La Deuxième Époque de la saga d'Aila, époque 2 de la saga de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy littérature

Note : 4.6 / 5 avec 266  critiques top

Le début de l'histoire

PLus de quinze ans se sont écoulés depuis les dernières grandes batailles de la Wallanie, quinze ans depuis la disparition de la magie… Aila et Pardon vivent à Antan, avec leurs deux enfants : Naaly, seize ans et Tristan, quatorze ans et demi. Si Naaly est dynamique et plutôt rebelle, au contraire, Tristan apparaît effacé tout autant par son physique que sa personnalité. Pardon avec Hang et Bonneau ont repris le manège de Barou et Aila s'occupe comme elle peut.

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Dans l'ombre, une femme grimée manœuvre pour obtenir une clé, celle qui ouvrira La Porte des Temps. Grâce à elle, elle espère changer le passé et sauver la personne qu'elle aime le plus au monde. Malheureusement, elle ne sait ni à quoi elle ressemble ni comment l'utiliser, mais elle est prête à tout pour le découvrir et, quand sa dernière tentative se révèle vaine, elle passe à l'action. Qui peut détenir cette connaissance, sinon un Oracle ?

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En Avotour, la relation entre Aila et Pardon se dégrade jour après jour. En effet, Aila s'accroche lamentablement à un désir de troisième enfant qui se refuse à elle, se sentant davantage perdue à chaque nouvel échec. De plus, ses relations avec sa fille s'avèrent parfois compliquées, rendant la situation encore plus pénible à supporter, jusqu'au moment où, sans en comprendre réellement la raison, elle quitte sa famille.

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Quand Pardon découvre la disparition de sa femme, sa colère explose froidement et il refuse de lui courir après. Mais son fils ne lui laisse pas le choix. Persuadé que sa mère court un danger, il s'enfuit lui aussi de la maison, obligeant ainsi son père à le suivre, accompagné de Naaly et Hang, qui abandonne sa femme, Niamie, enceinte.

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Bientôt, Aila rencontre une vieille femme en difficulté qu'elle raccompagne chez elle et passe la nuit dans sa maison. Celle-ci lui annonce un avenir terrifiant avant de lui offrir un flacon et une pierre qu'elle attache autour de son cou. Le lendemain, Aila repart sans se souvenir de la conversation ni des présents.

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Après une escale à Avotour, Aila repart juste avant que son mari arrive avec ses compagnons. Pardon, soulagé, retrouve son fils et décide de repartir avec Hang tout en laissant ses enfants à la garde de Bonneau. Mais, encore une fois, Tristan échappe à la surveillance de son grand-père, entraînant à sa suite, Sekkaï, le fils de Sérain et de Lomaï d'Avotour, puis sa jumelle, Merielle, accompagnée par Naaly.

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Attaquée par des bandits qui lui dérobent son cheval, Lumière, Aila chute et perd la mémoire. Tandis que Pardon et Hang suivent la piste de la jument, la troupe d'adolescents, guidée par Tristan, s'engage sur les traces d'Aila.

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Parcourez les coups de cœur de mes premiers lecteurs

Cassandre, 20 ans

Aila et la Magie des Fées, un joli titre qui n'attirait pas spécialement ma curiosité… Si j'avais su un jour qu'un livre de fantasy allait me rendre autant adepte de la lecture, je ne l'aurais pas cru. On pourrait croire à un livre pour fillettes rêvant de magie et d'univers parallèles, pourtant je dirais que c'est un livre qui en passionnerait plus d'un, tous âges confondus. Un livre magnifiquement bien écrit, qui révèle des détails qu'on ne pourrait imaginer…
Je me lance… j'ouvre le livre, je commence à lire quelques pages, 13, 20, 35… je dévore toutes ces lignes à une vitesse folle. Et voilà maintenant que je le prends dans le bus le matin, à ma pause déjeuner, le soir pour rentrer, et juste avant de me coucher. Je tourne les pages plus vite que mon ombre et naît un sentiment d'impatience de connaître la suite.
Au fil de l'histoire, je me suis complètement identifiée à l'héroïne ; elle était moi et j'étais elle. C'est comme si nous ne faisions qu'un. Une sensation qui reflète ma façon d'agir, de penser, de vivre… une aventure que j'ai lue et surtout vécue intérieurement pendant mes quelques jours de lecture passionnée. Je le relirai encore avec plaisir et avec les mêmes sentiments que la deuxième fois ! Un livre à l'avenir tout tracé que je conseillerai à tous mes proches !!!

Sur UPblisher

Emmanuelle, 30 ans

Olala !!!!! Rien que le premier chapitre, et j'étais déjà accro !!! Ce qui est vraiment génial, c'est d'avoir pris plein de thèmes et histoires qui font partie de notre inconscient imaginaire et d'en avoir fait quelque chose de neuf ! Le tour de force de Catherine, c'est de parvenir à dévier ces éléments pour créer son propre monde et, ainsi, de générer un plaisir double pour le lecteur : celui de revivre un imaginaire de l'enfance dans un autre.
Tout est vraiment bien écrit et très fluide (et merci d'employer le subjonctif imparfait !!! J'adore ce temps qui ajoute un côté féerique et intemporel, justement typique du conte).
Aucune pesanteur, les personnages, leur origine, tout est bien posé en douceur et, pourtant, au milieu de péripéties palpitantes ! Le rythme est parfait ! C'est super bien ficelé, drôle, et, de plus, étonnamment d'actualité ! (toute la description d'Avotour, des problèmes causés par la misère, l'angoisse de ce qui va survenir…) Bref, je suis toujours aussi fan !!!

Didier, 53 ans

Eh bien, si je m'attendais un jour à donner mon avis sur un livre de fantasy, moi qui ne lis que des magazines d'économie, un ou deux ouvrages (sérieux) par an, et jamais de fantasy. J'ai été fortement incité à parcourir Aila et la Magie des Fées et je ne le regrette absolument pas. Une fois le prologue avalé, je pénètre dans un roman qui débute à la fois doucement (un environnement bien brossé, une fine description des personnages — aux caractères très affirmés — qui offrent tous un élément auquel s'attacher, une subtile entrée en matière des fées, imperceptiblement) et rapidement avec de l'action dès le premier chapitre — ça ne s'arrête plus jamais — et des dialogues d'une incroyable pétulance. Pas moyen de s'interrompre une fois qu'on a mis le doigt dans ce livre…

Miss Mag

Il faut aussi que je vous précise qu'après cette lecture, je suis en mesure de vous affirmer que le titre « Aila et la Magie des Fées » est très réducteur, en effet, ce roman déborde d'éléments qui en font un excellent moment littéraire.
Catherine Boullery parvient à nous tenir en haleine tout au long de cette histoire, nous y passons d'aventures en aventures. Alia est non seulement une combattante hors paire et une jeune femme au caractère bien trempé, mais aussi une personne pleine de douceur, qui sans le savoir est avide d'amour et de romantisme. Bien sûr , il me faut aussi parler des fées et du coté magique de ce livre, qui y tient aussi une partie importante et qui fait le lien avec les deux tomes suivants.
Avec ce roman j'ai donc vécu des moments romanesque, fantastique, d'aventure, J'ai voyagé au sein d'une contrée imaginaire.
Je ne saurai donc que vous conseiller de découvrir les aventures d'Alia si vous êtes en quête de toutes ces choses.
« Aila et la Magie des Fées » est donc le premier tome d'une saga, qui je maintiens mon opinion, aurait mérité un titre un peu plus recherché.

Sur Babelio
Virginie

Voilà ce qui se passe quand, en lisant un livre pour la seconde fois, je me sens une nouvelle fois littéralement happée par l'histoire : je me lâche ! Extrait : « Qu'est-ce qui m'a plu dans Aila et la Magie des Fées ? […] ce qui est intéressant, c'est que contrairement à d'habitude […], c'est une femme, Aila, qui reçoit toutes les caractéristiques des héros : combattante efficace, elle sait manier les armes, et peut se montrer fine stratège. Cela donne de la profondeur au personnage, et le roman a une coloration féministe en montrant comment une très jeune femme peut s'affirmer dans un monde d'hommes et instaurer un nouveau rapport à autrui. […] Autre chose : Aila est un personnage amusant et touchant, parce que contrairement à certains héros de fantasy, elle est un personnage inachevé : elle est encore en train de grandir, elle est souvent montrée en train d'apprendre à devenir une guerrière, on la voit même être très naïve, faire des erreurs importantes, et se méprendre sur les intentions d'autres personnages. C'est rassurant, ou réaliste, comme on veut, de découvrir un personnage qui n'est pas auréolé de toutes les perfections. […] on peut lire une réflexion sur le pouvoir et sur les modes de gouvernement. Ainsi, les actions humaines ont autant de place que la magie : Aila instille la volonté, chez les princes et les rois, de sortir de leur passivité, d'arrêter d'attendre une évolution extérieure, et de réfléchir par eux-mêmes à la manière de mieux gouverner leur pays et d'améliorer les conditions de vie de leur peuple. C'est surtout un roman sur la disparition de la magie […]. Or, cette magie ne peut disparaître, et cela nous est prouvé doublement : parce qu'elle aide à sauver le monde dans l'histoire racontée par le livre, mais aussi d'une autre manière : elle est peut-être fée, l'auteure de ce livre, car son livre agit sur le lecteur comme celui des fées sur Aila ; on se sent comme aspiré par une histoire qu'on ne veut plus quitter et qui s'offre très facilement à la lecture. Comment mieux affirmer que les livres et la lecture font ressusciter la magie et peuvent réenchanter notre monde ? »

Olivier, 40 ans

Un monde féerique envoûtant, une histoire passionnante qui vous tient en haleine de la deuxième jusqu'à la dernière ligne. On vit des émotions intenses avec Aila ! J'ai autant dévoré les livres de Boullery que ceux de Goodkind, Tolkien ou Martin. Lisez les trois premiers chapitres : vous ne pourrez plus vous arrêter !

Sur UPblisher

Guillaume, 31 ans

Catherine Boullery réenchante la saga fantastique en trempant sa fine plume dans la clarté du conte. Les fluides aventures d'Aila sauront sans aucun doute poser leur charme puissant sur les enfants de 10 à 90 ans : un sort suffisamment puissant pour tenir en haleine au fil d'une histoire-fleuve.

Adrien, 27 ans

J'ai eu le privilège de découvrir en avant-deuxième les aventures d'Aila. Elles m'ont tenu en haleine pendant plusieurs jours, c'est ce genre de roman qu'on peine à refermer tard le soir, mais dont on essaie d'économiser certains chapitres pour le lendemain ! J'ai hâte de découvrir la suite et suis ravi d'apprendre que d'autres personnes découvriront cet univers vraiment particulier et attachant. Bonne lecture à tout le monde !

Yollande, 45 ans

Je suis en train de relire Aila et la MAGIE est toujours là. C'est époustouflant, car je sais que, dans un an, dans dix ans, il y aura toujours cette magie que je me régalerai à redécouvrir. Ce livre enchanteur, envoûtant, fait partie de ceux qui me sont « intemporels » et dont le plaisir de la relecture reste toujours aussi fort : on s'attache à Aila, on se l'approprie, on vit sa vie au fil des mots, au fil des pages, on la voit grandir comme un enfant (on en est fière n'est-ce pas, Catherine ?) et on en redemande encore et encore. Et on se dit qu'on sera patiente comme jamais pour connaître la suite, mais surtout, surtout, ne jamais connaître sa fin !

Tous les ingrédients sont là : l'amour, l'amitié, la fidélité, le courage, l'aventure, l'espérance, les joies et les peines, le doute, l'angoisse, la violence, la mort… Exercice de très haute voltige. Je suis très touchée d'avoir eu le privilège de lire le 1er tome il y a un an et je n'ai plus qu'un mot à dire : longue vie à Aila.


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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

À peine l’imprévisible porte des temps franchie que leurs pieds retrouvaient la compacité d’un sol, mais également, immergés jusqu’aux chevilles, son humidité. Après un moment de flottement, Pardon et ses enfants, Naaly et Tristan, découvrirent l’endroit singulier qui les accueillait, un espace bleuté sur trois cent soixante degrés, avec une ligne d’horizon qui séparait une étendue aqueuse turquoise à perte de vue d’un ciel azuré tout aussi infini. Et rien, absolument rien d’autre…
Un instant plus tôt, en sautant dans l’onde circulaire, l’inquiétude devant l’inconnu les avait assaillis, doublée par la plus profonde des incertitudes : effectueraient-ils un bond dans le temps ou un simple transfert vers un nouveau lieu insolite ? Naturellement, à cette angoisse légitime s’était ajouté le chagrin d’abandonner femme ou mère dans le monde précédent. À présent qu’ils identifiaient les contours de leur destination, ils tenaient une réponse, partielle cependant. Quels dangers inédits affronteraient-ils ici ? Quelles épreuves cruelles traverseraient-ils encore ? Dans quelle mesure se montreraient-ils suffisamment forts pour leur résister ? Qui partirait du groupe au prochain plongeon si leur déduction logique — un de moins à chaque passage — se concrétisait ? Malheureusement, le paysage limpide qui se dévoilait sous leurs yeux demeurait muet sur ses intentions.

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Dévoré par ce qu’il avait laissé derrière lui en franchissant cette nouvelle porte, Pardon se reprochait toujours de ne pas avoir convaincu Aila de poursuivre cette aventure avec leurs enfants, tandis qu’il serait resté avec Martin… À la seule évocation de cet homme, il frissonna, chassant au mieux l’image dérangeante de celle qui avait été sa femme enlacée par cet étranger. Comment ne pas souffrir de cette proximité entre eux, alors qu’il connaissait tout d’elle ? Son sourire délicat comme son regard d’une rare profondeur, le frémissement de ses muscles sous l’impact d’une tension intérieure, le grain satiné de sa peau sous ses doigts, la douceur de ses lèvres comme la saveur de ses baisers, la façon dont le désir la cambrait ou le bruissement léger de sa respiration accélérée par le plaisir, l’empreinte qu’abandonnait son corps contre le sien quand elle quittait l’étreinte de ses bras. Dire que quelques mois plus tôt il l’avait laissée partir sans même réagir… Maintenant, il s’en voulait tant de ne pas avoir cherché à la retenir. Étouffé par une colère teintée de détresse, il avait joué l’indifférence face à ce qu’il considérait comme une trahison de la part de sa femme et, aujourd’hui, son infinie bêtise ne cessait de le consumer. Bientôt, il finirait en cendres… Si seulement il pouvait retourner en arrière, tout recommencer, se précipiter derrière elle cette fois et la rattraper pour l’empêcher de terminer ainsi, d’abord, entre les mains de cette femme grimée qui l’avait dépouillée autant de son histoire que de sa mémoire, puis entre ceux d’un autre homme que lui, un roi, ou encore ce Martin. Insupportable ! Étonnamment, pendant cette course folle dans le labyrinthe, il avait cru au réveil de leur complicité, voire de l’ébauche d’une tendresse, jusqu’au moment où, auprès de la cascade, elle l’avait repoussé, lui annonçant sans détour qu’elle ne l’aimait pas. Le cœur brisé, il ne pouvait que se maudire ; il avait échoué tant à la reconquérir qu’à la retenir. Les doutes qui l’avaient déjà assailli resurgirent, toujours plus intenses et accablants, ceux qui le hantaient depuis longtemps ; sa relation avec Aila avait-elle été créée de toutes pièces pour donner naissance à Naaly ? Un profond découragement l’envahit ; aucun d’entre eux ne sortirait de ce lieu, tout du moins, pas intact…

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– Bien…, commença Naaly, c’est bleu de la tête aux pieds, y’a pas à dire… Et un peu humide avec ça, ajouta-t-elle en examinant le bas de ses bottes trempé. L’un d’entre vous aurait-il une idée sur la direction à emprunter ?
L’écho de sa question atteignit Pardon avec retard, renforçant au passage son sentiment d’inaptitude. Pourquoi avait-il cru un instant que son esprit serait capable de percevoir plus que ses yeux ? Parce qu’Aila le lui avait affirmé… Mais, à présent, elle n’était plus à ses côtés et leur histoire avait pris fin. De surcroît, il l’avait délibérément abandonnée dans le monde précédent. Alors que ses pensées tournaient en boucle dans son cerveau, le chagrin le submergea encore une fois. Ne pas faiblir, pas encore… S’il arrêtait de s’apitoyer sur lui-même, peut-être pourrait-il recommencer à réfléchir intelligemment et s’intéresser à la question de sa fille. Devant le silence qui persistait, Naaly s’énerva.
– Oh ! Les garçons ! Réveillez-vous ! Nous n’allons quand même pas prendre racine ici ! Enfin, dans la mesure où nous aurions la chance fabuleuse de nous transformer en végétaux dans ce lieu dépouillé de verdure…
Tristan annonça avec une pointe d’amertume :
– Je ne peux rien vous proposer. Je ne parviens à lier aucun contact avec la magie. De plus, pour ce que j’en fais dorénavant, inutile de le regretter.

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Pardon posa son regard sur lui, percevant le trouble profond de son enfant. Trouverait-il suffisamment de courage pour affronter les paroles qu’il prévoyait ? Pourtant, il pressentait la nécessité de crever l’abcès avant que celui-ci devînt susceptible d’envenimer la situation de façon insidieuse. À présent que leur nombre était réduit à trois, l’ombre d’Aila ne pouvait que planer sur eux comme l’expression d’un combat qu’ils auraient perdu, principalement parce qu’ils ne l’auraient pas correctement mené.
– Désirez-vous que nous en parlions ? demanda-t-il, tout en assurant sa voix pour lui éviter de trembler.
– De quoi ? s’étonna Naaly.
– Maman…, précisa son frère.
Les traits de la jeune fille se crispèrent aussitôt.
– En plus d’ignorer où nous devons aller, vous me cassez les pieds ! Reprenons les événements chronologiquement. Pour commencer, elle nous avait prévenus dès le départ qu’elle nous quitterait quand le moment lui conviendrait et, en conclusion, elle a tenu parole. Fin de l’histoire ! Aucun de nous ne serait parvenu à infléchir sa décision, vous le savez très bien ! Alors, si vous aimez vous morfondre sur le passé et renoncer à avancer, continuez à vous comporter stupidement ! En tout cas, moi, je persiste à penser qu’une solution nous permettra de remettre un peu d’ordre dans tout ce bazar et que, si nous voulons la trouver, nous devons nous bouger ! Et tout de suite !
Pendant la tirade de Naaly, Tristan avait bien tenté de lui signaler qu’elle devait modérer ses propos, mais, exaspérée, elle ne s’était même pas aperçue de la pression de son regard sur elle. À l’instar de Pardon, il se reprochait lui aussi d’avoir abandonné sa mère sans avoir cherché à infléchir sa décision, persuadé qu’elle aurait constitué un choix préférable à sa propre présence. Sans la magie pour le soutenir, malgré son père et sa sœur à ses côtés, il se sentait totalement orphelin, insignifiant également, comme s’il ne savait pas exister autrement qu’à travers elle. Son voyage auprès de Merielle lui revint en mémoire. Comment cette entité se débrouillait-elle pour absorber autant de l’essence d’un être, au point, pour celui qu’elle habitait, de perdre conscience de sa réelle personnalité ? Pourrait-il continuer à vivre si elle disparaissait ? Son regard se fixa sur Pardon dont les silences taisaient la douleur ; de toutes ses forces, ce dernier tentait de canaliser sa peine, mais, comme un bateau percé, colmater au mieux parvenait à peine à maintenir sa coque incertaine à flot. Sans conteste, les deux hommes du groupe se fondaient pleinement dans ce monde, ils prenaient l’eau de tous côtés…
– Bien, sans indication de votre part et parce que je ne veux pas rester plantée ici, je pars… par là ! ajouta Naaly en tendant l’index devant elle.
– Mauvais choix, c’est par ici…, murmura Pardon.
Leurs yeux fixés sur lui, ses deux enfants le regardèrent se retourner, puis s’éloigner. Tout en examinant le paysage devant lui, Pardon avançait, troublé. Mais que venait-il d’affirmer ? Comme s’il en savait quelque chose ! Voir au-delà des apparences ! Quelle blague ! Et, pourtant, si, au même instant, Tristan ou Naaly lui avait proposé une autre direction, il n’aurait pas changé d’avis, ses pas intuitifs le menaient vers un point invisible perdu sur cet inaccessible horizon d’une homogénéité parfaite…

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Depuis sa dernière tirade, Naaly demeurait étrangement silencieuse. Plus elle observait ce monde insolite, moins elle l’appréciait. Peu à peu, le niveau de l’eau qui avait débuté aux chevilles avait atteint les mollets, puis les genoux. À présent, à mi-cuisse, marcher dans ce liquide qui ralentissait chacun de ses mouvements l’agaçait prodigieusement. Bâtie pour courir, sauter, bondir, elle aimait bouger ! Elle en arrivait presque à regretter leur fuite éperdue dans la première partie du labyrinthe. Là, au moins, elle avait vécu dans l’action, tandis qu’en cet endroit, excepté le faible bruissement de leurs jambes fendant le flot, pas un son ne résonnait longtemps. De plus, les quelques remous créés par leur passage s’amortissaient si vite que la surface de cette étonnante mer regagnait un aspect aussi lisse qu’impersonnel avec une impressionnante rapidité ; ce lieu semblait tout absorber… D’ailleurs, elle-même ne ressentait même plus l’envie de se rebeller, comme si cette traversée sans but dévorait son énergie peu à peu. Décidément, elle ne se plaisait pas ici.

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Totalement inattentive, Naaly percuta son père qui s’était brusquement arrêté devant elle. Envisageant de protester, juste pour rompre l’atmosphère oppressante, elle renonça quand celui-ci, un doigt sur ses lèvres, lui intima le silence. Le cerveau de Naaly se réveilla. Un danger ? Où ? Alors que son regard balayait l’onde translucide dénuée de toute vie animale et végétale, elle n’observa que sa prévisible inertie. Ce monde, immobile et sourd, comme mort, la glaçait au fond d’elle-même. Sous quelle forme pouvait bien se manifester la menace qui fondait sur eux ? Un léger frémissement naquit sur la surface à proximité d’eux, puis s’amplifia peu à peu, tandis qu’à une centaine de mètres le liquide se mettait à bouillonner. En alerte, Naaly fixait les bulles de plus en plus nombreuses, se demandant si, face à ce futur danger, l’inaction représentait la réponse la plus adaptée. Comme son père avait gardé son doigt sur ses lèvres, elle se retint de parler, en dépit de l’envie qui l’en démangeait. Elle jeta un regard à son frère qui contemplait le phénomène avec plus de curiosité que de peur apparente. Si même lui ne paraissait pas effrayé, pourquoi devrait-elle s’en inquiéter ? Ce monde les rendrait tous fous s’il ne les tuait pas avant… Et si son objectif final consistait réellement à se débarrasser d’eux ? N’étant pas arrivé à les éliminer dans le labyrinthe, peut-être envisageait-il maintenant de les faire sombrer dans la démence. Elle frissonna légèrement. Déterminée au franchissement de la dernière porte, cette eau qui n’en finissait plus avait étouffé la plus petite étincelle de son courage. Elle voulait sortir d’ici au plus vite, sinon elle se noierait d’ennui dans cette insipide étendue !

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Pendant qu’émergeait une première silhouette insolite de la surface, son regard s’attarda sur celle-ci, l’examinant sans parvenir à en identifier la substance. Une seconde la rejoignit presque immédiatement, puis une troisième et d’autres encore, comme autant d’indescriptibles proéminences, dont, rapidement, le nombre devint difficile à évaluer. Peu à peu, alors qu’elles se dressaient toujours plus haut, leurs contours se dessinèrent plus nettement, révélant leur nature exacte : des arbres… Partagée entre soulagement et déception, Naaly poussa un léger soupir. Parfois, ce lieu manquait cruellement d’imagination. Elle pouvait effectivement reconnaître que ceux-ci différaient des précédents. De longues racines pendaient de branches en altitude, tandis que celles habituellement souterraines, étoilées ou entrelacées, élevaient le collet largement au-dessus du niveau de la mer. Cependant, dans un cas comme dans l’autre, des arbres, encore une fois, ennuyeux… D’un autre côté, elle en avait déjà assez de cette flotte à perte de vue, de ses vêtements qui collaient à sa peau et de ses bottes gorgées d’eau. En conclusion, un peu de verdure dans cet espace bleu et inanimé pouvait constituer une nette amélioration. Alors que l’éclosion des végétaux s’achevait comme autant de mâts s’élançant hors des flots, un socle de sable blond, presque blanc, apparut au pied de ceux-ci ; la première terre émergée depuis des heures… Une nouvelle fois, Pardon incita ses enfants à rester silencieux, leur exposant en quelques gestes concis ce qu’il prévoyait. Aussitôt, il se dirigea vers un endroit où la déclivité du sol augmentait de façon rapide. Dès qu’il jugea la profondeur suffisante, après une grande inspiration, il plongea sous la surface et, modifiant de nouveau sa trajectoire, avança furtivement vers l’île immobile. Après l’avoir observé un instant, Naaly et Tristan le suivirent et, comme lui, ne sortirent de l’eau qu’au tout dernier moment, celui d’aborder la rive.
– Profitez-en pour vous reposer, proposa Pardon. Je procède à quelques repérages avant de revenir.
– Bien ! On peut parler ! s’exclama Naaly. Avant de t’en aller, tu pourrais peut-être nous donner quelques explications sur la nature de ce lieu pour le moins exotique.
– C’est une île éphémère. Le sous-sol de cet immense lagon en regorge, mais elles ne se manifestent que de façon aléatoire.
– Alors, nous sommes tombés sur celle-ci par hasard ?
– Tout à fait. Ne bougez pas avant mon retour.
Alors que d’autres questions jaillissaient dans le cerveau de sa fille, Pardon s’éloigna, laissant sa progéniture déconcertée par cet abandon subit.

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– Tu crois qu’il a compris ça tout seul ? s’étonna Naaly.
Les sourcils de Tristan se froncèrent, tandis qu’il regardait son père partir, se demandant pour la première fois de sa vie quel homme cachait réellement la silhouette de celui qu’il côtoyait depuis l’enfance, comme si un aspect de lui-même, dédaigné depuis de nombreuses années, refaisait progressivement surface, un peu comme cette île éphémère, mais peut-être avec encore plus de mystère… Aurait-il pu vivre près de lui pendant plus de quinze ans et ignorer cette étonnante facette de sa personnalité ? Tout lui avait toujours semblé si limpide avec sa mère. La magie la suivait comme une ombre qui refusait de la quitter, mais jamais il ne l’avait observée se manifester autour de Pardon. Pourquoi ? Leur parcours l’avait amené à en découvrir plus sur lui, mais si peu. Son père était resté particulièrement silencieux à son propre sujet, prenant juste le temps de rassurer Naaly sur son rôle de clé sans s’étendre sur sa participation aux grandes batailles de la Wallanie ni aborder ses liens avec d’éventuels pouvoirs. Au moins, Tristan s’en était aperçu, apprendre que cette entité n’avait jamais disparu l’avait ébranlé en profondeur, sans parler de sa réticence à reprendre contact avec elle. Soudain, Tristan en réalisa les raisons : la reconquérir au risque de la perdre à nouveau, céder à son irrésistible attrait pour se retrouver enchaîné à elle pour le meilleur comme pour le pire, comme lui qui ne savait plus exister vraiment par lui-même… Quelle incroyable force développait sa mère pour parvenir à ne pas s’effondrer sous sa puissance ou son exigence ? Il avait déjà frôlé la réponse : elle et la magie ne faisaient qu’un… Mais cette certitude suffisait-elle à tout expliquer, à tout comprendre du lien si spécial qui les unissait ? Il réprima un soupir. Alors que jusqu’à présent tous les éléments s’étaient logiquement imbriqués, il devenait de nouveau incapable d’ordonner clairement ses idées afin d’établir une analyse sensée de leur aventure qui avait sombré dans la version la plus glauque que l’avenir pouvait leur réserver. Trop d’inconnues persistaient.

◎ ◎ ◎

– Coucou ! Tu es là ?
La voix de Naaly rappela Tristan à leur triste réalité et son regard revint vers sa sœur. – Désolé, je pensais.
– Oui, j’ai vu. À quoi ?
Tristan secoua la tête, ses yeux retournant vers le point où son père avait disparu.
– Je m’interrogeais sur la signification de notre présence ici.
– Eh bien ! si tu en trouves une, n’hésite pas à la partager avec moi. Je crains d’être aussi perdue que toi…
Naaly examina le paysage autour d’elle, se demandant ce qui clochait sur cette île bizarre. Les ombres ! Aucune ne s’étendait sous les arbres. De plus, malgré la clarté de la lumière, aucun astre ne semblait l’émettre. Quitter cet endroit au plus vite ! Fuir ce monde qui engloutissait tout ce qu’il croisait. Elle se laissa tomber sur le sable.
– Papa ne te paraît-il pas étrange ? s’enquit-elle.
– Si, mais c’est parce qu’il refuse ce qui lui arrive…
Naaly le fixa.
– C’est-à-dire ?
Son frère posa son regard intense sur elle et sa sœur frissonna. Avec ou sans pouvoir, ses yeux n’avaient rien perdu de leur déroutante noirceur. Il continua :
– As-tu cherché à déterminer son rôle avant la disparition de la magie ?
Naaly haussa légèrement les épaules avant de répondre.
– J’avoue m’être plutôt concentrée sur ma fonction de clé qui me redonnait un statut honorable. Je crois que j’étais un peu jalouse de te découvrir de si puissantes aptitudes, alors que j’en étais démunie…
Sur son visage s’afficha un petit rictus empli d’ironie et l’ébauche d’un sourire naquit sur les lèvres de Tristan. Au moins, cette quête les avait rapprochés et il ne pouvait que se réjouir de leur relation inespérée. Elle poursuivit :
– Alors, qu’as-tu à m’apprendre à ce sujet ?
– Malheureusement, rien de certain. Toutefois, j’ai l’impression que lui aussi se montrait doué. En revanche, je suspecte que ses compétences se limitaient au savoir-faire des fées, contrairement à maman.
– Et ça change quoi ?
– La magie est demeurée avec elle, mais pas avec lui. Enfin, ce n’est que mon hypothèse…
Naaly le fixa en attendant la suite. Elle l’observa se concentrer, persuadée que, à l’instant même, son esprit s’agitait pour construire une explication cohérente de cette inextricable situation. Il continua :
– Pour moi, maman peut entrer instantanément en interaction avec n’importe quelle forme de cette entité, tandis que, dans son cas, sa perception doit s’affiner encore. Sauf que, s’il est talentueux comme je le crois, il apprendra vite.
Naaly se laissa aller contre l’arbre derrière elle.
– Te rends-tu compte que nous sommes en train de parler de nos parents comme de personnes aux extraordinaires pouvoirs ? Cette réalité ne devrait-elle pas nous effrayer ?
Elle examina son frère brièvement.
– Question idiote ! Toi aussi, tu appartiens à cette branche familiale… Papa, aurait-il eu des raisons de s’en détourner ?
Le visage de Tristan s’assombrit.
– Apparemment, oui…, poursuivit-elle.
Il haussa les épaules légèrement, puis précisa :
– En fait, il ne fuit pas que cette entité, il se fuit lui-même…
Les yeux de Naaly tombèrent sur ses bottes trempées et la jeune fille s’attaqua à la première pour l’enlever.
– Tu devrais éviter de les ôter, tu ne pourras plus les remettre ensuite, objecta Tristan.
Elle le fusilla du regard, puis abandonna dans un soupir.
– Je rage ! Que je déteste cet endroit ! Ce bleu, cette eau ainsi que cette satanée île !
– Ne le dis pas trop fort, elle pourrait se vexer…
– Tu te moques de moi, j’espère, parce que, sinon, je…
Elle s’arrêta net tout en le fixant, puis ajouta :
– Non, même pas… Si, en plus, je dois ménager sa subtilité ! Je voudrais…
De nouveau, elle se tut, incapable de poursuivre sur le moment. Puis, quand son courage se raffermit, elle se lança :
– J’aimerais sortir définitivement d’ici et retrouver notre vie, même sans maman ou sans revenir en Avotour… Te rends-tu compte que notre parcours nous amène chaque jour à baisser un peu plus notre niveau d’exigence ? Nous sommes partis avec l’idée de changer le monde et, en fin de compte, nous finissons submergés par des bouleversements radicaux que nous ne contrôlons plus du tout. L’histoire s’écrit presque sans nous. C’est affreux comme sensation, c’est comme si nous avions cessé d’exister d’une certaine façon…
Ses derniers mots s’étranglèrent dans sa gorge. Alors, elle se tut encore une fois, étreinte par l’impression d’être arrivée au bout du chemin, dépourvue de l’énergie pour se battre encore et toujours…

◎ ◎ ◎

Le silence s’installa pendant un long moment, puis Tristan reprit :
– Même si ce constat peut te sembler étrange et plutôt en contradiction avec mes affirmations précédentes, je crois, finalement, que ce lieu n’est pas aussi maléfique qu’il le paraît, en dépit de la succession des épreuves qu’il nous impose. Selon sa propre perception, il défend une juste cause.
– Juste ! Et nous ? Si tu y réfléchis, nous sommes punis de façon totalement illégitime, non ? Dans cette histoire, nous avons d’abord perdu une mère que nous cherchions à sauver, sans parler de notre famille, notre maison et notre avenir tout tracé ! Et, tout ça, parce que je possède une clé ! Oui, je sais, nous en avons déjà parlé…
– Je me demandais…
Tristan s’arrêta de nouveau avant de reprendre :
– Si nous sommes parvenus à localiser notre porte pour la franchir, Martin n’a toujours pas trouvé la sienne…
– Ah oui ! Le pauvre… Franchement, nous n’avons pas été très gentils de l’abandonner, mais papa m’a expliqué que notre accès ne fonctionnerait pas pour lui. Maman l’aidera probablement à s’en sortir.
– Peut-être… Pourtant, j’ai l’impression que nous n’aurions pas dû les laisser ensemble.
– Que veux-tu qu’il lui fasse ? Elle sait se défendre.
– Tu l’aimais bien, Martin ?
Naaly haussa les épaules.
– Pas vraiment. Il possédait quelque chose d’étrange, mais je comprends que demeurer ici depuis longtemps puisse rendre n’importe qui un peu bizarre… Et toi ?
– Pas plus, sans motif valable. En fait, je crains plus que l’interaction que maman entretient avec la magie du labyrinthe ne se montre pas obligatoirement bienveillante.
– Mais elle est compétente, non ?
– Tu as raison, je m’inquiète sûrement pour rien. À ton avis, comment expliquerais-tu que nous ayons réussi là où Martin a échoué ?
– Peut-être que, malgré nos coups de gueule, nous sommes restés solidaires. Nous n’avons jamais cessé de réfléchir ensemble, de nous entraider et de nous soutenir. Nous aurions presque pu croire que notre famille avait fini par renaître en dépit de tout…
Tristan lui jeta un regard interrogateur.
– Elle te manque ?
Levant les yeux vers le ciel uniforme, elle répondit en contrôlant sa voix :
– Tu comprends, toi, tu t’es senti proche d’elle depuis le début, alors que moi…
– Tu as toujours compté pour elle.
– De quoi encore plus regretter de retrouver une femme qui ne se souvenait pas de moi…
– De plus, elle a préféré s’éloigner de nous parce qu’elle commençait à nous aimer un peu trop.
Un rire triste monta de la gorge de Naaly.
– Tu te moques de moi ? répliqua-t-elle.
– Pas du tout… Je l’ai perçu dans son attitude quand elle nous a rendu visite le soir précédent notre départ. De toute évidence, elle ne pouvait accepter cette double vie. Comment aurait-elle pu renoncer à Kerryen et Amy pour nous ?
– Décidément, toute cette histoire est pourrie d’un bout à l’autre ! C’est bête, parce que, moi, je l’appréciais bien cette petite sœur. Quand je pense que je n’en voulais pas… Quel dommage d’avoir scindé notre groupe !
– À tes propos, j’aurais plutôt cru que tu t’en moquais.
– Normal. Si nous commençons à hésiter, inutile de continuer. Je suis de plus en plus convaincue que ce labyrinthe nous éliminera de toute façon les uns après les autres, moins un à chaque fois… Et pourquoi pas jusqu’au dernier de notre famille ? Après tout, qui nous dit que son objectif final consiste à donner une chance à l’un d’entre nous ?
– Donc autant nous préparer au pire…
– Selon toi, qui décide de celui ou celle qui reste ? Lui ou nous ?
– En tout cas, le désir de maman s’est réalisé.
– Par là, tu veux dire qu’elle est parvenue à l’influencer et que nous le pourrions ?
– Honnêtement, encore une fois, je l’ignore. Je me suis simplement posé la question.
– Et quelles hypothèses as-tu envisagées sur la suite de notre parcours ?
– Plein. Et, pourtant, je n’en ai retenu aucune. À présent, les agissements de ce monde me deviennent de plus en plus incompréhensibles.
– Je vois. Au moins, notre but était clair lorsque nous devions remplir le sablier pour obtenir un délai supplémentaire.
Naaly tressaillait en songeant au suicide de Sekkaï et, dévisageant son frère, demanda :
– Qui papa a-t-il perdu selon toi ?
– Qui est la personne qu’il aime le plus à part nous ?
– Grand-père…
L’émotion étreignit Naaly, mais, la contrôlant, elle reprit :
– Tu crois qu’ils s’évanouissent de la vraie vie, je veux dire définitivement ?
– Le temps ne s’écoule pas ici comme à l’extérieur… J’aurais tendance à penser que si l’un d’entre nous arrive à tout remettre en place, personne ne se sera même aperçu de leur disparition et eux ne s’en souviendront pas.
– Voilà qui constituerait une maigre consolation à tous nos malheurs. Enfin, dans le meilleur des cas s’il advient. Et toi ?
Aussitôt, le rouge monta aux joues de Tristan qui baissa les yeux sous le regard étonné de Naaly. Celle-ci s’interrogea un instant sur l’origine de son trouble avant de blêmir.
– Personne ne s’est tué pour toi, n’est-ce pas ? poursuivit-elle d’une voix atone. En fait, comme seul l’amour pouvait remplir le sablier. Bonneau et Sekkaï ont donné leur vie pour nous et quelqu’un t’a offert ce cadeau sous une forme différente, comme un moment intime à deux, c’est ça ?
Au prix d’un effort considérable, son frère opina. Parallèlement, le moral de Naaly sombra. Pourquoi avait-elle dû sacrifier le prince, alors que Tristan avait connu ce qu’elle aurait largement préféré vivre ? Un violent sentiment de colère la submergea, tandis qu’elle fixait Tristan d’un air sévère.
– Pourquoi ? s’exclama-t-elle. Alors que j’avais une belle histoire toute prête, et, toi, personne ! C’est injuste !


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