L'Ultime Renoncement, tome 8 de la saga de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy

Note : 4.6 / 5 avec 283  critiques

Le début de l'histoire

Résumé du tome 7 - Un Éternel Recommencement

Quand Allora de Srill, auprès de qui il s’était engagé, l’a relevé de sa promesse, Kerryen a épousé Ellah. De leur union est née une petite fille, Amylis, et la famille vit heureuse dans la forteresse d’Orkys, capitale du Guerek ou presque… En effet, de son actuelle histoire, Ellah a conservé une grande vulnérabilité à laquelle elle résiste grâce à la présence de Kerryen et de son bébé. Sur le point de fêter le premier anniversaire de la victoire sur Césarus, le château se prépare à accueillir des visiteurs, des proches comme des curieux. De façon contradictoire, Allora annonce son départ du Guerek à Ellah, lui expliquant qu’elle a renoncé à Kerryen, alors qu’elle l’aimait, en raison des sentiments qu’elle avait devinés entre eux.

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De son côté, Adélie qui n’a jamais cessé de vouer à la porte une vénération, ce matin-là, se rend devant elle, bercée par une magie conciliante. Parallèlement à un bruit sourd extérieur, un changement d’éclairage la dérange, puis trois silhouettes se dessinent dans la lumière. Les nouveaux arrivants, Pardon et ses enfants, espérant tomber sur Aila, sont déstabilisés par cet accueil imprévu associé à la différence de langage que Tristan ne parvient pas à corriger. La cloche d’alerte sonnée, Kerryen débarque l’épée au poing, bientôt suivi d’Ellah et d’Amaury. Reconnue par les visiteurs, la reine se décompose, tandis que Pardon ne désire plus que repasser la porte pour mettre fin au cauchemar de voir sa femme avec un autre homme.

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Dans une pièce plus confortable d’Orkys, la discussion entre les nouveaux venus et Ellah ne se révèle pas pour autant plus facile, principalement en raison du silence de Pardon, dévasté, et celui habituel de Tristan. Ellah leur apprend qu’elle est arrivée presque deux ans plus tôt elle ne se souvient plus de rien. Par politesse, elle les invite cependant à rester aussi longtemps qu’ils le souhaitent. Alors que Pardon désire uniquement fuir cet endroit, Naaly obtient un délai pour renouer avec sa mère. Montant dans les étages, elle la retrouve dans sa chambre et se découvre une petite sœur, Amy ou plutôt Amylis.

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Pendant ce temps, perturbé par les propos échangés, Tristan se promène dans la forteresse, se posant des questions auxquelles personne d’autre que lui ne semble songer. Où sont-ils et quand ? Avant de rejoindre son père, Naaly redescend dans les sous-sols et observe quelques mouvements de troupes souterrains. Le trio réuni, ses membres envisagent de repasser la porte, mais Ellah les invite à fêter avec eux le premier anniversaire de la victoire du Guerek, permettant du même coup à Tristan d’associer les pièces ; il comprend qu’ils ont atterri dans la forteresse du Guerek qu’ils ont connue en ruines, le jour même où celle-ci a été attaquée. Pressé par l’urgence, grâce au retour d’un léger contrôle de la magie, il parvient à partager les pensées, contournant la barrière de la langue. Ainsi, Kerryen apprend que sa cité sera totalement détruite et que son roi finira les os brisés. Cependant, Tristan leur explique que le passé précédent peut avoir été modifié par la venue d’Ellah et, que le déroulement des événements actuels peut différer du premier. Au même moment, Naaly parle des mouvements observés dans les sous-sols et l’alerte est donnée : le château est attaqué par l’intérieur, mais aussi par l’extérieur. Pardon et Naaly accompagnent Kerryen pour défendre le lieu, tandis qu’Ellah met Amy à l’abri. Quand Inou réalise l’absence d’Adélie, Tristan se propose de partir la rechercher. Sa fille en sécurité, la reine rejoint les combattants dans la cour. Malheureusement, la forteresse apparaît perdue. Organisant la fuite du personnel par le souterrain, les yeux d’Adélie se posent sur Pardon qui a généré chez elle des sentiments inédits, pendant que ce dernier, définitivement éprouvé, découvre le bébé du couple. Alors qu’ils atteignent la salle de la porte, Kerryen annonce à Ellah qu’elle doit suivre son ancienne famille en raison du pacte qui l’oblige à respecter un vœu unique de sa part. Malgré sa colère, elle ne peut refuser et, sa fille dans le bras, passe les ondes avec Pardon et ses enfants. Dès cet instant, Kerryen ordonne à ses hommes de la détruire.

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Quand ils reprennent pied, Naaly identifie la grotte initiale, tandis qu’Ellah est affolée de ne rien reconnaître, dont la maison vide de Mukin. Son désarroi est partagé par le groupe conscient des différences entre le moment du départ et celui de leur retour. Tristan finit par leur avouer leur triste réalité : le changement du passé avec la venue d’Aila a effectivement modifié le présent actuel. Soit leur ennemie grimée existe encore et a manipulé Aila provoquant leur quête, soit c’est le contraire et donc, à l’instant, ils vivent toujours en Avotour. Au même moment, Ellah comprend que treize ans se sont peut-être écoulés et, totalement bouleversée, emprunte le souterrain vers la forteresse. À destination, ils tombent sur Adélie qui leur apprend la mort de Kerryen. Pardon et ses enfants décident de repartir au petit matin. Dans sa chambre, Ellah récupère le livret qu’elle avait dissimulé et, cette fois, tente d’en percer les mystères en faisant appel à ses connaissances sans y parvenir. Elle le glisse dans son gilet. De son côté, Adélie confie à son amant, Marin, ses impressions à propos de ces événements.

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Quand Ellah se réveille, Amy a disparu. Mise au courant, Adélie refuse de croire en la culpabilité de Marin. Renouant avec la magie, la reine fonce vers la maison de Mukin sur les traces du ravisseur. Malheureusement pour lui, Marin demeure coincé dans le couloir, doublement, d’abord par un piège posé par Tristan et, ensuite, par Pardon, Naaly et Tristan revenus vers le seul endroit connu. Quand l’amant d’Adélie perçoit tardivement la présence d’Ellah, il tente le tout pour le tout et, après avoir distrait les visiteurs, il s’échappe, le bébé avec lui, Ellah sur talons, ainsi que son ancienne famille. En dépit des efforts conjugués pour le retenir, aucun pouvoir ne semble l’atteindre. De nouveau, dans la grotte, Marin a déjà disparu. Ses poursuivants franchissent la porte.

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Quand la magie éveille Tristan, il découvre autour de lui une gigantesque salle remplie de cocons contenant probablement des corps. Grâce à son alliée providentielle, il réveille sa sœur, puis, avec l’aide de Naaly, ses parents. Si la reprise de conscience de leur père se révèle douloureuse, en revanche, celle d’Ellah revêt des allures de cataclysme, car elle refuse de revenir à la vie. Après un combat qui l’oppose à Pardon, ce dernier finit par la maîtriser ; elle s’effondre, vaincue par l’infernale succession de chagrins. Sans arme et sans l’aide de la magie qui vient définitivement de s’éteindre, ils débouchent dans un univers aveuglant et uniforme. En attendant d’y pénétrer, Tristan leur explique que les cocons représentent un système de protection de la porte et conclut que ce lieu cherchera à les retenir à tout prix ; pour y parvenir, tous les coups seront permis. Quand le monde se déplie devant eux sous la forme d’une route, leur différence de comportement devient plus visible. Pardon, étouffé par la culpabilité, hésite sur tout, Naaly, malgré les catastrophes en série, continue à avancer et Tristan, en raison de sa clairvoyance, sent peser sur ses épaules le poids de plus en plus lourd de cette aventure. Quant à Ellah, elle ne les accompagne que contrainte et forcée, car elle a tout perdu. Elle les suivra tant qu’elle le voudra, mais, le moment venu, elle les quittera.

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Alors que les mondes s’enchaînent, chacun apporte son lot de déconvenues, mais aussi de révélations. Ainsi, bien que Tristan reste réticent face à l’entité qu’il perçoit, Ellah se lie progressivement à elle, réveillant la magie chez Pardon à l’insu de celui-ci. Tandis que les épreuves se succèdent se développe dans le groupe une solidarité, voire une complicité. Puis une nouvelle contrainte s’impose : le temps décompté par un sablier que chaque membre doit parvenir à remplir en se confrontant à l’événement le plus cruel de son existence. Bonneau meurt dans les bras de Pardon, Sekkaï échappe à l’étreinte de Naaly pour sauter dans le vide et Tristan découvre les conséquences tragiques sur sa vie de son histoire avec la magie, puis l’amour avec Merielle. Quant à Ellah, elle reçoit par le biais d’Amaury une lettre de Kerryen.

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Alors que le monde qu’ils traversent s’effondre, ils parviennent grâce à l’aide providentielle d’un homme étrange, Martin, à rejoindre le prochain, un espace de sérénité après le chaos. Ensemble, ils cherchent l’accès pour atteindre le monde d’après, tandis que le dernier espoir de Pardon de reconquérir Ellah s’évanouit ; elle ne l’aime pas et ne les suivra pas.

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Leur porte localisée, des gravures sur le sol leur donnent des indications à la fois précieuses et perturbantes : chacun peut offrir à l’un d’entre eux ce qu’il désire, mais, parallèlement, l’un d’entre eux restera dans le monde précédent…

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Au moment des adieux entre Pardon et Ellah, celle-ci tend à Pardon la pierre qu’elle porte à son cou et qui s’est rallumée ainsi que le carnet qu’elle a conservé dans son gilet, et lui transmet ses compétences en langage.

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Tandis que les ondes s’avivent, Ellah retient Martin éloigné de son ancienne famille. Méfiante envers lui, elle plonge dans son esprit pour découvrir que cet homme n’est autre que celui qui a enlevé sa fille. Ce dernier perçoit son intrusion, puis apprend la fuite de ses compagnons. S’ensuit entre les deux un combat qui ébranle l’univers autour d’eux. Dans un ultime geste vers les siens, Ellah envoie une bulle avec des informations sur Martin que Pardon saisit au moment de franchir la porte. Pour vaincre son ennemi, Ellah s’imprègne de la face noire de la magie du labyrinthe, définitivement.

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Début du tome 8 - L'Ultime Renoncement

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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Aila et Lomaï venaient de regagner leur chambre. Elles n’avaient partagé aucun moment pour se parler depuis la veille, quand les gardes avaient entraîné Aila. Sitôt la porte close, Lomaï se jeta dans ses bras.
— J’ai eu si peur pour vous ! Je suis tellement heureuse que vous soyez en vie !
Aila, un peu stupéfaite par cette brusque explosion d’affection, referma ses bras autour de Lomaï. Instinctivement, elle comprenait que sa nouvelle amie avait revécu à travers cette épreuve, la disparition de sa mère tant aimée. Puis, tout excitée, Lomaï s’écarta d’elle.
— J’ai voulu vous réserver une surprise. J’espère qu’elle vous plaira.
Elle partit chercher le vieux kenda et le lui rapporta, plus du tout crasseux ; elle l’avait nettoyé, poncé et ciré à tel point qu’il brillait comme un sequin neuf. Aila resta interdite.
— Il est magnifique, Lomaï ! Quel travail extraordinaire vous avez fait !
— Cela n’a pas été difficile ! Cela va même vous sembler idiot… En fait, vous n’allez pas me croire, précisa-t-elle, rougissante, mais il m’a expliqué tout ce que je devais faire, un peu comme une mélodie…
Elle baissa la tête, gênée, tandis qu’Aila secouait la sienne. Par les fées, le kenda avait chanté pour elle… La fusion avait fonctionné et elle ne pourrait plus l’offrir au roi. Elle poussa un soupir. Était-ce uniquement pour elle que la vie s’embrouillait à loisir ou était-ce identique pour tout le monde ? À moins que ce ne fût elle qui n’attirait que des complications…
— J’ai commis une bêtise ? interrogea Lomaï d’une petite voix.
— Non, tout au contraire, vous avez trouvé votre âme sœur en ce kenda. Il vous appartient désormais et, comme punition, vous viendrez vous entraîner avec nous cet après-midi !
— Mais je ne peux pas l’accepter ! Et puis je n’ai pas de vêtements pour combattre ?
— Pas ici, c’est certain. Mais je les soupçonne d’être cachés dans un coin avec votre arbalète. Nous irons les rechercher ensemble une autre fois. En attendant, je dispose de tout le nécessaire dans mon armoire. Ce ne sera pas parfait parce que vous êtes plus grande et plus fine que moi, mais ma précieuse Élina nous trouvera une solution !
En parlant d’elle, Aila s’imaginait presque la voir surgir… Mais non, et elle dut se résigner à aller la quérir. Élina résolut sur-le-champ le problème et les deux jeunes femmes furent fin prêtes à descendre vers le manège. Lomaï dissimulait son inquiétude du mieux qu’elle pût.
— Aila, je ne me suis jamais battue ainsi.
— Mais vous m’avez vue faire ! Et puis votre façon de lutter s’accorde parfaitement avec celle du kenda. Vous combattrez comme bon vous semble, mais lui, dit Aila, en montrant le bâton, maintenant qu’il vous tient, ne vous laissera pas vous dérober comme cela !

L’arrivée au manège de sire Hector se déroula en fanfare. Tous les membres de la famille royale au grand complet se déclaraient prêts et leur invité avait même revêtu une tenue plus confortable, au cas où…
— Sire, commença Aila, je pensais avoir trouvé un éventuel kenda pour vous au centre-ville. Il vous a été offert par Gatus Koui, un homme qui tient une échoppe d’armes anciennes et poussiéreuses. Je lui avais promis de vous transmettre son cadeau. Seulement, voulant me faire plaisir, Lomaï l’a nettoyé et le lien s’est créé avec elle. Je suis désolée…
Depuis qu’elle était arrivée au château, combien de fois avait-elle confessé à son roi qu’elle était désolée ?
— Aurait-il réagi pour moi sans Lomaï ?
— J’en doute, sire.
— Alors, permettez-moi de l’offrir à Lomaï. Faites-en bon usage, dit-il en se tournant vers la jeune femme. Je veillerai à faire remercier ce brave vendeur pour sa générosité.
Les yeux d’Hector, qui écoutait avec attention, pétillaient de convoitise, tels ceux d’un bandit qui découvre un trésor…
— J’entends des mots qui attisent ma curiosité : armes anciennes, lien. Expliquez-moi vite, je meurs d’impatience !
— Le dernier cadeau que les fées ont donné aux hommes avant de disparaître est ce kenda, une arme magique.
— Vous croyez aux fées, dame Aila ? s’étonna Hector.
— Eh bien, je n’y croyais pas, mais depuis, j’ai changé d’avis… Le kenda est une arme unique et vous vous choisissez mutuellement. Il vous appelle et vous répondez à son appel ou non. Mais c’est très rare, un kenda sait que vous êtes fait l’un pour l’autre, c’est pour cette raison qu’il vous attire à lui.
— Est-ce la seule magie de cette arme ?
— Non. Elle vous transforme en compagnons d’armes et sa fidélité devance de loin celle des hommes… Et lorsque vous vous battez, vous ne faites plus qu’un !
Aila ne sut plus quoi dire ; tout d’un coup, les mots lui échappaient pour exprimer cette incroyable fusion qui lui donnait l’impression d’être plus légère que l’air, plus puissante que le vent, plus rapide que la lumière…
— Je vais vous montrer. Avelin, s’il vous plaît ?
Il obtempéra, tout fier d’avoir été sélectionné pour la démonstration. Elle lui transmettait des consignes brèves et courtes : « Ressens ! », « Perçois ! », « Agis ! » et il s’exécutait avec grâce et légèreté, il devenait vraiment habile. Le rythme s’accéléra et Avelin le soutint avec un peu plus de difficultés, tout en s’accrochant. Puis elle se détourna et s’éloigna. Stoppant sa course, elle bondit vers lui en une multitude de sauts arrière et finit, tel un oiseau étendant ses ailes, par passer au-dessus de lui, et se retrouva accroupie derrière lui, prête à sauter à nouveau. Elle lui permit juste de se retourner avant de recommencer. Sa vitesse d’exécution incroyablement rapide empêchait le jeune prince de réagir. Elle accéléra encore, disparaissant aux yeux de ceux qui cherchaient à la suivre du regard. Elle ne laissait à sa suite qu’une espèce de traînée qui troublait la vue, car on s’efforçait d’y trouver ce qui n’existait déjà plus… Avelin avait cessé de se battre, il ne savait même plus où elle était avant de la découvrir devant lui, le kenda dressé, puis doucement abaissé vers le sol. Elle le salua.
Pas un mot, pas un bruit avant l’explosion. Lomaï se mit à applaudir à tout rompre et à crier son enthousiasme, bientôt rejointe par tous les spectateurs à l’unisson. Aila et Avelin se tournèrent vers eux et s’inclinèrent ensemble. Du coin de l’œil, elle observa, avec un serrement de cœur, que seul Hubert ne partageait pas cette allégresse collective.
— Dame Aila, je reste sans voix et vous n’avez pas accompli un mince exploit en m’y amenant, moi, le bavard impénitent. Vous m’avez enchanté ! Montrez-moi, je veux apprendre !
Elle prit le temps d’expliquer à Hector qu’il n’avait pas le kenda approprié et son utilisation se limiterait à celle d’une arme normale. Ceci ne fit pas reculer l’homme qui se révéla plutôt alerte pour son âge. Tout le monde, y compris le roi et Lomaï, s’y mit et l’entraînement se déroula joyeusement. Aila s’amusa à observer Lomaï en train de se créer une technique très personnelle, associant la façon dont elle se battait auparavant et ce qu’elle avait assimilé rien qu’en regardant. Loin de toute convention, elle alliait efficacité et grâce. Elle se dit que cette jeune femme deviendrait rapidement aussi forte qu’elle. En revanche, Aila sentit bien qu’Hubert ne progressait plus et qu’il en avait parfaitement pris conscience. Cela l’attrista pour lui, mais, bon combattant au demeurant, avait-il vraiment besoin du kenda et de magie des fées ?

L’heure vint de s’apprêter pour le bal. Après avoir transpiré dans la poussière du manège, le bain préparé par Élina lui procura un véritable plaisir qu’elle ne bouda pas. Son esprit flottait tranquillement sans idée précise. Comme toujours, se battre au kenda lui offrait l’occasion de mettre sa tête et son corps en parfaite harmonie. Elle se sentait à peine fatiguée, juste détendue et paisible. Élina lui laissa le temps de se reposer avant de passer aux choses sérieuses. Aila pensait remettre sa robe beige, mais Élina la détrompa. Le roi l’avait chargée d’en trouver une spéciale pour le bal en l’honneur de sire Hector et elle extirpa d’une nouvelle malle, qui avait dû arriver pendant qu’elle se baignait, une robe verte. Elle tendit la main pour caresser le tissu si doux et si soyeux.
— C’est pour moi… Par les fées, comme elle est magnifique ! De la même couleur que les yeux d’Oulys !
Aila perçut le regard interrogateur d’Élina qui ne posa naturellement aucune question et qui, tout aussi naturellement, ne se doutait pas qu’Oulys fût la fée Sève… Elle laissa Élina glisser l’étoffe sur sa peau, puis l’ajuster avant de s’asseoir devant le miroir. Il fallut beaucoup de temps pour brosser ses cheveux, les rendant aussi doux et soyeux que sa robe. Avec dextérité, elle les repoussa en arrière et les fixa avec deux peignes au milieu desquels elle déposa la touche finale, des pierres vert émeraude enchâssées dans une chaînette dorée…
— Avez-vous pensé à Lomaï ? s’enquit Aila.
— Bien sûr, répondit Élina, une autre suivante s’occupe d’elle.
Aila s’admira dans le miroir. À Escarfe, elle s’était presque trouvée belle, mais là, en se regardant, elle avait l’impression d’être encore une autre, une inconnue qui lui correspondait encore moins. Pourquoi toute cette comédie… ? Pourquoi avait-elle accepté de jouer ce rôle une nouvelle fois ?

Le prince passa la chercher pour l’emmener à la salle de bal. À leur arrivée, Hector s’avança vers Aila d’un pas alerte. Décidément, elle appréciait vraiment cet homme dont les yeux pétillants accrochaient son cœur. Il lui prit la main et la garda chaleureusement serrée dans la sienne :
— Dame Aila, je ne saurai vous dire combien j’aimerais être plus jeune, juste une soirée, pour pouvoir espérer ne serait-ce qu’un regard de vous… Vous êtes plus que ravissante, vous êtes féerique. Me permets-tu, Hubert, de mener ta Dame à notre table ?
Hector lui tendit le bras sur lequel elle s’appuya avec grâce et, parvenu à sa place, il s’assit entre elle et Sérain, Hubert s’installant de l’autre côté. La soirée débuta. Encore une fois, Hector eut mille et une histoires à conter. C’était un plaisir infini de l’écouter. Il peignait de touches colorées des pays qu’il avait visités. Il relatait ses aventures communes avec Arthur, un autre ami de la famille royale, qui comme lui, bourlinguait, mais plutôt sur les mers. Alors, de temps en temps, le terrien qu’il était se laissait tenter par les expéditions maritimes de son ami… Il décrivait les coutumes de chaque contrée avec précision et humour. L’écouter produisait un enchantement qui rivait tous les convives à ses propos.
— Et à présent, mon bal ! N’oubliez pas que je ne suis venu que pour cela ! s’exclama-t-il.
D’un geste, Sérain fit entrer les musiciens qui s’installèrent.
— Allez, mon presque fils, ouvre donc le bal avec la dame de ton cœur que je régale une dernière fois mes vieux yeux de la beauté de la jeunesse et de l’amour.
Le prince se leva et invita sa promise dont il sentit immédiatement le désarroi.
— Je ne sais toujours pas danser, lui murmura-t-elle.
— Alors, faites-moi confiance, pour une fois…
Leurs regards se rencontrèrent. Ce fut comme si elle découvrait la couleur de ses yeux pour la première fois. Ces derniers étincelaient sous les flammes des bougies telles des étoiles. D’ailleurs, les étoiles bleues existaient-elles ? Dans le ciel, elle les voyait toujours jaunes… Hubert enserra sa taille et lui prit la main. La musique s’éleva et la magie opéra à nouveau sur Aila. Ils tournaient, virevoltaient et elle s’envolait, son cœur battant à rompre. C’était comme si, à côté de l’air joué par les musiciens, jaillissait en elle une mélodie intérieure dont l’écho lui était inconnu jusqu’alors. Flottant, elle avait l’impression de vivre un rêve éveillé… Et quand l’orchestre s’arrêta, elle regretta de ne pouvoir le poursuivre. Cependant, était-ce la musique qui faisait vibrer son cœur aussi fort ou les bras de son cavalier ? Elle quitta Hubert pour rejoindre d’autres danseurs, dont le roi. Le prince ne l’invita plus, il ne dansa plus, il paraissait juste anxieux… Et elle l’oublia. Après les terribles épreuves qu’elle avait vécues la nuit d’avant, les joues rosies par les rondes et les rires, elle s’amusait, joyeuse et insouciante. Et puis il y eut ce moment inoubliable où elle arpenta la piste avec Aubin, radieux. La vie souriait à son frère : il appartenait à la garde du roi, sa sœur lui tenait compagnie et il participait à son premier bal… Et même s’il dansait maladroitement, que pouvait-il souhaiter de plus ?

Puis vint l’heure de se quitter. Hector s’approcha du couple princier et demanda à prolonger la soirée avec les amoureux dans une dernière promenade vers le jardin intérieur du château. Aila sursauta, elle ignorait son existence. Longeant les couloirs, elle discourait passionnément de tout et de rien avec Hector, riant de ses plaisanteries et tenant la main d’Hubert, parce que le second père du prince en avait exprimé le souhait. Hubert, lui, restait muet. Enfin, ils parvinrent au jardin qu’elle ne connaissait pas et elle fut saisie en découvrant cet endroit absolument ravissant, planté d’arbustes en fleurs et de buissons savamment taillés. Des torches astucieusement réparties l’embellissaient d’un surprenant éclairage en clair-obscur. Comment un château si austère pouvait-il renfermer un lieu aussi sensationnel ?
— Mes enfants, quelle belle soirée ! Je repartirai demain avec du soleil plein la tête. Votre idylle me comble de bonheur. Vous allez me prendre pour un vieux fou et, avec un peu de chance, vous aurez raison, mais j’ai une faveur à vous demander… Ce soir, j’ai envie, après vous avoir vu danser ensemble, de jouer les indiscrets et de ressentir une dernière fois les émois de votre âge. Je vais vous quitter sur la pointe des pieds. Et, alors que vous me croirez parti, je me retournerai pour surprendre un baiser… Je vous le promets, je ne resterai pas.
« Quelle demande incroyable ! », pensa-t-elle. Hector n’aurait-il pas tout deviné ? Ne cherchait-il pas à créer une situation ambiguë entre ses amoureux ? N’attendant pas leur accord, il les abandonna. Elle se retrouva seule avec Hubert, aussi mal à l’aise que lui. Elle leva son visage vers le fils du roi, distinguant à peine ses traits, noyés dans l’ombre. Ce fut cette obscurité qui laissa le tour se jouer. Les lèvres du prince se posèrent avec douceur sur les siennes, juste un peu plus longtemps peut-être qu’elles ne l’auraient dû. Elle ne sut plus vraiment où elle en était. Elle ne pouvait tout de même pas ressentir d’attirance pour cet homme qui la mettait en colère pour un oui ou pour un non, qui ne lui faisait pas confiance et qui la traitait comme une quantité négligeable ! Pas question ! Énervée, elle se dégagea avec brusquerie.
— Merci pour cette excellente soirée, Hubert, et à demain.

Élina l’attendait dans la chambre pour l’aider à se déshabiller. Elles le firent sans bruit, car Lomaï dormait déjà. Cela tombait bien, Aila n’avait pas envie de parler. Elle enfila sa chemise, prit une graine de Canubre et se coucha. Pourtant, elle n’arriva pas à s’endormir. Tournant et se retournant, elle revivait en permanence la soirée écoulée. Elle avait dansé dans les bras d’Hubert, tenu sa main et senti ses lèvres sur les siennes. Ça y était, elle devenait folle ! Son rôle de promise lui était monté à la tête ou quoi ! Après Barnais, voilà qu’elle se laissait embarquer, comme une gamine de seize ans — qu’elle était d’ailleurs — dans une nouvelle amourette de comédie ! N’importe quoi ! Comme si ce fils de roi, qui la supportait à peine, pouvait éprouver le moindre sentiment pour elle ! Et pourtant, elle avait ressenti tellement de douceur de sa part quand elle avait pleuré dans ses bras… Décidément, le sommeil la fuyait… Si seulement elle pouvait s’endormir et oublier toutes ses divagations. De toute façon, elle avait bien trop à faire pour songer à aimer ou à être aimée… La torpeur finit par la gagner et elle se retrouva dans le jardin des fées, Amylis arrivant vers elle de sa démarche souple et gracieuse.
— Bonjour, Aila ! As-tu pris ta graine ? s’informa la fée avant de la regarder avec attention. Je te trouve excessivement grave aujourd’hui, as-tu eu des soucis à la suite de ta dernière visite ?
Amylis s’inquiétait.
— Non, mon esprit est bien clair. Je dois simplement vous avouer que j’ai failli vous abandonner…
— Viens, Aila. Allons rejoindre mes sœurs et tu nous expliqueras ce qui s’est passé. Depuis le début du partage de notre magie, nous sommes en lien avec toi et percevons le danger ou la douleur que tu rencontres, sans en connaître la nature exacte. Nous savons que tu as vécu des événements dramatiques qui t’ont bouleversée au plus profond de ton être…
Sous les arbres, Aila s’installa au milieu des fées, devant le lac dont les frémissements chatoyants captaient son attention. Elle expliqua avoir spontanément donné sa vie pour en épargner une autre et que, ce faisant, elle avait renoncé à les sauver. Elle s’en voulait terriblement. Peut-être les fées devaient-elles rechercher une personne plus fiable qu’elle…
— Je suppose que celle pour laquelle tu as proposé de mourir valait la peine d’être protégée ?
— Oui ! Elle avait commis une grave erreur et souhaitait la réparer en se rendant au roi. Jamais je n’ai pensé un seul instant qu’en la ramenant, j’allais être à l’origine de sa mort ! Alors, quand Sérain a annoncé la sentence, je me suis sentie responsable et j’ai voulu la sauver ! Mourir à sa place est l’unique moyen que j’ai imaginé sur le moment…
Un silence particulièrement intense recouvrit la clairière. Les fées se concertaient du regard et Aila attendit.
— Nous avons réfléchi à ce que tu viens de nous raconter. Nous savons que tu as agi selon ton cœur pour mettre ton amie à l’abri et nous le comprenons. Cependant, tu ne dois pas exposer ta vie de façon imprudente. Ton rôle ne se limitera peut-être pas à nous sauver, car tu deviens détentrice de pouvoirs uniques sur Terre ! Tous les dons que nous partageons avec toi sont là pour te protéger et t’aider à réussir tes missions. Si tu disparais avant de les avoir effectuées, ceci pourrait engendrer des conséquences fatales sur l’avenir d’Avotour, par exemple… Ce que tu as fait pour épargner cette jeune fille démontre ta bravoure. Cependant, en la sauvant, même si elle en valait la peine, ce sont les vies de millions de gens que tu as mises en péril… Y as-tu seulement songé ?

Chaque mot accentuait le sentiment de culpabilité d’Aila. Elle prenait conscience des graves implications que son obstination pouvait causer. Elle n’avait pas le droit de condamner tout un pays pour secourir un seul être. Mais saurait-elle faire différemment ? Elle agissait de façon si spontanée, presque trop… Elle suivait ses intuitions sans le moins doute et, fidèle à ses convictions, elle devait sauver Lomaï ! En quoi était-ce distinct des autres fois où elle savait que faire et où aller ? Là aussi, elle avait des certitudes ! Alors, pourquoi les unes seraient-elles justes et les autres non ?
— Mes amies fées, vos reproches à mon égard sont justifiés. Mais si j’ai agi de façon impulsive, c’est parce qu’il était évident que je devais de le faire ! Comme si sauver cette personne et ne pas en mourir étaient le chemin qui m’était destiné… Est-ce que vous comprenez ?
Elle observa une brève agitation parmi les fées. Amylis reprit la parole :
— Tes mots sonnent si juste, Aila… Nous en concluons que tu as bien eu raison de suivre ton cœur. Et que tu dois recommencer si nécessaire. Nous ne connaissons pas l’avenir, nous espérons qu’il sera celui que nous imaginons et nous ferons tout pour t’aider à le mettre en place. Es-tu prête à présent pour t’ouvrir sur une forme de guérison plus poussée ?
Aila approuva, impatiente d’engranger cette aptitude.
— Nous allons nous appuyer sur tes connaissances déjà acquises en anatomie, les approfondir et les corriger, si elles sont erronées, pour t’offrir le don de guérir avec les mains ou ton esprit.
Les fées tendirent leurs bras au-dessus de la jeune fille, les faisceaux argentés fusèrent et le partage commença…


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