Un Éternel Recommencement, tome 7 de la saga de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy littérature

Note : 4.6 / 5 avec 277  critiques lectrice

Le début de l'histoire

Résumé du tome 6 - Une Vie, voire Deux

Quand le gardien de la porte des temps sonne l’alerte, Kerryen, roi du Guerek, débarque avec ses soldats pour découvrir un être recroquevillé sur lui-même, une femme, dont il se désintéresse aussitôt, au grand désarroi de sa tante, Inou, qui l’a élevé à la mort de sa mère. Désespérée par l’attitude de son neveu, celle-ci choisit un garde, Amaury, pour l’aider à s’occuper de cette invitée inattendue dont la peau porte de nombreuses meurtrissures.
Préoccupé par le désir de conquête d’un empereur noir qui descend du nord, Kerryen écrit aux souverains des pays voisins avec lesquels il devrait s’unir pour contrer la menace : Pagok du Pergun, Péredur du Kerdal, Eddar de l’Entik, Gardj de Brucie. Il rejette toutes les affirmations d’Inou sur l’importance de cette femme dans ce futur combat.
Bien décidée à prouver à Kerryen son erreur de jugement, Inou entreprend de réveiller sa protégée de son actuelle léthargie. Malheureusement, si de légers réflexes semblent réapparaître, l’esprit de celle-ci demeure absent. Pourtant, elle échappe une première fois à la vigilance d’Amaury qui la retrouve en tête à tête avec l’infernal étalon du roi, Ardan, puis à Inou. Alors, une nuit, elle retourne prendre un kenda d’Avotour fixé sur un mur, puis refuse de s’en séparer.

◎ ◎ ◎

Sous l’impulsion d’Inou, Amaury choisit de l’emmener en ville. Profitant de l’aide de Mira, l’assistante d’Inou, il troque la tenue de la femme pour une autre plus masculine. Cependant, énervé par son manque de réactivité, il tente de lui arracher son bâton. Aussitôt, elle le met à terre. Surpris sur le moment, le garde décide de développer cette ébauche d’autonomie.
Rendant visite à son neveu, Inou découvre dans un courrier que Kerryen a vendu leur invitée pour appâter Eddar. Furieuse, elle part immédiatement chez Mukin, le sage, en compagnie d’Amaury et de sa protégée, confiant à celle-ci comme une ultime vengeance, Ardan.
Mukin s’intéresse à la femme qu’il baptise Ellah en raison de la légende d’Ellah Leiring. La nuit venue, certain qu’elle renaît grâce à l’affection de ceux qui l’entourent, il partage son esprit avec elle, puis entraîne ses compagnons dans la montagne. Devant leurs yeux, un lien inédit se crée entre Ellah et un énorme chien blanc sauvage. Face à tous les bouleversements de sa vie, Inou résiste difficilement. Au matin, le groupe s’ébranle pour rejoindre la maison de Béa, la plus ancienne amie d’Inou. De là, ils décident une visite chez Tournel pour obtenir de lui d’éventuels renseignements sur le fonctionnement de la porte.

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Quand un messager leur apprend que la menace est arrivée à proximité de leurs frontières, ils reviennent chez Béa pour y découvrir Kerryen, accompagné de sa demi-sœur, Adélie. Celui-ci en profite pour reprendre Ardan au grand désespoir de la femme, puis identifie entre ses mains un kenda de sa collection. Après un affrontement bref, Ellah défait le garde chargé de le récupérer, puis le confie à Amaury qui le rend à son roi. Alors que Kerryen s’apprête à repartir avec son arme, Ellah la rappelle à elle. Puisqu’elle souhaite la conserver, le souverain lui ordonne d’intégrer sa garnison. Tournel qui a assisté de loin à l’altercation offre à Ellah la traduction d’un précieux parchemin à propos de la porte.
Revenue à Orkys, alors qu’elle surveille la cour remplie de futurs combats, ouvriers, artisans ou paysans, Ellah remarque un jeune garçon qui veut s’enrôler, Raustic. Réalisant que tous ces hommes vont mourir pour rien, elle débarque dans le bureau de Kerryen pour lui suggérer mettre à profit les talents de chacun et, ainsi, éviter leur disparition inutile, mais celui-ci la chasse sans même l’écouter. En dernier recours, elle sollicite l’aide Mukin pour amener le roi à reconnaître la pertinence de ses idées.
Pour avoir désobéi au chef des gardes, Ellah est emprisonnée avec Raustic. Le lendemain matin, quand Kerryen l’apprend, il fait aussitôt libérer les deux captifs. Alors qu’Ellah retourne dans la cour, Amaury la rejoint et lui transmet un message de Mukin. Au même instant, son esprit discerne une grave explosion et, incapable de résister, emprunte Ardan une nouvelle fois. Après avoir prévenu Inou, Amaury se précipite pour la seconder. Croisant sa tante et Béa, Kerryen, frappé par leur attitude comploteuse, se décide à les précéder et se rend chez Mukin par un autre chemin.
Parvenu chez Mukin, le souverain accompagne Ellah et Amaury pour dégager un accès vers la salle effondrée dans laquelle gît le corps du sage. Sans bien savoir comment, Ellah le sauve. Dans le fond de la maison, une étrange ouverture mène par un escalier vers quelques geôles. Dans l’armoire d’une pièce adjacente, elle tombe sur quatre livres dont le premier, un carnet, possède un titre qui la surprend : « Les Portes d’Antan ». En raison de la présence du roi derrière elle, elle ne peut les consulter, mais arrive à subtiliser ce dernier. Alors que Mukin explique les raisons de l’explosion, des expériences sur une substance noire rapportée de ses lointains voyages, Kerryen y voit immédiatement une extraordinaire opportunité pour repousser leurs ennemis.
Malgré ses efforts pour exister, Ellah peine à retrouver ses marques dans ce monde qu’elle redécouvre, de plus en plus sensible à son absence de passé, à son corps meurtri et à son incapacité à envisager un futur, sans parler des informations qui surgissent dans son esprit sans contrôle. Dans la garnison, son intégration dérange et les coups tordus se multiplient.

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Au grand désarroi de Kerryen, Allora rejoint Orkys et se révèle d’une aide précieuse dans la planification des défenses du Guerek, tandis que le souverain précise pièges et innovations. Puis, au cours d’un combat dans la cour de la forteresse contre Mukin, Ellah démontre son exceptionnel potentiel, sous le regard admiratif d’Adélie. Observateur lointain, Kerryen la déteste encore plus.
Lors d’une visite à Adélie, la jeune fille parle à Ellah de la magie, mais cette dernière ne sait comment réagir, surtout qu’elle ne maîtrise rien, ni les souvenirs étranges qui reviennent à elle sans choix conscient ni les picotements qu’elle ressent dans les doigts. Préoccupée par son propre sort, elle ne cherche pas à approfondir les mystères qu’elle perçoit dans les propos d’Adélie. Pendant la nuit, elle se rend au col de Brume pour rencontrer Tournel. Une fois, là-bas, l’homme lui explique que le livret qu’elle détient comporte plusieurs langages et qu’il a constaté l’insuffisance de ses connaissances pour le traduire. Cependant, il lui transmet l’original d’un parchemin qu’elle arrive à lire. Son contenu renforce sa décision de retourner à la porte.
Blessée dans un accident, Allora est ramenée au château. Énervée par l’insensibilité de son neveu, Inou reproche vertement à celui-ci sa muflerie. Hanté par les paroles de sa tante, le roi demande Allora en mariage.

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Quand Ellah et Amaury atteignent le col, ils apprennent que Kerryen et son escorte sont partis un peu plus tôt vers le Pergun. Alors que les images se précipitent dans la tête de la combattante, celle-ci comprend que l’empereur a envoyé quelques éclaireurs qui ne feront qu’une bouchée de la troupe. Saisissant l’imminence de la menace, elle délègue à Amaury le soin d’aller prévenir la forteresse et dévale la pente. Si elle n’arrive pas à temps pour sauver les gardes, elle se bat aux côtés de Kerryen, soutenue par son chien blanc et l’étalon, puis se débarrasse de l’ultime soldat de Tancral. Dévastée d’avoir tué deux hommes, elle se maudit et ne résiste qu’en raison de la présence de ses animaux, comme de son kenda.
Au pied des fortifications, elle quitte Kerryen pour étudier le marais, puis lui apprend un peu plus tard que leurs ennemis attaqueront le lendemain et que, comme elle, les assaillants voient la nuit. De nouveau à Orkys, elle rejoint la porte qui lui ouvre une petite part de son mystère. Quand Ellah se réveille après un étrange voyage, elle comprend qu’elle ne la franchira plus jamais, refusant de revivre une nouvelle fois une telle épreuve. Alors qu’elle revient, se méprenant sur ses intentions, Amaury l’embrasse et lui propose de l’épouser pour l’empêcher de partir avant de s’apercevoir de l’excès de son comportement. Ellah lui demande de garder son chien, puis retourne au col.
Quand la marée humaine annoncée par Ellah devient visible, Béa, pressée par le temps, déclare sa flamme à Tournel.
Alors que quelques heures précèdent encore l’attaque, le regard d’Ellah erre sur le marais ; elle a oublié l’essentiel. Avec trois compagnons, Raustic, Greck et Jiffeu, elle y descend pour y installer un dernier piège.
Alors que la confrontation avec leurs ennemis débute, un souvenir surgit dans l’esprit d’Ellah. Abattant deux soldats, relais de Césarus, le combat cesse. Ellah sauve Mukin une seconde fois, puis découvre un instant plus tard la mort de son chien qui s’est échappé de la forteresse. Ébranlée par cette perte, elle s’engage dans une mission suicide avant que Césarus ne reprenne la main sur ses guerriers. Accompagnée de Kerryen, elle repart devant la muraille pour faire exploser les barils de poudre. Si le roi retourne derrière la protection temporaire des remparts, Ellah renonce à y rentrer. Cependant, un clapotis étrange la surprend : les hommes de l’empereur traversent le marais. Et une idée jaillit dans sa tête. Bientôt, grâce aux tirs enflammés des archers de Kerryen unis au sien, la totalité de la tourbière s’embrase, brûlant vifs tous les soldats présents. L’armée de Césarus est détournée ; le Guerek a triomphé.
Sans son chien, Ellah ne souhaite plus vivre. Décidant de rendre son kenda à Kerryen, elle rejoint celui-ci dans son bureau et, à la suite d’une discussion animée, escalade la balustrade qui domine la mer Eimée, déterminée à se jeter dans le vide. Mais Kerryen l’empêche de sauter et la ramène dans sa chambre. Ils finissent la nuit ensemble avant de se souvenir que le roi est engagé avec Allora. Pour cet homme, Ellah se donne un sursis, mais, elle n’a pas changé d’avis, la mort l’attend.


Début du tome 7 - Un Éternel Recommencement

Quand Allora de Srill, auprès de qui il s’était engagé, l’a relevé de sa promesse, Kerryen a épousé Ellah. De leur union est née une petite fille, Amylis, et la famille vit heureuse dans la forteresse d’Orkys, capitale du Guerek ou presque… En effet, de son actuelle histoire, Ellah a conservé une grande vulnérabilité à laquelle elle résiste grâce à la présence de Kerryen et de son bébé. Sur le point de fêter le premier anniversaire de la victoire sur Césarus, le château se prépare à accueillir des visiteurs, des proches comme des curieux. De façon contradictoire, Allora annonce son départ du Guerek à Ellah, lui expliquant qu’elle a renoncé à Kerryen, alors qu’elle l’aimait, en raison des sentiments qu’elle avait devinés entre eux.

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De son côté, Adélie qui n’a jamais cessé de vouer à la porte une vénération, ce matin-là, se rend devant elle, bercée par une magie conciliante. Parallèlement à un bruit sourd extérieur, un changement d’éclairage la dérange, puis trois silhouettes se dessinent dans la lumière. Les nouveaux arrivants, Pardon et ses enfants, espérant tomber sur Aila, sont déstabilisés par cet accueil imprévu associé à la différence de langage que Tristan ne parvient pas à corriger. La cloche d’alerte sonnée, Kerryen débarque l’épée au poing, bientôt suivi d’Ellah et d’Amaury. Reconnue par les visiteurs, la reine se décompose, tandis que Pardon ne désire plus que repasser la porte pour mettre fin au cauchemar de voir sa femme avec un autre homme.

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Dans une pièce plus confortable d’Orkys, la discussion entre les nouveaux venus et Ellah ne se révèle pas pour autant plus facile, principalement en raison du silence de Pardon, dévasté, et celui habituel de Tristan. Ellah leur apprend qu’elle est arrivée presque deux ans plus tôt elle ne se souvient plus de rien. Par politesse, elle les invite cependant à rester aussi longtemps qu’ils le souhaitent. Alors que Pardon désire uniquement fuir cet endroit, Naaly obtient un délai pour renouer avec sa mère. Montant dans les étages, elle la retrouve dans sa chambre et se découvre une petite sœur, Amy ou plutôt Amylis.

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Pendant ce temps, perturbé par les propos échangés, Tristan se promène dans la forteresse, se posant des questions auxquelles personne d’autre que lui ne semble songer. Où sont-ils et quand ? Avant de rejoindre son père, Naaly redescend dans les sous-sols et observe quelques mouvements de troupes souterrains. Le trio réuni, ses membres envisagent de repasser la porte, mais Ellah les invite à fêter avec eux le premier anniversaire de la victoire du Guerek, permettant du même coup à Tristan d’associer les pièces ; il comprend qu’ils ont atterri dans la forteresse du Guerek qu’ils ont connue en ruines, le jour même où celle-ci a été attaquée. Pressé par l’urgence, grâce au retour d’un léger contrôle de la magie, il parvient à partager les pensées, contournant la barrière de la langue. Ainsi, Kerryen apprend que sa cité sera totalement détruite et que son roi finira les os brisés. Cependant, Tristan leur explique que le passé précédent peut avoir été modifié par la venue d’Ellah et, que le déroulement des événements actuels peut différer du premier. Au même moment, Naaly parle des mouvements observés dans les sous-sols et l’alerte est donnée : le château est attaqué par l’intérieur, mais aussi par l’extérieur. Pardon et Naaly accompagnent Kerryen pour défendre le lieu, tandis qu’Ellah met Amy à l’abri. Quand Inou réalise l’absence d’Adélie, Tristan se propose de partir la rechercher. Sa fille en sécurité, la reine rejoint les combattants dans la cour. Malheureusement, la forteresse apparaît perdue. Organisant la fuite du personnel par le souterrain, les yeux d’Adélie se posent sur Pardon qui a généré chez elle des sentiments inédits, pendant que ce dernier, définitivement éprouvé, découvre le bébé du couple. Alors qu’ils atteignent la salle de la porte, Kerryen annonce à Ellah qu’elle doit suivre son ancienne famille en raison du pacte qui l’oblige à respecter un vœu unique de sa part. Malgré sa colère, elle ne peut refuser et, sa fille dans le bras, passe les ondes avec Pardon et ses enfants. Dès cet instant, Kerryen ordonne à ses hommes de la détruire.

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Parcourez les coups de cœur de mes premiers lecteurs

Client Amazon, Impatiente de lire la suite. Même si un peu « noir »

Impatiente de lire la suite, même si un peu « noir ». Pourvu qu'elle s'en sorte bien ainsi que sa famille

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Alexandre Mecalac, Différent… Mais que du plaisir !

De la noirceur !?… Moi, j'y ai vu beaucoup de verdure…😁
Une fin… Haletante, je n'ai repris mon souffle qu'à la dernière page… Avec toujours ce même résultat, La Suite !!!!
Toutes les émotions y passent, de la frustration, de la colère, de la peur, de l'amour… Que ça soit pour nos héros ou pour nous lecteurs…
Un volume différent… Décidément, rien ne sera épargné à notre héroïne. Comment tout cela va-t-il finir, tellement de possibilités…
En résumé, c'est toujours aussi bon et on en redemande.
Merci Catherine !!

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Nicole, Déroutant, mais haletant !

J'ai été un peu déstabilisée dans ce septième volet de la Saga d'Aila, mais on apprend bien des choses aussi sur les personnages de sa famille qu'elle a oubliés et on attend la suite avec toujours autant d'impatience !!!
L'auteur a encore de quoi nous surprendre et nous captiver !
On attend le Tome VIII maintenant !!!

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flo svt, suspense et émotion

Ce volume nous entraîne dans un monde parallèle où notre héroïne et sa famille doivent s'entraider pour progresser. Finalement, c'est un peu comme un escape game dans son fauteuil ! J'ai dévoré… et je conseille vivement.

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isa, Une course effrénée…

Comme un escape game avec des possibilités incroyables, des vies parallèles, des choix où chacun doit décider de ce qu'il sera ou seront ses compagnons…
Ce roman est à mon sens une analyse des sentiments et des réactions possibles, un voyage dans l'humain et dans ses débats intérieurs.
J'attends donc le tome 8 !!!

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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Kerryen ouvrit la porte de la salle d’entraînement, se demandant si sa partenaire préférée avait réussi à dégager un peu de son temps. Un léger sourire éclaira son visage en imaginant sa venue prochaine et le plaisir de se confronter à elle. Il n’en doutait pas, elle ne laisserait pas passer cette occasion de l’affronter et de le battre encore une fois. Leurs existences s’étaient littéralement transformées, leur offrant une harmonie si précieuse qu’elle en apparaissait presque irréelle. À quel sacrifice consentirait-il pour la préserver ? Tous ! Et, pour ses femmes, plus encore ! L’amour l’avait rendu heureux, mais également frileux. Quand quelqu’un ne possédait rien, quelle crainte pouvait-il éprouver de perdre une absence de tout ? Aucune. Mais, dorénavant riche, trop peut-être, il devenait suspicieux, comme si tous les êtres vivants l’enviaient au point de désirer lui dérober sa bonne fortune. Ainsi, si une personne se mettait à menacer son bonheur tout récent, il la combattrait jusqu’à la mort. Il ne pouvait même pas affirmer que ses rêves s’étaient exaucés, puisqu’il n’avait jamais espéré sa destinée actuelle. Était-il possible de réaliser des vœux inexistants ? De toute évidence, oui, et il s’en réjouissait. Avançant dans cette pièce, son regard balaya les murs tapissés d’armes dont certaines semblaient venues du bout du monde. Enfant, il les avait inspectées en détail pour en découvrir l’histoire, car quelques-unes apparaissaient si vieilles, voire si inusitées, qu’elles avaient éveillé sa curiosité. D’après son père, la collection avait débuté avec l’un de leurs très lointains ancêtres qui aurait parcouru la Terre entière pour les réunir. À l’époque, ouvrant des yeux émerveillés, il avait écouté les légendes contées par Lothan et s’était imaginé un avenir d’aventurier, comme celui de cet aïeul, à se promener par monts et par vaux, sans crainte ni responsabilité. Puis la réalité avait fini par rattraper son désir quand il avait compris qu’il succéderait au roi et que, devenu souverain du Guerek, il ne disposerait sûrement pas de la disponibilité nécessaire pour voyager librement aussi loin. Pourtant, elles l’avaient tant amené à rêver… Il s’en souvenait presque avec émotion, il les avait étudiées, les unes après les autres, son esprit s’emballait pour leurs noms autant que leurs origines inconnues, sa curiosité s’attisait encore plus lorsque son regard s’égarait sur la grande carte de Lothan sur laquelle il avait dessiné toutes les nations identifiées. Malheureusement incomplète, celle-ci l’avait cependant initié à la découverte du monde à travers les tracés de figures tarabiscotées, dont d’incertains pointillés matérialisaient les frontières. À présent, il se le rappelait, il s’était étonné de l’absence de certains pays, provenance des armes les plus anciennes, et avait questionné Lothan pour obtenir des explications. Celui-ci lui avait avoué son ignorance à leur sujet. À l’époque, Kerryen avait conservé dans un coin de sa mémoire ce détail troublant, puis l’avait négligé quand son existence d’enfant était devenue plus délicate auprès de son père, sans parler de son quotidien d’adulte. S’il lui arrivait de se réfugier dans cette pièce, ce n’était plus pour en apprendre davantage, mais pour s’évader de sa vie tourmentée sans quitter les murs de son château… Alors qu’il poursuivait l’exploration de la collection, une hypothèse jaillit dans son cerveau, d’autant plus surprenante qu’elle concernait la porte des temps, dont il savait dorénavant, parce qu’elle lui avait apporté Ellah, qu’elle fonctionnait. En effet, son ancêtre aurait-il possédé la maîtrise de cet accès ? Ce fait pourrait logiquement expliquer ses nombreux voyages comme la diversité de ses trophées, de tout lieu et de tout temps. Malgré lui, Kerryen secoua la tête. Par les vents d’Orkys, s’il avait pu déplacer ce maudit édifice ailleurs, il s’en serait débarrassé sans le moindre regret en dépit des hauts cris qu’aurait poussés Adélie ! Ce symbole et lui n’avaient jamais été ni amis ni alliés, et ne le deviendraient jamais ; il le détestait toujours autant ! Et puis, après tout, cet objet encombrant n’avait qu’à continuer de se terrer dans les sous-sols de la forteresse, car, Kerryen en était certain, après tant d’inactivités, il ne se réveillerait pas de sitôt pour se manifester. Une fois rejoint le fond de la salle, il ôta sa chemise, se sentant enfin libre de ses mouvements, puis ouvrit le placard pour en sortir un simple bâton. Jamais sa femme ne le convaincrait d’abandonner totalement son arme fétiche, l’épée, pour ce morceau de bois, même si, il devait le lui concéder, il prenait du plaisir à se battre avec celui-ci et surtout avec elle. Son premier combat contre elle au kenda lui revint en mémoire. Très souvent, comme à l’époque, ils n’étaient censés ni s’aimer ni se voir, tous les deux se donnaient rendez-vous dans les endroits les moins fréquentés pour parvenir à se retrouver à l’insu de tous. Après des années de sevrage, lui, comme un adolescent passionné, ne pouvait passer plus de quelques heures éloigné d’elle. Malgré lui, elle était devenue sa raison de vivre, presque son obsession. Alors qu’en ce lieu discret leurs corps aspiraient surtout à s’unir, la fin d’une de leurs rencontres avait emprunté un tour surprenant. Tandis qu’elle se rhabillait, il l’avait observée complètement fasciné par la grâce aérienne de ses mouvements les plus simples, grâce qu’elle transformait en une puissance inégalée quand elle l’affrontait. Pouvait-il l’adorer rien que pour cette raison ?

— Et si tu m’apprenais ? avait-il demandé.
Elle avait froncé les sourcils, un léger sourire interrogateur sur les lèvres.
— Quoi ?
— À utiliser un kenda…
— Tu laisserais tomber l’épée pour ce vulgaire bâton ?
— Bien sûr que non ! Jamais un homme n’oublie son premier amour !
Leurs regards s’étaient croisés et l’ombre de Guisaine avait flotté au-dessus d’eux avant de disparaître, car certaines femmes ne méritaient nullement de persister dans les mémoires. Il avait poursuivi :
— Disons que j’apprécierais de me confronter à toi pour évaluer mon niveau.
— Tu es conscient que je vais te battre et que tu risques de m’en vouloir…
Kerryen avait haussé les épaules avant de répondre :
— Nous ne nous sommes jamais affrontés sur ce terrain, donc tous les espoirs restent permis !
— Voici des aspirations bien irréalistes pour un débutant !
— J’apprends très vite…
— Je n’en doute pas ! Bien. Je t’attrape celui accroché au mur ?
— Non, j’en ai un autre plus près, dans le placard.
L’instant d’après, il avait ressorti le vieux kenda poussiéreux qu’il avait testé quelques mois plus tôt après le passage d’Adélie, une éternité…
— J’ignorais que tu disposais de réserves, remarqua-t-elle.
— Celui-ci était plus pratique à récupérer… Quoi ? Je connais ce regard, allez, dis-moi à quoi tu penses.
— Il t’a appelé et, dorénavant, tu es lié à lui…
— Tu te fais des idées !
— Tu devrais le savoir, j’ai toujours raison ! Tu verras !
— Si tu veux ! En revanche, j’attends que tu m’en dévoiles les bases. Je t’accorde au moins un point, je devrai m’entraîner un peu avant de pouvoir te battre.
Elle avait commencé à le familiariser avec les rudiments de cette arme. D’explications en essais, le temps leur avait filé entre les doigts et ils étaient restés des heures à s’exercer, laissant la nuit envahir sur le Guerek sans même s’en apercevoir. Comme tous les combattants aguerris, Kerryen possédait une dextérité certaine qui l’avait amené à progresser rapidement, mais sans jamais, jusqu’à aujourd’hui, parvenir à la vaincre. Il ne désespérait pas, d’autant plus que, derrière ce défi, se renouvelait le plaisir de la confrontation avec le meilleur adversaire au monde. Elle éveillait tout en lui : sa réactivité, sa ruse, son habileté, sa vitesse d’exécution et, il devait bien l’avouer, elle lui avait également permis de développer son sens de l’innovation. Dorénavant, même à l’épée, il improvisait des déplacements originaux, se réjouissant de fragiliser les défenses de ses opposants avant de les abattre.

— Prêt à mordre une nouvelle fois la poussière ? demanda une voix derrière lui.
Au son de son timbre, il releva la tête, tandis qu’il quittait ses souvenirs.
— Je savais bien que tu ne résisterais pas à l’appel de ma séduction naturelle…, rétorqua-t-il, légèrement ironique.
Elle éclata de rire, puis, sans prévenir, se lança à l’assaut. À présent, il la connaissait presque par cœur, mais ce presque faisait toute la différence, car il l’empêchait de la surpasser. Quelle que fût sa façon de procéder, elle contrerait chacune de ses attaques et en trouverait toujours une inédite pour le mettre d’abord en difficulté, puis au tapis. Cette fin prévisible advint et, encore une fois, il se retrouva le kenda appuyé sur la gorge, incapable de la repousser.
— Alors ? Qui a gagné ? demanda-t-elle, le souffle court.
Il cligna des yeux en signe de reddition ; elle relâcha son étreinte et s’exclama :
— Je préfère ! Et maintenant ?
Aussitôt, il bondit sur elle et la bascula sur le sol.
— Nous pourrions peut-être reprendre où nous nous en étions arrêtés ce matin à cause d’Amy, non ?
Sans un mot, elle attira son époux vers elle d’un geste vif et l’embrassa longuement. Malheureusement, à peine un instant plus tard, alors que de nouvelles hostilités d’une nature légèrement différente s’engageaient entre eux, une voix les appela.
— Nous sommes maudits…, murmura Kerryen.
Pourtant, ils ne bougèrent pas, espérant que la personne, en l’absence de réponse, passerait son chemin. Cependant, le bruit d’un pas se rapprochant leur laissa juste le temps de se redresser et de rajuster leurs vêtements avant qu’une femme parût.
— Bien ! Je vous ai trouvés ! Vous m’avez tellement manqué tous les deux !
Inou, les joues rougies par la température extérieure, se dirigea vers eux, puis les serra dans ses bras avec force l’un après l’autre, avant de poursuivre :
— Comment vous portez-vous ? En plein entraînement ? Décidément ! À croire que vous regrettez les bagarres ! En tout cas, moi, je vous l’affirme, personne ne se risquerait à attaquer qui que ce soit par un froid pareil ! Au fait, j’ai croisé Mira qui cherchait la maman d’une petite fille en pleurs. Peut-être l’heure de manger…
L’air contrit, Ellah et Kerryen se regardèrent. Auraient-ils une nouvelle fois laissé le temps s’enfuir sans même le remarquer ?
— J’y vais ! s’écria Ellah. Ravie de te retrouver. Je m’occupe d’Amy et je vous rejoins.
— Je viens avec toi ! Toutes ces semaines sans la voir, tu t’en rends compte ! Elle doit avoir encore changé ! annonça Inou.
— Avec plus de quatre mois, c’est déjà une jeune demoiselle, c’est certain !
— Ne te moque pas de moi ! J’ai bien trop attendu le moment de devenir grand-mère !
— Sauf que, objecta Kerryen, tu serais plutôt sa grand-tante.
— Toi, mon neveu, ne chipote pas ! Alors, tu es prête ? ajouta-t-elle à l’attention d’Ellah.
— Je reprends mon kenda.
L’ancienne intendante afficha une moue dubitative.
— Tu penses qu’une femme qui allaite fait bien de se battre. Quand même…
Le regard d’Ellah se posa sur elle, réprobateur.
— Stop ! Tu énonces un mot de plus et je t’abandonne ici !
— Tu ne me priverais pas de mon adorable bébé !
— Si tu racontes des bêtises, si !
— Mais ce ne…
— Non ! Dernier avertissement ! s’exclama Ellah, d’un ton menaçant avant d’éclater de rire. Allez, viens ! Je refuse que tu imposes à Amy tes références sur ce qu’une fille doit ou ne doit pas être, ou faire. Elle apprendra par elle-même à choisir les voies qu’elle désire suivre ou laisser tomber, mais pas sous l’influence restrictive de quelqu’un, je ne citerai personne, voulant lui bourrer le crâne de ses propres convictions !
— Promis ! Je ne dis plus rien !

Les deux femmes partirent ensemble, tandis que Kerryen les observait s’éloigner, un sourire aux lèvres, Inou rayonnante et de nouveau volubile, son engagement à se taire s’étant volatilisé en un rien de temps. Décidément, alors que, pendant des années, il avait considéré l’amour comme un sentiment utopiste, il découvrait que celui-ci pouvait rendre n’importe qui heureux, indépendamment de son âge, et sa tante méritait bien ce bonheur inattendu après toutes ces années de dévouement au bien-être des autres. Soudain, les paroles qu’elle avait prononcées à propos d’Ellah, quand celle-ci brillait encore par son absence d’esprit, lui revinrent en mémoire. Si les mots exacts lui échappèrent, le contenu lui apparut distinctement : cette femme était venue pour changer leur vie. Inou s’était révélée d’une rare clairvoyance, bien meilleure que lui à entrevoir l’imperceptible, voire l’indicible. Indéniablement, son propre niveau de projection demeurait insuffisant pour jauger les gens ou discerner d’obscures intentions comme de secrètes évolutions. Là aussi, son épouse se montrait nettement plus perspicace pour déchiffrer le jeu d’éventuels adversaires. Voilà la raison pour laquelle elle le battait systématiquement ! Elle analysait parfaitement ses attitudes, ses expressions et probablement ses pensées : il était bien trop transparent pour elle qui le connaissait par cœur ! Son sourire disparut. Malgré tous ses efforts, il ne parviendrait jamais à la surpasser, parce que jamais il ne saurait comme elle exploiter ses impressions avec le même talent… Après un ultime regard à son kenda, objet de son malheur présent, un roi défait par sa reine, une nouvelle idée surgit : il pourrait lui proposer un combat à l’épée… Peut-être aurait-il alors une chance de la vaincre ? Cependant, il se rembrunit presque aussitôt. Comme cette arme l’attirait peu, elle l’utiliserait de façon encore moins conventionnelle, puis elle triompherait encore une fois, parce qu’elle le surprendrait par son inventivité, l’abandonnant incapable de devancer sa réflexion. Être battu sur son propre terrain, pas question ! Tandis qu’il sortait de la salle, il songea à retourner vers son bureau, mais, auparavant, il n’oublierait pas de faire un léger crochet par leur chambre pour voir son enfant. De nouveau, il se laissa envahir par un sentiment de bonheur. Finalement, la vie était merveilleuse !

— Elle est magnifique ! Regarde ! Elle me sourit !
Assise sur le lit, Inou tenait la petite fille dans ses bras, s’adressant à elle d’une voix enjouée. Si, au début, Amy avait semblé intriguée par ce visage qu’elle ne reconnaissait pas, elle s’était vite déridée et, à présent, babillait, heureuse de la présence de cette personne qui lui parlait avec animation, voire une nuance d’excitation. Ellah se réjouit de l’enthousiasme de la tante de Kerryen, devenue également la sienne par alliance, tout autant que de la joie qui émanait d’elle. Cependant, une interrogation la troubla légèrement. Tous ces bonheurs se seraient-ils produits si elle n’avait pas franchi cette porte ? Elle souhaita croire que oui, mais comment pourrait-elle l’affirmer ? En tout cas, un fait était avéré, sans son arrivée, Amy ne serait jamais née, car elle-même n’aurait jamais rencontré Kerryen. Qui devait-elle remercier pour cette merveilleuse destinée ? Un soupçon de chance dans son malheur ? Une bonne étoile ? Sa vue dépassa les carreaux vers le balcon enneigé. L’espace d’un instant, elle envisagea de s’y rendre juste pour profiter brièvement d’un peu de solitude, respirer profondément et tenter d’évacuer tous les doutes qui la traversaient encore… Le moment n’étant pas opportun, elle proposa à Inou :
— Et si, maintenant que notre petite demoiselle est nourrie et propre, nous redescendions toutes ensemble ? Tout le monde doit nous attendre pour le déjeuner.
— Bien sûr ! Mukin sera ravi de la retrouver également. Mais, avant, je dois partager avec toi une information que j’ai apprise par hasard. À la gravité du ton d’Inou, Ellah tourna un regard surpris vers elle.
— Avant les premiers flocons, le domaine d’Allora a connu beaucoup de mouvement comme un déménagement. Je crains qu’elle songe à quitter le Guerek…
Naturellement, Ellah ne s’interrogea pas sur les raisons de cette décision, celles-ci se devinaient aisément, mais cette nouvelle l’accabla. Pourquoi les bonheurs ne pouvaient-ils être parfaits ? La châtelaine semblait la seule à laquelle sa venue par la porte avait tout enlevé et cette constatation la navrait.
— J’en suis vraiment désolée…, murmura-t-elle.
— Moi aussi, je te l’assure.
Ses yeux décelant le désarroi d’Ellah, Inou ajouta :
— Tu ne dois pas t’en vouloir ! Tu n’es pas responsable des sentiments qui sont nés entre toi et mon neveu.
— Peut-être… En attendant, il devait s’unir avec elle, pas avec moi.
— Et c’est elle qui a choisi de rendre sa parole à Kerryen, non ?
— Effectivement. Mais si elle s’était sentie obligée d’en arriver là ? Je ne sais pas…
— Pourquoi ? Vous étiez si prudents tous les deux que personne ne s’est douté de votre liaison, pas même Amaury ou moi si un malheureux concours de circonstances ne me l’avait dévoilée.
— Tu crois vraiment que je n’y suis pour rien ?
— Bien sûr !
— Tu n’étais pourtant pas aussi affirmative quand elle a renoncé à son engagement…
— Eh bien ! sous le choc du moment, je me suis trompée, voilà tout !
Ellah ne put s’enlever de la tête que son interlocutrice ne cherchait qu’à la rassurer. Pour elle, Allora n’aurait jamais quitté Kerryen sans une bonne raison et, plus que tout, elle redoutait d’être à l’origine de cette rupture. Ennuyée par le trouble évident que cette information avait suscité chez Ellah, Inou ajouta :
— Je désirais simplement éviter que tu l’apprennes de façon brutale ou inappropriée.
— Tu as bien fait et je t’en remercie. Je suppose qu’elle nous l’annoncera après les festivités. Je ressens tant de regrets pour elle, de cette vie que je lui ai dérobée bien malgré moi.
— Ce point négatif ne doit pas t’amener à oublier toutes celles que tu as embellies par ta présence. Crois-tu qu’elle aurait rendu mon neveu aussi heureux que toi ?
Comment Ellah aurait-elle pu répondre à cette question ? Son arrivée avait obligatoirement bousculé l’avenir, mais dans quel sens ? De plus, Allora montrait d’indéniables qualités qui, avec le temps, auraient pu briser la carapace de Kerryen : une patience inébranlable, une finesse d’esprit qu’il aurait appréciée et, peut-être, derrière sa retenue apparente, une flamme ardente qui aurait fini par le séduire. Pourquoi pas ? Personne ne découvrirait jamais les surprises, bonnes ou mauvaises, que leur engagement avait empêchées. Et, malheureusement, elle devrait vivre avec ce sentiment de culpabilité, un de plus dont elle se serait bien passée…
— Allons-y ! déclara Inou. Reprends le bébé, je préfère ta démarche assurée à la mienne pour descendre l’escalier.

Quand les deux femmes rejoignirent la pièce dans laquelle tout le monde les attendait, le regard d’Ellah balaya l’assemblée, ravie d’y reconnaître presque tous ceux qu’elle aimait. Manquaient encore Béa et Tournel qui arriveraient probablement dans l’après-midi, Jiffeu, fidèle de Kerryen, convié pour l’occasion, ainsi qu’Amaury, son ami le plus cher, visiblement en retard. Près d’eux, elle se sentait entourée par une famille chaleureuse, la seule qu’elle se rappelait, puisque sa mémoire lui refusait tout souvenir à ce sujet. Petit à petit, elle avait progressé dans l’acceptation de cette absence d’existence antérieure et finissait par se contenter de celle qui, peu à peu, s’était construite autour d’elle. À présent, elle avait créé son propre foyer avec un homme dans sa vie et une fille, en plus de ses proches. Demain, la table s’agrandirait et accueillerait d’autres invités comme Greck et Raustic qui avaient conservé leur place entre les murs de la forteresse, enfin, de manière alternative pour ce dernier qui naviguait entre deux refuges, la maison où habitaient sa grand-mère, sa mère et ses sœurs, et le château. Personne ne l’avait obligé à choisir entre une résidence et il avait profité de cette extraordinaire occasion pour vivre pleinement en deux endroits. Oui, demain deviendrait une journée magnifique, celle où seraient réunis tous ses amis pour fêter la fin du règne d’un empereur néfaste. Toutefois, elle célébrerait sa mort avec un soupçon de tristesse, parce qu’une personnalité détestable se révélait parfois façonnée par une enfance douloureuse. Et, dans le cas de Césarus, cette possibilité lui apparaissait plus que probable. Chasser les ombres de son cœur, ne penser qu’au bonheur que la vie lui avait permis de reconstruire et se réjouir, car, oui, demain serait exceptionnel. Confiant Amy à son père, elle s’avança vers le sage, puis le serra tendrement dans ses bras.
— Je suis si heureuse de te revoir.
— Plaisir partagé ! Et puis ta petite fille grandit trop vite ! Inou ne va pas me lâcher jusqu’à obtenir de ma part un séjour prolongé parmi vous.
— Restez autant que vous le désirerez ! Votre présence entre ses murs représente un tel plaisir pour nous tous. Votre chambre vous attend et quelques couverts de plus pendant quelques semaines raviront Gigrid qui vous concoctera ses spécialités. Il n’a pas perdu sa magistrale habitude de me surprendre avec des plats aux saveurs originales. Mais, attention, ménagez sa susceptibilité, car si vous le vexez, vous hériterez de la même cantine que celle de la garnison !
Ils se fixèrent avec intensité. Entre eux, les mots n’avaient jamais revêtu qu’une importance toute relative. Un simple regard les liait, même si Ellah en connaissant encore plus sur lui que l’inverse, parce qu’en partageant son esprit avec elle, Mukin lui avait dévoilé ses secrets les plus intimes. Cependant, il possédait le mérite de la comprendre, devinant ses tourments intérieurs comme la profondeur de ses failles, en dépit de l’inaccessibilité qu’elle arborait quand elle refusait de s’étendre sur ses chagrins. Comme un homme aimant une fille comme la sienne, il veillait sur elle à distance, soucieux de la préserver d’elle-même en lui offrant sa présence chaleureuse et son indéfectible soutien. À présent, il se sentait bien plus rassuré qu’à une époque où elle semblait échapper à tous, juste après la victoire sur Césarus. Elle le fuyait au même titre qu’elle s’était mise soudainement à dédaigner Amaury, totalement ébranlé par son attitude. Au début, simplement troublé par son étrange comportement, il avait craint le pire, songeant qu’elle dissimulait d’obscurs désirs, principalement depuis la mort de son chien… Ainsi, quelle n’avait pas été sa surprise d’apprendre sa liaison avec Kerryen, sans parler du bébé à venir ! Pourtant, toujours vulnérable, elle avait longtemps continué à lutter contre ses démons intérieurs avant, finalement, de renoncer à ce combat tout à la fois inutile et épuisant. Enfin, elle avait accepté qu’avec eux, et, en particulier, Kerryen et cet enfant, elle possédât une chance d’être heureuse. Derrière elle planait l’ombre néfaste de son absence de mémoire, une souffrance encore vivace comme une incertitude dans son existence. Indubitablement, il demeurait compliqué de décrypter les pensées nocives susceptibles de lui traverser l’esprit, même si elle semblait s’en tenir raisonnablement à distance. En tout cas, elle affichait un bonheur serein. En ce qui le concernait, ses fragilités, intactes, réapparaîtraient au prochain mauvais coup du sort… Il retint un soupir. Pourquoi songer au pire quand le meilleur et le plus inattendu étaient arrivés ? Comme elle, il devait aussi apprendre à croire en sa bonne étoile, celle qui lui avait permis de survivre à l’explosion de son laboratoire et à la guerre, puis, contre toute attente, de lui donner une compagnie qu’il n’espérait plus depuis tellement d’années qu’il en avait oublié depuis quand. Ainsi, chaque jour, il savourait les délices d’une indescriptible félicité. Naturellement, sa relation avec Inou ne s’était pas construite en un jour. Patiemment et avec constance, il avait dû abattre, une par une, toutes les barrières qu’elle avait érigées autour d’elle pour se protéger d’elle-même comme des gens. Mais, après tout, quelques jours ou semaines de plus revêtaient-ils une réelle importance quand il avait gagné le principal : son cœur et sa présence auprès de lui. Comme elle s’était emprisonnée dans la conviction profonde que le petit vilain canard auquel elle se comparaît, intégrant son physique imparfait comme son fort caractère, ne pouvait être aimé pour lui-même, il avait dû la persuader du contraire. Ainsi, pas après pas, il avait dû lui démontrer que le désir de l’autre ne s’arrêtait pas à une simple apparence, que son corps qu’elle méprisait, il pouvait avoir envie de l’embrasser et de le toucher. De la même façon, il avait dû lui prouver que les sentiments s’exprimaient autant dans le fait de s’unir sexuellement que de se réveiller le matin dans les bras de son époux, de se promener dans la montagne main dans la main, d’avoir toujours quelques mots ou idées à échanger ou d’offrir la seule fraise des bois aperçue au pied des arbres de la forêt à celle qui la souhaitait, juste parce que le bonheur de l’un s’abreuvait désormais à celui de l’autre… À qui devait-il son incroyable présent, sinon à celle qui lui avait sauvé la vie, deux fois, et avait obligé Inou à dépasser ses préjugés sur elle-même ? Intense, son regard se fixa sur Ellah. Comme une réponse à l’attention qu’il lui portait, par-dessus la tablée animée, elle tourna les yeux vers lui et lui sourit. À cet instant, le cœur de Mukin se contracta autant d’émotion que de crainte. Si jamais elle disparaissait de leur existence, tout ce que sa venue avait apporté s’effacerait et ce bonheur chèrement acquis s’évanouirait. Avait-elle perçu son insolite trouble ? En tout cas, ses sourcils se froncèrent légèrement. Aussitôt, il se ressaisit et leva son verre vers elle. Elle trinqua avec lui à distance, puis chacun but une gorgée. Après ce moment presque hors du temps, Mukin retourna au joyeux plaisir de la discussion avec ses voisins.


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