérience… Le regard d'Aila parcourut la pièce autour d'elle d'un air nonchalant, sans parvenir à y détecter la source du danger. Ce dernier pourrait-il venir de l'extérieur ? Ses sens en éveil jusqu'à la fin du repas, elle guetta la moindre manifestation hostile et, pourtant, aucun événement ne se produisit. Malgré tout, son sentiment d'alerte persistait, preuve que la menace n'avait pas disparu. Qu'attendaient donc ces nouveaux ennemis pour attaquer ? Pendant ce temps, Niamie, insouciante, vidait tous les plats, se régalant visiblement, heureuse de pouvoir apaiser sa faim. Une fois rassasiée, elle leva ses yeux brillants de plaisir vers Aila.
— Que faisons-nous maintenant ?
— Nous allons retourner là-haut. Mais, d'abord, laisse-moi régler l'aubergiste.
Celui-ci l'accueillit avec bonhomie, discutant de choses et d'autres, de toute évidence inconscient des manigances qui se tramaient autour de son établissement.

Parvenue dans leur chambre, en fermant les volets d'un geste lent, Aila jeta un rapide coup d'œil par la fenêtre dans la rue sombre et d'apparence tranquille, mais elle ne se fia pas à sa première impression ; elle se sentait surveillée sans pouvoir en localiser l'origine. En aucun cas, ceux qui l'attendaient ne la laisseraient fuir par ici. Cependant, d'autres ouvertures existaient dans l'auberge et l'une d'entre elles leur permettrait obligatoirement de s'échapper. Elle attira sa compagne d'infortune à ses côtés sur un lit.
— Niamie, si je ne désirais pas que tu m'accompagnes, ce n'est pas que je ne voulais pas de toi, mais parce que le danger croise mon chemin en permanence. Tu ne devrais pas avoir à risquer ta vie à cause de moi…
La fillette ouvrit de grands yeux, l'écoutant avec concentration, tout en mordillant son ongle. Aila poursuivit :
— Des hommes dont j'ignore encore tout m'attendent, animés de mauvaises intentions. Nous allons devoir quitter l'auberge discrètement et rejoindre les chevaux pour nous enfuir. Te sens-tu prête à m'obéir au doigt et à l'œil ?
Niamie opina.
— Alors, enfile ton sac, je m'occupe des sacoches et des kendas. Une idée commence à germer dans ma tête pour nous sortir de cette situation inconfortable.
La combattante entrebâilla le battant qui donnait sur le couloir et vérifia que le lieu était déserté. Elle amena la petite fille à la suivre et, à pas de loup, elles longèrent le vestibule sombre et vétuste, attentives au moindre grincement des planches mal ajustées qui révélerait leur tentative de fuite. Rapidement, elles parvinrent à un escalier étroit qui montait vers les combles et s'y engagèrent. Une vingtaine de marches plus haut, une porte close leur barrait le chemin et, d'un geste de l'esprit, Aila la déverrouilla. Elle découvrit une minuscule pièce mansardée, encombrée d'objets hétéroclites et poussiéreux, exactement ce qu'elle cherchait : un endroit discret et à l'écart. S'approchant lentement de la lucarne aux carreaux sales, elle l'ouvrit légèrement et observa la configuration du lieu en contrebas ; à peine éclairée par la lumière d'une torche lointaine, l'arrière-cour de l'auberge servait de dépotoir, mais présentait le défaut majeur de se situer trois étages plus bas. Quitter cette chambre ne serait pas facile pour Niamie et Aila allait devoir faire preuve d'inventivité pour les sortir toutes les deux de ce mauvais pas. Elle réfléchit. Le petit appentis, bâti sur la droite, pourrait être utilisé comme point de chute, mais restait inaccessible pour une enfant. En revanche, si elle parvenait à amener Niamie jusqu'en bas par un autre moyen, il lui servirait d'étape pour la rejoindre. Cette solution apparut la plus simple à mettre en œuvre. Après avoir fouillé dans son sac, elle emmena la fillette près de la fenêtre pour lui expliquer son projet.
— Regarde, je vais t'attacher avec cette corde et, une fois assurée, tu pourras atteindre le bord du toit en contrebas. Ensuite, tu n'auras plus qu'à basculer, puis te laisser porter, c'est moi qui te descendrai jusqu'au sol. En bas, il te restera à te détacher. Est-ce que tu sauras rejoindre l'écurie et harnacher nos chevaux ?
L'air concentré, Niamie opina avant de préciser.
— J'aurai sûrement un peu de mal pour la bride de Lumière, mais je parviendrai bien à me hisser pour arriver à la hauteur de sa tête.
— Bien. Tu raccourciras ses étriers le plus possible et tu coinceras ses rênes pour éviter qu'elles s'accrochent sur un quelconque obstacle. Ce plan te convient-il ?
La petite fille acquiesça avant de demander :
— Et après, je fais quoi des chevaux ?
— Niamie, écoute bien. Tu prends juste le tien et tu pars en laissant les portes entrouvertes. Lumière n'aura plus qu'à se glisser entre ces dernières quand, plus tard, je l'appellerai. Dès que tu as fini, tu me rejoins. As-tu bien tout compris ? Bon, tu es géniale. Maintenant, on passe à l'action !
Aila testa la longueur de la corde et estima qu'elle suffirait à mener Niamie en bas. Elle l'attacha avec soin autour de la fillette, enroulant le bout opposé derrière une poutre. Elle se cala pour éviter d'être entraînée par le poids de l'enfant.
— Allez, ma grande, vas-y.
Niamie enfourcha l'huisserie puis, après un dernier regard vers son amie, amorça lentement sa descente sur les tuiles, s'assurant à chaque pas de rester silencieuse. Cette discrétion tranquillisa un peu Aila qui redoutait cette équipée inhabituelle pour sa petite compagne. À intervalle régulier, la combattante laissait la corde filer, ses muscles bandés et le souffle retenu jusqu'au moment où la tension disparut à l'autre bout : Niamie avait touché terre. Sa pression intérieure enfin relâchée, la jeune femme se redressa et s'approcha de la fenêtre. Un instant plus tard, elle vit sa protégée courir vers les écuries, sans même un regard vers elle.
« Une bonne chose de faite », songea Aila, rassurée. Remontant le filin, elle accrocha sacs, sacoches et kendas d'un côté et fixa solidement la seconde extrémité à une poutre. D'un geste ample, elle balança leurs affaires vers le bord du toit pentu, en espérant qu'emportées par leur poids, elles basculeraient dans le vide. Gagné ! À présent, elles n'avaient plus qu'à suivre le même chemin que Niamie, une fois détaché le nœud qui les retenait encore. Aila laissa rapidement filer le paquet jusqu'au sol. À son tour maintenant ! Un dernier coup d'œil en arrière, puis elle bondit sur la fenêtre avant de se retrouver en équilibre instable sur les tuiles glissantes. Avec précaution, elle s'approcha du bord et estima la hauteur qu'elle devrait franchir trop importante pour sauter directement. Donc, il ne lui restait plus qu'à gagner l'appentis accolé à l'auberge, divisant ainsi sa descente en deux étapes. Circonspecte, elle évalua la distance qui la séparait de son futur point d'arrivée, puis, enfin décidée, s'élança vers le faîtage en contrebas. Elle s'agrippa de justesse à son arête, malheureusement avec moins d'élégance que prévu, son souffle coupé par la rudesse du choc. Lors de l'impact, le crissement des tuiles résonna dans le silence ambiant tandis qu'elle guettait un mouvement des occupants de la maison, prête à intervenir. Rassurée par l'absence de réaction, elle dérapa progressivement vers le bord de la toiture, puis bascula son corps dans le vide, uniquement retenue par ses mains. Sans réfléchir plus, elle lâcha prise et atterrit avec un bruit sourd sur le sol poussiéreux. Elle ne perdit pas une seconde, ramassa leurs affaires pour les entraîner dans l'ombre d'un mur, puis détacha la corde qu'elle enroula et rangea, persuadée de l'arrivée imminente de Niamie. Le temps écoulé lui parut vite long et son inquiétude s'intensifia, elle songea même à partir vérifier où en était la petite fille avant de se forcer à attendre. Aila devait rester consciente que sa partenaire du moment ne comptait qu'une bonne dizaine d'années et qu'elle devait lui accorder sa confiance. Sa patience fut enfin récompensée quand Niamie apparut au coin du mur.
— Tu es formidable ! lui souffla Aila. À présent, est-ce que tu sauras rejoindre la place du village et prendre le chemin que je t'avais montré en arrivant ?
— Oui, mais après, comment pourrai-je avancer dans le noir ?
Par les fées, Aila avait oublié ce détail. Après un instant d'hésitation, correspondant à la durée nécessaire pour choisir une orientation, elle conclut :
— Ne t'inquiète pas, nous allons procéder autrement.
Aila enfila son sac tandis que Niamie faisait de même avec le sien et posa les sacoches sur le poney, puis, se fondant dans l'ombre, elles quittèrent l'auberge, puis le bourg, la combattante tirant la monture derrière elle.

Plusieurs heures s'étaient écoulées depuis leur départ. Elles avançaient dans la forêt noyée par la nuit, au cœur du bruissement des ailes des oiseaux nocturnes et de leurs hululements si singuliers. Depuis longtemps, Aila avait déserté les sentiers battus pour emprunter des layons dont elle pressentait la direction. Sur son cheval, Niamie, éreintée de fatigue, ballottait de plus en plus et la jeune femme comprit qu'elle devrait s'arrêter bientôt. Elle aurait aimé les éloigner plus encore du danger, mais elle devait tenir compte de la présence de son amie. Sa couverture installée sur sol, elle attrapa la fillette qui dodelinait sur sa monture, la posa dessus et l'en enveloppa. Un dernier geste mental lui permit de se tranquilliser : leurs ennemis ne les rejoindraient pas avant un bon moment. Apaisée temporairement, elle se coucha à même le sol et s'endormit rapidement, trop épuisée pour réfléchir.

Au petit matin, le chant vif des oiseaux dans la lueur naissante du soleil réveilla Aila en sursaut. Tous les souvenirs qu'elle avait réussi à tenir à l'écart de sa vie pendant la nuit revinrent en force hanter son cœur et son esprit. La douleur la fit suffoquer, puis reflua lentement. Toutefois, l'heure n'était pas venue de faire un point sur tout ce qu'elle éprouvait. Si le sentiment d'alerte s'était atténué, il n'avait pas disparu pour autant. Elle prépara toutes leurs affaires avant de réveiller Niamie. Une pensée pleine de compassion la traversa, une pensée pour cette demoiselle qui se retrouvait embarquée dans une histoire qui n'était pas la sienne et qui la malmenait… Aila se promit que, quoi qu'il arrivât, elle prendrait soin d'elle. Mais pourquoi entraîner une fillette dans ses aventures périlleuses, et pourquoi pas un nourrisson pendant qu'on y était ! Elle secoua la tête, fâchée par cette vie qui ne cessait de lui jouer des tours pendables. Elle ne s'estimait pas à la hauteur pour s'occuper de cette enfant malgré l'affection qu'elle lui portait… Elle caressa sa joue avec légèreté, l'appelant doucement pour l'éveiller.
— Aila, répondit Niamie en se frottant les yeux, sommes-nous encore en danger ?
— Oui, mais il est loin pour l'instant, c'est pour cette raison que nous devons lever le camp le plus vite possible.
— Où est Lumière ?
— Ne t'inquiète pas pour elle, je crois que, dorénavant, elle sait à chaque instant où je suis…
La combattante fronça les sourcils, mais d'où lui venait cette nouvelle certitude ? Qu'est-ce qui avait changé entre Lumière et elle depuis ce grand trou dans lequel Aila l'avait vue périr ? Toutefois, si au lieu de se poser toujours autant de questions, elle commençait par percevoir une ébauche d'explication, elle se sentirait soulagée.
Aila devançait Niamie, tirant son poney parmi les arbres. Elle était retombée dans un silence attentif, guettant le moindre signe de danger.
— Aila ? Est-ce que tu m'en veux beaucoup de t'avoir suivie ? demanda Niamie d'une voix inquiète. Est-ce à cause de moi que tu as l'air si malheureuse ?
La jeune femme se figea avant de se tourner vers sa compagne de route. Décidément, elle avait encore oublié qu'elle avait en face d'elle juste une petite fille…
— Non. Ma tristesse n'a rien à voir avec toi. Et, s'il n'existait pas de danger, je serais même heureuse que tu sois là.
Niamie hocha la tête avant d'ébaucher un sourire mutin.
— Et si je te fais un câlin, tu seras moins triste ?
— J'en suis persuadée, mais, pour l'instant, il faut me laisser un peu de temps avant d'en profiter pleinement.
Cette réponse parut rassurer la fillette dont le visage s'illumina. Elles repartirent côte à côte.

Lumière arrivait, Aila le percevait. Elle savait aussi que, derrière sa jument, le danger se rapprochait également sous la forme de six hommes, tous déterminés, dont un, encore caché dans l'ombre, bien plus que les autres… Elle ne détectait que des bribes incompréhensibles de leurs pensées, mais suffisantes pour deviner qu'ils voulaient la tuer au plus vite. Pour l'instant, sa principale préoccupation consistait à mettre Niamie à l'abri et, pour y réussir, elle courait dans la forêt, entraînant la fillette dans son sillage, cherchant de tous ses vœux, un endroit qui la dissimulerait. Enfin, elle distingua une vieille bicoque à demi délabrée et l'atteignit sans prendre la peine d'effacer ses traces. Elle y installa Niamie et lui expliqua :
— Je ne dispose que de très peu de temps pour t'éloigner du danger. Tu dois rester ici et surtout ne pas te montrer. Les hommes qui nous suivent ne s'embarrasseront pas d'un témoin s'ils te découvrent. Est-ce que tu me comprends ?
Niamie hocha gravement la tête. Libérée de sa nouvelle responsabilité, Aila partit à vive allure, désireuse d'attirer le futur combat loin de la fillette. Elle lança un appel vers Lumière pour qu'elle la rattrapât, maintenant.


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