La Tribu Libre, tome 2 de la saga de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy préféré

Note : 4.6 / 5 avec 279  critiques meilleur

Le début de l'histoire (avec un rappel du tome 1)

Aila a grandi dans le comté d'Antan, élevée par son oncle et entourée par Mélinda, la châtelaine et Hamelin, le mage du comté. Sa volonté est de devenir une combattante et, poussée par son oncle, elle participe à des joutes orchestrées dans le but de sélectionner les membres de la garde rapprochée du roi Sérain d'Avotour. Finalement choisie, elle commence par être envoyée en mission en compagnie du fils aîné du roi, Hubert. Peu à peu, ses talents de combattante empruntent des voies inhabituelles qui semblent décupler ses sens et sa perception du monde qui l'entoure. Troublée, elle ne découvre que plus tard l'origine de tous ces bouleversements, liée aux pouvoirs que les fées partagent avec elle à son insu. Dorénavant, la vie en a décidé pour elle, elle n'aura plus qu'autre choix que celui d'accepter ses nouvelles aptitudes et toutes les conséquences, bonnes ou moins bonnes, qu'elles induiront.

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L'heure est grave. Venu du nord, un empereur, Césarus, avance vers eux pour conquérir Avotour et tous les pays environnants. Il apparaît si puissant que tous doutent de leur capacité à le contrer. Convaincu de la nécessité de créer des alliances même avec leurs ennemis de toujours, Sérain d'Avotour envoie son fils cadet, Adrien, en compagnie d'Aila, vers le pays Hagan. La route des deux compagnons emprunte des chemins de traverse et amène la jeune fille à semer dans les esprits des villageois le souffle d'un espoir insensé : pour lutter contre Césarus et pourquoi pas le vaincre, la seule solution réside dans le fait de s'allier et de se battre tous ensemble pour la liberté.


Début du tome 2 - La Tribu Libre

Parvenue aux frontières du pays Hagan, Aila récupère les affaires d'une chamane, Marça, qui vient de rejoindre les esprits de la Terre. À peine la tenue revêtue et la bague passée à son doigt, elle se retrouve dans une grotte, accueillie par une femme cachée dans l'ombre. Cette dernière lui révèle qu'elle est à présent, Topéca, la première chamane guerrière. Aila, sans avoir la moindre idée de ce que signifie être chamane, endosse ce nouveau rôle sans joie… Accompagnée par Adrien devenu Kazar, elle quitte Avotour pour le pays Hagan.

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Plus rien ne va… Depuis qu'Aila est devenue Topéca, Adrien et elle se parlent à peine. Rapidement, le prince réalise que la jeune femme, une fois de plus, porte sur ses épaules un fardeau beaucoup trop lourd et tente la réconforter : Aila ne peut pas disparaître aussi facilement derrière Topéca. Rassérénée par les propos de son compagnon, la nouvelle chamane reprend la route sur les sentiers montagneux, le coeur apaisé.

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Leur chemin les mène à la rencontre de la tribu Appa dont le chef se nomme Quéra. Dès cet instant, Aila affirme sa nouvelle personnalité : elle est Topéca, la première chamane guerrière et le sol comme le ciel vibre sous sa puissance au son des clochettes de son kenda. Elle va d'ailleurs prouver rapidement à tous que les esprits de la Terre l'habitent en sauvant les uns après les autres les enfants de la tribu tombés malades. Cependant, chez Topéca comme chez Aila, rien n'est offert aux autres sans qu'elle en paye le prix. C'est sous les regards inquiets des mères de la tribu que la chamane épuise son énergie dans le seul but de préserver des vies.

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Mais la lutte ne fait que commencer. Derrière cette maladie insidieuse se cachent l'ombre de sorciers et leur perversité. Face à cette certitude, les détruire peu à peu devient une évidence, mais comment ? À présent, le moment est venu d'en affronter un parmi eux. Mais est-il possible de vaincre ces représentants du mal ? Quelle puissance nouvelle et inédite Aila - Topéca déploiera-t-elle pour y parvenir ?

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Parcourez les coups de cœur de mes premiers lecteurs

Cassandre, Incroyable roman, qui vous donne des frissons

Après le 1er tome, place au 2e que j'ai commencé à lire très rapidement ! Aila nous surprend une fois de plus avec ses nouveaux pouvoirs, son nouveau combat, ses nouvelles difficultés qui la font tant douter… Elle nous prend au coeur des tripes, on s'accroche, on suspend sa respiration à chaque action… On fait défiler les pages, au travail, en voiture, partout on l'on peut… La curiosité et l'affection que l'on porte aux personnages nous porte dans un univers magique et réel à la fois… Il entraîne également sur des réactions primaires, oui primaires ^^ un collègue m'a fait la blague de cacher mon livre quand je voulais le lire et je devais absolument finir la page pour comprendre un moment important du livre, je suis devenue folle à le chercher partout !!!!! Et quand je l'ai retrouvé, je lui ai fait passer un mauvais quart d'heure !!
J'ai fini le 2e tome il y a 3 jours et ma lecture préferée me manque !! vivement le 3e tome… Cela faisait très longtemps que je n'avais pas pris autant de plaisir à lire un livre… Un grand Bravo à cette auteur à un avenir très prometteur !!

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Romain, Envoûtant encore

… et c'est un exploit. Superbe.
Ce deuxième tome s'inscrit dans la foulée du premier, avec le même brio, un panache encore plus grand… et les mêmes forces et faiblesses malheureusement. Il faudra attendre le tome trois pour un peu plus d'ouverture.
Aila reste au centre d'un récit qui tour à tour vous donnera des ailes et vous vous fera sombrer dans le chagrin.
Catherine améliore encore son style, et nous fait vivre Aila-Topéca avec une force inédite.
Et rien d'autre. Si vous aimez votre fantasy uniquement pour les mondes créés, passez votre chemin. La saga d'Aila est uniquement celà — Aila. Et c'est sublime.
La force du tome deux est le chamanisme, non pas dans le récit raconté, mais dans le style de celui-ci. Il vous emporte dans quelque chose de plus grand, de vibrant… C'est la force évocatrice de l'écriture qui porte le récit et le rend possible.
Et une fin qui vous laissera sur vos dents… pendant une bonne partie du tome suivant également.
C'est avec regret que j'ai refermé le chapitre Topéca, et une grande tristesse de cette époque révolue pour Aila.

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SFFF-amateur, Très prenant

J'avais découvert le tome 1 grâce aux commentaires des lecteurs précédents et avait trouvé ce roman de fantasy très original.
Avec le tome 2, La Tribu Libre, le qualificatif « prenant » est plus approprié tant j'ai été est happé par la quête d'Aila dans les montagnes haganes, ses combats contre la sorcière et les sorciers, sa confrontation avec la grande souffrance, le château de Faraday — pour la partie action —, mais aussi par les nouvelles amitiés qui se nouent avec quelques Hagans, sa rencontre avec les chamans et les esprits de la terre et enfin l'apothéose de Topéca.
Que du bonheur dans un style alerte, que de l'action avec des rebondissements toujours inattendus, que des dialogues passionnants avec Adrien et Pardon, que de beaux sentiments avec Hang et Hatta…
Un point négatif pour équilibrer mon commentaire : le dernier chapitre m'a surpris au plus haut point et ce qui s'y passe a causé une immense frustration m'obligeant à acheter L'Oracle de Tennesse.

Sur Amazon
Math1977, Superbe

Encore une fois, Catherine Boullery nous emmène dans son univers. Si on vous êtes fan de Robin Hobb ou dans une moindre mesure du Seigneur des anneaux, cet univers pourra vous sembler familier, mais néanmoins original tant par les idées que par l'écriture fluide et efficace.
Ne prévoyez pas trop de choses à faire après avoir ouvert ce livre, on le dévore, comme le premier tome ! Je m'étonne cependant de ne pas trouver ce livre en papier… merci donc au format numérique de nous permettre de profiter de cette saga dont j'attends la suite, avec impatience !

Sur iTunes
Élodie, Une fois n'est pas coutume, j'attends avec impatience le tome 3 !

J'ai de nouveau plongé dans cet univers envoûtant et il était difficile d'en sortir. Alors que je lis de moins en moins en ce moment, j'ai profité de chaque minute de temps libre pour sortir mon livre de fantasy et avancer dans l'histoire.
Il est assez facile de s'identifier à ce personnage d'Aila. Elle cherche qui elle est vraiment (mais sait-on un jour réellement qui nous sommes ?) Du coup, sa quête dans ces différents mondes fait ressortir ses diverses personnalités (et chacun de nous se comporte différemment selon son environnement). En ajoutant bien sûr toutes les aventures qu'elle vit (mais qui n'a pas rêvé un jour de lâcher sa petite vie tranquille pour partir à l'aventure ?), ça donne un superbe roman ! Bravo !

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Anne-Claire, Quel bonheur de retrouver Aila !

Quel bonheur de retrouver Aila dans ce second tome et de se laisser de nouveau complètement happer par sa quête, portée par un souffle qui anime le livre du début à la fin et nous laisse au bout un peu haletant… et dans l'attente de repartir dans le tourbillon des aventures du tome 3, dès qu'il sortira! Un grand merci pour ce plaisir de lecture renouvelé!
Donc merci encore… et pas merci!
Merci encore pour le plaisir inouï que j'ai retrouvé à dévorer le 2e tome d'Aila. Et pas merci, car je l'ai stupidement commencé vers 19  h ce soir et que je le finis juste (minuit et demi passé), moi qui restais tranquillement à la maison pour me coucher tôt et me reposer un peu… !

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Laurie, La Tribu Libre d'une écrivaine libérée, audacieuse et percutante de génie : assurément à ne pas louper !

Après avoir découvert Aila dans le tome 1, je n'ai pu m'empêcher de me jeter avidement sur le second. Spielberg, James Cameron et compagnie devraient, je le pense, se pencher sur la littérature indépendante française. Celle-ci, grâce à des plateformes telles qu'UPblisher, se positionnant en complément des circuits Parisiens, voient de véritables talents émerger. C'est ce pourquoi je parle de littérature, car même si l'imaginaire et la fantaisie sont une force dans cette œuvre, elles ne l'en dépossèdent pas de son style d'écriture remarquable. Ici, nul empaquetage, nulle formule enrobée ; juste de l'essentiel, du pertinent, et du dépouillé. Un style qui va droit à l'imaginaire et au rêve. C'est bien le terme qui s'impose. La Tribu Libre, le pays hagan, Aila-Topéca : tout cet univers ne peut que transporter les âmes dans un monde parallèle « libre » à chacun. Tout lecteur y verra sa propre tribu libre, sa propre Aila, et construira ses propres espoirs sur ce synopsis. La projection est inévitable, et le voyage n'en est que plus beau.
Accrochez-vous, Catherine Boullery est une auteure qui n'a pas fini de vous surprendre. Son arme la plus douce réside dans l'envoûtement de ses textes. Le suspens qui y règne, la poétique et la poésie qui s'en dégagent, la stylistique de la magie et des sens: tout vous dépossèdera de votre quotidien pour un monde haut en couleurs. L'effet persistera même après avoir refermé la dernière page, et vous attendrez impatiemment le prochain tome.
Alors de ma petite expérience en lettres, j'apprécie l'ouverture de ces éditeurs. Ils ont eu raison de se pencher sur cette collection d’œuvres : la vie d'Aila vous rapportera !

PS : Quel supplice de ne pas savoir avec qui elle a passé sa dernière nuit au château d'Avotour…! Mais c'est génial : bravo… ! Ce sera un best seller…

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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Aila émergea avec prudence. Soulagée de constater l’absence de nausée matinale, elle sauta de son lit et commença à se préparer. Élina frappa à la porte et entra avec le petit déjeuner :
— Bonjour, dame Aila, votre mine semble meilleure qu’hier. Je suis chargée de vous transmettre une invitation au bureau de sire Sérain pour la deuxième cloche. Avez-vous besoin de quelque chose en particulier ? questionna Élina qui déposait le plateau.
— Pourriez-vous cesser de m’appeler dame Aila maintenant que je ne suis plus la promise de sire Hubert ? S’il vous plaît…
Élina toussota, légèrement gênée.
— Je voudrais pouvoir vous satisfaire, dame Aila. Malheureusement, le démenti de ce qui s’est joué à Escarfe n’a pas encore été prononcé, alors, pour l’instant, je me dois de vous donner ce titre.
— Mais, je n’ai jamais été sa promise !
— Si, devant témoins à Escarfe et cela suffit. Je suis désolée, ajouta Élina en baissant les yeux. Dame Aila ? Je vous invite à manger votre petit déjeuner avant qu’il ne refroidisse et à vous occuper de sire Hubert plus tard…
Aila lança vers elle un regard plein de reproches. Mais pourquoi les gens avaient-ils tant de facilité à décrypter ses humeurs ? Elle avait quand même le droit de garder pour elle ses pensées ! Renfrognée, elle jeta un coup d’œil à Élina qui quittait la pièce. Elle se sentait fâchée parce que son statut de promise n’avait pas évolué, parce que la dévouée Élina avait repéré sa tête de déterrée le jour d’avant et parce que, là, elle avait deviné qu’elle s’apprêtait à foncer chez le sire à l’origine de ce quiproquo. Prince ou non, il ne perdait rien pour attendre !
Ravalant son énervement, Aila s’attabla et attaqua son petit déjeuner avec férocité, gardant bien au chaud sa rage pour la déverser sur Hubert dès qu’elle le croiserait.

Sitôt prête, elle sortit dans le couloir et, auprès d’une servante qui le traversait, s’enquit de l’emplacement de la chambre du prince. Partie à grands pas, elle faillit percuter Hubert au coin du premier corridor.
Il prit la parole en premier :
— Aila, je vous cherchais ! Je voulais vous remercier d’avoir sauvé mon père. Je vous suis profondément redevable.
Sa sincérité désarma Aila dont la colère fondit comme neige au soleil. Il poursuivit :
— À Antan, je sais que je n’ai pas figuré parmi vos plus fidèles partisans, au contraire d’Avelin et d’Orian qui vous ont défendue avec acharnement. J’avoue aujourd’hui qu’ils ont eu raison de me forcer la main. Vous vous êtes acquittée de votre première mission avec succès et, maintenant, vous contrecarrez l’attentat contre mon père. Merci.
Elle inclina légèrement la tête et profita de son silence pour parler de ce qui lui tenait à cœur :
— Sire Hubert, à propos de notre dernière expédition, je viens d’apprendre que m’avoir présentée devant témoins comme votre promise fait encore de moi…
— Je sais, Aila. Nous devrions résoudre ce problème rapidement, mais, pour l’instant, nous devons rejoindre père.
Il l’entraîna à sa suite vers le bureau où tous les autres les attendaient. Elle sourit à Aubin et Avelin, saluant le roi et Adrien.
— Voici des nouvelles pour vous tous, annonça Sérain. J’ai reçu un bref message d’Orian qui prévoit son retour avec Tristan dans une quinzaine de jours. Comme vous le savez, hier, j’ai rencontré la chaînerie des grains et la discussion s’est déroulée de manière un peu houleuse, car ils réclamaient plus que je ne pouvais leur offrir. Avelin et moi avons cherché à les rassurer et leur avons proposé des appuis suffisants pour les aider. Au final, je pense que l’accord conclu, même éloigné des attentes initiales, a fini par satisfaire ses membres. Pour soulager leurs frais, nous prendrons en charge la moitié de la hausse des prix du blé ou du maïs, soit deux sequins par sac. Je leur ai affirmé que je ne monterai pas au-delà de cette participation et que, dès que les cours rebaisseront, je la suspendrai progressivement. Ils ont accepté notre deuxième proposition de leur prêter une compagnie de soldats lors du transfert de leurs plus gros chargements pour éviter les vols. Hubert, je te charge de mettre ceci au point avec le capitaine Garroni. Des questions ?
— Pourquoi… ? commença Aila qui s’arrêta net quand elle aperçut tous les regards fixés sur elle.
— Poursuivez, Aila, dit Sérain.
— Cette mesure s’applique-t-elle à tous les comtés ?
— Pour l’instant, elle ne concerne que la ville et ses alentours, mais les chaîneries des différents comtés vont sûrement se concerter. Elles prendront leur décision et soumettront leur demande en fonction de la mienne à leurs châtelains. En général, la répartition se révèle juste.
Elle chercha ses mots :
— Qui sait, à part ceux qui assistaient à la réunion, que la proposition initiale et généreuse provient de vous ?
— Où voulez-vous en venir, Aila ?
Elle jeta un coup d’œil vers Aubin.
— Je ne devrais probablement pas le dire, mais certains seigneurs s’appauvrissent pour soulager les misères de leur comté. J’en ai vu l’exemple tous les jours sous mes yeux…
Personne ne douta qu’elle parlât d’Elieu et de Mélinda.
— La population méconnaît les sacrifices qu’ils réalisent pour eux. Si dame Mélinda et ses filles ne se rendaient pas dans les villes voisines, personne ne saurait combien elles donnent d’elles-mêmes… Sire, vous semblez rester ici dans votre château. Le peuple ignore que, si le prix du pain commence à baisser, c’est que vous avez agi dans ce sens et que c’est également à vous et non uniquement à la chaînerie qu’il leur faut exprimer leur gratitude…
Sérain se montrait réellement attentif.
— Qu’est-ce qui vous amène croire que cela se passe ainsi ?
— Dans la rue, les gens disent ce qu’ils pensent et je les ai entendus. Vous êtes le premier qu’ils maudissent si les choses vont mal et le dernier qu’ils remercient quand elles s’améliorent.
— C’est donc ainsi que mon peuple parle de moi…
Le souverain semblait profondément touché par les propos d’Aila à tel point qu’elle regretta un instant d’avoir partagé le fond de sa pensée.
— Vous qui avez parcouru plus souvent que moi les rues de mon pays, que feriez-vous pour changer tout cela ?
Elle s’accorda le temps de la réflexion avant de répondre :
— Quand, dans nos comtés, nous devons transmettre des nouvelles, nous utilisons un messager. Pourquoi ne pas mettre en place des hérauts itinérants dont le rôle serait de rendre compte au peuple de vos décisions à leur égard ? Nous pourrions en planifier au minimum quatre qui se rendraient dans chaque ville principale avec mission pour son conseil de réacheminer l’information dans les bourgades les plus reculées. Nous pourrions également prévoir que ce moment privilégié d’échange permettrait à ces villages-là, ceux dont personne n’entend parler et dont personne ne se préoccupe, de faire remonter des demandes urgentes — et sûrement légitimes — directement à votre niveau et pas seulement vers le grand conseil du comté. Je sais, sans y avoir participé, comment il fonctionne. De nombreuses personnes de bonne volonté y siègent, mais elles considèrent qu’elles ont à faire face à de si gros problèmes que le puits asséché d’un village perdu leur paraît secondaire, alors qu’il est vital à sa survie. Enfin, je vous livre ma propre analyse personnelle à titre d’exemple…
Tandis que Sérain restait silencieux, Adrien prit la parole :
— Votre perception du fonctionnement de notre communauté m’impressionne par sa justesse et je trouve votre idée d’utiliser des hérauts dans ce double rôle fort ingénieuse. Le fossé entre le peuple et nous se creuse bien trop vite en cette période difficile. Cette façon de procéder peut nous aider à inverser cette tendance. Ensuite, nous aurons une véritable existence, même pour ces petits villages qui se sentent abandonnés de tous. J’adhère complètement au projet et, si vous le permettez, père, je me charge de sa mise en place.
Aila était ravie. Guettant un assentiment, elle balaya du regard les participants, tandis que l’accord du roi tardait à venir. Le souverain s’exprima enfin :
— Je me disais simplement que nous apparaissons comme un mirage pour la plupart des gens de la rue. Ils vivent leur quotidien dans toute sa rudesse et nous ne sommes que de lointains personnages, des princes bons pour amuser la galerie… Je trouve la suggestion excellente. Quelqu’un a-t-il une amélioration à proposer avant de clore ce sujet ?
— Je me demande, se lança Aubin avec une toute petite voix, si ce ne serait pas une bonne idée de faire travailler les chaîneries différemment, c’est-à-dire pour nous…
Des regards attentifs se posèrent sur lui, attendant la suite. Un hochement de tête d’Aila l’encouragea à poursuivre :
— À votre avis, quel a été le discours de la chaînerie des grains à ses membres à l’issue de votre réunion ? Personnellement, je l’imagine très bien. Elle a dû expliquer que, grâce à son efficacité, elle a obtenu une compagnie de soldats et une aide de votre part. À aucun moment elle ne précisera que, dans votre grande générosité, vous les lui avez accordées… À mon avis, il faudra changer cette façon de procéder et leur énoncer clairement ce que nous attendons d’elles.
Haussant les sourcils, Sérain soupira.
— Je viens d’en apprendre plus en une demi-cloche avec vous deux sur le fonctionnement de mon royaume qu’en dix ans avec mes conseillers…
— D’ailleurs, père, où sont-ils ? interrogea Adrien. À de rares exceptions près, ils participent à nos échanges…
— Dans la grande salle de réunion, je les ai envoyés réfléchir sur un objet dénué d’intérêt. Pendant ce temps, on peut travailler tranquillement et aborder des sujets sérieux. Passons au prochain point : la mission en Hagan et là je ne sais quoi décider ou plutôt, je ne le sais que trop bien…
Il regarda son benjamin.
— Tu ne maîtrises pas encore suffisamment le hagan et t’y envoyer dans ces conditions me paraît beaucoup trop périlleux, même si je comprends ton ardent désir d’accomplir cette expédition.
— Mais Aila le parle, cela pourrait suffire !…
— Avelin, coupa le roi, nous avons déjà discuté les exigences requises pour cette incursion chez les Hagans, ton niveau est insuffisant et tu le sais très bien ! J’ai besoin de deux personnes capables de se fondre dans le paysage et connaissant parfaitement la langue hagane, ce qui, hélas, n’est pas ton cas ! Malgré tout, sensible à ton désir, je suggère la solution suivante : je divise la mission en deux avec une première étape de reconnaissance où Hubert et Aila partiront ensemble et une deuxième où, si tu progresses suffisamment, tu pourras aller chercher Amata avec Aila.
— Père, qui est Amata ? interrogea Adrien.
Sérain envoya un signe de tête vers la jeune fille pour qu’elle répondît.
— C’est une femme hagane qui protège un trésor et qui va bientôt être menacée.
— Va bientôt… mais… oh ! vous êtes comme mère ! Vous avez des visions que vous pouvez interpréter…, s’étonna le second fils du roi.
Aila croisa le regard d’Hubert qui exprimait une profonde stupeur, mais le prince s’abstint de tout commentaire.
— Avelin, c’est à prendre ou à laisser. Alors, maintenant, décide-toi ! continua le roi, soucieux de la réponse de son fils.
— Je sais que vous avez raison… Hubert et Aila exécuteront la première mission ensemble.
À l’évidence, il annonçait sa décision à regret et lança à ce sujet un coup d’œil expressif à Aila. Ils en parleraient après la réunion.
— Hubert et Aila, mettez-vous donc d’accord tous les deux sur ce que vous devez réaliser et présentez-moi votre projet quand il sera ficelé, poursuivit Sérain. Abordons à présent le dernier sujet de notre conseil. Aila, je me vois dans l’obligation de solliciter une immense faveur, mais je ne souhaite en rien vous l’imposer. Comme vous le savez, Hubert est l’héritier du trône. Éthel et moi avions choisi un ami qui le formerait à son rôle si jamais il nous arrivait un malheur avant l’heure. Or ce dernier n’habite pas bien loin et a eu vent que mon fils aîné avait enfin une promise. Il désire à tout prix le féliciter et vous être présenté…
Elle blêmit à vue d’œil.
— Vous voulez dire qu’il va falloir que je me remette en robe, se renseigna-t-elle d’une voix peu assurée.
— Je crains que oui… De plus, je suis obligé d’organiser un bal pour ce cher Hector…
— En tout cas, vous ne pouvez plus prétendre que vous ne savez pas danser, lâcha Avelin, amusé. Aubin m’a rapporté les commentaires de sire Airin à propos de sa fête !
Elle rougit tout en décochant un regard furieux à son frère, dont la langue avait été trop bien pendue. Ce dernier riposta :
— Hé ! Sire Avelin et moi avons manqué le spectacle à Escarfe ! Tu pourrais quand même nous montrer ce que tu vaux comme danseuse, vêtue d’une robe somptueuse et parée de bijoux scintillants !
Elle lui renvoya un regard plus noir que noir. Tôt ou tard, il allait le lui payer !
— Pour l’instant, vous êtes toujours la promise d’Hubert, mais si vous le désirez, je ferai éditer dès demain un arrêt qui prononcera la résiliation immédiate de cet engagement. Hector comprendra.
Elle poussa un immense soupir. Encore des robes et des danses… Malheureusement, Barnais ne serait plus là pour l’enchanter. Cette soirée offrirait-elle le même goût qu’à Escarfe, sans lui ? Tous les yeux convergèrent vers elle, attendant sa réponse. Elle lut dans ceux d’Hubert comme une supplique muette dont elle ne perçut pas l’origine et se décida.
— Messieurs, préparez vos plus beaux atours ! Le bal aura lieu avec sa promise !
Tous se mirent à applaudir, même le roi, et l’ambiance s’anima. Le conseil s’achevait et le plus jeune des princes se dirigea vers Aila.
— Toujours partante pour une visite guidée de la ville ?
— Plutôt deux fois qu’une ! Est-ce que je peux me changer ? questionna-t-elle en montrant sa tenue.
Puis, alors qu’une idée dérangeante lui traversait l’esprit, elle se tourna vers son frère qui sortait.
— Aubin ! appela-t-elle, comment se fait-il que toi, tu portes tes vêtements habituels ?
— Juste un tout petit souci de taille ! J’ai récupéré ceux de Tristan au lieu des miens ! Avec un peu de chance, je devrais les recevoir cet après-midi.

Finalement, elle renonça à se changer et gagna les écuries avec Avelin. La balade dans la ville haute, encore protégée de trop de pauvreté, fut plaisante au milieu des rues animées et accueillantes. Toutefois, le prince semblait promener toute la misère du monde avec lui. Ils retournèrent vers la place du furet où Aila exprima le désir de suivre par les pavés le chemin qu’elle avait emprunté sur les toits. Ils longèrent tous les deux le passage par lequel elle était revenue vers la chaînerie le jour précédent.
— C’est par là que je suis redescendue. Vous permettez ?
Elle fixa son kenda et commença à escalader une façade entre deux murs, essayant de repérer par où son adversaire avait pu s’échapper. Elle finit par découvrir entre les deux maisons, une petite faille qui allait en s’élargissant et observa des cailloux fraîchement détachés. Obligatoirement, une personne s’était glissée dans cet espace très exigu… Quel être minuscule avait réussi à se faufiler par là ? En tout cas, pas un homme aux épaules larges et carrées ! La silhouette fluette de son adversaire lui revint en mémoire. Était-ce celle d’un adolescent ou d’une jeune femme ? Aila pesa le pour et le contre, puis renonça à pénétrer dans l’étroit passage et poursuivit son ascension, espérant voir de là-haut où ce dernier menait, hélas sans succès. La faille ne débouchait pas à l’air libre. Alors peut-être dans la maison ? Aila ne put pas vérifier son hypothèse ; elle n’allait tout de même pas rentrer dans une demeure sans permission. Elle redescendit de l’autre côté de l’habitation qu’elle contourna pour rejoindre Avelin.
— Je n’ai pas mis trop de temps ?
Il secoua la tête.
— Vous n’êtes pas trop déçu de rester à Avotour, alors que votre frère et moi allons partir en Hagan ?
— Si, terriblement. Depuis maintenant deux ans, je m’escrime à apprendre cette fichue langue et je bute encore dessus ! Même Hubert y est arrivé avant moi ! Comment avez-vous pu la retenir ?
— J’ignorais qu’Hubert maîtrisait le hagan avant la réunion avec votre père. Est-il toujours aussi réservé sur ses compétences ?
— Il en sait tellement que je crois que, en certaines occasions, il a envie de se faire oublier !
— Je pourrais vous entraîner à parler hagan. Je le fais bien au kenda, alors pourquoi pas au hagan ?
— Vous pourriez ! Je veux dire, vous le feriez pour moi ?
Il n’avait jamais ressemblé autant à un enfant ! Le voir battre des mains de plaisir ne l’aurait pas étonnée… Elle ne parvenait vraiment pas à déterminer son âge. Il mêlait de délicates réactions enfantines avec des réflexions subtiles, un peu comme Aubin. Voilà pourquoi elle s’était attachée à lui…
— Quel âge avez-vous Avelin ?
Il eut l’air vexé par sa question.
— Vous connaissez bien le mien et cela ne me dérange pas, enchaîna-t-elle.
— Bientôt dix-huit ans, annonça-t-il fièrement.
— Dans sept mois environ ?
Le visage du jeune prince se crispa. Boudeur, il précisa :
— Huit, dans huit mois…
— Alors ça, c’est extraordinaire, nous sommes presque du même âge !
Ils éclatèrent de rire et poursuivirent leur visite vers la partie basse de la ville. Au fil de leurs pas qui les éloignaient du château, l’habitat se dégrada en un rien de temps, de même que les conditions de vie. Aila observa à nouveau cette misère de plus en plus grande qui régnait dans ces quartiers, sous le soleil, cette fois… À moitié rassuré, Avelin n’empruntait que des rues larges et proposa rapidement de faire demi-tour, tandis que, tranquille, elle le serrait de près, sans percevoir de danger. Sur le chemin du retour, une toute petite maison attira son regard. Rien de particulier ne la démarquait des autres, sinon la présence d’un toit en bon état et, pourtant, Aila se sentait irrésistiblement appelée par elle. Elle la suivit des yeux, se retournant même pour la conserver dans son champ de vision jusqu’au moment où ils tournèrent dans une voie perpendiculaire. Elle mit tous ses sens en éveil pour mémoriser sa position dans ce dédale de rues. Elle y reviendrait, elle n’en doutait pas…

Ils arrivèrent juste pour le repas. Après le déjeuner, Aila recommanda un entraînement au kenda. Cette idée plut à tout le monde et chacun alla se préparer. Elle prit le temps de vérifier la blessure du roi avant de retrouver ses partenaires au manège pour commencer la séance. Sérain avait insisté pour y participer malgré son bras. Dépourvu de kenda, elle lui prêta le sien, l’invitant à en trouver un à Meillan, dans le comté de Melbour, s’il le désirait. Elle expliqua le travail qu’elle avait réalisé avec son plus jeune fils, puis associa les combattants deux par deux : Avelin contre Aubin et Hubert contre le roi. Elle se contenta de les amener à effectuer des combinaisons simples. Successivement, elle en prenait un pour l’affronter, tandis que l’autre regardait, avant d’inverser les rôles. Avelin se débrouillait plutôt bien avec Aubin pour anticiper les attaques et les parer. Il commençait à piger le truc, même si ce n’était encore qu’un début. La séance terminée, ils se séparèrent.


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