Aila a grandi dans le comté d'Antan, élevée par son oncle et entourée par Mélinda, la châtelaine et Hamelin, le mage du comté. Sa volonté est de devenir une combattante et, poussée par son oncle, elle participe à des joutes orchestrées dans le but de sélectionner les membres de la garde rapprochée du roi Sérain d'Avotour. Finalement choisie, elle commence par être envoyée en mission en compagnie du fils aîné du roi, Hubert. Peu à peu, ses talents de combattante empruntent des voies inhabituelles qui semblent décupler ses sens et sa perception du monde qui l'entoure. Troublée, elle ne découvre que plus tard l'origine de tous ces bouleversements, liée aux pouvoirs que les fées partagent avec elle à son insu. Dorénavant, la vie en a décidé pour elle, elle n'aura plus qu'autre choix que celui d'accepter ses nouvelles aptitudes et toutes les conséquences, bonnes ou moins bonnes, qu'elles induiront.
L'heure est grave. Venu du nord, un empereur, Césarus, avance vers eux pour conquérir Avotour et tous les pays environnants. Il apparaît si puissant que tous doutent de leur capacité à le contrer. Convaincu de la nécessité de créer des alliances même avec leurs ennemis de toujours, Sérain d'Avotour envoie son fils cadet, Adrien, en compagnie d'Aila, vers le pays Hagan. La route des deux compagnons emprunte des chemins de traverse et amène la jeune fille à semer dans les esprits des villageois le souffle d'un espoir insensé : pour lutter contre Césarus et pourquoi pas le vaincre, la seule solution réside dans le fait de s'allier et de se battre tous ensemble pour la liberté.
Parvenue aux frontières du pays Hagan, Aila récupère les affaires d'une chamane, Marça, qui vient de rejoindre les esprits de la Terre. À peine la tenue revêtue et la bague passée à son doigt, elle se retrouve dans une grotte, accueillie par une femme cachée dans l'ombre. Cette dernière lui révèle qu'elle est à présent, Topéca, la première chamane guerrière. Aila, sans avoir la moindre idée de ce que signifie être chamane, endosse ce nouveau rôle sans joie… Accompagnée par Adrien devenu Kazar, elle quitte Avotour pour le pays Hagan.
Plus rien ne va… Depuis qu'Aila est devenue Topéca, Adrien et elle se parlent à peine. Rapidement, le prince réalise que la jeune femme, une fois de plus, porte sur ses épaules un fardeau beaucoup trop lourd et tente la réconforter : Aila ne peut pas disparaître aussi facilement derrière Topéca. Rassérénée par les propos de son compagnon, la nouvelle chamane reprend la route sur les sentiers montagneux, le coeur apaisé.
Leur chemin les mène à la rencontre de la tribu Appa dont le chef se nomme Quéra. Dès cet instant, Aila affirme sa nouvelle personnalité : elle est Topéca, la première chamane guerrière et le sol comme le ciel vibre sous sa puissance au son des clochettes de son kenda. Elle va d'ailleurs prouver rapidement à tous que les esprits de la Terre l'habitent en sauvant les uns après les autres les enfants de la tribu tombés malades. Cependant, chez Topéca comme chez Aila, rien n'est offert aux autres sans qu'elle en paye le prix. C'est sous les regards inquiets des mères de la tribu que la chamane épuise son énergie dans le seul but de préserver des vies.
Mais la lutte ne fait que commencer. Derrière cette maladie insidieuse se cachent l'ombre de sorciers et leur perversité. Face à cette certitude, les détruire peu à peu devient une évidence, mais comment ? À présent, le moment est venu d'en affronter un parmi eux. Mais est-il possible de vaincre ces représentants du mal ? Quelle puissance nouvelle et inédite Aila - Topéca déploiera-t-elle pour y parvenir ?
Après le 1er tome, place au 2e que j'ai commencé à lire très rapidement ! Aila nous surprend une fois de plus avec ses nouveaux pouvoirs, son nouveau combat, ses nouvelles difficultés qui la font tant douter… Elle nous prend au coeur des tripes, on s'accroche, on suspend sa respiration à chaque action… On fait défiler les pages, au travail, en voiture, partout on l'on peut… La curiosité et l'affection que l'on porte aux personnages nous porte dans un univers magique et réel à la fois… Il entraîne également sur des réactions primaires, oui primaires ^^ un collègue m'a fait la blague de cacher mon livre quand je voulais le lire et je devais absolument finir la page pour comprendre un moment important du livre, je suis devenue folle à le chercher partout !!!!! Et quand je l'ai retrouvé, je lui ai fait passer un mauvais quart d'heure !!
J'ai fini le 2e tome il y a 3 jours et ma lecture préferée me manque !! vivement le 3e tome… Cela faisait très longtemps que je n'avais pas pris autant de plaisir à lire un livre… Un grand Bravo à cette auteur à un avenir très prometteur !!
… et c'est un exploit. Superbe.
Ce deuxième tome s'inscrit dans la foulée du premier, avec le même brio, un panache encore plus grand… et les mêmes forces et faiblesses malheureusement. Il faudra attendre le tome trois pour un peu plus d'ouverture.
Aila reste au centre d'un récit qui tour à tour vous donnera des ailes et vous vous fera sombrer dans le chagrin.
Catherine améliore encore son style, et nous fait vivre Aila-Topéca avec une force inédite.
Et rien d'autre. Si vous aimez votre fantasy uniquement pour les mondes créés, passez votre chemin. La saga d'Aila est uniquement celà — Aila. Et c'est sublime.
La force du tome deux est le chamanisme, non pas dans le récit raconté, mais dans le style de celui-ci. Il vous emporte dans quelque chose de plus grand, de vibrant… C'est la force évocatrice de l'écriture qui porte le récit et le rend possible.
Et une fin qui vous laissera sur vos dents… pendant une bonne partie du tome suivant également.
C'est avec regret que j'ai refermé le chapitre Topéca, et une grande tristesse de cette époque révolue pour Aila.
J'avais découvert le tome 1 grâce aux commentaires des lecteurs précédents et avait trouvé ce roman de fantasy très original.
Avec le tome 2, La Tribu Libre, le qualificatif « prenant » est plus approprié tant j'ai été est happé par la quête d'Aila dans les montagnes haganes, ses combats contre la sorcière et les sorciers, sa confrontation avec la grande souffrance, le château de Faraday — pour la partie action —, mais aussi par les nouvelles amitiés qui se nouent avec quelques Hagans, sa rencontre avec les chamans et les esprits de la terre et enfin l'apothéose de Topéca.
Que du bonheur dans un style alerte, que de l'action avec des rebondissements toujours inattendus, que des dialogues passionnants avec Adrien et Pardon, que de beaux sentiments avec Hang et Hatta…
Un point négatif pour équilibrer mon commentaire : le dernier chapitre m'a surpris au plus haut point et ce qui s'y passe a causé une immense frustration m'obligeant à acheter L'Oracle de Tennesse.
Encore une fois, Catherine Boullery nous emmène dans son univers. Si on vous êtes fan de Robin Hobb ou dans une moindre mesure du Seigneur des anneaux, cet univers pourra vous sembler familier, mais néanmoins original tant par les idées que par l'écriture fluide et efficace.
Ne prévoyez pas trop de choses à faire après avoir ouvert ce livre, on le dévore, comme le premier tome ! Je m'étonne cependant de ne pas trouver ce livre en papier… merci donc au format numérique de nous permettre de profiter de cette saga dont j'attends la suite, avec impatience !
J'ai de nouveau plongé dans cet univers envoûtant et il était difficile d'en sortir. Alors que je lis de moins en moins en ce moment, j'ai profité de chaque minute de temps libre pour sortir mon livre de fantasy et avancer dans l'histoire.
Il est assez facile de s'identifier à ce personnage d'Aila. Elle cherche qui elle est vraiment (mais sait-on un jour réellement qui nous sommes ?) Du coup, sa quête dans ces différents mondes fait ressortir ses diverses personnalités (et chacun de nous se comporte différemment selon son environnement). En ajoutant bien sûr toutes les aventures qu'elle vit (mais qui n'a pas rêvé un jour de lâcher sa petite vie tranquille pour partir à l'aventure ?), ça donne un superbe roman ! Bravo !
Quel bonheur de retrouver Aila dans ce second tome et de se laisser de nouveau complètement happer par sa quête, portée par un souffle qui anime le livre du début à la fin et nous laisse au bout un peu haletant… et dans l'attente de repartir dans le tourbillon des aventures du tome 3, dès qu'il sortira! Un grand merci pour ce plaisir de lecture renouvelé!
Donc merci encore… et pas merci!
Merci encore pour le plaisir inouï que j'ai retrouvé à dévorer le 2e tome d'Aila. Et pas merci, car je l'ai stupidement commencé vers 19 h ce soir et que je le finis juste (minuit et demi passé), moi qui restais tranquillement à la maison pour me coucher tôt et me reposer un peu… !
Après avoir découvert Aila dans le tome 1, je n'ai pu m'empêcher de me jeter avidement sur le second. Spielberg, James Cameron et compagnie devraient, je le pense, se pencher sur la littérature indépendante française. Celle-ci, grâce à des plateformes telles qu'UPblisher, se positionnant en complément des circuits Parisiens, voient de véritables talents émerger. C'est ce pourquoi je parle de littérature, car même si l'imaginaire et la fantaisie sont une force dans cette œuvre, elles ne l'en dépossèdent pas de son style d'écriture remarquable. Ici, nul empaquetage, nulle formule enrobée ; juste de l'essentiel, du pertinent, et du dépouillé. Un style qui va droit à l'imaginaire et au rêve. C'est bien le terme qui s'impose. La Tribu Libre, le pays hagan, Aila-Topéca : tout cet univers ne peut que transporter les âmes dans un monde parallèle « libre » à chacun. Tout lecteur y verra sa propre tribu libre, sa propre Aila, et construira ses propres espoirs sur ce synopsis. La projection est inévitable, et le voyage n'en est que plus beau.
Accrochez-vous, Catherine Boullery est une auteure qui n'a pas fini de vous surprendre. Son arme la plus douce réside dans l'envoûtement de ses textes. Le suspens qui y règne, la poétique et la poésie qui s'en dégagent, la stylistique de la magie et des sens: tout vous dépossèdera de votre quotidien pour un monde haut en couleurs. L'effet persistera même après avoir refermé la dernière page, et vous attendrez impatiemment le prochain tome.
Alors de ma petite expérience en lettres, j'apprécie l'ouverture de ces éditeurs. Ils ont eu raison de se pencher sur cette collection d’œuvres : la vie d'Aila vous rapportera !
PS : Quel supplice de ne pas savoir avec qui elle a passé sa dernière nuit au château d'Avotour…! Mais c'est génial : bravo… ! Ce sera un best seller…
Aila s’étendit sur son lit, derrière son paravent, dans la pénombre. Elle avait besoin de solitude et de calme pour trier les pensées qui se bousculaient dans sa tête. Trop de changements venaient de se produire dans sa vie et elle, qui croyait avoir réussi à tout gérer, se retrouvait en fait dépassée par ces événements qui se succédaient trop vite. Elle était trop lucide pour ignorer que d’autres secrets gravitaient autour d’elle : l’attitude de Barou, par exemple. Sa mère semblait en connaître la raison, puisque sa lettre l’invitait à en découvrir l’explication dans le passé de son ancien père, si jamais un jour elle souhaitait lui pardonner. Qui d’autres pouvait le savoir ? Bonneau ? Il était son frère après tout, ils avaient donc partagé leur enfance, mais peut-être la cause était-elle postérieure à leur séparation ? D’ailleurs pourquoi Bonneau était-il devenu maître d’armes, alors que Barou restait fermier ? En fait, en était-il vraiment un ? Et puis lequel des deux était le plus âgé ? Bonneau probablement… Et de combien ? Et qui étaient leurs grands-parents ? Elle savait sa mère fille de châtelain, mais où ? Peut-être un jour l’occasion se présenterait-elle de retourner vers ses racines de ce côté-là… L’avantage d’avoir ses deux « pères » descendant des mêmes parents lui simplifierait la vie et lui épargnerait une double recherche. Les questions se multipliaient dans sa tête et, pourtant, perdant peu à peu leur contrôle, elle s’endormit. Il lui sembla avoir à peine fermé les yeux qu’un appel lui vrilla les tympans :
— Aila, es-tu là ?
La voix d’Hamelin la sortit brutalement de sa torpeur et elle lui répondit qu’elle arrivait.
— Suis-moi, lui dit-il, il faut que nous parlions.
— Quelle heure est-il ? Je n’ai pas mangé.
— Tu prendras un en-cas en passant par les cuisines si tu en as envie, mais ce que je dois t’annoncer s’avère d’une importance primordiale.
Dans l’attitude du mage, Aila nota une fébrilité qui détonnait chez cet homme si placide… Elle se laissa guider, piochant pain et fromage au passage sur les tables garnies de mets et grignota tout en grimpant jusqu’à l’antre d’Hamelin.
— Installe-toi, lui dit-il, désignant une chaise.
Elle obtempéra, ses victuailles dans une assiette à ses côtés. Hamelin ayant disparu dans sa bibliothèque, elle estima qu’il se trouvait près des livres interdits. Bientôt, elle le vit revenir avec deux petits ouvrages, tandis qu’elle se rassasiait.
— Tu connais notre histoire, Aila. Notre pays est celui des fées, mais les gens ne leur accordent plus aucun crédit, elles ont déserté leurs pensées et leurs songes. Si je pouvais partager avec eux ce que je sais, ils ne douteraient plus… Cependant, je n’en ai pas le droit, je suis tenu au secret par un serment éternel. Heureusement, toi, tu te fies à elles, comme moi…
Elle se sentit très mal tout à coup. Elle n’avait jamais souhaité mentir à Hamelin, elle avait juste cessé de remettre en cause ses croyances qu’elle estimait farfelues, pour ne pas le froisser… Elle chercha à rectifier le tir :
— Hamelin, il me paraît délicat, malgré tout, de croire en une légende. Après tout, je ne les ai jamais vues, ces fées, moi…
— Aila ! Ce n’est pas une légende ! Tu ne peux remettre en cause l’histoire de notre pays, même si elle remonte à des siècles auparavant ! Je comprends que tu puisses traverser des périodes d’hésitation, rien de plus légitime et, comme je ne peux te prouver leur existence, tu dois me croire sur parole ! Enfin, revenons à l’essentiel. Voici deux livres : ici, l’original, il n’en existe qu’un exemplaire, que mon maître mage m’a offert quand je le suis devenu à mon tour, et l’autre là, une pâle copie que j’ai réalisée.
Hamelin lui tendit le petit ouvrage, de la taille de sa main, avec une magnifique couverture : elle représentait un champ de fleurs rouges sous un ciel bleu d’été dans lequel le soleil resplendissait. Aila conçut l’idée saugrenue qu’une brise légère agitait les fleurs et qu’elle sentait leur doux parfum chatouiller ses narines… Dans un deuxième temps, elle découvrit le titre qu’elle n’avait pas remarqué de prime abord, en dépit de son talent de fine observatrice : « La magie des fées ». Elle ouvrit le livre avec précaution et, parcourant les pages, perçut cette sensation bizarre que les mots apparaissaient au fur et à mesure qu’elle les lisait et s’effaçaient dès qu’elle les avait survolés. Encore plus étrange, ces mots n’appartenaient pas à sa langue, mais à une autre, inconnue, et, pourtant, elle les déchiffrait sans problèmes… Hamelin, plein d’espoir, la dévorait des yeux :
— Est-ce que tu vois quelque chose ?
— Oui…, mais c’est indéfinissable, voire déconcertant…
— Maintenant, regarde le deuxième exemplaire.
Aila prit l’autre ouvrage à l’aspect classique, avec un titre inscrit sur la couverture, et les couleurs du dessin moins chatoyantes comme… moins vivantes, moins réelles. Elle ouvrit le livre et parcourut ses pages. Quant aux textes, écrits dans sa langue, elle leur donnait difficilement une interprétation, tandis que cela paraissait si limpide dans le premier…
— Tu comprends ce qui est rédigé ? questionna Hamelin, avec une pointe de curiosité.
— Moins bien, répondit Aila, fronçant les sourcils. C’est mon vocabulaire pourtant, mais le sens de ces mots qui se suivent m’échappe totalement.
— Alors que dans le premier, tu as tout assimilé ?
— Oui, tout me semblait plus clair, mais en même temps…
— C’est décidé ! Je te donne le premier livre, Aila.
La jeune fille releva la tête :
— Mais pourquoi Hamelin, il est à vous ! Et puis, voyager dans la sacoche d’un cheval abîmerait ce trop bel ouvrage !
Il soupira et plongea ses yeux dans les siens :
— La magie anime ce livre et non, ne hausse pas les épaules, tu l’as ressentie. Elle seule est responsable de tout ce que tu n’arrives pas à comprendre… Tu lis plus facilement un ouvrage dans une langue dont tu ignores tout, alors que tu déchiffres à peine celui écrit avec ton propre vocabulaire : c’est la magie. Tu vois le soleil poursuivre sa course dans le ciel et des nuages le voiler : c’est la magie, expliqua-t-il, en tendant son doigt vers la couverture.
Les yeux d’Aila suivirent l’index du mage et découvrirent quelques cumulus qui n’existaient pas auparavant. Hamelin continua :
— Tu distingues les herbes et les fleurs onduler sous l’effet d’une brise légère : c’est la magie. Tu sens des odeurs et tu ressens la caresse du vent : c’est la magie. Mais pas n’importe laquelle, celle des fées, dont ce livre t’ouvre les secrets. J’ai longtemps hésité avant de t’en parler, car tu as connu bien trop de chagrins et de bouleversements ; je ne voulais pas te rendre la vie plus compliquée qu’elle ne l’est déjà, mais là, tu vas partir et je m’aperçois que j’ai trop tardé. Tu devras apprendre seule…
Aila écarquilla les yeux, puis secoua la tête. Heureusement que sa sieste l’avait remise d’aplomb, sinon elle aurait explosé… Son cerveau refusait d’intégrer cette nouveauté et elle ne savait plus quoi répondre au mage, sans le blesser, tant les objections se bousculaient dans son esprit :
— Mais, voyons Hamelin, la magie n’existe plus. Rien autour de nous ne la reflète et plus personne ne la pratique…
Il la coupa une nouvelle fois :
— Tu crois ? Vraiment ?…
Et dans ses mains, il fit naître une fleur qui s’épanouit en une poignée de secondes avant de disparaître. Aila, les yeux rivés sur les doigts d’Hamelin, la distinguait encore… Elle resta bouche bée.
— Alors, elle…, elle existe réellement…
Le mage approuva d’un signe de tête.
— Mais pourquoi rien autour de nous ne semble magique ?
— Quand les fées sont devenues invisibles, leur magie a subi le même sort, elle aussi.
— Mais vous êtes visible et vous la connaissez, alors pourquoi ?
— Mon statut de mage me confère ce pouvoir, mais je ne peux l’employer de façon manifeste.
— Allons donc ! Conclusion, moi je suis une fée et j’ai le droit de l’utiliser !
— Pas tout à fait, mais presque…
Aila accusa le coup et creusa la question :
— Pas tout à fait une fée ou pas tout à fait le droit de l’utiliser ?
— D’après mes recherches, probablement seuls les descendants d’Eery et Amien détiennent ce pouvoir.
— Qui c’est ceux-là encore ?
— La seule fée et l’unique homme qui ont partagé un amour charnel ! Aila, tu connais leur histoire, tu l’as déjà lue et relue.
Elle hocha la tête, signifiant qu’effectivement elle s’en souvenait.
— Oh ! Hamelin, voyons ! Ce n’était qu’un conte pour enfants ! Ne me dites pas que je pourrais descendre de personnages légendaires ! Par les fées, j’en perds la raison…
— Aila, je sais que je te demande beaucoup… Je ne dispose que d’un temps restreint pour te convaincre et te montrer comment faire, mais il faut essayer ! Je…
— Non !
La réponse d’Aila claqua comme un coup de fouet, coupant le mage.
— Non, Hamelin, là, je ne vous suis pas. Écoutez, je m’en vais. Ne le prenez pas mal, mais un grand bol d’air frais me paraît indispensable pour remettre les pieds sur terre !
— Garde le livre, au moins, soupira-t-il, presque suppliant.
Il le lui tendit, mais elle le repoussa avec fermeté.
— Non plus ! Je vous le laisse, il est à vous.
Tournant les talons, elle sortit, renonçant in extremis à claquer la porte… Sans réfléchir, elle se dirigea vers la maison qu’elle partageait avec Bonneau, s’allongea sur son lit, espérant s’endormir vite fait et tout oublier sur-le-champ, mais le sommeil ne vint pas tant des milliers de nouvelles questions l’assaillaient. Tout d’un coup, elle se redressa si vite qu’elle en ressentit un haut de cœur. Par les fées, si elle pouvait être la descendante d’un couple mi-homme mi-fée, Aubin aussi ! Peut-être serait-il plus réceptif à ces histoires abracadabrantes… Pour elle, c’était hors de propos ! Elle venait d’acquérir le statut de combattante, alors une magicienne, pas question, et encore moins une fée, si c’était jamais possible !
— Aila, es-tu là ?
Mais qu’avaient donc tous ces gens à lui courir après aujourd’hui ? D’un bond, elle se leva pour ouvrir la porte :
— Oui, Pardon. Que désires-tu ?
— Les représentants de la famille du roi nous convoquent pour nous annoncer le programme des réjouissances.
— Quand ?
— Demain matin, à la deuxième cloche, dans la salle du conseil, et ils m’ont prié de te prévenir maintenant.
— Je te remercie.
— Tu veux nous rejoindre ? Nous fêtons notre réussite avec les copains ce soir.
— C’est gentil, mais je pense que je vais m’entraîner.
— Au kenda ? l’interrompit Pardon, fortement intéressé.
— Oui, probablement.
— Je peux venir ?
Elle sourit au jeune homme dont le regard, plein d’enthousiasme, brillait d’envie. C’est avec regret qu’elle lui répondit :
— Non, Pardon, pas maintenant. J’éprouve un vrai besoin de solitude, pour encore plus de raisons que tu ne peux t’imaginer, mais, si demain nous disposons de temps, c’est promis, je m’exercerai avec toi.
Sur le moment, Pardon eut l’air très déçu, puis il se remit à sourire.
— D’accord, je comprends, mais demain, sans faute ?
— S’ils nous en laissent l’occasion, oui.
— Bien. Je pourrais amener Adam ? Il a vraiment envie que tu lui apprennes à combattre avec un kenda.
— Et c’est tout ? ajouta-t-elle pour plaisanter.
— Ben non, les autres membres de l’équipe aimeraient bien aussi, mais je ne veux pas t’imposer tout le monde.
Elle tomba des nues, ils désiraient tous venir ! Elle réfléchit :
— Si nous sommes tous présents, à cinq combattants, nous pourrons constituer deux paires que je pourrai superviser, oui, c’est envisageable.
— Alors, t’es d’accord ?
Elle adhéra à la proposition.
— Bien ! Je file prévenir les autres ! Merci, Aila, à demain !
Elle le regarda partir en courant, ponctuant son avancée de grands bonds de joie. Elle se mit à rire doucement, puis, récupérant son kenda dans la maison, elle se dirigea vers le manège pour s’entraîner, sans oublier un petit câlin pour Lumière en passant.