Quand le gardien de la porte des temps sonne l’alerte, Kerryen, roi du Guerek, débarque avec ses soldats pour découvrir un être recroquevillé sur lui-même, une femme, dont il se désintéresse aussitôt, au grand désarroi de sa tante, Inou, qui l’a élevé à la mort de sa mère. Désespérée par l’attitude de son neveu, celle-ci choisit un garde, Amaury, pour l’aider à s’occuper de cette invitée inattendue dont la peau porte de nombreuses meurtrissures.
Préoccupé par le désir de conquête d’un empereur noir qui descend du nord, Kerryen écrit aux souverains des pays voisins avec lesquels il devrait s’unir pour contrer la menace : Pagok du Pergun, Péredur du Kerdal, Eddar de l’Entik, Gardj de Brucie. Il rejette toutes les affirmations d’Inou sur l’importance de cette femme dans ce futur combat.
Bien décidée à prouver à Kerryen son erreur de jugement, Inou entreprend de réveiller sa protégée de son actuelle léthargie. Malheureusement, si de légers réflexes semblent réapparaître, l’esprit de celle-ci demeure absent. Pourtant, elle échappe une première fois à la vigilance d’Amaury qui la retrouve en tête à tête avec l’infernal étalon du roi, Ardan, puis à Inou. Alors, une nuit, elle retourne prendre un kenda d’Avotour fixé sur un mur, puis refuse de s’en séparer.
Sous l’impulsion d’Inou, Amaury choisit de l’emmener en ville. Profitant de l’aide de Mira, l’assistante d’Inou, il troque la tenue de la femme pour une autre plus masculine. Cependant, énervé par son manque de réactivité, il tente de lui arracher son bâton. Aussitôt, elle le met à terre. Surpris sur le moment, le garde décide de développer cette ébauche d’autonomie.
Rendant visite à son neveu, Inou découvre dans un courrier que Kerryen a vendu leur invitée pour appâter Eddar. Furieuse, elle part immédiatement chez Mukin, le sage, en compagnie d’Amaury et de sa protégée, confiant à celle-ci comme une ultime vengeance, Ardan.
Mukin s’intéresse à la femme qu’il baptise Ellah en raison de la légende d’Ellah Leiring. La nuit venue, certain qu’elle renaît grâce à l’affection de ceux qui l’entourent, il partage son esprit avec elle, puis entraîne ses compagnons dans la montagne. Devant leurs yeux, un lien inédit se crée entre Ellah et un énorme chien blanc sauvage. Face à tous les bouleversements de sa vie, Inou résiste difficilement. Au matin, le groupe s’ébranle pour rejoindre la maison de Béa, la plus ancienne amie d’Inou. De là, ils décident une visite chez Tournel pour obtenir de lui d’éventuels renseignements sur le fonctionnement de la porte.
Quand un messager leur apprend que la menace est arrivée à proximité de leurs frontières, ils reviennent chez Béa pour y découvrir Kerryen, accompagné de sa demi-sœur, Adélie. Celui-ci en profite pour reprendre Ardan au grand désespoir de la femme, puis identifie entre ses mains un kenda de sa collection. Après un affrontement bref, Ellah défait le garde chargé de le récupérer, puis le confie à Amaury qui le rend à son roi. Alors que Kerryen s’apprête à repartir avec son arme, Ellah la rappelle à elle. Puisqu’elle souhaite la conserver, le souverain lui ordonne d’intégrer sa garnison. Tournel qui a assisté de loin à l’altercation offre à Ellah la traduction d’un précieux parchemin à propos de la porte.
Revenue à Orkys, alors qu’elle surveille la cour remplie de futurs combats, ouvriers, artisans ou paysans, Ellah remarque un jeune garçon qui veut s’enrôler, Raustic. Réalisant que tous ces hommes vont mourir pour rien, elle débarque dans le bureau de Kerryen pour lui suggérer mettre à profit les talents de chacun et, ainsi, éviter leur disparition inutile, mais celui-ci la chasse sans même l’écouter. En dernier recours, elle sollicite l’aide Mukin pour amener le roi à reconnaître la pertinence de ses idées.
Pour avoir désobéi au chef des gardes, Ellah est emprisonnée avec Raustic. Le lendemain matin, quand Kerryen l’apprend, il fait aussitôt libérer les deux captifs. Alors qu’Ellah retourne dans la cour, Amaury la rejoint et lui transmet un message de Mukin. Au même instant, son esprit discerne une grave explosion et, incapable de résister, emprunte Ardan une nouvelle fois. Après avoir prévenu Inou, Amaury se précipite pour la seconder. Croisant sa tante et Béa, Kerryen, frappé par leur attitude comploteuse, se décide à les précéder et se rend chez Mukin par un autre chemin.
Parvenu chez Mukin, le souverain accompagne Ellah et Amaury pour dégager un accès vers la salle effondrée dans laquelle gît le corps du sage. Sans bien savoir comment, Ellah le sauve. Dans le fond de la maison, une étrange ouverture mène par un escalier vers quelques geôles. Dans l’armoire d’une pièce adjacente, elle tombe sur quatre livres dont le premier, un carnet, possède un titre qui la surprend : « Les Portes d’Antan ». En raison de la présence du roi derrière elle, elle ne peut les consulter, mais arrive à subtiliser ce dernier. Alors que Mukin explique les raisons de l’explosion, des expériences sur une substance noire rapportée de ses lointains voyages, Kerryen y voit immédiatement une extraordinaire opportunité pour repousser leurs ennemis.
Malgré ses efforts pour exister, Ellah peine à retrouver ses marques dans ce monde qu’elle redécouvre, de plus en plus sensible à son absence de passé, à son corps meurtri et à son incapacité à envisager un futur, sans parler des informations qui surgissent dans son esprit sans contrôle. Dans la garnison, son intégration dérange et les coups tordus se multiplient.
Au grand désarroi de Kerryen, Allora rejoint Orkys et se révèle d’une aide précieuse dans la planification des défenses du Guerek, tandis que le souverain précise pièges et innovations. Puis, au cours d’un combat dans la cour de la forteresse contre Mukin, Ellah démontre son exceptionnel potentiel, sous le regard admiratif d’Adélie. Observateur lointain, Kerryen la déteste encore plus.
Lors d’une visite à Adélie, la jeune fille parle à Ellah de la magie, mais cette dernière ne sait comment réagir, surtout qu’elle ne maîtrise rien, ni les souvenirs étranges qui reviennent à elle sans choix conscient ni les picotements qu’elle ressent dans les doigts. Préoccupée par son propre sort, elle ne cherche pas à approfondir les mystères qu’elle perçoit dans les propos d’Adélie. Pendant la nuit, elle se rend au col de Brume pour rencontrer Tournel. Une fois, là-bas, l’homme lui explique que le livret qu’elle détient comporte plusieurs langages et qu’il a constaté l’insuffisance de ses connaissances pour le traduire. Cependant, il lui transmet l’original d’un parchemin qu’elle arrive à lire. Son contenu renforce sa décision de retourner à la porte.
Blessée dans un accident, Allora est ramenée au château. Énervée par l’insensibilité de son neveu, Inou reproche vertement à celui-ci sa muflerie. Hanté par les paroles de sa tante, le roi demande Allora en mariage.
Quand Ellah et Amaury atteignent le col, ils apprennent que Kerryen et son escorte sont partis un peu plus tôt vers le Pergun. Alors que les images se précipitent dans la tête de la combattante, celle-ci comprend que l’empereur a envoyé quelques éclaireurs qui ne feront qu’une bouchée de la troupe. Saisissant l’imminence de la menace, elle délègue à Amaury le soin d’aller prévenir la forteresse et dévale la pente. Si elle n’arrive pas à temps pour sauver les gardes, elle se bat aux côtés de Kerryen, soutenue par son chien blanc et l’étalon, puis se débarrasse de l’ultime soldat de Tancral. Dévastée d’avoir tué deux hommes, elle se maudit et ne résiste qu’en raison de la présence de ses animaux, comme de son kenda.
Au pied des fortifications, elle quitte Kerryen pour étudier le marais, puis lui apprend un peu plus tard que leurs ennemis attaqueront le lendemain et que, comme elle, les assaillants voient la nuit. De nouveau à Orkys, elle rejoint la porte qui lui ouvre une petite part de son mystère. Quand Ellah se réveille après un étrange voyage, elle comprend qu’elle ne la franchira plus jamais, refusant de revivre une nouvelle fois une telle épreuve. Alors qu’elle revient, se méprenant sur ses intentions, Amaury l’embrasse et lui propose de l’épouser pour l’empêcher de partir avant de s’apercevoir de l’excès de son comportement. Ellah lui demande de garder son chien, puis retourne au col.
Quand la marée humaine annoncée par Ellah devient visible, Béa, pressée par le temps, déclare sa flamme à Tournel.
Alors que quelques heures précèdent encore l’attaque, le regard d’Ellah erre sur le marais ; elle a oublié l’essentiel. Avec trois compagnons, Raustic, Greck et Jiffeu, elle y descend pour y installer un dernier piège.
Alors que la confrontation avec leurs ennemis débute, un souvenir surgit dans l’esprit d’Ellah. Abattant deux soldats, relais de Césarus, le combat cesse. Ellah sauve Mukin une seconde fois, puis découvre un instant plus tard la mort de son chien qui s’est échappé de la forteresse. Ébranlée par cette perte, elle s’engage dans une mission suicide avant que Césarus ne reprenne la main sur ses guerriers. Accompagnée de Kerryen, elle repart devant la muraille pour faire exploser les barils de poudre. Si le roi retourne derrière la protection temporaire des remparts, Ellah renonce à y rentrer. Cependant, un clapotis étrange la surprend : les hommes de l’empereur traversent le marais. Et une idée jaillit dans sa tête. Bientôt, grâce aux tirs enflammés des archers de Kerryen unis au sien, la totalité de la tourbière s’embrase, brûlant vifs tous les soldats présents. L’armée de Césarus est détournée ; le Guerek a triomphé.
Sans son chien, Ellah ne souhaite plus vivre. Décidant de rendre son kenda à Kerryen, elle rejoint celui-ci dans son bureau et, à la suite d’une discussion animée, escalade la balustrade qui domine la mer Eimée, déterminée à se jeter dans le vide. Mais Kerryen l’empêche de sauter et la ramène dans sa chambre. Ils finissent la nuit ensemble avant de se souvenir que le roi est engagé avec Allora. Pour cet homme, Ellah se donne un sursis, mais, elle n’a pas changé d’avis, la mort l’attend.
Quand Allora de Srill, auprès de qui il s’était engagé, l’a relevé de sa promesse, Kerryen a épousé Ellah. De leur union est née une petite fille, Amylis, et la famille vit heureuse dans la forteresse d’Orkys, capitale du Guerek ou presque… En effet, de son actuelle histoire, Ellah a conservé une grande vulnérabilité à laquelle elle résiste grâce à la présence de Kerryen et de son bébé. Sur le point de fêter le premier anniversaire de la victoire sur Césarus, le château se prépare à accueillir des visiteurs, des proches comme des curieux. De façon contradictoire, Allora annonce son départ du Guerek à Ellah, lui expliquant qu’elle a renoncé à Kerryen, alors qu’elle l’aimait, en raison des sentiments qu’elle avait devinés entre eux.
De son côté, Adélie qui n’a jamais cessé de vouer à la porte une vénération, ce matin-là, se rend devant elle, bercée par une magie conciliante. Parallèlement à un bruit sourd extérieur, un changement d’éclairage la dérange, puis trois silhouettes se dessinent dans la lumière. Les nouveaux arrivants, Pardon et ses enfants, espérant tomber sur Aila, sont déstabilisés par cet accueil imprévu associé à la différence de langage que Tristan ne parvient pas à corriger. La cloche d’alerte sonnée, Kerryen débarque l’épée au poing, bientôt suivi d’Ellah et d’Amaury. Reconnue par les visiteurs, la reine se décompose, tandis que Pardon ne désire plus que repasser la porte pour mettre fin au cauchemar de voir sa femme avec un autre homme.
Dans une pièce plus confortable d’Orkys, la discussion entre les nouveaux venus et Ellah ne se révèle pas pour autant plus facile, principalement en raison du silence de Pardon, dévasté, et celui habituel de Tristan. Ellah leur apprend qu’elle est arrivée presque deux ans plus tôt elle ne se souvient plus de rien. Par politesse, elle les invite cependant à rester aussi longtemps qu’ils le souhaitent. Alors que Pardon désire uniquement fuir cet endroit, Naaly obtient un délai pour renouer avec sa mère. Montant dans les étages, elle la retrouve dans sa chambre et se découvre une petite sœur, Amy ou plutôt Amylis.
Pendant ce temps, perturbé par les propos échangés, Tristan se promène dans la forteresse, se posant des questions auxquelles personne d’autre que lui ne semble songer. Où sont-ils et quand ? Avant de rejoindre son père, Naaly redescend dans les sous-sols et observe quelques mouvements de troupes souterrains. Le trio réuni, ses membres envisagent de repasser la porte, mais Ellah les invite à fêter avec eux le premier anniversaire de la victoire du Guerek, permettant du même coup à Tristan d’associer les pièces ; il comprend qu’ils ont atterri dans la forteresse du Guerek qu’ils ont connue en ruines, le jour même où celle-ci a été attaquée. Pressé par l’urgence, grâce au retour d’un léger contrôle de la magie, il parvient à partager les pensées, contournant la barrière de la langue. Ainsi, Kerryen apprend que sa cité sera totalement détruite et que son roi finira les os brisés. Cependant, Tristan leur explique que le passé précédent peut avoir été modifié par la venue d’Ellah et, que le déroulement des événements actuels peut différer du premier. Au même moment, Naaly parle des mouvements observés dans les sous-sols et l’alerte est donnée : le château est attaqué par l’intérieur, mais aussi par l’extérieur. Pardon et Naaly accompagnent Kerryen pour défendre le lieu, tandis qu’Ellah met Amy à l’abri. Quand Inou réalise l’absence d’Adélie, Tristan se propose de partir la rechercher. Sa fille en sécurité, la reine rejoint les combattants dans la cour. Malheureusement, la forteresse apparaît perdue. Organisant la fuite du personnel par le souterrain, les yeux d’Adélie se posent sur Pardon qui a généré chez elle des sentiments inédits, pendant que ce dernier, définitivement éprouvé, découvre le bébé du couple. Alors qu’ils atteignent la salle de la porte, Kerryen annonce à Ellah qu’elle doit suivre son ancienne famille en raison du pacte qui l’oblige à respecter un vœu unique de sa part. Malgré sa colère, elle ne peut refuser et, sa fille dans le bras, passe les ondes avec Pardon et ses enfants. Dès cet instant, Kerryen ordonne à ses hommes de la détruire.
Impatiente de lire la suite, même si un peu « noir ». Pourvu qu'elle s'en sorte bien ainsi que sa famille
Sur AmazonDe la noirceur !?… Moi, j'y ai vu beaucoup de verdure…😁
Une fin… Haletante, je n'ai repris mon souffle qu'à la dernière page… Avec toujours ce même résultat, La Suite !!!!
Toutes les émotions y passent, de la frustration, de la colère, de la peur, de l'amour… Que ça soit pour nos héros ou pour nous lecteurs…
Un volume différent… Décidément, rien ne sera épargné à notre héroïne. Comment tout cela va-t-il finir, tellement de possibilités…
En résumé, c'est toujours aussi bon et on en redemande.
Merci Catherine !!
J'ai été un peu déstabilisée dans ce septième volet de la Saga d'Aila, mais on apprend bien des choses aussi sur les personnages de sa famille qu'elle a oubliés et on attend la suite avec toujours autant d'impatience !!!
L'auteur a encore de quoi nous surprendre et nous captiver !
On attend le Tome VIII maintenant !!!
Ce volume nous entraîne dans un monde parallèle où notre héroïne et sa famille doivent s'entraider pour progresser. Finalement, c'est un peu comme un escape game dans son fauteuil ! J'ai dévoré… et je conseille vivement.
Sur AmazonComme un escape game avec des possibilités incroyables, des vies parallèles, des choix où chacun doit décider de ce qu'il sera ou seront ses compagnons…
Ce roman est à mon sens une analyse des sentiments et des réactions possibles, un voyage dans l'humain et dans ses débats intérieurs.
J'attends donc le tome 8 !!!
Placée en plein milieu de la route, Aila attendait. Son esprit détecta ses adversaires qui empruntaient le chemin ouvert par Lumière. Elle entendit, avant qu'elle l'aperçût, son cheval sur le point de la rejoindre et, quand il déboucha, un instant lui suffit, courant à ses côtés, pour l'enfourcher d'un saut puissant. De quelques gestes sûrs et rapides, elle régla bride et étriers, puis s'unit à son kenda, atteignant cette fusion de plus en plus complète qui la rassurait tandis que sa signification profonde lui échappait encore. Tel un aigle, elle survola la route, tout en continuant son chemin sur la jument pour s'éloigner toujours plus de Niamie. Un moment plus tard, elle avait repris sa place au milieu de la voie, immobile, à l'écoute des sonorités d'une cavalcade qui s'amplifiaient. Dès qu'ils la virent, juchée sur son cheval noir, qui les attendait, ces poursuivants ralentirent avant de s'arrêter. Le face à face n'était pas encore engagé que la tension entre les belligérants devenait palpable et décuplait la volonté de ses ennemis de se débarrasser d'elle. La combattante, confiante, se contenta de les jauger du regard. Une immense colère envahit chaque parcelle de sa peau et palpita dans son esprit comme de multiples étincelles ardentes, mais, comme le temps de libérer cette énergie intérieure n'était pas venu, Aila la contrôla de son mieux. Soudain, l'un des cavaliers sortit de la route pour s'enfoncer en pleine forêt, copié immédiatement par un second, qui se dirigea du côté opposé. Malins, ils cherchaient à la prendre à revers. Le combat risquait d'être plus serré que prévu… Son mince avantage consistait dans le fait que, devant elle, ne restaient plus que quatre adversaires, et elle devait en tirer parti. Embrasé par une étincelle plus vive que les autres, son esprit s'enflamma. Elle lança Lumière au galop et se dressa sur la selle. D'un geste rapide et précis, elle fit tournoyer son kenda et le précipita violemment pour frapper un des hommes à la tête avant de le rappeler à elle. Son arme revint dans sa main tandis que le cavalier, estourbi, finissait de glisser à terre, laissant son cheval effrayé s'enfuir dans la forêt. Elle perçut un sursaut d'incompréhension, puis une vague inquiétude s'insinuer dans l'esprit de ses trois compères, encore incertains de l'interprétation à donner à cette attaque éclair. Leur hésitation vite refrénée, ils s'élancèrent à sa rencontre. La personne qui les avait embauchés pour l'assassiner n'avait sûrement pas daigné les informer des aptitudes inhabituelles de leur adversaire. Elle se rassit sur sa selle juste avant d'arriver devant eux et le combat s'engagea. L'affrontement terriblement violent lors des premiers échanges ne laissait place à aucun doute : ces hommes n'obéissaient qu'à un seul impératif, la supprimer. Ils étaient forts, entraînés et encore trois pour l'instant. De plus, leurs deux compères partis sur les côtés revenaient derrière elle afin de finaliser l'encerclement. Par les fées, comment allait-elle parvenir à se sortir de ce guêpier ?
Redoublant d'énergie, elle focalisa ses attaques rapides sur celui qu'elle pressentait le plus faible, finissant par l'abattre d'un coup implacable tout en se contentant de repousser ses deux compagnons. Subitement, Lumière se dressa sur ses pattes arrière dans un hennissement presque sauvage, battant des sabots dans l'air, forçant ainsi leurs ennemis à reculer brièvement. Dès que la jument retomba sur le sol, Aila profita du trouble créé pour se glisser entre les hommes restants, empêchant ceux qui arrivaient derrière elle de boucler le cercle qu'elle redoutait. Il était temps ! Quelques pas suffirent à Lumière pour se retourner et faire face aux nouveaux adversaires qui se lançaient à la rescousse des deux premiers. Elle toisa le groupe qui lui barrait le chemin et cria aux combattants qui le constituaient :
— Que me voulez-vous ?
— Nous sommes payés par le roi de Faraday, ma jolie, cracha vertement l'un des cavaliers. Il désire se débarrasser de celle qui encombre sa route vers un pouvoir encore plus grand !
Aila fronça les sourcils. Mantin ? Non ! Constantin ! Quelle ironie ! Ces mercenaires venaient l'exécuter sur l'ordre d'un souverain qu'elle avait elle-même éliminé quelques semaines plus tôt !
— Constantin est mort et Mantin gouverne à sa place, vous ne le saviez pas ! se moqua-t-elle. Votre commanditaire ne vous paiera pas ce qu'il vous doit.
Un moment de flottement s'empara de la troupe à l'exception d'un tout jeune homme, un peu en retrait jusqu'alors, un de ceux qui avaient cherché à l'encercler, mais pas encore à l'affronter. Ce dernier jaillit sur le devant de la scène, perçant une brèche dans la ligne de ses adversaires.
— Vous mentez ! explosa-t-il.
— Non, je dis toujours la vérité. C'est moi qui ai tué cet ignoble porc ainsi que cette brute épaisse de Boupun.
À ces mots, le visage de l'individu se décomposa un instant, puis ses traits se durcirent, marqués par l'expression d'une haine farouche.
— Alors je vous détruirai pour ce que vous lui avez fait ! hurla-t-il.
Le cavalier chargea et Aila l'imita. D'un mouvement leste, elle s'accroupit sur sa selle, fonça droit sur lui, mais, brusquement, dévia la trajectoire de sa monture vers un adversaire situé à droite, à présent isolé par l'assaut du jeune homme. Cet effet de surprise fonctionna parfaitement. D'un bond, elle sauta sur le cheval de l'ennemi qu'elle venait de choisir, et, d'un geste sûr, lui broya la trachée avec son kenda, juste le temps nécessaire à Lumière pour revenir la chercher. Un bon coup de son bâton dans le visage du combattant voisin ralentit ce dernier dans son désir de la retenir. De nouveau sur sa monture, Aila fonça vers cet homme qui, ayant fait demi-tour, se retrouvait en face d'elle. Deux derrière, un devant, la situation n'était toujours pas brillante. Nouvel affrontement, autre ruse : faisant tournoyer son kenda, elle donna l'impression de galoper vers son plus jeune adversaire. Alors qu'elle semblait préparer une attaque frontale, elle lâcha son arme dans son dos et son bâton percuta violemment l'un de ses poursuivants. Trop stupéfait pour réagir, ce dernier s'écroula sur le côté, provoquant une hésitation perceptible chez son voisin. Le kenda revint prestement dans la main de la combattante, juste à temps pour contrer l'assaut du jeune homme, dont l'hostilité viscérale couvait dans ses yeux comme des lames rougeoyantes. Leurs chevaux tournèrent sur eux-mêmes sous le choc de l'affrontement ; Aila en profita pour s'esquiver et galoper plus loin sur le chemin. Plus que deux… Elle se retourna une nouvelle fois pour braver ses derniers adversaires. Indubitablement, elle commençait à fatiguer. Désireuse de renouveler ses forces, elle plongea à nouveau dans son arme, sans malheureusement y puiser l'énergie qu'elle espérait. Elle allait donc devoir se débrouiller seule… L'envie d'appeler les Esprits de la Terre s'empara d'elle, mais elle n'était plus ni chamane ni même en territoire hagan, et son cœur se serra de chagrin. Alors que le plus jeune de la bande chargeait, suivi avec retard par son dernier compagnon, un cri retentit derrière eux, brisant temporairement leur élan. La surprise totale n'octroya pas un délai suffisant à l'homme à la traîne pour réagir. S'il l'avait eu, en se retournant, il aurait vu fondre sur lui une ennemie inattendue, principalement par sa taille. Un coup efficace l'amena à plonger vers le sol, assommé. Un instant ébahie par la hardiesse de la petite fille et la précision de ses gestes, Aila se ressaisit et se concentra sur son ultime adversaire qui galopait de nouveau vers elle. D'un mouvement aérien, elle descendit de Lumière juste au moment où l'épée de son assaillant cherchait à faucher son bassin, puis elle remonta quelques pas plus tard d'un bond plein de légèreté. Se rapprochant de Niamie, elle vérifia d'un regard que l'homme jeté à terre ne présentait plus aucun danger. Décidément, ce petit bout de bonne femme cachait plein de surprises. Elle cria à sa protégée de se mettre à l'abri avant de se retourner, face à son dernier adversaire, arrêté un peu plus loin sur la route.
— Souvenez-vous de moi, Aila Grand ! Je m'appelle Morain de Faraday et, quel que soit l'endroit où vous irez, je vous retrouverai ! Vous m'avez privé de mon père et de mon héritage ! Je vous le ferai payer au centuple ! Et si, aujourd'hui, je repars, je reviendrai, soyez-en sûre ! Ne m'oubliez pas, parce que, quand vous serez enfin à ma merci, je vous tuerai !
Un charme insolent planait sur son visage, mais Aila ne perçut que l'infinie malveillance qui flambait dans les yeux de ce jeune homme et qui la troubla, car elle n'en comprenait pas l'origine. Pourtant, Constantin n'avait pas eu de descendance. À moins que ce fût un enfant illégitime monté plus haut que les autres et qui avait cru, plus que de raison, que le roi le choisirait comme héritier comme il l'aurait fait pour son fils légitime. Son ultime adversaire talonna son cheval et s'éloigna au grand galop. Elle laissa sa colère s'éteindre en elle et souffla un moment pour se détendre. Puis elle se tourna vers Niamie, lui jetant un regard noir.
— À nous deux, gronda Aila. Que fais-tu ici ?
— J'ai pensé que tu serais contente d'en avoir un de moins à affronter, hasarda l'enfant, peu rassurée par l'attitude sévère de la combattante…
Aila explosa :
— Penser ! Tu n'as pas à penser, tu dois juste obéir ! Quand je te donne un ordre, tu l'exécutes, un point c'est tout ! Ce n'est quand même pas une petite fille de dix ans qui va décider de ce qu'elle doit faire ou ne pas faire !
— Je ne suis plus une petite fille ! D'abord, j'ai bien plus de douze ans ! J'ai grandi depuis que nous nous sommes rencontrées, tu ne le vois donc pas ! répliqua Niamie, frondeuse. Son regard darda celui d'Aila, avant, finalement, avant qu'elle baissât les yeux, subitement contrite de sa soudaine rébellion.
Décontenancée, Aila ne sut plus comment elle devait réagir. Que feraient des parents dans un tel cas ? Elle l'ignorait. Niamie n'était pas son enfant, même si elle l'avait prise sous son aile, bon gré mal gré. Quelle voie aurait choisie Bonneau ? Il aurait pu lui expliquer comment orienter des élèves récalcitrants vers le bon chemin, car il avait sûrement eu fort à faire avec la nièce qu'elle était. Elle aurait dû savoir ce qu'il lui aurait dit. Il lui suffisait de fermer les yeux pour entendre sa voix… Se raclant la gorge, elle ajouta :
— Tu te bats très bien, beau geste, net et précis, mais j'ai repéré quelques petits défauts que nous allons corriger ensemble. À partir de maintenant, je prends ton entraînement en main.
— Merci, Aila, tu es merveilleuse ! s'écria Niamie en se jetant à son cou. Je t'aime aussi fort que ma maman !
Aila se sentit bouleversée par cette explosion d'affection dont elle était le centre. Cherchant à dominer son trouble intérieur, elle se ressaisit et ajouta :
— Mais plus jamais de désobéissance, Niamie, as-tu bien compris ? Je vais tester ce que tu vaux et, la prochaine fois, si je considère que tu es prête, je t'appellerai. Sinon, tu ne bouges pas !
Niamie hocha la tête, mais Aila décela, derrière son détachement apparent, un immense bonheur pétiller dans ses yeux clairs.
Dès le premier village croisé, Aila acheta une couverture supplémentaire et un couteau et, quand la nuit tomba, les deux filles s'installèrent dans la forêt pour dormir. Niamie, très impressionnée, vint rapidement se réfugier contre la jeune femme, un peu effrayée par les bruits nocturnes avant, finalement, de s'assoupir, bercée par le hululement plaintif des chouettes. Au petit matin, Niamie se réveilla en pleine forme et Aila estima qu'un entraînement au kenda après le petit déjeuner les maintiendrait en forme toutes les deux. Les réactions purement instinctives que la fillette mettait en œuvre la stupéfiaient. Son corps se mouvait avec une souplesse féline et une puissance inhabituelle pour son âge. Elle se demanda si les capacités indéniables de son élève étaient les mêmes que celles que Bonneau avait détectées chez elle, enfant. Était-ce pour cette raison qu'il avait décidé de la former ? Techniquement, Niamie possédait une nette marge de progression, mais ce qui sidérait la jeune femme était l'aptitude de sa protégée à saisir la façon de combattre de son adversaire. Aila enchaîna des attaques variées et Niamie les contrecarra sans hésitation. Drôle de petite fille…
— Allez, à présent, à cheval ! Il ne faudrait pas trop rallonger le trajet pour Niankor.
— Alors, est-ce que tu crois que je deviendrai aussi bonne que toi ? demanda Niamie.
— Même meilleure ! Bonneau a raison, tu es excellente !
— Oh, c'est un monsieur tellement gentil ! Je voudrais bien le revoir ! dit Niamie, un soupçon de tristesse dans la voix.
« Moi aussi », pensa Aila qui se contenta de hocher la tête.
Les jours suivants s'écoulèrent tranquillement. Décidée à mettre de côté son chagrin pour s'occuper de sa compagne, Aila s'était adaptée du mieux qu'elle pouvait au rythme de Niamie, heureuse de constater que cette dernière résistait plutôt bien à leur vie déréglée. Elle profita du temps de trajet qui leur restait pour partager ses connaissances avec Niamie. Bientôt, la petite fille fut capable de monter le campement toute seule, d'identifier quelques plantes utiles pour soigner les plaies les plus courantes, de fabriquer des pièges simples, d'effacer des traces grossières ou d'en créer de nouvelles de toutes pièces.
— J'aimerais bien apprendre à tirer à l'arc, lui annonça Niamie, un soir.
Aila blêmit. Son arc, celui offert par Aubin et dame Mélinda ! Mais où était-il donc ? Pas en Avotour, c'était certain et elle ne l'avait pas emporté en pays hagan, donc son ultime chance consistait à espérer qu'il fût resté chez Nestor… Par les fées, il devait y être rangé ! Elle serait bien trop triste de l'avoir égaré lors de ses multiples péripéties.
— Très bonne idée, Niamie. Je verrai ce que je peux faire. Mais, d'abord, nous devrons trouver un arc à ta taille.
Les yeux de Niamie s'agrandirent :
— Tu sais également tirer à l'arc ? Oh ! Aila, tu sais tout faire !
Aila lut dans son regard tant d'admiration qu'elle en ressentit une forme de gêne.
— Non, petite fille, je ne sais pas tout faire, mais, ce que je connais, je le fais bien…
— Aila, interpella doucement Niamie, j'ai plus de douze ans maintenant et je ne suis plus aussi petite que tu sembles le penser…
Pendant un instant, Aila resta interdite. Malgré la maturité de Niamie, son esprit ne conservait que l'image de la gamine fluette qu'elle avait sauvée au Pontet. Indubitablement, la combattante n'avait pas pris conscience des changements qui s'opéraient peu à peu chez sa protégée, réalisant soudain qu'à peine six ans les séparaient… Était-ce le principal défaut de tous les aînés, de ne pas voir grandir les plus petits ?
— Bien, j'ai compris. Dorénavant, je t'appellerai jeune fille !
Une bonne semaine de voyage supplémentaire fut nécessaire pour parvenir à Niankor. Plus elles s'approchaient de leur destination, plus Aila se sentait nerveuse. Tant de souvenirs demeuraient accrochés à ce lieu. C'était là qu'elle était devenue Topéca et là aussi qu'elle avait renoncé de continuer à l'être. Il symbolisait tous les liens d'amour et d'amitié qui s'étaient créés autour d'elle. Elle ne pouvait oublier l'aventure qu'elle y avait vécue avec Adrien et son cœur se serra en pensant que, maintenant, il s'acheminait vers la frontière wallane avec tous leurs compagnons. Comme le pays hagan devait lui manquer alors qu'elle-même tremblait d'y retourner sans être Topéca… Non, elle n'était pas simplement anxieuse, elle se sentait littéralement terrifiée à l'idée de fouler à nouveau cette terre qu'elle avait adorée de toute son âme, sans la présence de Hang ou de Hara à ses côtés, ni même celle de Quéra ou d'Astria, ni personne pour les remplacer… Plus que tout, elle appréhendait de marcher dans ces montagnes sans ressentir les Esprits de la Terre qui l'avaient imprégnée d'un profond sentiment de plénitude. En le perdant, n'avait survécu que l'écho d'un grand vide insondable qui résonnait encore dans son âme meurtrie par son absence. Même si une nouvelle perception de la magie s'était développée en elle, elle s'apercevait que rien ne l'emplissait autant que le pouvoir de ces Esprits, et que se confronter au sol hagan sans eux était comme s'élancer au cœur d'un désert sans gourde, elle finirait par mourir de désespoir ou de soif… Elle soupira et repoussa toutes les idées qui s'entrechoquaient et concouraient à entretenir sa souffrance. Et s'il n'y avait eu qu'elles… D'autres que la combattante cherchait désespérément à ignorer revenaient régulièrement briser son cœur. De quel autre choix disposait-elle que celui de se tourner résolument vers le futur ? Cependant, certaines décisions du passé lui collaient si fort à sa peau que les amener à disparaître mettrait obligatoirement cette dernière à vif… En outre, comment perdre sa propre identité en devenant Oracle pouvait-il être considéré comme un avenir ? L'unique avantage serait d'oublier ce qu'elle avait abandonné en venant ici. Un Oracle ne devait rien ressentir… Apprendre à renoncer devant son incapacité à changer les choses… Cette phrase résonna comme un écho douloureux. Encore une nouvelle pensée déchirante à chasser avec l'image de la personne qui l'avait prononcée.
Enfin… Devant elles, le campement s'étendait presque à perte de vue. Le cœur étreint par l'émotion, Aila s'engagea dans ce qui demeurait de la tribu libre, désertée par ceux qui avaient gagné la Wallanie. Rapidement reconnue, des Hagans l'entourèrent, heureux de la retrouver et avides de nouvelles à propos des combattants. Elle aimait tant ce peuple… Décelant leurs sentiments ambigus, mélange d'inquiétude et d'optimisme, la jeune femme leur expliqua les projets qu'elle connaissait. Elle marcha parmi eux pour les saluer, les écouter et bientôt soigner les uns et les autres. Si elle avait cessé d'être Topéca, elle demeurait en leur cœur comme « celle qui voit et celle qui sait », et ressentait avec émotion le respect qui accompagnait chacun de leurs gestes à son égard. Elle fut invitée partout et par tous, sous le regard admiratif de Niamie qui la suivait sans se faire remarquer. Le soir venu, enfin, elle parvint à rejoindre la maison de Nestor. Son propriétaire les guettait sur le pas de la porte.
— Dame Aila ! Quel plaisir de vous accueillir de nouveau !
Elle faillit protester contre le mot « dame », mais y renonça. Elle ne le changerait pas, alors, autant lui laisser cette satisfaction.
— Ce plaisir est totalement partagé, mon cher Nestor. Je vois que vous nous attendiez.
— C'est que les nouvelles circulent vite par chez nous. Avant, c'était un petit coin tranquille. Maintenant, il l'est beaucoup moins, mais je m'y suis habitué.
— Vous avez bien fait. C'est un grand honneur de vivre parmi ce peuple.
— Absolument ! Rentrons, nous continuerons devant le plat que j'ai mijoté pour vous et la demoiselle. Mademoiselle ?
— Niamie, répondit cette dernière, avec une gracieuse révérence.
— Et une vraie dame avec ça ! Ce sera donc dame Niamie. Venez.