➃ L'histoire de Pal et Guenièvre dans la FANTASY - La Dame Blanche de Catherine Boullery

L'histoire de Pal et Guenièvre dans La Dame Blanche de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy

Note : 4.6 / 5 avec 283  critiques

L'histoire de Pal et Guenièvre (extrait du tome 3)

La rencontre de Pal…
La rencontre de Pal…

Rencontre de Pal…

Quelques centaines d'années auparavant, une jeune fille, Guenièvre Maule du comté d'Escarfe, était promise à l'héritier du Guétan, Pal Adam. Alors qu'ils se ne se connaissaient pas, un seul regard leur suffit pour s'aimer au moment même de leur première rencontre. Profondément heureux du mariage qui se déroulerait le lendemain, ils passèrent la journée ensemble, parvenant même à échapper à la surveillance du chaperon de la jeune fille. Cependant, quand le moment tant attendu de leur union arriva, Pal ne se montra pas…
La colère du père de Guenièvre fut telle qu'il exigea l'annexion du comté du Guétan en réparation de la fuite de Pal devant ses engagements et l'obtint, ignorant dans le même temps les dénégations de sa fille, convaincue que la disparition de son promis était impossible sans une bonne raison.
Dévastée d'un côté, déterminée de l'autre, Guenièvre abandonne tout pour découvrir ce qui est arrivé à Pal. Envahie par une colère de plus en plus grande, fragilisée par son chagrin, elle aussi finira par disparaître totalement. De cette incroyable événement naquit la malédiction qui pèse toujours sur Pardon…
Où Guenièvre s'est-elle volatilisée et pourquoi ? De quelle façon cette histoire du passé rejaillira dans la succession des événements présents ? Aila parviendra-t-elle à lever la malédiction ? Découvrez le dénouement à la fois heureux et tragique à la fin du tome 4 !

Extrait du tome 3
« Il était une fois une union arrangée entre Pal Adam et Guenièvre Maule, les deux futurs mariés répondant ainsi aux vœux pressants de leurs parents. En effet, l'alliance de leurs deux familles aurait pour conséquence positive de renforcer la puissance de deux comtés d'Avotour : le Guétan et l'Escarfe. À la veille de la cérémonie, Pal, installé sur une terrasse du toit, guettait la venue de sa prétendante. Mince et svelte, le jeune homme avait fière allure dans son pourpoint vert qui flattait la couleur de ses yeux, mais, pour l'instant, un sentiment d'inquiétude avait remplacé sa malice habituelle. À quoi ressemblerait celle qui partagerait sa vie ? Quand le bruit d'un attelage qui remontait le chemin résonna, il se cacha à l'abri des regards pour observer en toute discrétion les nouveaux arrivants. Le père fut le premier à sortir du carrosse, suivi par sa femme, puis, habillée d'une robe rose pleine de froufrous, sa future épouse pointa le bout de son nez. Elle n'était pas vraiment vilaine, juste insignifiante, et le jeune homme, résigné, émit un long soupir. Après tout, peut-être s'y ferait-il… Alors qu'il s'apprêtait à retourner vers la salle, la voiture vacilla une nouvelle fois et une jolie fille, brune et toute simple, à la mine un peu triste, rejoignit la première… Le cœur de Pal rata un battement tandis qu'un regret naissait dans son esprit : celle-là lui plaisait nettement plus que l'autre ! Sa curiosité attisée, Pal quitta sa protection, ses doigts provoquant la chute de quelques petites pierres vers le sol. Ce léger bruit amena la jeune femme à diriger ses yeux vers lui et elle s'empourpra aussitôt en le distinguant. Entraînée par ses hôtes, elle avança d'un pas lent, son regard rivé sur la forme entraperçue en hauteur avant de buter contre une marche qui la rappela à ses devoirs. Pénétrant dans la pénombre du château, le cœur battant à la chamade, elle traversa l'immense entrée vers la salle de réception, ses yeux parcourant les balcons de l'étage supérieur. La confusion de la demoiselle s'aggrava encore quand elle rentra dans la grande pièce, bondée de personnes inconnues. Terrifiée, elle se dissimula derrière sa sœur cadette, cherchant à identifier la silhouette entrevue. Bientôt, elle repéra un jeune homme qui lui ressemblait et la fixait discrètement. Mais qui était-ce ? Le moment fatidique arriva où ils furent présentés l'un à l'autre. Leur surprise fut totale et l'émotion qu'ils ressentirent tous les deux, sincère. L'après-midi débuta sagement avec l'échange de quelques banalités d'usage, sous la garde d'une femme à l'aspect plutôt revêche. Mais Pal ne l'entendait pas ainsi et, entraînant Guenièvre avec lui, ils se dérobèrent à la vigilance de leur chaperon. S'écartant de plus en plus du château, ils se cachèrent sous le couvert des arbres pour ne revenir qu'à l'heure du repas, les yeux brillants et leurs mains se frôlant encore. »

… et Guenièvre
… et Guenièvre

… et de Guenièvre

« Aila appréciait le début de cette histoire. Pour une fois, la vie semblait avoir agi avec bonté en réunissant deux êtres destinés à s'aimer. Le matin suivant, Guenièvre avait revêtu sa robe de mariée et des rubans blancs savamment entrelacés avec sa chevelure brune agrémentaient sa coiffure. Radieuse, elle allait et venait, incapable de tenir en place, prenant juste le temps d'observer au passage son reflet dans le miroir, un sourire éclatant flottant sur ses lèvres. Rayonnante de bonheur, elle descendit lentement les marches de l'escalier qui menait à la grande salle au bras de son père. Tout le monde était réuni, il ne manquait que le futur époux. Rapidement, un peu d'émoi devint perceptible, principalement dans l'entourage de Pal. Les parents de ce dernier avaient beau se montrer rassurants, un problème semblait les préoccuper de façon évidente. Bientôt, la famille dut se rendre à l'évidence et en informer celle de Guenièvre ; pour échapper à cette union arrangée, leur fils avait emporté ses affaires avant de s'enfuir. La colère du père de la future mariée explosa, agrémentée d'insultes et de menaces. L'homme resta insensible aux arguments de sa fille qui lui affirmait que jamais son prétendant ne serait parti sans elle. Cet unique après-midi en sa compagnie lui avait tout appris de lui et de leurs sentiments réciproques, ils s'aimaient… Rien n'y fit, son père ne fléchit pas. Profondément outré, il obtiendrait réparation coûte que coûte. Forcée de rentrer avec lui, Guenièvre s'échappa rapidement pour retourner en Guétan rechercher l'amour de sa vie. Même si elle devait y passer toute son existence, elle ne renoncerait pas ! Elle commença par s'installer aux abords du château de son bien-aimé. Rôdant comme une âme en peine, elle s'engagea dans une quête éprouvante. Malgré toutes ses tentatives, elle ne réussit pas à trouver la moindre trace de lui et, mois après mois, finit par se décourager. La certitude de la mort de Pal devenait une réalité avec laquelle elle devait apprendre à vivre tandis qu'une autre s'imposait progressivement dans son esprit : il avait été tué pour empêcher leur mariage. À défaut de l'épouser, elle se promit qu'elle découvrirait pourquoi et comment, et qu'elle le vengerait. Aila perdit le fil de la vie de Guenièvre pour ne la retrouver que quelques années plus tard, le cœur empli de colère et d'amertume. Elle se dirigeait vers la maison d'un ermite, mage de surcroît, Kondin, qui habitait dans la forêt, au pied des montagnes qui constituaient la frontière naturelle avec le royaume de Faraday. Vivant en dehors du monde depuis très longtemps, ce personnage fut plus qu'étonné de voir débarquer chez lui cette femme aux cheveux ébène et aux yeux noirs. […]
[…] Guenièvre demeura introuvable comme si quelque chose ou quelqu'un avait effacé son existence de la surface de la Terre. […] Toutes les pièces s'assemblaient. Guenièvre n'avait pas découvert la raison de l'assassinat de Pal, alors qu'Aila, elle, s'en doutait, bouleversant ainsi sa vision du monde. Elle ferma les yeux, la tête appuyée contre le mur du couloir. Tout devenait si limpide et si cruel. Une personne avait voulu à tout prix empêcher le mariage de ces deux tourtereaux à cause du danger qu'ils représentaient pour elle. Guenièvre s'était révélée une héritière de la magie des fées extrêmement puissante et Pal, portant le nom d'un des enfants des amants du cercueil en cristal, devait, lui aussi, posséder des qualités similaires. Un bébé né de cette union aurait disposé de dons exceptionnels, des dons susceptibles d'effrayer quelqu'un, mais qui ?
 »


➀ Famille royale ➀ Comté d'Antan ➀ Garde rapprochée ➁ Tribu libre ➁ Tribu principale ➁ Chamans ➂ Différents royaumes ➂ Césarus et les sorciers ➃ Pays de l'alliance ➃ Histoire de Pal et Guenièvre Toutes les familles des romans de fantasy


Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Placée en plein milieu de la route, Aila attendait. Son esprit détecta ses adversaires qui empruntaient le chemin ouvert par Lumière. Elle entendit, avant qu'elle l'aperçût, son cheval sur le point de la rejoindre et, quand il déboucha, un instant lui suffit, courant à ses côtés, pour l'enfourcher d'un saut puissant. De quelques gestes sûrs et rapides, elle régla bride et étriers, puis s'unit à son kenda, atteignant cette fusion de plus en plus complète qui la rassurait tandis que sa signification profonde lui échappait encore. Tel un aigle, elle survola la route, tout en continuant son chemin sur la jument pour s'éloigner toujours plus de Niamie. Un moment plus tard, elle avait repris sa place au milieu de la voie, immobile, à l'écoute des sonorités d'une cavalcade qui s'amplifiaient. Dès qu'ils la virent, juchée sur son cheval noir, qui les attendait, ces poursuivants ralentirent avant de s'arrêter. Le face à face n'était pas encore engagé que la tension entre les belligérants devenait palpable et décuplait la volonté de ses ennemis de se débarrasser d'elle. La combattante, confiante, se contenta de les jauger du regard. Une immense colère envahit chaque parcelle de sa peau et palpita dans son esprit comme de multiples étincelles ardentes, mais, comme le temps de libérer cette énergie intérieure n'était pas venu, Aila la contrôla de son mieux. Soudain, l'un des cavaliers sortit de la route pour s'enfoncer en pleine forêt, copié immédiatement par un second, qui se dirigea du côté opposé. Malins, ils cherchaient à la prendre à revers. Le combat risquait d'être plus serré que prévu… Son mince avantage consistait dans le fait que, devant elle, ne restaient plus que quatre adversaires, et elle devait en tirer parti. Embrasé par une étincelle plus vive que les autres, son esprit s'enflamma. Elle lança Lumière au galop et se dressa sur la selle. D'un geste rapide et précis, elle fit tournoyer son kenda et le précipita violemment pour frapper un des hommes à la tête avant de le rappeler à elle. Son arme revint dans sa main tandis que le cavalier, estourbi, finissait de glisser à terre, laissant son cheval effrayé s'enfuir dans la forêt. Elle perçut un sursaut d'incompréhension, puis une vague inquiétude s'insinuer dans l'esprit de ses trois compères, encore incertains de l'interprétation à donner à cette attaque éclair. Leur hésitation vite refrénée, ils s'élancèrent à sa rencontre. La personne qui les avait embauchés pour l'assassiner n'avait sûrement pas daigné les informer des aptitudes inhabituelles de leur adversaire. Elle se rassit sur sa selle juste avant d'arriver devant eux et le combat s'engagea. L'affrontement terriblement violent lors des premiers échanges ne laissait place à aucun doute : ces hommes n'obéissaient qu'à un seul impératif, la supprimer. Ils étaient forts, entraînés et encore trois pour l'instant. De plus, leurs deux compères partis sur les côtés revenaient derrière elle afin de finaliser l'encerclement. Par les fées, comment allait-elle parvenir à se sortir de ce guêpier ?
Redoublant d'énergie, elle focalisa ses attaques rapides sur celui qu'elle pressentait le plus faible, finissant par l'abattre d'un coup implacable tout en se contentant de repousser ses deux compagnons. Subitement, Lumière se dressa sur ses pattes arrière dans un hennissement presque sauvage, battant des sabots dans l'air, forçant ainsi leurs ennemis à reculer brièvement. Dès que la jument retomba sur le sol, Aila profita du trouble créé pour se glisser entre les hommes restants, empêchant ceux qui arrivaient derrière elle de boucler le cercle qu'elle redoutait. Il était temps ! Quelques pas suffirent à Lumière pour se retourner et faire face aux nouveaux adversaires qui se lançaient à la rescousse des deux premiers. Elle toisa le groupe qui lui barrait le chemin et cria aux combattants qui le constituaient :
— Que me voulez-vous ?
— Nous sommes payés par le roi de Faraday, ma jolie, cracha vertement l'un des cavaliers. Il désire se débarrasser de celle qui encombre sa route vers un pouvoir encore plus grand !
Aila fronça les sourcils. Mantin ? Non ! Constantin ! Quelle ironie ! Ces mercenaires venaient l'exécuter sur l'ordre d'un souverain qu'elle avait elle-même éliminé quelques semaines plus tôt !
— Constantin est mort et Mantin gouverne à sa place, vous ne le saviez pas ! se moqua-t-elle. Votre commanditaire ne vous paiera pas ce qu'il vous doit.
Un moment de flottement s'empara de la troupe à l'exception d'un tout jeune homme, un peu en retrait jusqu'alors, un de ceux qui avaient cherché à l'encercler, mais pas encore à l'affronter. Ce dernier jaillit sur le devant de la scène, perçant une brèche dans la ligne de ses adversaires.
— Vous mentez ! explosa-t-il.
— Non, je dis toujours la vérité. C'est moi qui ai tué cet ignoble porc ainsi que cette brute épaisse de Boupun.
À ces mots, le visage de l'individu se décomposa un instant, puis ses traits se durcirent, marqués par l'expression d'une haine farouche.
— Alors je vous détruirai pour ce que vous lui avez fait ! hurla-t-il.
Le cavalier chargea et Aila l'imita. D'un mouvement leste, elle s'accroupit sur sa selle, fonça droit sur lui, mais, brusquement, dévia la trajectoire de sa monture vers un adversaire situé à droite, à présent isolé par l'assaut du jeune homme. Cet effet de surprise fonctionna parfaitement. D'un bond, elle sauta sur le cheval de l'ennemi qu'elle venait de choisir, et, d'un geste sûr, lui broya la trachée avec son kenda, juste le temps nécessaire à Lumière pour revenir la chercher. Un bon coup de son bâton dans le visage du combattant voisin ralentit ce dernier dans son désir de la retenir. De nouveau sur sa monture, Aila fonça vers cet homme qui, ayant fait demi-tour, se retrouvait en face d'elle. Deux derrière, un devant, la situation n'était toujours pas brillante. Nouvel affrontement, autre ruse : faisant tournoyer son kenda, elle donna l'impression de galoper vers son plus jeune adversaire. Alors qu'elle semblait préparer une attaque frontale, elle lâcha son arme dans son dos et son bâton percuta violemment l'un de ses poursuivants. Trop stupéfait pour réagir, ce dernier s'écroula sur le côté, provoquant une hésitation perceptible chez son voisin. Le kenda revint prestement dans la main de la combattante, juste à temps pour contrer l'assaut du jeune homme, dont l'hostilité viscérale couvait dans ses yeux comme des lames rougeoyantes. Leurs chevaux tournèrent sur eux-mêmes sous le choc de l'affrontement ; Aila en profita pour s'esquiver et galoper plus loin sur le chemin. Plus que deux… Elle se retourna une nouvelle fois pour braver ses derniers adversaires. Indubitablement, elle commençait à fatiguer. Désireuse de renouveler ses forces, elle plongea à nouveau dans son arme, sans malheureusement y puiser l'énergie qu'elle espérait. Elle allait donc devoir se débrouiller seule… L'envie d'appeler les Esprits de la Terre s'empara d'elle, mais elle n'était plus ni chamane ni même en territoire hagan, et son cœur se serra de chagrin. Alors que le plus jeune de la bande chargeait, suivi avec retard par son dernier compagnon, un cri retentit derrière eux, brisant temporairement leur élan. La surprise totale n'octroya pas un délai suffisant à l'homme à la traîne pour réagir. S'il l'avait eu, en se retournant, il aurait vu fondre sur lui une ennemie inattendue, principalement par sa taille. Un coup efficace l'amena à plonger vers le sol, assommé. Un instant ébahie par la hardiesse de la petite fille et la précision de ses gestes, Aila se ressaisit et se concentra sur son ultime adversaire qui galopait de nouveau vers elle. D'un mouvement aérien, elle descendit de Lumière juste au moment où l'épée de son assaillant cherchait à faucher son bassin, puis elle remonta quelques pas plus tard d'un bond plein de légèreté. Se rapprochant de Niamie, elle vérifia d'un regard que l'homme jeté à terre ne présentait plus aucun danger. Décidément, ce petit bout de bonne femme cachait plein de surprises. Elle cria à sa protégée de se mettre à l'abri avant de se retourner, face à son dernier adversaire, arrêté un peu plus loin sur la route.
— Souvenez-vous de moi, Aila Grand ! Je m'appelle Morain de Faraday et, quel que soit l'endroit où vous irez, je vous retrouverai ! Vous m'avez privé de mon père et de mon héritage ! Je vous le ferai payer au centuple ! Et si, aujourd'hui, je repars, je reviendrai, soyez-en sûre ! Ne m'oubliez pas, parce que, quand vous serez enfin à ma merci, je vous tuerai !
Un charme insolent planait sur son visage, mais Aila ne perçut que l'infinie malveillance qui flambait dans les yeux de ce jeune homme et qui la troubla, car elle n'en comprenait pas l'origine. Pourtant, Constantin n'avait pas eu de descendance. À moins que ce fût un enfant illégitime monté plus haut que les autres et qui avait cru, plus que de raison, que le roi le choisirait comme héritier comme il l'aurait fait pour son fils légitime. Son ultime adversaire talonna son cheval et s'éloigna au grand galop. Elle laissa sa colère s'éteindre en elle et souffla un moment pour se détendre. Puis elle se tourna vers Niamie, lui jetant un regard noir.
— À nous deux, gronda Aila. Que fais-tu ici ?
— J'ai pensé que tu serais contente d'en avoir un de moins à affronter, hasarda l'enfant, peu rassurée par l'attitude sévère de la combattante…
Aila explosa :
— Penser ! Tu n'as pas à penser, tu dois juste obéir ! Quand je te donne un ordre, tu l'exécutes, un point c'est tout ! Ce n'est quand même pas une petite fille de dix ans qui va décider de ce qu'elle doit faire ou ne pas faire !
— Je ne suis plus une petite fille ! D'abord, j'ai bien plus de douze ans ! J'ai grandi depuis que nous nous sommes rencontrées, tu ne le vois donc pas ! répliqua Niamie, frondeuse. Son regard darda celui d'Aila, avant, finalement, avant qu'elle baissât les yeux, subitement contrite de sa soudaine rébellion.
Décontenancée, Aila ne sut plus comment elle devait réagir. Que feraient des parents dans un tel cas ? Elle l'ignorait. Niamie n'était pas son enfant, même si elle l'avait prise sous son aile, bon gré mal gré. Quelle voie aurait choisie Bonneau ? Il aurait pu lui expliquer comment orienter des élèves récalcitrants vers le bon chemin, car il avait sûrement eu fort à faire avec la nièce qu'elle était. Elle aurait dû savoir ce qu'il lui aurait dit. Il lui suffisait de fermer les yeux pour entendre sa voix… Se raclant la gorge, elle ajouta :
— Tu te bats très bien, beau geste, net et précis, mais j'ai repéré quelques petits défauts que nous allons corriger ensemble. À partir de maintenant, je prends ton entraînement en main.
— Merci, Aila, tu es merveilleuse ! s'écria Niamie en se jetant à son cou. Je t'aime aussi fort que ma maman !
Aila se sentit bouleversée par cette explosion d'affection dont elle était le centre. Cherchant à dominer son trouble intérieur, elle se ressaisit et ajouta :
— Mais plus jamais de désobéissance, Niamie, as-tu bien compris ? Je vais tester ce que tu vaux et, la prochaine fois, si je considère que tu es prête, je t'appellerai. Sinon, tu ne bouges pas !
Niamie hocha la tête, mais Aila décela, derrière son détachement apparent, un immense bonheur pétiller dans ses yeux clairs.

Dès le premier village croisé, Aila acheta une couverture supplémentaire et un couteau et, quand la nuit tomba, les deux filles s'installèrent dans la forêt pour dormir. Niamie, très impressionnée, vint rapidement se réfugier contre la jeune femme, un peu effrayée par les bruits nocturnes avant, finalement, de s'assoupir, bercée par le hululement plaintif des chouettes. Au petit matin, Niamie se réveilla en pleine forme et Aila estima qu'un entraînement au kenda après le petit déjeuner les maintiendrait en forme toutes les deux. Les réactions purement instinctives que la fillette mettait en œuvre la stupéfiaient. Son corps se mouvait avec une souplesse féline et une puissance inhabituelle pour son âge. Elle se demanda si les capacités indéniables de son élève étaient les mêmes que celles que Bonneau avait détectées chez elle, enfant. Était-ce pour cette raison qu'il avait décidé de la former ? Techniquement, Niamie possédait une nette marge de progression, mais ce qui sidérait la jeune femme était l'aptitude de sa protégée à saisir la façon de combattre de son adversaire. Aila enchaîna des attaques variées et Niamie les contrecarra sans hésitation. Drôle de petite fille…
— Allez, à présent, à cheval ! Il ne faudrait pas trop rallonger le trajet pour Niankor.
— Alors, est-ce que tu crois que je deviendrai aussi bonne que toi ? demanda Niamie.
— Même meilleure ! Bonneau a raison, tu es excellente !
— Oh, c'est un monsieur tellement gentil ! Je voudrais bien le revoir ! dit Niamie, un soupçon de tristesse dans la voix.
« Moi aussi », pensa Aila qui se contenta de hocher la tête.
Les jours suivants s'écoulèrent tranquillement. Décidée à mettre de côté son chagrin pour s'occuper de sa compagne, Aila s'était adaptée du mieux qu'elle pouvait au rythme de Niamie, heureuse de constater que cette dernière résistait plutôt bien à leur vie déréglée. Elle profita du temps de trajet qui leur restait pour partager ses connaissances avec Niamie. Bientôt, la petite fille fut capable de monter le campement toute seule, d'identifier quelques plantes utiles pour soigner les plaies les plus courantes, de fabriquer des pièges simples, d'effacer des traces grossières ou d'en créer de nouvelles de toutes pièces.
— J'aimerais bien apprendre à tirer à l'arc, lui annonça Niamie, un soir.
Aila blêmit. Son arc, celui offert par Aubin et dame Mélinda ! Mais où était-il donc ? Pas en Avotour, c'était certain et elle ne l'avait pas emporté en pays hagan, donc son ultime chance consistait à espérer qu'il fût resté chez Nestor… Par les fées, il devait y être rangé ! Elle serait bien trop triste de l'avoir égaré lors de ses multiples péripéties.
— Très bonne idée, Niamie. Je verrai ce que je peux faire. Mais, d'abord, nous devrons trouver un arc à ta taille.
Les yeux de Niamie s'agrandirent :
— Tu sais également tirer à l'arc ? Oh ! Aila, tu sais tout faire !
Aila lut dans son regard tant d'admiration qu'elle en ressentit une forme de gêne.
— Non, petite fille, je ne sais pas tout faire, mais, ce que je connais, je le fais bien…
— Aila, interpella doucement Niamie, j'ai plus de douze ans maintenant et je ne suis plus aussi petite que tu sembles le penser…
Pendant un instant, Aila resta interdite. Malgré la maturité de Niamie, son esprit ne conservait que l'image de la gamine fluette qu'elle avait sauvée au Pontet. Indubitablement, la combattante n'avait pas pris conscience des changements qui s'opéraient peu à peu chez sa protégée, réalisant soudain qu'à peine six ans les séparaient… Était-ce le principal défaut de tous les aînés, de ne pas voir grandir les plus petits ?
— Bien, j'ai compris. Dorénavant, je t'appellerai jeune fille !

Une bonne semaine de voyage supplémentaire fut nécessaire pour parvenir à Niankor. Plus elles s'approchaient de leur destination, plus Aila se sentait nerveuse. Tant de souvenirs demeuraient accrochés à ce lieu. C'était là qu'elle était devenue Topéca et là aussi qu'elle avait renoncé de continuer à l'être. Il symbolisait tous les liens d'amour et d'amitié qui s'étaient créés autour d'elle. Elle ne pouvait oublier l'aventure qu'elle y avait vécue avec Adrien et son cœur se serra en pensant que, maintenant, il s'acheminait vers la frontière wallane avec tous leurs compagnons. Comme le pays hagan devait lui manquer alors qu'elle-même tremblait d'y retourner sans être Topéca… Non, elle n'était pas simplement anxieuse, elle se sentait littéralement terrifiée à l'idée de fouler à nouveau cette terre qu'elle avait adorée de toute son âme, sans la présence de Hang ou de Hara à ses côtés, ni même celle de Quéra ou d'Astria, ni personne pour les remplacer… Plus que tout, elle appréhendait de marcher dans ces montagnes sans ressentir les Esprits de la Terre qui l'avaient imprégnée d'un profond sentiment de plénitude. En le perdant, n'avait survécu que l'écho d'un grand vide insondable qui résonnait encore dans son âme meurtrie par son absence. Même si une nouvelle perception de la magie s'était développée en elle, elle s'apercevait que rien ne l'emplissait autant que le pouvoir de ces Esprits, et que se confronter au sol hagan sans eux était comme s'élancer au cœur d'un désert sans gourde, elle finirait par mourir de désespoir ou de soif… Elle soupira et repoussa toutes les idées qui s'entrechoquaient et concouraient à entretenir sa souffrance. Et s'il n'y avait eu qu'elles… D'autres que la combattante cherchait désespérément à ignorer revenaient régulièrement briser son cœur. De quel autre choix disposait-elle que celui de se tourner résolument vers le futur ? Cependant, certaines décisions du passé lui collaient si fort à sa peau que les amener à disparaître mettrait obligatoirement cette dernière à vif… En outre, comment perdre sa propre identité en devenant Oracle pouvait-il être considéré comme un avenir ? L'unique avantage serait d'oublier ce qu'elle avait abandonné en venant ici. Un Oracle ne devait rien ressentir… Apprendre à renoncer devant son incapacité à changer les choses… Cette phrase résonna comme un écho douloureux. Encore une nouvelle pensée déchirante à chasser avec l'image de la personne qui l'avait prononcée.
Enfin… Devant elles, le campement s'étendait presque à perte de vue. Le cœur étreint par l'émotion, Aila s'engagea dans ce qui demeurait de la tribu libre, désertée par ceux qui avaient gagné la Wallanie. Rapidement reconnue, des Hagans l'entourèrent, heureux de la retrouver et avides de nouvelles à propos des combattants. Elle aimait tant ce peuple… Décelant leurs sentiments ambigus, mélange d'inquiétude et d'optimisme, la jeune femme leur expliqua les projets qu'elle connaissait. Elle marcha parmi eux pour les saluer, les écouter et bientôt soigner les uns et les autres. Si elle avait cessé d'être Topéca, elle demeurait en leur cœur comme « celle qui voit et celle qui sait », et ressentait avec émotion le respect qui accompagnait chacun de leurs gestes à son égard. Elle fut invitée partout et par tous, sous le regard admiratif de Niamie qui la suivait sans se faire remarquer. Le soir venu, enfin, elle parvint à rejoindre la maison de Nestor. Son propriétaire les guettait sur le pas de la porte.
— Dame Aila ! Quel plaisir de vous accueillir de nouveau !
Elle faillit protester contre le mot « dame », mais y renonça. Elle ne le changerait pas, alors, autant lui laisser cette satisfaction.
— Ce plaisir est totalement partagé, mon cher Nestor. Je vois que vous nous attendiez.
— C'est que les nouvelles circulent vite par chez nous. Avant, c'était un petit coin tranquille. Maintenant, il l'est beaucoup moins, mais je m'y suis habitué.
— Vous avez bien fait. C'est un grand honneur de vivre parmi ce peuple.
— Absolument ! Rentrons, nous continuerons devant le plat que j'ai mijoté pour vous et la demoiselle. Mademoiselle ?
— Niamie, répondit cette dernière, avec une gracieuse révérence.
— Et une vraie dame avec ça ! Ce sera donc dame Niamie. Venez.


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