La Porte des Temps, tome 5 de la saga de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy

fantasy préféré

Note : 4.5 / 5 avec 210  critiques high

Le début de l'histoire (avec un rappel des tomes 1 à 4)

Résumé succinct des tomes 1 à 4 - première époque de la saga d'Aila

Aila a grandi dans le comté d'Antan, élevée par son oncle et entourée par Mélinda, la châtelaine et Hamelin, le mage du comté. Sa volonté est de devenir une combattante et, poussée par son oncle, elle participe à des joutes orchestrées dans le but de sélectionner les membres de la garde rapprochée du roi Sérain d'Avotour. Finalement choisie, elle commence par être envoyée en mission en compagnie du fils aîné du roi, Hubert. Peu à peu, ses talents de combattante empruntent des voies inhabituelles qui semblent décupler ses sens et sa perception du monde qui l'entoure. Troublée, elle ne découvre que plus tard l'origine de tous ces bouleversements, liée aux pouvoirs que les fées partagent avec elle à son insu. Dorénavant, la vie en a décidé pour elle, elle n'aura plus qu'autre choix que celui d'accepter ses nouvelles aptitudes et toutes les conséquences, bonnes ou moins bonnes, qu'elles induiront.

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L'heure est grave. Venu du nord, un empereur, Césarus, avance vers eux pour conquérir Avotour et tous les pays environnants. Il apparaît si puissant que tous doutent de leur capacité à le contrer. Convaincu de la nécessité de créer des alliances même avec leurs ennemis de toujours, Sérain d'Avotour envoie son fils cadet, Adrien, en compagnie d'Aila, vers le pays hagan. La route des deux compagnons emprunte des chemins de traverse et amène la jeune fille à semer dans les esprits des villageois le souffle d'un espoir insensé : pour lutter contre Césarus et pourquoi pas le vaincre, la seule solution réside dans le fait de s'allier et de se battre tous ensemble pour la liberté.

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Parvenue aux frontières du pays Hagan, Aila récupère les affaires d'une chamane, Marça, qui vient de rejoindre les esprits de la Terre. À peine la tenue revêtue et la bague passée à son doigt, elle se retrouve dans une grotte, accueillie par une femme cachée dans l'ombre. Cette dernière lui révèle qu'elle est à présent, Topéca, la première chamane guerrière. Aila, sans pidement, Aila affirme sa nouvelle personnalité : elle est Topéca, la première chamane guerrière et le sol comme le ciel vibrent sous sa puissance au son des clochettes de son kenda. Elle va d'ailleurs prouver rapidement à tous que les esprits de la Terre l'habitent et crée La Tribu Libre regroupant les opposants de la Tribu Principale. Redescendue dans la plaine d'Avotour, Topéca redevient Aila au grand désespoir de cette dernière qui se perd entre ses différents rôles.

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La lutte n'est cependant pas terminée et Aila parvient à renverser le roi du Faraday pour le remplacer par son frère. Alors qu'elle continue de combattre son destin, la clarté d'un regard lui donne envie d'aimer et d'être aimée. Malheureusement, au petit matin, l'Oracle l'appelle et elle quitte tous ses amis, même lui... Désespérée, elle renonce à tout. Cependant, sa quête ne restera pas solitaire très longtemps, car elle est rejointe par Niamie dans un premier temps, puis par Hang.

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Au coeur du pays Hagan, après deux confrontations avec la sorcière, Aila retrouve Amata et devient la nouvelle porteuse de L'Oracle de Tennesse. Sous le déferlement de la connaissance, Aila s'efface totalement, mais Niamie s'y oppose de toutes ses forces et permet à la jeune femme de renaître derrière la personnalité si particulière de l'Oracle, l'amenant à organiser petit à petit sa double vie.

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Parvenue en Épicral, Aila se lie d'amitié avec la reine Hatta avant de rejoindre la reine Alsone en Estanque. Sans toutefois rallier cette dernière à Avotour, elle obtient la participation de ses soldats. Ses relations avec Hang s'étant nettement dégradées, leurs chemins se séparent.

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L'Oracle est une source incroyable de connaissances dont Aila s'enrichit pour mieux comprendre la façon de vaincre Césarus tandis qu'elle développe une nouvelle magie qui la rend lumineuse : la magie ancienne. Rebelle, exclusive, cette dernière ne lui offre aucune réponse et chacun des progrès d'Aila se paie au prix fort. Une petite et dangereuse incursion dans le cerveau de Césarus lui en apprend beaucoup sur les projets de son ennemi et Aila commence à organiser la résistance.

Devenue La Dame Blanche, elle organise les grandes batailles de la Wallanie qui verront la défaite et le décès de Césarus. Naaly, fille d'Aila sera la clé de ce succès. Le monde retrouvera la paix, tandis que Pardon et Aila mèneront une vie rangée.


Début du tome 5 - La Porte des Temps

PLus de quinze ans se sont écoulés depuis les dernières grandes batailles de la Wallanie, quinze ans depuis la disparition de la magie… Aila et Pardon vivent à Antan, avec leurs deux enfants : Naaly, seize ans et Tristan, quatorze ans et demi. Si Naaly est dynamique et plutôt rebelle, au contraire, Tristan apparaît effacé tout autant par son physique que sa personnalité. Pardon avec Hang et Bonneau ont repris le manège de Barou et Aila s'occupe comme elle peut.

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Dans l'ombre, une femme grimée manœuvre pour obtenir une clé, celle qui ouvrira La Porte des Temps. Grâce à elle, elle espère changer le passé et sauver la personne qu'elle aime le plus au monde. Malheureusement, elle ne sait ni à quoi elle ressemble ni comment l'utiliser, mais elle est prête à tout pour le découvrir et, quand sa dernière tentative se révèle vaine, elle passe à l'action. Qui peut détenir cette connaissance, sinon un Oracle ?

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En Avotour, la relation entre Aila et Pardon se dégrade jour après jour. En effet, Aila s'accroche lamentablement à un désir de troisième enfant qui se refuse à elle, se sentant davantage perdue à chaque nouvel échec. De plus, ses relations avec sa fille s'avèrent parfois compliquées, rendant la situation encore plus pénible à supporter, jusqu'au moment où, sans en comprendre réellement la raison, elle quitte sa famille.

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Quand Pardon découvre la disparition de sa femme, sa colère explose froidement et il refuse de lui courir après. Mais son fils ne lui laisse pas le choix. Persuadé que sa mère court un danger, il s'enfuit lui aussi de la maison, obligeant ainsi son père à le suivre, accompagné de Naaly et Hang, qui abandonne sa femme, Niamie, enceinte.

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Bientôt, Aila rencontre une vieille femme en difficulté qu'elle raccompagne chez elle et passe la nuit dans sa maison. Celle-ci lui annonce un avenir terrifiant avant de lui offrir un flacon et une pierre qu'elle attache autour de son cou. Le lendemain, Aila repart sans se souvenir de la conversation ni des présents.

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Après une escale à Avotour, Aila repart juste avant que son mari arrive avec ses compagnons. Pardon, soulagé, retrouve son fils et décide de repartir avec Hang tout en laissant ses enfants à la garde de Bonneau. Mais, encore une fois, Tristan échappe à la surveillance de son grand-père, entraînant à sa suite, Sekkaï, le fils de Sérain et de Lomaï d'Avotour, puis sa jumelle, Merielle, accompagnée par Naaly.

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Attaquée par des bandits qui lui dérobent son cheval, Lumière, Aila chute et perd la mémoire. Tandis que Pardon et Hang suivent la piste de la jument, la troupe d'adolescents, guidée par Tristan, s'engage sur les traces d'Aila.

Parcourez les coups de cœur de mes premiers lecteurs

Catherine R, On ne se dérobe pas au Destin et la mission d’Aila n’est pas encore terminée

Quel plaisir de retrouver mon héroïne. Elle va vraiment d'aventures en mésaventures. Mais son côté femme-mère la rend surprenante dans son comportement. En attente du prochain tome qui ne saurait attendre. Merci Catherine, continue à nous enchanter.

Sur Fnac
MLR, Un régal !

Quel plaisir de retrouver les personnages du premier cycle, d'apprendre ce qu'ils sont devenus et de découvrir les nouveaux, déjà adoptés ! L'écriture est dense, les héros enchaînent aventures et mésaventures. Je me languis déjà de lire la suite de cette nouvelle saga qui s'annonce palpitante !

Sur UPblisher
Florence, Émotions et suspense

Ce nouvel opus est l'un de mes préférés : émotions et suspense sont au rendez-vous tout au long du livre. Même si c'est de la fantasy, les dialogues notamment avec les adolescents sont criants de vérité et révèlent une observation fine du monde réel de la part de l'auteur. Bref on ne décroche pas avant la fin.
Reste une dernière question : l'auteur nous laisse en plein suspense. À partir de quand pourra-t-on lire la suite ?

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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Aila arriva dans la salle du conseil au moment où retentissait la deuxième cloche, suivie de près par Adam et Pardon. Tristan et Aubin, déjà présents, assis à la table, faisaient face aux princes et au mage royal.
— Veuillez fermer la porte et installez-vous, demanda Hubert.
Elle se plaça au centre des garçons, près d’Aubin.
— Ce matin, vous prêterez serment à la famille royale. Je vous lis l’engagement que chacun d’entre vous va devoir énoncer et signer : « Moi — vous donnerez vos prénom et nom —, fils ou fille de — vous donnerez ceux de votre père ou de votre mère — m’engage à servir fidèlement la famille royale d’Avotour. Je jure de protéger chacun de ses membres, d’obéir à leurs ordres et de respecter leurs choix qui deviendront les miens. »
Ennuyée, Aila se tortilla sur sa chaise. Un coup d’œil rapide lui apprit que ses compagnons semblaient sereins, contrairement à elle. Hubert tendit à Tristan l’engagement qu’il parcourut sagement et qu’il signa d’une main hésitante, simplement parce qu’une épée au bout du bras lui convenait davantage qu’une plume entre les doigts. Ensuite, Aubin prêta allégeance. Aila eut le cœur gonflé de joie d’entendre son frère s’engager avec détermination et passion. Elle le regarda apposer sa signature sur le document, rayonnant de bonheur.
— À vous, mademoiselle Grand.
Aila prit la feuille et commença à la lire, puis s’arrêta et la laissa retomber sur la table. Elle observa tour à tour Avelin, et Hubert, et le mage royal.
— Je vous présente mes excuses, mais je suis incapable de signer ce papier, parce que je sais que je ne resterai pas fidèle à cet engagement. Vous attendez de moi que je devienne un mouton, docile et inexistant, et c’est impossible pour moi…
Sa voix tremblait. Son cœur, serré comme dans un étau, était broyé de détresse. Par fierté ou honnêteté, elle était en train de briser son rêve et sa vie s’écroulait à nouveau.
— J’ai mis trop d’années pour exister pleinement. Aujourd’hui, je crois y être parvenue et puis, comme ça, vous me demandez de renoncer à être moi-même. Je refuse de m’exécuter… Excusez-moi de vous avoir fait perdre votre temps.
Sa voix mourut, tandis qu’elle contenait l’émotion qui montait en elle. Au cœur de l’attention de tous, elle se leva pour partir. Une main frôla la sienne, Aubin se sentait mal, lui aussi.
— Asseyez-vous, Aila.
Elle tourna les yeux vers Avelin qui venait de parler. Pour la première fois, il n’affichait pas ce petit air ironique qu’elle ne supportait pas.
— Asseyez-vous, répéta-t-il doucement.
Elle obéit sans le quitter du regard.
— Désirez-vous être fidèle à ma famille ?
Elle hocha la tête pour dire oui, incapable d’articuler un mot.
— Ceci est donc un engagement que vous pouvez prendre ?
Elle secoua à nouveau la tête.
— Et en protéger les membres ?
Cette fois, elle parvint à murmurer un oui tout juste audible.
— En conclusion, si je vous comprends bien, vous ne souhaitez pas nous obéir aveuglément et penser la même chose que nous, sans être en plein accord avec vous-même.
— Oui, c’est exact, sire.
— Bien. Mage royal, pouvez-vous rédiger pour Aila Grand un exemplaire où ne se trouvera que les deux premiers engagements, je vous prie ? Merci beaucoup.
Au temps qu’Orian mit pour exécuter cette petite tâche, Aila, qui avait tourné son regard vers lui, sut qu’il réfléchissait à la légitimité de ce changement. De légers murmures fusèrent, en provenance des autres membres du groupe et elle perçut un mouvement d’humeur chez Hubert qu’Avelin avait encore devancé. Sentant la dissension monter entre les deux frères une nouvelle fois, elle prit la parole :
— Messires, mage royal. Quand je donne, je le fais sans retenue. Cet engagement partiel que je signe ne signifie en aucun cas que je serai susceptible de vous trahir ou de me désavouer. Ma participation aux joutes obéissait à deux motivations. D’un côté, je l’admets honnêtement, je voulais prouver ma valeur et démontrer mes aptitudes, de l’autre, je désirais aussi réaliser quelque chose de ma vie qui me corresponde. Défendre votre famille lui donne le sens qui lui manquait. Sire Hubert, mage royal, sire Avelin, ce serment que je vais prêter doit refléter votre choix. En cas d’incertitude, je le comprendrai et je partirai.
Elle planta son regard dans celui d’Avelin qui, ayant retrouvé sa moue ironique, acquiesça de façon pompeuse comme il savait si bien le faire… Elle se tourna vers Orian dont les yeux pétillaient :
— Je suis d’accord, jeune demoiselle, dit-il en esquissant un vague sourire.
Les yeux d’Aila rencontrèrent enfin ceux d’Hubert. Visiblement, ce dernier tergiversait encore, mais elle lui avait laissé le choix. Elle imaginait qu’il devait peser le pour et le contre et qu’il la maudissait, car, chaque fois, elle dérangeait le monde sagement ordonné qu’il organisait.
— Je suis d’accord. Mais il serait injuste que vous exerciez seule le droit à cet engagement réduit. Tristan Karest, désirez-vous signer cette nouvelle version ou conservez-vous la précédente ?
Aila lui lança un regard admiratif qu’il croisa sans s’y attarder. Il avait repris l’avantage sur Avelin avec panache, il fallait le reconnaître. Hubert n’était peut-être pas aussi falot qu’il le semblait au premier regard, mais il devait avoir du mal à gérer son jeune chien fou de frère. Elle compatit avec lui l’espace d’un instant.
— J’ai signé la première sans hésitation, je maintiens mon choix.
Aubin s’accorda le temps de la réflexion avant de répondre :
— Je me suis enrôlé sans le moindre doute, et aucune raison ne me forcera à changer d’avis, à présent. J’ai confiance en vous et je considère que vos décisions ne pourront que correspondre à celles que j’aurais moi-même prises.
— Aila, voulez-vous lire et signer l’engagement que vous avez choisi ?
— Moi, Aila Grand, fille d’Efée Grand, m’engage à servir fidèlement la famille royale d’Avotour. Je jure de protéger chacun de ses membres.
Elle perçut le sursaut d’Aubin à ses côtés quand elle cita sa mère comme référence, mais elle l’avait sciemment désignée. Barou, son père biologique n’était plus son père. Bonneau, son oncle, était seulement son père d’adoption. Seule Efée semblait donner toute sa dimension à cet engagement. Pardon et Adam signèrent le même parchemin que les premiers garçons. Hubert reprit la parole :
— Voici une première étape franchie, avec, il est vrai, un lot de surprises inattendues.
Son visage s’éclaira d’un sourire fugitif, le premier qu’elle voyait. Elle était convaincue que, derrière cette façade sobre et sérieuse, se cachait un autre personnage très différent et très secret, avec beaucoup plus d’envergure qu’il n’en laissait paraître de prime abord.
— Tout ce que nous allons partager avec vous aujourd’hui ne doit pas sortir de ces murs. Vous ne conservez que le droit d’en discuter, uniquement entre vous, à l’abri d’oreilles indiscrètes.
Les uns après les autres, il testa du regard les membres de l’équipe et tous acquiescèrent d’un geste de la tête.
— Mage royal, la carte s’il vous plaît.
Hubert l’étala sur la table, la fixant avec quatre pierres.
— Avotour : douze comtés, chacun gouverné par un château principal du même nom que lui. Au centre, celui qui donne son nom à notre royaume et qui jouxte sept d’entre eux. Ici, le vôtre : Antan. Il appartient aux quatre territoires centraux avec Avotour, Melbour et Trérour. Là, Hanau, Escarfe, Barnian et Cordor bordent la mer et bénéficient du commerce maritime. À l’ouest, nous trouvons les quatre comtés longés par le pays hagan : Valmor, Aroure, Partour et Uruduo. Malheureusement, les montagnes inhospitalières qui nous séparent de ce peuple voisin ne sont pas assez hautes pour les empêcher de mener des incursions chez nous. Nous y reviendrons plus tard. Poursuivons notre tour d’horizon avec les royaumes qui nous entourent : Hanau, qui est en haut du plan, présente des frontières avec Faraday à l’ouest et la Wallanie au nord. Uruduo et Cordor permettent des échanges avec Épicral et Estanque, même si nous ne partageons aucune bordure commune avec ce dernier. À noter que la partie nord du comté d’Escarfe était anciennement celle du Guétan.
Tous les membres du groupe se penchèrent sur la carte, attentifs. Ils suivaient scrupuleusement tout ce qu’Hubert leur montrait. Le prince héritier reprit :
— Les Hagans, après nous avoir laissés tranquilles pendant une vingtaine d’années, reviennent en hordes voler, tuer, détruire les régions frontalières, principalement le nord de l’Aroure et le sud de l’Uruduo. Nos soldats ont beaucoup de mal à mettre ces bandes en déroute, car elles n’attaquent jamais au même endroit. Aussi, souvent, arrivons-nous trop tard. En ce moment, Adrien, notre frère, enquête sur place pour tenter de comprendre comment ils se débrouillent pour toujours anticiper notre présence et nous éviter. De plus, les Hagans exploitent la possibilité de passer par le royaume d’Épicral pour tromper notre vigilance. Nous devrons également résoudre ce problème de contournement.
Il se tut un instant, observant la carte avec circonspection.
— Notre deuxième souci nous préoccupe encore plus, à moins qu’il ne soit lié au premier, ce qui le rendrait gravissime… Depuis plusieurs années, peut-être certains d’entre vous sont-ils au courant, nous essayons de répertorier exactement les comtés fidèles et ceux qui nous trahissent. Et comment ? Et pour qui ?
Perturbés par l’information, les membres de l’équipe se concertèrent du regard. Cette description alarmante de la situation attisa leur attention.
— Desquels sommes-nous sûrs ? intervint Aila.
Hubert la dévisagea.
— Bonne question. Antan, Melbour, Trérour, Barnian, Cordor et naturellement Avotour.
— Pas plus ? s’étonna Pardon.
— De sûr, c’est tout.
— Et ceux dont il est certain qu’ils nous trahissent ? ajouta-t-elle.
— Escarfe, Valmor, Hanau.
— Tiens, bizarre, marmonna Aubin.
— Oui, tu as raison, ils sont tous situés au nord et en contact avec le royaume du Faraday, conclut Aila.
— Exactement, reprit Hubert.
— Les Faradins auraient-ils envie d’étendre leur territoire ? questionna-t-elle.
— Il y a de grandes chances que ce soit le fond du problème…
— Il est probable que le Guétan veuille faire sécession avec Escarfe. Ce n’est peut-être pas toute l’Escarfe qui trahit…
— Pour cette raison, Avelin et Aila iront au château d’Escarfe tester la fidélité de sire Airin et, s’il n’est pas responsable, ils devront remonter aux origines de la trahison dans son comté et trouver…
— Son fils !
La réponse fusa et Adam se retrouva au centre de l’attention. Jusqu’à présent, se considérant comme un simple remplaçant, il s’était tu, mais là, il n’avait pu s’empêcher d’intervenir.
— Et pourquoi ? interrogea Hubert.
— Je le connais depuis que je suis môme. Il manifeste sans cesse son perpétuel désaccord avec son père et clame depuis des années qu’il vaut mieux que de diriger un modeste territoire… Les Faradins lui ont probablement promis ce qu’il désire en récompense de sa trahison. Enfin, voilà, j’dis cela, mais j’en sais rien. Je crois seulement que, là-bas, faudra vérifier si c’est pas lui.
— Tout à fait judicieux, commenta Avelin.
Hubert continua :
— Vous conduirez tous une mission du même type dans les prochains jours. Avelin et Aila rejoindront Escarfe. Je partirai avec Aubin vers Valmor, Orian avec Pardon pour Hanau. Adam et Tristan, en Aroure et Partour, vous passerez d’auberge en auberge pour écouter, j’ai bien dit écouter, ce qui s’y raconte. Faites-vous petits, soyez discrets.
Du coin de l’œil, Hubert entrevit un froncement de sourcils sur le visage d’Aila. Sans s’émouvoir, il poursuivit :
— Vous pouvez y aller ensemble ou séparément, mais ne revenez pas avant d’avoir recueilli des informations utiles et utilisables. Nous nous retrouverons tous dans trois mois environ au château d’Avotour et, selon les renseignements rapportés, nous envisagerons d’autres missions. Je vous laisse la parole, mage royal.
Orian s’exprima de sa voix rocailleuse au timbre grave :
— Tout ce que sire Hubert vient de présenter dévoile les difficultés de notre pays et les risques qu’il encourt, mais il n’explique pas tout. Je suppose que vous avez remarqué l’appauvrissement de la population. Les pêcheurs hissent des filets vides, tant les ressources en poissons diminuent, les récoltes sèchent ou pourrissent sur pied, car elles reçoivent trop de soleil ou trop d’eau, ou bien des insectes ou des oiseaux les dévastent. Et, à cela, il existe une raison que la vôtre va devoir admettre : la magie des fées est en train de disparaître. Si elle s’éteint définitivement, ce ne sera pas la trahison de nos comtés que nous aurons le plus à craindre, mais la famine, les épidémies et notre disparition pure et simple…
Le murmure qui s’était élevé lorsqu’Orian avait parlé des fées et de leur magie prit fin en même temps que ses derniers mots.
— Que pouvons-nous faire ? demanda Aubin.
— Nous devons trouver l’être humain, homme ou femme, auquel les fées doivent transmettre leur pouvoir pour rétablir l’équilibre. Ceci accompli, il ne restera plus qu’à résoudre nos petits problèmes de trahison…
Le silence qui s’abattit pesait moins lourd que toutes les interrogations muettes qu’aucun n’osait exprimer.
Enfin, Hubert le rompit avec détermination :
— Je sais ce que vous pensez tous, car, comme vous, les mêmes idées m’ont traversé l’esprit. Je me disais que toutes ces légendes, ces contes à dormir debout servaient juste à endormir les enfants avides de merveilleux. Mais, depuis, j’ai changé d’avis. Orian est notre mage royal et je lui voue une confiance totale. Il me certifie que les fées existent, donc c’est la vérité. Il m’annonce qu’elles sont en train de disparaître, je le crois. Il m’affirme que notre pays se délite, car leur magie meurt, je le tiens pour certain. Il sait, un point c’est tout.
— Mais… Mais comment trouver cette personne ? intervint Aubin.
— Nous n’en avons aucune idée.
Ils restèrent tous pensifs, légèrement indécis sur la conduite à adopter…
— Bon, c’est pas qu’on s’ennuie, mais il faudrait s’entraîner au kenda pour arriver à défaire les Hagans, découvrir les traîtres et dénicher l’oiseau rare qui va sauver le monde !
Tous se tournèrent vers Pardon qui afficha un sourire absolument désarmant. Avec plus de sérieux, il continua :
— Nous concevons la gravité de la situation et la seule arme que ne connaissent pas la plupart de nos ennemis est ce bâton. Nous disposons de peu de temps pour parvenir à une maîtrise incomplète, mais efficace. Le perfectionnement viendra par la suite. Je propose que nous allions au manège parfaire notre apprentissage. Qui me suit ?
Tous les membres du groupe levèrent la main.
— Très bien, commenta Hubert. La séance est terminée et je vous accompagne. Te joins-tu à nous, Avelin ?
— Bien sûr, je ne manquerais les leçons données par une demoiselle pour rien au monde…
— Et je vous suis, histoire d’évaluer vos débuts, ajouta Orian, un éclair malicieux traversant ses prunelles
Ils s’observèrent tous. Aubin tendit sa paume que toutes celles des participants à cette première réunion recouvrirent. Ils formaient désormais une communauté ; la solidarité et ce sentiment d’appartenance les transportèrent de bonheur. Une immense complicité venait de s’établir et, ils en étaient certains, avec elle et grâce à elle, ils vaincraient.
— Désolée, j’ai juste un petit souci, objecta Aila. Je n’ai que deux kendas : j’espère que Bonneau voudra bien nous prêter le sien.
— Comme je connais Bonneau, prévoyant comme un écureuil, il en a sûrement caché quelques-uns dans un recoin ! prédit Aubin. Ne se rend-il pas régulièrement du côté de Meillan ?
— Que si ! s’exclama Aila. Tu as raison, alors on y va tous et je vais tout vous apprendre !
Ils sortirent tous ensemble, bavardant et riant, gommant ainsi leurs différences : marchaient seulement des hommes et une femme unis pour sauver leur pays.


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