L'Oracle de Tennesse, tome 3 de la saga de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy préféré

Note : 4.6 / 5 avec 229  critiques roman

Le début de l'histoire (avec un rappel des tomes 1 et 2)

Aila a grandi dans le comté d'Antan, élevée par son oncle et entourée par Mélinda, la châtelaine et Hamelin, le mage du comté. Sa volonté est de devenir une combattante et, poussée par son oncle, elle participe à des joutes orchestrées dans le but de sélectionner les membres de la garde rapprochée du roi Sérain d'Avotour. Finalement choisie, elle commence par être envoyée en mission en compagnie du fils aîné du roi, Hubert. Peu à peu, ses talents de combattante empruntent des voies inhabituelles qui semblent décupler ses sens et sa perception du monde qui l'entoure. Troublée, elle ne découvre que plus tard l'origine de tous ces bouleversements, liée aux pouvoirs que les fées partagent avec elle à son insu. Dorénavant, la vie en a décidé pour elle, elle n'aura plus qu'autre choix que celui d'accepter ses nouvelles aptitudes et toutes les conséquences, bonnes ou moins bonnes, qu'elles induiront.

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L'heure est grave. Venu du nord, un empereur, Césarus, avance vers eux pour conquérir Avotour et tous les pays environnants. Il apparaît si puissant que tous doutent de leur capacité à le contrer. Convaincu de la nécessité de créer des alliances même avec leurs ennemis de toujours, Sérain d'Avotour envoie son fils cadet, Adrien, en compagnie d'Aila, vers le pays hagan. La route des deux compagnons emprunte des chemins de traverse et amène la jeune fille à semer dans les esprits des villageois le souffle d'un espoir insensé : pour lutter contre Césarus et pourquoi pas le vaincre, la seule solution réside dans le fait de s'allier et de se battre tous ensemble pour la liberté.

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Parvenue aux frontières du pays hagan, Aila récupère les affaires d'une chamane, Marça, qui vient de rejoindre les esprits de la Terre. À peine la tenue revêtue et la bague passée à son doigt, elle se retrouve dans une grotte, accueillie par une femme cachée dans l'ombre. Cette dernière lui révèle qu'elle est à présent, Topéca, la première chamane guerrière. Aila, sans avoir la moindre idée de ce que signifie être chamane, endosse ce nouveau rôle sans joie… Accompagnée par Adrien devenu Kazar, elle quitte Avotour pour le pays hagan.

Plus rien ne va… Depuis qu'Aila est devenue Topéca, Adrien et elle se parlent à peine. Rapidement, le prince réalise que la jeune femme, une fois de plus, porte sur ses épaules un fardeau beaucoup trop lourd et tente de la réconforter : Aila ne peut pas disparaître aussi facilement derrière Topéca. Rassérénée par les propos de son compagnon, la nouvelle chamane reprend la route sur les sentiers montagneux, le coeur apaisé.

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Leur chemin les mène à la rencontre de la tribu Appa dont le chef se nomme Quéra. Dès cet instant, Aila affirme sa nouvelle personnalité : elle est Topéca, la première chamane guerrière et le sol comme le ciel vibrent sous sa puissance au son des clochettes de son kenda. Elle va d'ailleurs prouver rapidement à tous que les esprits de la Terre l'habitent en sauvant les uns après les autres les enfants de la tribu tombés malades. Cependant, chez Topéca comme chez Aila, rien n'est offert aux autres sans qu'elle en paye le prix. C'est sous les regards inquiets des mères de la tribu que la chamane épuise son énergie dans le seul but de préserver des vies.

Mais la lutte ne fait que commencer. Derrière cette maladie insidieuse se cachent l'ombre de sorciers et leur perversité. Face à cette certitude, les détruire peu à peu devient une évidence, mais comment ? À présent, le moment est venu d'en affronter un parmi eux. Mais est-il possible de vaincre ces représentants du mal ? Quelle puissance nouvelle et inédite Aila - Topéca déploiera-t-elle pour y parvenir ?


Début du tome 3 - L'Oracle de Tennesse

Dévastée par le tour que prend sa vie, obligée d'abandonner au petit matin le plus beau de ses rêves, Aila reprend la route pour retourner en pays hagan. Tout en elle se rebelle contre cette destinée qui la brise jour après jour, insensible à sa souffrance ou ses désirs. Alors qu'un bruit de sabot retentit sur le chemin, elle découvre avec stupeur la venue de Niamie, la petite fille qu'elle avait sauvée de la sorcellerie au village de Pontet. Mais quelle idée saugrenue a traversé l'esprit de cet Oracle qui a choisi d'entraîner une enfant si jeune dans ses aventures périlleuses ?

Comme pour concrétiser les pensées d'Aila, un premier danger guette le duo et force les deux filles à fuir dans la nuit. Au cours de la journée suivante, alors qu'Aila a dissimulé sa compagne de route, le combat s'engage contre des mercenaires venus pour la tuer et dépêchés par un ennemi qu'elle a, elle-même, tué de ses mains. Les menaces de son ultime ennemi flottent encore dans l'air quand ce dernier fait demi-tour et s'enfuit.

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Le retour chez Nestor est douloureux pour Aila. Dans sa mémoire affluent tant de souvenirs émouvants voire éprouvants dont celui, si vibrant, de Topéca qu'elle ne pourra jamais redevenir… L'appréhension de la combattante ne cesse de s’accentuer jusqu’au pied des montagnes et, quand elle s'arrête, pétrifiée par la peur, Lumière continue d'avancer. Quand le premier sabot de son cheval foule le sol du pays hagan, Aila acquiert la certitude que, si elle revient en terre connue, la Terre, elle, ne la reconnaîtra pas…

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Parcourez les coups de cœur de mes premiers lecteurs

Yollande, Mon cadeau de Noël !

J'ai fini L'Oracle de Tennesse à 23 h 50 la nuit dernière avec un sentiment de grande joie pour la suite à venir : l'histoire au fil des tomes devient de plus en plus passionnante (mais où vas-tu chercher tous ces rebondissements !!!) Dur, dur de fermer ce tome, j'en voulais encore plus : la fin de l'Oracle est géniale. Chapeau, je me régale autant que si je lisais les Goodkind ou Hobb.
C'est un pur bonheur de retrouver Aila chaque Noël : j'ai ainsi mon cadeau !!! Merci.
Je m'impatiente déja de connaitre la suite, tu t'en doutes, alors… après les fêtes, il faudra se mettre au prochain tome. Non ? J'ai une patience infinie et j'attendrai, j'attendrai, j'attendrai… mais pas trop quand même !!

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MermaidC, Une saga envoûtante !

Avec ce troisième tome l'intrigue se complique pour notre plus grand plaisir ! Celui-ci est dense et même si j'ai eu un peu de mal à me plonger dans l'histoire au début et si j'aurais aimé un découpage du livre plus aéré (changement de chapitre plus fréquent par exemple, surtout lorsqu'on change de lieu et de personnage) j'ai quand même adoré ce livre ! L'Auteure possède une très belle écriture, elle nous fait partager tous les questionnements et tourments des personnages qui sont presque tous attachants (Pas cette horreur de Césarus hein !) J'ai particulièrement aimé dans ce 3e tome le fait qu'on puisse se placer du point de vue d'autres personnages (Hang, Aquiri…) En tout cas bravo et merci pour cette saga !

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Florence, Je suis en manque dès la dernière page !!

Préparez vous à une plongée en apnée de 600 pages
On replonge dans l'histoire d'Aila pour n'en ressortir que 600 pages plus loin. En effet, une fois la lecture commencée on ne décroche plus ! Ce tome, un peu plus cérébral que les précédents (et tout à fait en adéquation avec l'état physique de l'héroïne), fait davantage travailler l'imagination du lecteur pour notre plus grand plaisir. Le suspens est à son apogée à la fin… une seule chose à faire… attendre le quatrième tome !

Sur UPblisher
Marjolaine, MAGNIFIQUE !!

Passionnée par l'héroïque fantaisie, je suis gâtée !!!
L'histoire est belle, la poésie et le suspense toujours présents. Quel talent !! Chaque tome me laisse en haleine et j'attends la suite avec impatience. À quand le 4e ??

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Miss Macaron, Un très bon cru ce 3e tome !

Un très bon 3e tome, avec une Aila qui évolue encore, qui se pose mille questions dans lesquelles chacun peut se retrouver. Des questions qui trouvent leurs réponses, de nouvelles qui se posent, des héros qui vivent des moments de bonheur et de tristesse, du suspense, on se laisse une nouvelle fois complètement transporter au pays des Fées !

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VETIER, une fois de plus piégée par la magie d'Aila !

Le troisième tome a été englouti à la même vitesse que les deux précédents. On se replonge à chaque lecture avec bonheur dans cet univers de force et de fragilité. Aila est passée d'enfant à femme mais on ne veut surtout pas la quitter ! Vite, la suite !

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Gagnesaviepetitàpetit, Vivement la suite !!

Lecteur toujours tenu en haleine dans ce troisième tome comme dans les deux premiers.
Odyssée qui mériterait un succès international voire une adaptation au cinéma ou même en jeu vidéo (pour les duels au kenda cela plairait bcp).
Vivement la suite et la traduction en plusieurs langues.

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Sarah, Ma première nuit blanche

Après avoir séché des cours pour lire le tome 2, j'ai vécu ma première nuit blanche pour finir le tome 3 (alors que mes vacances de février arrivent !) Formidable, je veux être Aila. Quel roman ! Quelle histoire ! Quels personnages ! Et toutes ces reines…
Bref, lisez ce roman de fantasy mais ne vous faites pas prendre par vos parents en lisant la nuit. Je m'en suis tirée en leur montrant le passage de l'infiniment petit à l'infiniment grand en leur expliquant que je lisais de la science poétique ou de la poésie scientifique. Bingo  Ça a marché et ils m'ont laissée finir. Du coup, ils vont lire le tome 1. Et voilà !!!
J'attends la suite avec une très grande impatience. BRAVO !

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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Yogir ronflait… Pas trop fort, juste de quoi faire comprendre à d’éventuelles oreilles indiscrètes que l’homme censé surveiller la porte des temps s’était une nouvelle fois assoupi à son poste. Mais qui pouvait l’en blâmer ? À quoi servait le gardien d’un accès que personne n’empruntait jamais, ni dans un sens ni dans l’autre ? L’histoire l’expliquait clairement : les Guerekéens en avaient perdu la maîtrise depuis si longtemps qu’ils avaient oublié depuis quand. D’ailleurs, qui pouvait affirmer qu’ils avaient, un jour, possédé celle-ci ? Personne. En résumé, uniquement un peuple ayant perpétué cette tradition aurait encore pu parvenir jusqu’à eux. Or ces ultimes connaissances devaient s’être définitivement effacées, puisque cette entrée originale n’avait plus amené quiconque depuis des siècles, voire peut-être des millénaires. Là encore, tout le monde ignorait ce qu’il en était réellement. En outre, la porte avait-elle déjà fonctionné ? Un simple coup d’œil dans sa direction informait quiconque qu’elle ne ressemblait en rien à celle active décrite par la légende qui, telle une onde miroitante, libérait des vagues concentriques comme celles créées par un poisson à la surface d’un lac. Or, à l’endroit précis où elle s’élevait, seule une paroi rocheuse exposait au regard son aspect peu commun. Elle apparaissait lisse, comme polie à la main par le plus fin des grains, mais rien de plus, ni lueur ni mouvement. Dans la petite salle au piètre éclairage, elle se dressait presque aussi sombre que les deux pierres ténébreuses qui l’encadraient, des pavés parfaits aux angles vifs et à l’éclat furtif, deux silhouettes immobiles, quasi menaçantes, sauf pour Yogir ; elles représentaient les uniques compagnes de ses longues journées de théorique vigilance.

Gagné trop souvent par un ennui sans limites, le vieil homme résistait de plus en plus mal à la dérive de son attention. Ce jour-là, engourdi par une irrépressible torpeur, il sombrait petit à petit au pays des songes ; soldat depuis son plus jeune âge, il avait beaucoup payé de sa personne tout au long de son existence. Ainsi, il avait enduré les hivers rigoureux, sous une neige épaisse, sur d’étroits chemins de ronde battus par des vents glaciaux, et les étés régulièrement caniculaires, où le moindre geste le mettait en sueur, sans parler des pénibles tâches quotidiennes à effectuer. Dans cette forteresse, pourtant monumentale, les habitants, guère nombreux, devaient s’occuper intégralement de l’entretien de celle-ci ; chacun adoptait différents emplois au fur et à mesure des nécessités. Engagé dans la garnison, il s’était retrouvé à bâtir des murs, à faucher le foin ou couper du bois, voire à le transporter et le ranger, des travaux contraignants auxquels il avait vaillamment résisté et pour lesquels il avait reçu une récompense au-delà de toute espérance. Devenir le gardien de la porte représentait le vœu de tant d’hommes et, cependant, n’existait qu’un seul élu : lui… Quelle n’avait pas été la fierté de sa famille et la sienne le jour de sa nomination ! De plus, à sa mort, une petite rente continuerait d’être versée à sa veuve et il appréciait l’idée de laisser sa femme, nettement plus jeune que lui, à l’abri des difficultés financières. Mais, pour l’instant, il ne songeait pas à tous ces avantages. Installé sur son banc, négligeant l’objet de sa surveillance, son esprit avait déserté la pièce… Le dos calé contre le mur et la tête soutenue par ses mains accrochées à sa hallebarde, Yogir sommeillait, alors que ses yeux légèrement entrouverts maintenaient l’illusion d’une attention focalisée sur la paroi. Quiconque l’aurait observé à cet instant, sans naturellement entendre ses ronflements réguliers, aurait pensé qu’il veillait jalousement sur cet emblème guerekéen. Mais il n’en était rien, il dormait bel et bien, les paupières à demi closes. Cette incroyable faculté lui avait souvent servi, tandis qu’il montait la garde sur les remparts, pendant ces nuits bien trop longues pour résister à l’envie de somnoler. Il en aurait plutôt ri, mais, finalement, avait préféré ne pas s’en vanter, bien conscient que dévoiler son aptitude aurait pu compromettre sa tranquillité, et encore plus sa promotion. Par malchance, seule sa femme, ayant rapidement compris son subterfuge, ne se laissait plus berner depuis des années par son apparente vigilance trompeuse. Plus d’une fois pendant ses jours de repos, elle était venue le secouer pour le remettre au travail quand elle le découvrait assoupi, alors qu’il aurait dû être en pleine activité. Cependant, futée, elle avait également tenu sa langue, de sorte que le secret de son mari n’avait jamais été éventé.

Yogir ne sut pas exactement ce qui le dérangea, un changement de luminosité peut-être ou l’impression d’un mouvement furtif, mais son équilibre précaire bascula et, après un bref moment pour se reprendre, les paupières grandes ouvertes à présent, il entraperçut un miroitement qui s’atténuait sur la porte. Aussitôt il se frotta les yeux avant de les rouvrir et de retrouver celle-ci comme à son habitude, sombre et inerte. Ses sens avaient dû être trompés. Par acquit de conscience, son regard balaya lentement la pièce de taille moyenne, de base rectangulaire. À une extrémité, celle-ci contenait le banc sur lequel il était assis et la porte des temps à l’autre. Entre elle et lui, en longeant le mur droit, se succédaient l’accès aux couloirs du château d’Orkys condamné par un solide vantail en bois, une lourde chaîne pendant le long de la paroi, puis, presque dans le coin de la salle, un large bahut vermoulu auquel personne n’osait plus toucher de peur de le voir s’effondrer à la moindre secousse. Du côté gauche, seuls deux fauteuils attendaient d’éventuels visiteurs qui, depuis la mort de Lothan, le père du roi actuel, restaient désespérément vides. Auparavant, l’ancien souverain, passionné par cet énigmatique trésor souterrain, venait souvent méditer en ce lieu, son regard fixé sur la porte, comme s’il lui suffisait de l’observer avec attention pour la réveiller, ou simplement en percer les mystères, ou encore prévoir l’impact sur le présent de changements effectués dans le passé. Cependant, depuis son décès, son héritier, Kerryen, dédaignant ces considérations métaphysiques, ne mettait jamais les pieds ici.
Toujours insatisfait, Yogir finit par se lever, puis, frôlant les sièges, jeta un coup d’œil plein d’envie vers leurs coussins moelleux. Qu’il devait être agréable de piquer un petit somme aussi confortablement installé ! Régulièrement, ce désir revenait le caresser, principalement, lorsque les os de sa vieille carcasse commençaient à le faire trop souffrir. Jusqu’à présent, malgré la faible probabilité d’être surpris, il n’avait jamais osé céder à la tentation, même quand elle lui tenaillait l’esprit, certain que, découvert, la nouvelle se répandrait jusqu’aux oreilles du roi et que les siennes vibreraient sous la colère de ce dernier ; ses tympans n’y résisteraient pas. Tout le monde connaissait Kerryen, un homme juste, mais emporté, qu’il fallait mieux brosser dans le sens du poil plutôt que l’inverse. Le souverain pouvant se montrer sans pitié, la punition envers celui qui aurait failli serait exemplaire et le garde ne pouvait prendre le risque de perdre sa précieuse charge. Son rapide tour d’horizon terminé, Yogir se rassit, rassuré. Finalement, il avait tout rêvé, le changement de luminosité et l’onde miroitante sur le mur. Pourtant, de retour à sa place, son cœur se remit à tambouriner de plus belle dans sa poitrine. Non, par les vents d’Orkys, il n’avait rien imaginé ! Voici que le souvenir d’une lueur diffuse réapparaissait devant ses yeux comme s’il la voyait encore. Peut-être devenait-il trop vieux ou trop émotif… De plus, s’il ne possédait rationnellement aucune raison de s’inquiéter, pourquoi cette oppressante sensation de malaise persistait-elle en lui ? Il passa sa langue sur ses lèvres desséchées et se dit qu’un petit coup à boire ne lui ferait pas de mal… Tandis qu’il cherchait à se lever, ses jambes peu assurées se dérobèrent sous lui et il retomba lourdement sur le banc, plutôt mécontent de se sentir à ce point atteint par une étrange impression. Pour se redonner du courage, il commença à se parler à mi-voix dans la salle silencieuse.
— Allez Yogir ! Y’a personne dans cette pièce, tu vois bien, il ne s’est rien passé ! Si quelqu’un avait voulu t’égorger, y’a longtemps que tu s’rais mort. Je t’accompagne, on va se refaire une inspection tous les deux, et après, on ira s’en jeter un, histoire de se requinquer…
Ses yeux balayèrent lentement le lieu une nouvelle fois. Seul, hors de sa perception, persistait le petit coin d’ombre entre le bahut branlant et le mur, mais, dans un espace aussi étroit, personne ne pourrait évidemment se cacher sans dépasser, et sûrement pas un assaillant de grande taille. En conclusion, si un ennemi avait pénétré, il ne devait pas être bien gros. Décidé à se conduire à la hauteur de son devoir, Yogir focalisa ses pensées sur le précieux godet qui achèverait de le remettre en forme une fois le tour de la salle terminé. Peu rassuré, il se força à se lever et, sa hallebarde en position d’attaque, parcourut la courte distance qui le séparait du meuble. Passant devant ce dernier, l’idée de boire un petit coup l’amena à oublier toute prudence, il posa son arme, puis ouvrit d’une main experte la porte, riant intérieurement de son secret si bien gardé. En dépit de son apparence miteuse, le buffet résistait vaillamment à son ancienneté, en tout cas assez pour abriter une réserve de spiritueux et de vins sur laquelle sa douce femme ne tomberait pas. Non pas qu’il en abusât, mais, comme son épouse lui en refusait la moindre goutte à la maison, ce moyen lui permettait de s’offrir un plaisir de temps à autre en toute discrétion. Et, là, avec toutes les émotions qu’il venait de vivre, ce remontant lui semblait amplement mérité. Il sortit son verre et, après un instant d’hésitation, renonça à sa piquette habituelle pour de l’eau-de-vie de prune. Un breuvage un peu plus fort gommerait définitivement son appréhension. Connaisseur, il avala l’alcool à petites gorgées, claquant la langue de satisfaction entre chacune. Ragaillardi, il se sentit prêt à examiner le petit coin d’ombre sur la gauche du meuble. Son très rapide coup d’œil n’y discernant rien, il retourna lentement vers son banc et reprit la pose. De nouveau assis, son regard erra sur la pièce et, progressivement, son sourire de contentement s’effaça de son visage. Non, il venait d’en prendre conscience, il n’avait toujours pas effectué sa tâche correctement. Encore une fois, le battement de son cœur s’accéléra à la simple idée de devoir se relever et d’y repartir. Ce petit coin dans l’angle apparaissait si sombre dans cette salle tout aussi obscure que, sans un apport supplémentaire de clarté, il n’y distinguerait pas un chat noir roulé en boule. Poussant un soupir de résignation, après avoir réuni toute sa volonté pour agir, il se redressa une nouvelle fois, saisit sa hallebarde d’une main et, de l’autre, décrocha la torche la plus proche. Ce coup-ci, sa vérification devenant complète, il établirait, sans aucun doute possible, que cette zone emplie de ténèbres ne contenait absolument rien. Ensuite, toutes ses sensations aussi farfelues que désagréables pourraient disparaître. D’un pas moins vaillant qu’il l’aurait voulu, il avança vers le fameux recoin d’ombre et, dans un dernier effort, l’éclaira. Sa bouche s’ouvrit toute grande, tandis qu’il manquait de lâcher sa lumière. Par tous les vents d’Orkys, qu’est-ce que ça pouvait bien être ? Pétrifié, il laissa ses yeux fixés sur la chose d’apparence humaine, totalement recroquevillée sur elle-même, au point qu’il n’en voyait que des cheveux mal taillés à l’allure broussailleuse…
— Hélà ! Hélà ! T’es quoi, toi ? murmura-t-il en bousculant légèrement la silhouette de l’extrémité de sa hallebarde.
Dans un gémissement, la masse enchevêtrée se resserra encore plus sur elle-même. Si Yogir ressentit l’urgence de se servir un deuxième verre, son sens du devoir prit le dessus, il recula lentement, sans quitter du regard l’angle de la pièce, son arme prête, à présent, à transpercer cet éventuel assaillant. Arrivé près de l’accès au couloir, il lâcha sa torche sur le sol et, de sa main libérée, actionna la lourde chaîne, tirant sur elle de toutes ses forces à gestes répétés. Au même moment, résonnèrent dans le château deux carillons puissants, un proche et un lointain. Inconscient du temps qui s’écoulait, il s’acharna à sonner l’alerte, son attention rivée sur le bahut, ses oreilles assourdies par le bruit ambiant, au point de ne pas remarquer l’ouverture de la porte en chêne derrière lui. Il sursauta violemment quand une poigne ferme l’arrêta dans son mouvement. Sur le point de repousser l’attaquant, quelques secondes lui furent nécessaires avant d’identifier celui qui maintenait son bras. Devant lui se dressait un homme grand, aux tempes légèrement grisonnantes et aux iris d’un bleu foncé, ses doigts serrant la poignée de son épée. Enfin, le gardien lâcha la chaîne, tandis que l’écho d’un ultime tintement retentissait toujours entre les murs de la forteresse. Les yeux du nouvel arrivant balayèrent la pièce dans laquelle d’autres soldats tenaient leurs lames en position de défense, puis le roi interrogea Yogir.
— Que signifie ton appel ? M’aurais-tu dérangé pour rien ?
Derrière son ton à peine aimable grondait une menace peu rassurante.
— Sire, je vous jure, je l’ai aperçu, là-bas, entre le buffet et la paroi, balbutia le garde encore plus ébranlé depuis l’apparition de la troupe.
— Qu’as-tu vu ? insista Kerryen, de moins en moins amène.
Yogir secoua la tête, incapable de s’expliquer, mais, se baissant, il ramassa la torche pour la tendre au souverain qui la saisit d’un geste brusque. Son regard sévère posé sur lui, Kerryen comprit qu’il n’obtiendrait aucune information cohérente du vieil homme, visiblement bouleversé. Vaguement énervé d’avoir dû suspendre son entraînement quotidien pour venir ici, il serra les dents, se demandant si son soldat n’aurait pas trop abusé de l’alcool, son haleine empestant l’eau-de-vie de prune. Sans crainte, parce que la porte conservait son allure habituelle, l’épée levée par prudence, il se rapprocha du meuble. Une partie de lui espéra simplement que Yogir n’avait pas déniché un animal quelconque, tel un gros chat, qui serait parvenu à entrer en même temps que lui dans la pièce et en ferait la risée du château ; le pauvre ne s’en remettrait pas.
— Kerryen ! Que se passe-t-il ?
Le roi retint un léger soupir en reconnaissant la voix de celle qui l’avait élevé après la mort de sa mère, Ashabet, dont elle était la sœur cadette. De façon regrettable, cette dernière s’était octroyé le droit d’envahir son espace aux moments les moins opportuns de sa vie, comme celui-là.
— Inou, te voilà… Je l’ignore encore, mais, en revanche, reste derrière moi tant que la zone ne sera pas sécurisée. Rejoins Yogir pendant que je découvre de quoi il retourne.
En plus d’être sa tante, cette femme occupait l’indispensable rôle d’intendante de la forteresse et, excepté sa petite taille, tout, dans son allure déterminée et énergique, démontrait sa fonction et les prérogatives associées. Des formes arrondies et des cheveux noirs perlés de nombreux fils blancs coiffés en un chignon sévère contribuaient à renforcer l’indiscutable autorité qu’elle dégageait. Si elle opina pour lui faire plaisir, Kerryen ne fut pas dupe ; à la moindre idée qui traverserait son cerveau, elle agirait exactement selon ses envies, dès qu’il aurait tourné le dos, voire avant… Il était le souverain ici et tous lui obéissaient, sauf elle. Malheureusement pour lui, elle se comportait encore comme s’il venait tout juste de fêter ses sept ans. Régnant sur le Guerek depuis une douzaine d’années et secondant son père depuis bien plus longtemps, il aurait aimé de sa part un peu plus de considération, principalement en public. Cependant, rien ne changeait. Elle persistait à le regarder comme un gros bébé joufflu ou un adolescent récalcitrant, et n’en faisait qu’à sa tête, évidemment sans son accord royal. Sensé, il évitait depuis toujours de lui donner des ordres, car, ainsi, elle ne s’opposait pas ouvertement à lui et son honneur autant que son autorité restaient saufs… Précédant ses hommes, il s’approcha, peu inquiet, sauf pour Yogir, de la raison de tout ce raffut. Éclairant le coin dans l’ombre du buffet, la surprise le figea lorsqu’il discerna une silhouette informe recroquevillée sur elle-même. Son gardien avait vu juste, quelque chose se dissimulait là, difficilement identifiable, toutefois, ressemblant plus à une personne qu’à un rat ou un chien.
— Oh… laissa-t-il échapper.
Fidèle à elle-même, Inou joua immédiatement des coudes pour passer entre les soldats et écarta même son neveu pour découvrir la source de son étonnement. Une seconde lui suffit pour analyser la situation et s’en occuper.
— Enlevez-moi ce buffet tout de suite, claironna-t-elle d’une voix qui n’admettait pas de réplique en direction des gardes armés.
Ces derniers jetèrent un coup d’œil au souverain qui acquiesça, tandis que Yogir, soudainement inquiet pour sa réserve, se rapprochait rapidement du bahut. Incitant ses compagnons à éviter tout mouvement brusque, il se précipita pour les aider et, bientôt, une fois le meuble déplacé, apparut dans le coin de la pièce un être rassemblé sur lui-même, la tête penchée sur ses genoux. Aussitôt, Inou s’accroupit devant lui, non sans avoir, au préalable, repoussé fermement la main de Kerryen qui cherchait à la retenir par prudence. Une nouvelle fois, son neveu réprima un soupir. Pourtant, il connaissait bien le caractère à la fois déterminé et indépendant de sa tante. Comment avait-il pu penser un instant qu’il pourrait l’empêcher d’agir comme elle le désirait ?
— Bonjour, je m’appelle Inou. Et toi ? demanda-t-elle avec beaucoup de douceur.
La silhouette ne bougea pas. L’intendante hésita sur la conduite à tenir, examinant, à la lueur de la torche que soulevait Kerryen, deux jambes qu’enserraient deux bras avec force. Son regard erra sur la morsure du tissu maculé qui laissait apparaître de larges plaies sanglantes. Le cœur étreint, elle frémit en songeant au martyre que cette personne semblait avoir subi. Dénuée de la moindre appréhension, elle posa ses doigts avec délicatesse sur une main souillée, comme sur un animal apeuré qu’elle aurait voulu rassurer. À son contact, la forme, agitée par un frisson, se ramassa encore plus dans une plainte légère.
— Tu ne crains plus rien. Personne ne te fera de mal ici, lui murmura-t-elle avec douceur, caressant de son autre paume ce qui restait des cheveux. Pauvre petit oiseau… Ta vie ne me paraît pas avoir été très drôle. Mais tu vas voir, maintenant, ton calvaire est terminé. Nous prendrons bien soin de toi et, pour débuter, nous devons quitter cet endroit lugubre et t’installer de façon confortable.
Inou leva ses yeux clairs, très expressifs, vers Kerryen.
— Comme je doute qu’elle puisse marcher seule, il faudrait la porter…, commença-t-elle.
— Elle ? coupa le roi, les sourcils froncés.
— Sans le moindre doute si je considère la finesse de ses articulations. Te souviens-tu de l’inscription de la stèle, tu sais, la devise du Guerek qui ne sert jamais ? Elle expose précisément ton rôle :
« Visiteur venu par la Porte du Temps.
Notre invité d’honneur, tu seras
Au bras du roi, le seuil, tu franchiras
Pour y demeurer longtemps.
 »
Les mâchoires de Kerryen se crispèrent. Inou ne croyait quand même pas qu’il allait se pencher pour saisir ce tas d’oripeaux et le transporter dans le château. Hors de question !
— Tu trouveras bien quelqu’un pour t’en occuper. Des tâches plus sérieuses et urgentes m’attendent, répliqua-t-il pour éviter d’entendre la demande qu’il pressentait venir.
— Mais c’est ton devoir ! protesta-t-elle.
Il se tourna vers ses soldats.
— Amenez-la où dame Inou vous l’ordonnera.
Kerryen tendit la torche à l’un de ses hommes, puis quitta la pièce encore plus vite qu’il y était rentré, abandonnant sa tante entre tristesse et courroux. Un roi qui manquait à ses engagements, voici qui contrariait infiniment à Inou, mais elle ne le laisserait pas se soustraire à ses obligations ! Rien que pour la femme, elle ajouta à voix basse :
— Ne t’inquiète pas, c’est un vieux ronchon, mais il n’est pas aussi méchant qu’il en a l’air. Excessivement têtu et emporté, mais, que veux-tu, même lui ne peut posséder toutes les qualités…
Elle leva son regard vers les soldats qui l’entouraient.
— Bon, alors, lequel d’entre vous se dévoue pour l’emmener au premier étage ?


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