L'Oracle de Tennesse, tome 3 de la saga de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy préféré

Note : 4.6 / 5 avec 273  critiques top

Le début de l'histoire (avec un rappel des tomes 1 et 2)

Aila a grandi dans le comté d'Antan, élevée par son oncle et entourée par Mélinda, la châtelaine et Hamelin, le mage du comté. Sa volonté est de devenir une combattante et, poussée par son oncle, elle participe à des joutes orchestrées dans le but de sélectionner les membres de la garde rapprochée du roi Sérain d'Avotour. Finalement choisie, elle commence par être envoyée en mission en compagnie du fils aîné du roi, Hubert. Peu à peu, ses talents de combattante empruntent des voies inhabituelles qui semblent décupler ses sens et sa perception du monde qui l'entoure. Troublée, elle ne découvre que plus tard l'origine de tous ces bouleversements, liée aux pouvoirs que les fées partagent avec elle à son insu. Dorénavant, la vie en a décidé pour elle, elle n'aura plus qu'autre choix que celui d'accepter ses nouvelles aptitudes et toutes les conséquences, bonnes ou moins bonnes, qu'elles induiront.

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L'heure est grave. Venu du nord, un empereur, Césarus, avance vers eux pour conquérir Avotour et tous les pays environnants. Il apparaît si puissant que tous doutent de leur capacité à le contrer. Convaincu de la nécessité de créer des alliances même avec leurs ennemis de toujours, Sérain d'Avotour envoie son fils cadet, Adrien, en compagnie d'Aila, vers le pays hagan. La route des deux compagnons emprunte des chemins de traverse et amène la jeune fille à semer dans les esprits des villageois le souffle d'un espoir insensé : pour lutter contre Césarus et pourquoi pas le vaincre, la seule solution réside dans le fait de s'allier et de se battre tous ensemble pour la liberté.

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Parvenue aux frontières du pays hagan, Aila récupère les affaires d'une chamane, Marça, qui vient de rejoindre les esprits de la Terre. À peine la tenue revêtue et la bague passée à son doigt, elle se retrouve dans une grotte, accueillie par une femme cachée dans l'ombre. Cette dernière lui révèle qu'elle est à présent, Topéca, la première chamane guerrière. Aila, sans avoir la moindre idée de ce que signifie être chamane, endosse ce nouveau rôle sans joie… Accompagnée par Adrien devenu Kazar, elle quitte Avotour pour le pays hagan.

Plus rien ne va… Depuis qu'Aila est devenue Topéca, Adrien et elle se parlent à peine. Rapidement, le prince réalise que la jeune femme, une fois de plus, porte sur ses épaules un fardeau beaucoup trop lourd et tente de la réconforter : Aila ne peut pas disparaître aussi facilement derrière Topéca. Rassérénée par les propos de son compagnon, la nouvelle chamane reprend la route sur les sentiers montagneux, le coeur apaisé.

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Leur chemin les mène à la rencontre de la tribu Appa dont le chef se nomme Quéra. Dès cet instant, Aila affirme sa nouvelle personnalité : elle est Topéca, la première chamane guerrière et le sol comme le ciel vibrent sous sa puissance au son des clochettes de son kenda. Elle va d'ailleurs prouver rapidement à tous que les esprits de la Terre l'habitent en sauvant les uns après les autres les enfants de la tribu tombés malades. Cependant, chez Topéca comme chez Aila, rien n'est offert aux autres sans qu'elle en paye le prix. C'est sous les regards inquiets des mères de la tribu que la chamane épuise son énergie dans le seul but de préserver des vies.

Mais la lutte ne fait que commencer. Derrière cette maladie insidieuse se cachent l'ombre de sorciers et leur perversité. Face à cette certitude, les détruire peu à peu devient une évidence, mais comment ? À présent, le moment est venu d'en affronter un parmi eux. Mais est-il possible de vaincre ces représentants du mal ? Quelle puissance nouvelle et inédite Aila - Topéca déploiera-t-elle pour y parvenir ?


Début du tome 3 - L'Oracle de Tennesse

Dévastée par le tour que prend sa vie, obligée d'abandonner au petit matin le plus beau de ses rêves, Aila reprend la route pour retourner en pays hagan. Tout en elle se rebelle contre cette destinée qui la brise jour après jour, insensible à sa souffrance ou ses désirs. Alors qu'un bruit de sabot retentit sur le chemin, elle découvre avec stupeur la venue de Niamie, la petite fille qu'elle avait sauvée de la sorcellerie au village de Pontet. Mais quelle idée saugrenue a traversé l'esprit de cet Oracle qui a choisi d'entraîner une enfant si jeune dans ses aventures périlleuses ?

Comme pour concrétiser les pensées d'Aila, un premier danger guette le duo et force les deux filles à fuir dans la nuit. Au cours de la journée suivante, alors qu'Aila a dissimulé sa compagne de route, le combat s'engage contre des mercenaires venus pour la tuer et dépêchés par un ennemi qu'elle a, elle-même, tué de ses mains. Les menaces de son ultime ennemi flottent encore dans l'air quand ce dernier fait demi-tour et s'enfuit.

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Le retour chez Nestor est douloureux pour Aila. Dans sa mémoire affluent tant de souvenirs émouvants voire éprouvants dont celui, si vibrant, de Topéca qu'elle ne pourra jamais redevenir… L'appréhension de la combattante ne cesse de s’accentuer jusqu’au pied des montagnes et, quand elle s'arrête, pétrifiée par la peur, Lumière continue d'avancer. Quand le premier sabot de son cheval foule le sol du pays hagan, Aila acquiert la certitude que, si elle revient en terre connue, la Terre, elle, ne la reconnaîtra pas…

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Parcourez les coups de cœur de mes premiers lecteurs

Yollande, Mon cadeau de Noël !

J'ai fini L'Oracle de Tennesse à 23 h 50 la nuit dernière avec un sentiment de grande joie pour la suite à venir : l'histoire au fil des tomes devient de plus en plus passionnante (mais où vas-tu chercher tous ces rebondissements !!!) Dur, dur de fermer ce tome, j'en voulais encore plus : la fin de l'Oracle est géniale. Chapeau, je me régale autant que si je lisais les Goodkind ou Hobb.
C'est un pur bonheur de retrouver Aila chaque Noël : j'ai ainsi mon cadeau !!! Merci.
Je m'impatiente déja de connaitre la suite, tu t'en doutes, alors… après les fêtes, il faudra se mettre au prochain tome. Non ? J'ai une patience infinie et j'attendrai, j'attendrai, j'attendrai… mais pas trop quand même !!

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MermaidC, Une saga envoûtante !

Avec ce troisième tome l'intrigue se complique pour notre plus grand plaisir ! Celui-ci est dense et même si j'ai eu un peu de mal à me plonger dans l'histoire au début et si j'aurais aimé un découpage du livre plus aéré (changement de chapitre plus fréquent par exemple, surtout lorsqu'on change de lieu et de personnage) j'ai quand même adoré ce livre ! L'Auteure possède une très belle écriture, elle nous fait partager tous les questionnements et tourments des personnages qui sont presque tous attachants (Pas cette horreur de Césarus hein !) J'ai particulièrement aimé dans ce 3e tome le fait qu'on puisse se placer du point de vue d'autres personnages (Hang, Aquiri…) En tout cas bravo et merci pour cette saga !

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Florence, Je suis en manque dès la dernière page !!

Préparez vous à une plongée en apnée de 600 pages
On replonge dans l'histoire d'Aila pour n'en ressortir que 600 pages plus loin. En effet, une fois la lecture commencée on ne décroche plus ! Ce tome, un peu plus cérébral que les précédents (et tout à fait en adéquation avec l'état physique de l'héroïne), fait davantage travailler l'imagination du lecteur pour notre plus grand plaisir. Le suspens est à son apogée à la fin… une seule chose à faire… attendre le quatrième tome !

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Marjolaine, MAGNIFIQUE !!

Passionnée par l'héroïque fantaisie, je suis gâtée !!!
L'histoire est belle, la poésie et le suspense toujours présents. Quel talent !! Chaque tome me laisse en haleine et j'attends la suite avec impatience. À quand le 4e ??

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Miss Macaron, Un très bon cru ce 3e tome !

Un très bon 3e tome, avec une Aila qui évolue encore, qui se pose mille questions dans lesquelles chacun peut se retrouver. Des questions qui trouvent leurs réponses, de nouvelles qui se posent, des héros qui vivent des moments de bonheur et de tristesse, du suspense, on se laisse une nouvelle fois complètement transporter au pays des Fées !

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VETIER, une fois de plus piégée par la magie d'Aila !

Le troisième tome a été englouti à la même vitesse que les deux précédents. On se replonge à chaque lecture avec bonheur dans cet univers de force et de fragilité. Aila est passée d'enfant à femme mais on ne veut surtout pas la quitter ! Vite, la suite !

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Gagnesaviepetitàpetit, Vivement la suite !!

Lecteur toujours tenu en haleine dans ce troisième tome comme dans les deux premiers.
Odyssée qui mériterait un succès international voire une adaptation au cinéma ou même en jeu vidéo (pour les duels au kenda cela plairait bcp).
Vivement la suite et la traduction en plusieurs langues.

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Sarah, Ma première nuit blanche

Après avoir séché des cours pour lire le tome 2, j'ai vécu ma première nuit blanche pour finir le tome 3 (alors que mes vacances de février arrivent !) Formidable, je veux être Aila. Quel roman ! Quelle histoire ! Quels personnages ! Et toutes ces reines…
Bref, lisez ce roman de fantasy mais ne vous faites pas prendre par vos parents en lisant la nuit. Je m'en suis tirée en leur montrant le passage de l'infiniment petit à l'infiniment grand en leur expliquant que je lisais de la science poétique ou de la poésie scientifique. Bingo  Ça a marché et ils m'ont laissée finir. Du coup, ils vont lire le tome 1. Et voilà !!!
J'attends la suite avec une très grande impatience. BRAVO !

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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Quand la première cloche sonna, Aila se leva et regarda par la fenêtre l’attelage d’Hector partir. Il allait lui manquer… Comme le lui avait rappelé son frère, elle se souvint qu’elle fêtait ses dix-sept ans, aujourd’hui. Cependant, elle ne célébrait pas un anniversaire ordinaire… Un peu troublée, elle réalisait que sa vie ne correspondrait pas à celle qu’elle avait choisie, mais uniquement à celle qui lui serait donnée de vivre. Elle serait une combattante qui partagerait le pouvoir des fées, tout un programme… Désormais, son existence se découperait entre les différentes facettes de sa personnalité. Saurait-elle les concilier à chaque instant ? Évitant tout bruit qui perturberait Lomaï, elle s’habilla et rejoignit le manège pour son entraînement.

Quand la deuxième cloche sonna, elle remonta vers sa chambre, espérant le débarquement d’Élina avec le petit déjeuner, elle avait faim et désirait passer du temps avec Lomaï. Élina attendait avec son plateau, et Lomaï, désormais réveillée et radieuse, semblait flotter sur un petit nuage… Cependant, ceci ne l’empêcha pas de s’occuper de sa nouvelle amie.
— Allez-vous mieux, Aila ? Vous paraissiez tellement lointaine, hier. Je me suis inquiétée pour vous.
— C’est gentil, Lomaï, merci, je me sens bien. Depuis que nous nous sommes rencontrées, nous avons passé bien peu de temps ensemble et je me demandais ce que vous aviez vécu après mon emprisonnement.
— Oh ! cela a été terrible ! Après votre départ, je me suis jetée avec colère sur le roi en le traitant de monstre et en le frappant de toutes mes forces, expliqua Lomaï, les yeux brillants. Il a immobilisé mes poignets pour m’obliger à me calmer, il est très fort, vous savez, et m’a décrit que, pour moi, vous vous étiez mise dans une situation désespérée. Il ignorait comment vous sortir de cette impasse, car un échange de vies est irréversible. Il a fait appeler les princes et Aubin, puis nous avons passé la nuit dans la bibliothèque du château, puis dans celle du mage royal afin de rechercher la solution qui pourrait vous sauver.
— Cette période a dû être bien pénible pour vous…
— Oh ! oui, mais certainement moins que la vôtre ! Vous demeuriez dans tous nos cœurs ! Ce fut finalement sire Avelin qui a tiré le livre adéquat et cette mascarade, aussi abominable fût-elle pour vous, restait votre seule porte de survie. Alors, nous nous y sommes tous résignés, y compris votre frère. Je me souviens de son visage, il était livide. Aubin s’est bien occupé de moi depuis que vous m’avez confiée à lui. Enfin, tout le monde s’est montré gentil, même le roi… Le lendemain, je lui ai expliqué ma terrible méprise et il a accepté mes excuses. J’ai failli le tuer et, pourtant, il me pardonne ! Est-ce que vous l’imaginez ? Je dois beaucoup à cet homme d’une grande bonté. Il a offert que je reste ici, puisque je voulais devenir votre humble servante, mais que vous nécessiteriez, à son avis, plus une amie qu’une domestique… Vous savez, ma maman était vraiment une mère dévouée et elle a fait tout ce qu’elle pouvait pour moi. Elle n’a juste pas réussi à nous sortir de la misère et ce n’était pas faute d’avoir travaillé jusqu’à en donner sa vie. À présent, je vis dans un château, je porte de jolies robes même plus rapiécées, j’ai chaud, je n’ai plus faim. Je n’ai jamais été aussi heureuse de ma vie !
Lomaï se mit à tourner sur elle-même, avec grâce. Ses longs cheveux s’épanouirent comme une corolle autour d’elle avant de retrouver leur place lorsqu’elle s’arrêta.
— Alors, plus de combats ? Plus de kendas ? questionna Aila, taquine.
— Si ! Mais je veux également vivre comme une femme…
Aila s’interrogea un instant sur la signification exacte de sa réponse, mais n’approfondit pas le sujet. Voir Lomaï si rayonnante suffisait à son bonheur. Elle lui proposa de retourner à cheval chercher son arbalète et le reste de ses affaires après manger et Lomaï accepta.
— Souhaiterais-tu que je t’apprenne à monter ?
Lomaï rougit violemment et baissa les yeux.
— Ne prenez pas cette peine, je m’exerce déjà. Merci beaucoup.
Tout en parlant, Aila se détourna pour sortir.
— Au fait, Lomaï, plutôt que mon humble servante, je te considère comme une amie. Alors, tu peux me tutoyer…

Ensemble sur Lumière, Aila et Lomaï descendaient une route qui menait à la ville basse. Lomaï n’avait pas rangé ses effets dans la petite maison qu’elle occupait, mais dans une cache qu’elle avait confectionnée sur un toit.
— Ce n’était pas trop difficile de vivre ici ? s’enquit Aila.
— Si. Ici, tous les jours, il faut se battre pour survivre. Mère m’a beaucoup protégée, mais j’ai dû, moi aussi, apprendre à lutter. En permanence, des gens succombent sur le trottoir à cause du froid, de la faim, de la maladie ou parce qu’un plus fort a eu raison de lui. La moindre nourriture donne lieu à des bagarres terribles dans lesquelles notre voisin est prêt à nous arracher les yeux pour récupérer ce que l’on a eu le malheur de dégotter avant lui. Obtenir et conserver une maison requiert une protection. Des bandes se cachent des soldats et font régner leur loi, indépendamment de celle du royaume. Si on les paie, on peut survivre plus longtemps que les autres…
— Et qu’a fait ta mère pour s’en sortir en plus de son travail ?
— Elle plaisait à un chef auquel elle se vendait.
Aucune honte ne ressortait dans les propos de Lomaï, simplement de la fierté.
— Ta mère était vraiment une femme courageuse et déterminée.
— C’est vrai.
— Où est-elle enterrée ?
— Dans la fosse commune… Sans argent, je me suis conformée à ce qu’elle m’avait demandé et je l’ai juste déposée dans la rue pour que la charrette qui passe tous les matins la ramasse et l’emporte.
Sa voix s’étrangla et ce fut un sourire plein de tendresse qui naquit sur les lèves d’Aila.
— Tu es comme elle, Lomaï, courageuse et déterminée.
Elle sentit les bras de Lomaï se resserrer autour de sa taille, le compliment l’avait touchée.
— Et ta maison ?
— Ce n’est déjà plus la mienne. Brigo, celui qui appréciait ma mère, essayait de me convaincre de la remplacer. Comme cela ne me tentait pas alors je m’apprêtais à la quitter…
— Où serais-tu allée ?
— Dans la rue, bien sûr. Regarde, c’est là !
Lomaï descendit de Lumière et escalada rapidement un mur. « Dans la rue », songeait Aila. Elle l’avait ramenée avec elle juste à temps pour lui éviter une vie encore plus précaire… Hors de vue pendant quelques minutes, Lomaï réapparut, tenant un sac.
— Aila, il faut déguerpir. Une des bandes dont je t’ai parlé arrive par une rue voisine. Elle ne vient pas pour nous, mais autant ne pas la croiser.
Son amie en croupe, la jeune femme talonna Lumière qui fila au trot allongé. Les jeunes femmes furent soulagées de revenir dans la ville haute sans rencontre désagréable.

Le déjeuner permit à Sérain de présenter le programme de la journée. Hector parti, les activités reprenaient leur cours habituel. Le repas fini, la réunion commença dans son bureau. Sérain indiqua qu’il ne disposait pas, pour l’instant, de nouvelles de la compagnie menée par Aténor à Pontet, le village de l’aubergiste. Adrien fit le point sur les progrès dans la mise en place des hérauts. Il en avait sélectionné quatre avec soin et avait organisé la répartition des comtés qu’ils prendraient en charge de telle façon que toute information n’excédât pas treize jours pour parvenir aux châteaux principaux les plus reculés.
— Voilà ce que je suggère : notre premier héraut s’occupera de Trérour, Uruduo et Partour. Le suivant traitera Melbour, Valmor et Aroure. Ces deux-là réintégreront rapidement Avotour, il leur suffira de cinq jours pour regagner notre cité par le chemin le plus court. Le troisième couvrira Barnian et Cordor avec dix jours pour revenir.
Adrien montrait au fur et à mesure les trajets proposés sur la carte qu’il avait étalée.
— Le dernier s’activera à Antan, Escarfe et Hanau. De fait, c’est la seule mission qui comporte une durée de voyage de retour aussi longue que celle de l’aller. En conclusion, nous avons atteint notre objectif et pouvons contacter les châteaux principaux de tous nos comtés en moins de deux semaines et encore sans se presser. Cela complète de façon efficace nos cavaliers chargés de transmettre les messages urgents du roi. Je crois qu’Aila a mis l’accent sur une faiblesse de notre système de gouvernement. Nous nous sommes trop reposés jusqu’à présent sur les chaîneries et nous devons absolument reprendre les rênes que nous leur avions laissées sur le cou. À présent, dans les conseils, il faut organiser la mise en place du nouveau procédé de remontée de toutes les informations. Et là, une idée de génie m’a inspiré ! Je suis allé demander à nos conseillers comment faire et, pour une fois, ils m’ont pondu une réponse tout à fait cohérente et convenable qui permettra que, à partir des conseils, les nouvelles du roi soient distribuées jusqu’au plus petit des bourgs. Une fois obtenue la nouvelle liste de villages plus détaillée que celle dont nous disposions, nous serons prêts à tout mettre en fonction. Quand j’ai exprimé mon immense fierté à l’égard de leur travail, ils se sont aussitôt rengorgés. Puis j’ai ajouté que personne d’autre qu’eux ne pouvait expliquer leurs plans aussi bien et donc je les ai chargés individuellement de leur réalisation sur place. Ils ont reçu leur ordre de mission avant-hier et partent à cheval, demain, avec deux gardes chacun.
Adrien étouffa un petit rire avant de poursuivre :
— Pour éviter toute réclamation, ils ont tiré au sort leur destination. Après, s’ils voulaient négocier entre eux, ils le pouvaient. Par conséquent, père, vous voici sans conseillers pour un bon mois, voire plus, avec la tranquillité en prime ! Personnellement, je me réjouis d’avance en imaginant combien la dureté de la selle va les changer désagréablement de la mollesse de leurs fauteuils. Qu’ils aillent donc reprendre contact avec la vraie vie !
Le prince jubilait à juste titre et Sérain souriait. Ils avaient la même prestance, voire même plus affirmée chez le fils.
— Attendez ! Je n’ai pas fini ! reprit-il. Toujours en suivant les précieuses recommandations d’Aila qui nous a bien expliqué que les sollicitations des bourgs lointains pouvaient être négligées, eu égard aux décisions, souvent arbitraires ou égoïstes, des conseils, j’ai fait former douze nouveaux hommes, un par comté dont la mission sera la suivante : parcourir d’un bout à l’autre le territoire qui leur est attribué pour prévenir chaque village, du plus petit au plus grand, de la mise en place dans chaque conseil d’une boîte à doléances où les villageois pourront déposer leurs demandes. Leur contenu sera relevé mensuellement. D’ici quelque temps, nous pourrons constituer une deuxième équipe de hérauts si la première n’y suffisait plus…
Sérain réfléchissait.
— Je pense que cette fréquence conviendra pour l’instant. Malgré tout, prévoir la formation d’autres messagers dès maintenant me semble une sage résolution.
— Bien. Que nous reste-t-il à faire ? Ah ! oui ! À écrire la première lettre du roi à ses citoyens. Que voulez-vous y inscrire ? poursuivit Adrien.
— Nous pourrions annoncer les décisions arrêtées lors de la réunion avec la chaînerie des grains, proposa Sérain. Si nous en prenons de nouvelles d’ici leur départ, nous les rajouterons.
— Je crois qu’il faut attirer l’attention dans les villes sur cette procédure inédite, ajouta Adrien. Nous devons mettre en avant l’intérêt du roi pour ses citoyens. Alors, comment le formuler ?
— Peut-être « La famille royale d’Avotour vous informe des décisions qu’elle a prises. » Qui dit mieux ? demanda Avelin.
 « Le roi Sérain d’Avotour a décidé, pour soutenir son peuple, de faire ci et ça… », proposa Aubin
— Bon début, mais nous, alors ! On n’y évoque pas les princes ! rétorqua Avelin. Il ne faut pas nous oublier ! Une idée, Aila ?
— Non, plutôt une remarque… Nous sommes arrivés à la conclusion que les chaîneries donnaient l’impression d’être les vrais preneurs de décisions et nous cherchons à en prouver la fausseté. Si, dans notre nouvelle démarche, nous ne parlons que du roi, nous négligeons leur rôle. Comme nous, elles ont discuté, négocié, avancé des propositions pour améliorer la situation des leurs et je trouve dommage d’opérer comme elles en les reléguant au rang qu’elles nous attribuaient auparavant. Agir ainsi me semble incorrect.
— C’est quand même moi qui prends les décisions ! s’exclama le roi.
— Je vous l’accorde, mais elles coordonnent un important travail d’assistance, même s’il est partial et imparfait. Je l’ai observé à Antan, elles sont omniprésentes et doivent faire de même partout. S’il est normal qu’ils ne retirent pas toute la gloire de vos résolutions, il me paraît aussi logique de reconnaître et de respecter leur engagement.
— Alors que suggérez-vous ?
 » À l’écoute des demandes de la chaînerie des grains, le roi s’est engagé à… cette dernière assurera leur mise en place dans les conseils principaux. » Enfin, quelque chose dans ce goût-là…
— Aila a raison, ne rendons pas aux chaîneries ce que nous leur reprochons. Personnellement, je vote pour. Alors ? interrogea Adrien.
— Je te suis, dit Avelin.
— En l’absence d’opposition, c’est d’accord, conclut le roi.
Elle remarqua qu’Hubert n’avait pipé mot. Et dire qu’ils allaient bientôt voyager ensemble pour une longue mission…
— Passons au sujet suivant, poursuivit Sérain. Un messager est parti ce matin chercher des kendas. J’espère bien que, parmi eux, se trouvera celui qui m’est destiné, puisque Lomaï s’est approprié celui qu’Aila avait déniché… D’ailleurs, à ce sujet, je désirais vous annoncer que j’ai fait remercier le brave boutiquier en lui offrant deux sequins. Je présume que ceci suffira…
Elle garda pour elle que le vieil homme n’en escomptait qu’un. Après tout, peut-être valait-il plus au regard du bonheur qu’il avait procuré à Lomaï. Un petit coup d’œil vers la jeune femme lui apprit que cette dernière rougissait encore en référence à l’allusion que le roi avait glissée à son propos.
— Je crois qu’à présent nous avons épuisé toutes les questions. Nous allons pouvoir lever la séance.
— Sire ? intervint Aila. Il en reste une que vous n’avez pas évoquée. Maintenant qu’Hector est parti, je m’attendais à perdre mon statut de promise et vous ne l’avez pas abordé.
Elle perçut la gêne du roi ainsi qu’un rapide échange de coups d’œil entre Adrien et Avelin. Allons donc, qu’est-ce qu’ils avaient bien pu inventer pour qu’elle demeurât la promise d’Hubert ? Elle sentit l’énervement pointer le bout de son nez…
— Auriez-vous encore prévu un bal en présence d’un nouvel ami ? s’enquit-elle, innocemment, bien que personne ne fût dupé par l’ironie qui perçait sous son ton. Votre Majesté, vous m’aviez dit que, si je voulais que cette situation cesse, il me suffisait de le demander. Alors, je le réclame, je souhaiterais reprendre ma place de combattante et ne plus jouer à la fausse promise. S’il vous plaît…
Sérain paraissait particulièrement gêné.
— Je ne peux plus malheureusement répondre positivement à votre requête aujourd’hui.
— Quoi ! Mais pourquoi ? Qu’y a-t-il de nouveau depuis hier ?
— Ce matin, j’ai reçu une lettre très officielle du roi de Wallanie qui désire marier sa fille aînée à notre prince héritier, ce qui me place dans la situation délicate de ne pouvoir lui refuser cette union, dont je ne veux pas pour l’instant, sauf si Hubert est déjà promis à une autre dame…
Aila était anéantie.
— Pardonnez-moi, Votre Majesté. Cette supercherie sera très vite éventée. Personne ne peut se tromper très longtemps sur les relations entre votre fils et moi.
— Hector l’a bien été ! Cela suffira, répliqua Hubert vertement.
— Non, vous êtes dans l’erreur ! Hector n’a pas été berné le moins du monde.
— Quoi ! Que lui avez-vous raconté ? Vous êtes donc incapable de vous taire ! s’énerva immédiatement le prince.
— Je n’ai rien dévoilé ! Il m’a posé la question et je lui ai avoué la vérité ! Peut-être êtes-vous susceptible de mentir à votre meilleur ami, moi pas !
— Et qu’a-t-il répondu ?
— Vous voulez vraiment savoir ce qu’il a dit ?
— Oui !
— Eh bien, vous l’aurez voulu ! Il a dit : « Hubert se comporte comme un imbécile en n’ayant pas deviné la femme que vous cachez… » Ceci vous convient-il ou vous en voulez encore ? Désirez-vous que j’évoque le magnifique baiser que vous m’avez donné pour faire plaisir à votre second père ? Jusqu’à quelle compromission êtes-vous prêt à vous abaisser, sire Hubert, pour sauver votre face ?
Le ton montait. Comme deux coqs parés pour l’affrontement, chacun était dressé sur ses ergots.
— Je suis prêt à me traîner dans la poussière pour mes amis, si nécessaire !
Aila explosa de colère.
— C’est à cela que vous me comparez ! Vous choisissez bien mal vos promises, sire Hubert ! À moins que vous ne preniez juste que ce vous êtes capable de dégotter !
— Je vous interdis de dire cela !
— Il ne suffit pas de l’interdire, il faut aussi prouver le contraire !
— Assez !
La voix du roi s’éleva comme le tonnerre et coupa court à la dispute.
— Non, mais regardez-vous ! Sous mes yeux, j’ai deux morveux immatures en train de se quereller ! Si vous étiez des enfants, je vous renverrais sur-le-champ dans vos chambres, sans manger ! Et dire que c’est à des gamins, incapables de contrôler leurs émotions, que je vais confier une des missions les plus importantes pour notre pays ! Je vous accorde une heure pour régler vos différends et quand, dans une demi-cloche, je reviendrai, je veux voir des adultes sensés ! Ai-je été clair ?
Elle baissa la tête, mais pas son fils aîné qui regarda son père bien en face, sans aménité.
— Venez, dit le roi aux autres participants, laissons-les grandir ensemble !

Aila et Hubert se retrouvèrent tous les deux, seuls, dans le bureau, l’éclat de leur dispute résonnant encore à leurs oreilles. Le prince se leva pour se camper devant le feu, lui tournant ostensiblement le dos. Le silence s’installa. Aucun des deux ne parlait. Aila se torturait la tête pour répondre aux attentes de Sérain, mais rien ne lui traversait l’esprit. Elle repensait à tous les moments qu’elle avait partagés avec Hubert, les franchement désagréables comme les autres où elle avait senti battre son cœur plus vite…
— Qui êtes-vous, sire Hubert ? Moi, j’ai besoin que vous me l’expliquiez, parce que je ne sais pas.
— Et en quoi cela peut-il vous intéresser ?
— En rien. Je disais juste cela pour causer ! Regardez-vous ! Vous n’êtes même pas capable de me répondre simplement. J’essaie de déployer des efforts et votre seule réaction consiste à m’envoyer promener ! Par les fées, quel grand communicateur vous êtes ! J’espère que votre père n’attend pas que vous lui serviez de diplomate !
— Laissez mon père en dehors de cela ! S’il s’est emporté contre moi, c’est uniquement de votre faute !
— Non ! Il s’est irrité contre nous, et nous le méritions autant l’un que l’autre ! Reconnaissez-le ! En face de moi, vous perdez le contrôle de la situation ! Parfois, vous me donnez l’impression que vous n’attendez que cela pour exister. À croire que votre vie est vide à en mourir !
Hubert se tourna vers elle, son regard figé dans une expression qu’elle ne déchiffra pas.
— Pourquoi dites-vous cela ?
— Quoi ?
Aila était tellement énervée qu’elle ne savait même plus ce qu’elle venait de déclarer.
— Que ma vie est vide à en mourir, précisa Hubert.
Il avait l’air si blessé qu’elle fut déchirée par les remords d’avoir parlé sans réfléchir.
— Souvent, vous paraissez si froid, si distant, comme si vous ne ressentiez rien… Et puis, à d’autres moments, vous êtes charmant, voire prévenant comme avec dame Éléonore, même si cette façon d’agir apparaît plutôt rarement envers moi…
Elle n’ajouta pas le mot troublant qui lui vint à l’esprit et reprit rapidement :
— Je n’arrive pas à vous suivre, je n’arrive pas à vous faire confiance. Parfois, vous me donnez l’impression d’être unique et puis, l’instant d’après, vous êtes terriblement blessant à mon égard. Mais qu’est-ce que je vous ai fait pour que vous me détestiez autant ?
— Je ne vous déteste pas.
— Mais alors, expliquez-moi !
— Il n’y a rien à expliquer. Vous êtes agaçante, c’est tout !
— Eh bien non, ce n’est pas suffisant ! Vous ne pouvez pas justifier votre comportement par un seul mot sur moi ! Et vous, qu’êtes-vous donc ?
— Un imbécile, vous l’avez déclaré vous-même, répondit-il, en répétant la phrase d’Hector…
Elle se sentit affreusement gênée.
— Il n’a pas dit que cela, il vous estime énormément.
— Alors qu’a-t-il raconté d’autre que je ne sache pas ?
— Il a affirmé que vous vous étiez emmuré vivant dans un silence que vous ne saviez plus briser.
— Vous pouvez m’indiquer pourquoi il vous raconte cela à vous et pas à moi !
— Oui, tout à fait. Je me répète : parce que vous vous êtes emmuré vivant dans un silence que vous ne savez plus briser…
Il s’assit, inclinant sa tête qu’il prit entre ses mains. Aila se rapprocha.
— Peut-être que si vous vous laissiez aller juste un petit peu, vous pourriez partager plus avec ceux qui vous entourent. Tous vos proches vous aiment et vous respectent.
— Qu’en savez-vous ?
— Avelin l’a évoqué avec moi et son regard affiche les mêmes sentiments que ceux que je perçois dans les yeux de sire Adrien et de votre père.
— Il vous en a parlé… C’est fou tout ce que les gens peuvent vous raconter.
— Vous ne croyez pas si bien dire ! Je sais aussi qu’ils vous ont fait boire…
Totalement abasourdi, il leva la tête. Comment ses frères avaient-ils osé en discuter avec elle ?
— Et que vous, en réponse à cette offense, les aviez punis. Avez-vous un instant essayé de comprendre leurs motivations ? poursuivit-elle, impitoyable.
Il secoua la tête.
— Vous être triste, sire Hubert, enfermé dans un monde sans joie et sans plaisir. Comme moi, vous voulez tout contrôler. Malheureusement, vous n’y arrivez pas et vous ne l’acceptez pas. Regardez-moi ! Vous me déplacez comme une potiche décorative depuis le début, robe, bal et pas le moindre petit mot gentil pour m’encourager à me déguiser en femme. Vous me faites valser comme une reine, m’embrassez dans un jardin obscur et ne m’adressez plus la parole après… Vous me sauvez, puis vous m’abandonnez. Ai-je donc si peu de valeur à vos yeux ?
— Non, ce n’est pas cela…, répondit-il, avec une douceur surprenante au cœur de leur discussion avant de s’énerver à nouveau. Mais vous êtes tellement incontrôlable ! Vous contestez mes ordres, combattez mieux que moi et accaparez la place auprès de mon père…


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