Une Vie, voire Deux, tome 6 de la saga de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy

Note : 4.6 / 5 avec 283  critiques

Le début de l'histoire

Résumé du tome 5 - La Porte des Temps

Plus de quinze ans se sont écoulés depuis les dernières batailles de Wallanie et la disparition de la magie. Depuis, à Antan, Aila et Pardon ont mené une vie tranquille avec leurs deux enfants, Naaly et Tristan, aujourd’hui adolescents. Pardon s’occupe avec Bonneau, son beau-père, et Hang, son ami, du manège de la ville. Bien loin d’Avotour, la prêtresse Ozyrile est prête à tout pour corriger les erreurs du passé. Dans ce but, elle a recréé une porte des temps dont une pièce lui manque encore : la clé qui l’activera. Alors qu’elle cherche qui pourrait lui apporter les connaissances nécessaires, son choix s’arrête sur celle qu’elle suspecte d’avoir été La Dame Blanche pendant les ultimes combats, mais qui ne ressemble plus du tout à un être de toute puissance. Entre une fille rebelle et un fils transparent, seul le mari trouve grâce à ses yeux. Mais, pour l’instant, elle se contente de la compagnie de Marin, son homme à tout faire, pour satisfaire tous ses désirs… Depuis plusieurs mois, Aila se sent ballottée entre ce troisième enfant qu’elle souhaite et qui se refuse à elle, les difficultés de son couple et sa relation compliquée avec Naaly. Le trouble devient si profond qu’elle s’en va d’Antan sans prévenir quiconque. En chemin, elle croise une vieille femme qui lui offre plusieurs présents, dont une pierre noire que cette dernière attache autour de son cou. Dès le lendemain, Aila a tout oublié de son pendentif à présent invisible sur sa peau, ainsi que des paroles effrayantes de son interlocutrice sur son avenir. Pensant que sa mère ne les a pas quittés de son propre chef, Tristan s’enfuit. Pardon part à sa poursuite, accompagné de Naaly et de Hang. Arrivé à Avotour, Pardon décide de laisser les adolescents sous la garde de Bonneau et reprend la route avec Hang sur les traces de son épouse. Malheureusement, Tristan échappe à la surveillance de son grand-père, bientôt suivi par Sekkaï, puis Merielle, les enfants de Sérain et Lomaï d’Avotour, et Naaly. Attaquée par des brigands, Aila se sépare de Lumière, sa jument, et, après une chute et un choc à la tête, perd la mémoire. Clara et Pierre la recueillent et elle retrouve des réflexes anciens comme celui de se battre avec son kenda.

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Trompés par des traces qui s’entremêlent, Pardon et Hang privilégient la piste de Lumière. Pénétrant dans le repaire d’un bandit qui écume Avotour, le Loup, les deux hommes parviennent à libérer le cheval tout en dévastant le lieu ; le Loup meurt de la main du Hagan. Pendant ce temps, Tristan et son groupe ne commettent pas la même erreur que Pardon et se dirigent vers l’ouest. Découvrant la disparition des enfants, dont ses jumeaux, Lomaï, assistée de Bonneau et d’Aubin, le frère d’Aila, part à leur recherche. En chemin, Manier, un noble qui fréquente occasionnellement la forteresse, leur propose de se joindre à eux. La reine, rappelée à Avotour, confie à Bonneau et Aubin le soin de poursuivre cette mission. En compagnie de Manier, elle revient juste à temps pour accompagner son mari dans ses ultimes heures.

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Après quelques jours passés chez Clara et Pierre, Aila se sent mieux et songe à reprendre la route. Pour la remercier de tout ce qu’elle leur a apporté, Clara et Pierre lui offrent le cheval de leur fils décédé, Souffle. Attirée par le pays Hagan, elle met le cap vers l’ouest. En raison de la mésentente entre Naaly et les garçons, le groupe éclate. Pendant qu’une partie continue sa quête, la jeune fille retourne sur ses pas jusqu’au moment où Hang la repère. Contrainte et forcée, elle rejoint son père, tandis qu’à eux trois s’ajoutent presque simultanément Aubin et Bonneau. Toujours sur les traces d’Aila, ensemble, ils rencontrent Clara et Pierre qui leur apprennent qu’ils ont croisé les adolescents et leur indiquent la direction empruntée par Aila, privée de sa mémoire. Ils leur confient Lumière. Pendant ce temps, à la forteresse d’Avotour, après l’inhumation de son mari et sous l’impulsion d’Adrien, Lomaï décide d’effectuer la recherche de ses enfants elle-même ; Manier lui propose de l’accompagner.

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Dénuée de souvenirs, Aila se sent revivre en pays Hagan, ressentant un souffle intérieur comme le réveil d’une seconde personnalité. Au fur et à mesure de leur progression, sous les regards étonnés des jumeaux, l’attitude de Tristan se modifie ainsi que son aspect physique : derrière son habituelle allure transparente jusque-là se révèle une insoupçonnable maturité. Bientôt arrivent les retrouvailles avec Pardon qui le talonne. Malheureusement, le père et le fils s’affrontent aussitôt quand le premier veut rentrer en Avotour et que le deuxième s’y oppose. La situation se complique nettement au moment où Sekkaï et Merielle prennent le parti du garçon et encore plus quand Pardon, soucieux de comprendre Tristan, apprend que la magie n’a jamais disparu… Si, pour son père, le choc est rude, particulièrement en songeant à sa femme qui désirait protéger ses enfants de son emprise, pour Naaly, il relève du traumatisme. Alors qu’elle déteste ouvertement son frère, elle refuse que cet avorton et ses pouvoirs éclipsent son émérite talent de combattante. Le lendemain, elle déserte le groupe et repart vers Avotour, tandis que, la mort dans l’âme, Pardon se résout à poursuivre sa route sans elle. Bientôt, Naaly change d’avis et choisit de les suivre sans se faire repérer.

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Aila continue son périple en pays Hagan, cherchant dans la dépense physique un exutoire à sa mémoire défaillante, malgré la remontée aléatoire de bribes de souvenirs. Quand elle voit une contrée montagneuse inconnue perdue dans les brumes sur l’horizon, elle décide de s’y rendre. En chemin vers la Wallanie, chaque jour un peu plus elle fuit la compagnie des hommes. De son sac tombent les clochettes de Topéca ; sans identifier leur origine, elle les range dans sa poche. Alors que les ultimes participants à la quête viennent d’arriver en les personnes de Lomaï et Manier, Hang, désireux ne pas manquer la naissance de son premier enfant, profite de son retour vers Avotour pour faire la leçon à Naaly ; cette dernière rallie leur destination quand celui-ci entame sa descente en Brucie pour rejoindre le Guerek. Au cours d’une pause, Pardon annonce à sa fille son rôle de clé dans la guerre en Wallanie.

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Si le regard de la sœur change peu à peu sur son frère, en revanche, Naaly continue de détester ouvertement le prince. Lorsque la troupe se retrouve au cœur d’un conflit qui oppose Entik et Kerdal, il se jette dans une rivière pour se soustraire à la charge d’une armée sur leur piste. Emportés par le flot, Naaly et Sekkaï sont séparés du reste du groupe. Contre toute attente, cette situation périlleuse révèle les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Après avoir sauvé Naaly grièvement blessée dans un éboulement, Tristan, pour se ressourcer, tombe jusqu’à la source de la magie et y perçoit la présence d’une ennemie, une femme grimée à laquelle cette entité bienveillante lui permet d’échapper. Il met en garde son père contre elle et lui recommande de ne pas utiliser ses pouvoirs tant qu’ils ne l’ont pas identifiée. Arrivée au Guerek, Aila rencontre le roi spectral, un homme dont les os ont été brisés bien des années auparavant. Au cours de la soirée passée avec lui, la mémoire lui revient et elle décide de retourner en Avotour retrouver les siens. Le lendemain, alors qu’elle est sur le point de partir, la sœur du souverain la rejoint et lui demande d’apporter une bourse à une herboriste de sa connaissance. La combattante accepte. Parvenue au domicile de cette dernière, elle est piégée par cette femme qui veut obtenir d’elle les renseignements qui lui manquent et explore son esprit à leur recherche. Comprenant les intentions d’Ozyrile, Aila protège à toute vitesse le savoir auquel celle-ci ne doit pas accéder. Par vengeance, la prêtresse efface la totalité des autres souvenirs de sa prisonnière. Réduite à néant, uniquement portée par l’envie instinctive de fuir, Aila arrive à s’échapper. Tristan l’aperçoit au loin et, avec Pardon et Naaly, tente de la rattraper. Elle se faufile dans un conduit et, à peine dans la grotte, la paroi devant elle s’éclaire. Réagissant comme un animal effrayé par les bruits qu’elle entend, elle passe au travers des ondes circulaires.

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La suivant, Tristan et Pardon s’engagent dans le couloir, tandis que Naaly, juste derrière, ramasse des clochettes tombées dans l’herbe. Quand elle pénètre dans la grotte, la porte se rallume et, ensemble, le père et ses deux enfants la franchissent.


Début du tome 6 - Une Vie, voire Deux

Quand La Porte des Temps s'illumine sous les yeux de son gardien, ce dernier doit admettre qu'elle a apporté en Guerek un invité très particulier, enfin, une invitée pour être précis. Face au dédain profond de son neveu, Kerryen, à la tête du royaume, Inou, intendante de la forteresse d'Orkys, prend la situation en mains et décide de s'occuper de cet être presque réduit à un état animal. Au passage, elle embauche Amaury, un soldat de la garnison, ravi de cette aubaine qui lui offre une notoriété imprévue.

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Alors que Kerryen s'interroge sur les agissements d'un empereur noir dont l'armée se rapproche de son pays, Inou, comme à son habitude, dispose de toutes les réponses : il doit réunir au plus vite les souverains des royaumes frontaliers pour organiser une défense commune. De plus, il devrait songer à se marier. S'il reconnaît la validité de la première proposition de sa tante, il refuse d'envisager la seconde ; un seul mariage a largement suffi à le dégoûter définitivement des femmes.

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Malgré tous les soins apportés par Inou et Amaury, la femme arrivée par la porte demeure un corps déserté par tout esprit perceptible, même si, peu à peu, les hématomes de sa peau s'effacent et ses blessures se referment.

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Kerryen entreprend de convier chacun de ses voisins à une grande réunion dans la forteresse d'Orkys. S'il lui paraît simple de convaincre les rois du Pergun et de la Brucie, il se retrouve à ruser pour obtenir l'adhésion du souverain du Kerdal et, en particulier, Eddar le Grand, à la tête de l'Entik. Ce dernier convoitant la porte, il songe que cette femme pourrait représenter un subterfuge suffisant pour l'attirer jusqu'à Orkys.

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Quand Amaury égare son poignard, accompagné de la femme, il retourne à l'écurie et, à peine le temps de le récupérer, découvre qu'elle a disparu. Totalement affolé, il finit par la retrouver en tête-à-tête avec l'impossible étalon de Kerryen, d'un calme remarquable en sa présence.

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Inou, pour la première fois de sa vie, ressent la charge de la gestion de la forteresse sur ses épaules et s'aperçoit qu'elle aspire à changer de vie. Peut-être pourrait-elle rendre visite à ses amis d'enfance... Mukin, herboriste, disposerait éventuellement de baumes susceptibles d'atténuer les cicatrices sur la peau de sa protégée. Confiant peu à peu l'intendance d'Orkys à son assistante, elle prépare son départ.

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Parcourez les coups de cœur de mes premiers lecteurs

Anmarie, De plus en plus fort

Je pensais que je ne pourrais plus être étonnée par le personnage d'Aila… depuis le temps que je la suis…
Je peux dire, aujourd'hui, qu'Ellah m'a littéralement transportée.
Où Catherine Boullery va-t-elle chercher toutes ces aventures, ces descriptions ? avec un souci du détail tellement poussé ?
Encore MERCI Catherine - Vivement la suite !!!
Anmarie

Sur UPblisher
Client Amazon, Une Vie, voire Deux…

Un tome quelque peu surprenant, puisque l'on ne peut s’empêcher de chercher les parallèles et les liens qui unissent les différentes parties de l'univers créé par Catherine Boullery et un acte final qui nous laisse dans l'attente… Vivement la suite, l'attente sera longue !

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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

La mort de son épouse dans un stupide accident de cheval avait représenté une délivrance inespérée et un retour vers une solitude préférable à une existence commune aussi pitoyable. À partir de ce moment-là, il avait retrouvé la paix et menait un quotidien austère autant que chaste, uniquement servi par des valets, évitant toutes interactions inopportunes avec les femmes, à l’exception de sa sœur et d’Inou. Comme aucune d’elles n’entrait dans sa vie, ni par la grande porte ni même par la petite, il s’était dispensé de modifier son avis à leur égard. Si son respect apparent envers la gent féminine semblait inchangé, son statut de roi du Guerek l’imposait, il les méprisait en son for intérieur. Le plus ironique de l’histoire résidait dans la façon dont chacun avait interprété son attitude comme l’expression du deuil qu’il portait toujours, sa douleur encore vivace expliquant sa réticence à se remarier. Finalement, à défaut de devenir inventeur, il aurait dû être saltimbanque, la comédie ne possédait plus depuis longtemps aucun secret pour lui…
Cependant, quand il y réfléchissait aujourd’hui, son constat restait accablant : sa défiance des femmes avait contribué à alimenter un peu plus son sentiment d’inaptitude à être aimé pour lui-même. Alors replonger dans une nouvelle union à presque quarante ans ne le ravissait absolument pas. Son regard s’attardant sur Inou, il se demanda ce que sa tante avait percé de sa relation avec Guisaine. En tout cas, voici un des rares sujets qu’elle n’avait jamais abordés, malgré sa langue bien pendue. Il savait qu’elle s’était inquiétée pour lui, en particulier de l’absence de descendance, mais il était toujours parvenu à dissimuler la réalité de la situation ou, du moins, le croyait-il. De plus, si elle avait vraiment eu conscience du naufrage de son couple, elle ne l’aurait pas amené à renouveler l’expérience, à moins de prétendre qu’une seconde aventure corrigerait la première et lui redonnerait goût à la vie à deux. Cependant, cette possibilité restait au-dessus de ses forces, il se sentait incapable de revivre l’épreuve que constituait le partage de son intimité avec une épouse. Ayant renoncé depuis trop longtemps aux ébats physiques, il s’estimait bien trop vieux pour s’y remettre et ne ressentait à cette évocation qu’une insurmontable répulsion.
— Encore ! s’exclama la voix d’Inou. Si tu voyais comme tes yeux deviennent tristes quand tu commences à douter de toi. Par les vents d’Orkys, tu es le roi ! Allora de Srill est exactement ce qu’elle paraît : une femme avec les pieds sur terre et un cœur gros comme ça. Elle te rendra heureux, j’en suis certaine, et, ainsi, tu pourras enfin tirer un trait sur ton passé.
Une nouvelle fois, il se demanda ce qu’elle avait deviné de cette intimité qu’il lui cachait, mais, comme il ne désirait pas aborder le sujet avec elle, il ne le saurait pas. En raison de son statut de monarque, vaillamment, il reprit son habituel visage impassible qui dissimulait toute sa souffrance intérieure.
— Je vais y réfléchir, déclara-t-il.
— Bien, c’est un début. Souviens-toi que tu n’as plus beaucoup de temps pour t’en préoccuper, elle doit ramener Adélie bientôt…
Ah oui… Il avait oublié ce détail. Adélie entretenait de très bonnes relations avec Allora et, pour se divertir, quittait la quiétude de la forteresse pour une vie plus animée et joyeuse dans le domaine de cette femme, dénommée la « châtelaine » par les habitants de son village.
— Et pour renseigner le peuple sur les événements de ce matin, que décides-tu ? poursuivit Inou.
— Rien.
— Comment ça, rien ?
— Tant que nous ne disposons d’aucune information à partager, je ne vois pas de raison d’en parler.
— Mais la cloche a sonné ! Tout le monde l’a entendue et va jaser…
— Grand bien leur fasse. Je considère cet événement sans intérêt et ne procéderai à aucune annonce.
— Mais…
Kerryen la coupa :
— J’ai dit : rien. D’autres questions avant de retourner à tes occupations ?
Inou s’aperçut immédiatement qu’il cherchait à clore leur discussion, mais elle n’en avait pas terminé avec lui.
— Tu ne désires pas de nouvelles de notre invitée ?
Le roi s’agita légèrement. Avec tous leurs échanges, il avait presque oublié la fille. Invitée ! Sûrement pas ! Cette inconnue n’avait donc pas conscience qu’arriver à l’improviste chez les gens signifiait un inadmissible manque de politesse !
— Si tu veux, répondit-il, marquant bien son indifférence à ce sujet.
Inou fronça les sourcils.
— Je ne devrais pas te rappeler que tu possèdes un devoir envers tout ce qui passe la porte même si, jusqu’à présent, personne n’en avait jamais franchi le seuil.
— Oui, oui…
Elle serra les dents. Manifestement, il écoutait à peine ce qu’elle lui racontait. Feignant de ne pas s’apercevoir de son détachement, elle poursuivit d’un ton sans appel :
— Ta responsabilité de roi est engagée auprès de cette jeune femme. Tu lui dois protection et respect.
— Oui, oui, je sais tout cela ! Pas la peine de me le répéter ! Tu n’as qu’à t’en occuper toi-même si ça te chante, et voilà ! C’est tout ?
— Son allure est bien meilleure que la première fois où tu l’as vue. À présent, lavée, soignée, coiffée et habillée, elle a retrouvé son aspect humain. De plus, avec les pommades de Mukin, ses plaies disparaîtront peu à peu, c’est une bonne chose, non ?
Comme elle escomptait une réaction de Kerryen, ce dernier lui consentit un léger geste de la main signifiant plus son impatience que son intérêt.
— Pour l’instant, je reconnais qu’elle semble avoir du mal à remettre un pied dans la réalité.
— Du mal ! s’exclama son neveu. Du mal ! Tu te moques de moi ! Son esprit apparaît complètement absent et je doute que son état s’améliore un jour. La porte nous a expédié une charge de plus comme si nous ne rivalisions pas de sujets d’inquiétude bien plus essentiels ! Tu te débrouilles comme tu veux avec elle, mais, surtout, tu ne m’en parles pas, je m’en fiche éperdument ! Étant donné que du travail m’attend avant d’aller me coucher, je te souhaite une bonne nuit.
Les yeux d’Inou s’étrécirent, tandis qu’elle ressentait l’envie de lui bondir dessus pour le secouer comme un prunier. Elle ne connaissait pas la nature exacte des dégâts causés par son mariage, mais il fuyait avec constance tout ce qui portait un jupon. Sauf que là, ce n’était plus que l’ombre d’une personne et seul l’intérêt qu’elle recevrait pourrait la sortir de cette profonde apathie. Femme ou homme, quelle importance quand il s’agissait de sauver quelqu’un ! S’efforçant de garder son calme, elle continua :
— Tu te trompes, sa venue est essentielle ! Si elle a survécu à tout ce qu’elle a enduré pour parvenir jusqu’à nous, c’est en raison de sa résistance hors du commun. Bien entourée, je suis persuadée qu’elle reprendra contact avec la réalité. Nous devons tous nous unir pour l’y amener !
Le roi posa sur elle un regard dubitatif, sans même daigner répondre. L’énervement d’Inou s’intensifiant, elle ne souhaita plus que le pousser toujours plus loin dans ses retranchements pour le punir de son inqualifiable attitude. Que pourrait-elle bien ajouter juste pour le provoquer davantage ? Une idée traversa son esprit et, d’un ton redevenu froid, elle lança :
— Pour l’instant, elle dort avec moi, mais tu vas devoir songer à l’héberger chez toi ou à proximité. Je te rappelle que tu lui dois protection !
Les yeux de Kerryen s’enflammèrent. À la mort de Guisaine, il avait abandonné la salle du valet, jouxtant la chambre nuptiale, pour revenir dans celle de son adolescence. Là encore, tout le monde avait interprété son geste comme une volonté d’échapper à son chagrin, et absolument pas comme la fuite d’un endroit maudit. Cette pièce lui appartenait et elle ne resterait qu’à lui !
— Il n’en est pas question ! hurla-t-il. Approche cette petite horreur de mon territoire et, je te le jure, je la balance par-dessus le balcon. Par ta faute, j’ai bien dit TA faute, elle finira réduite en bouillie sur les rochers battus par la mer et dévorée par les crustacés et les poissons.
— Tu dois remplir ton devoir envers elle ! cria Inou encore plus fort que lui.
— Si, à contrecœur, je me suis engagé à veiller sur le royaume, en aucun cas, je n’ai signé pour cette porte et ses fantaisies imbéciles. Tu désires la prendre en charge, parfait ! Occupe-t’en ! Mais, Inou, je te préviens, je ne veux ni la voir, ni m’adresser à elle, ni la trouver sur mon chemin ! Ne l’approche jamais de moi, me suis-je clairement fait comprendre ? conclut-il, menaçant.
Les deux parents s’affrontèrent du regard et, cette fois-ci, la tante considéra qu’elle n’aurait pas gain de cause sur son neveu, tout du moins pas aujourd’hui, même si elle n’était pas du genre à renoncer facilement.
— Nous en reparlerons, lui annonça-t-elle.
— Nous n’en reparlerons pas, répliqua-t-il. Le sujet est définitivement clos !
— Au fait, j’ai embauché Amaury.
Amaury ? Quel rôle venait jouer ce jeune garde dans cette histoire ?
— Comme il a pris soin de notre invitée à TA place, je lui ai octroyé la charge de se consacrer totalement à elle dès cet après-midi. Nous devons trouver un titre à son nouveau poste.
— Tu as quoi ? Mais de quel droit ?
Il se redressa devant Inou, nullement effrayée par l’emportement de Kerryen. Se levant également, elle se hissa sur la pointe des pieds le plus haut possible pour lui faire face.
— Tu m’as dit de m’en occuper, non ? Alors, ne me reproche pas dans le même temps de prendre des initiatives ! D’ailleurs, si, sur ce sujet, tu m’ennuies un peu trop, tu devras te chercher une autre intendante !
— Tu n’agirais pas ainsi, rétorqua-t-il, vaguement inquiet.
— Crois-tu ?
Kerryen fixa son regard sur sa tante manifestement énervée par l’attitude de son neveu qu’elle jugeait inadmissible. Estimant inutile de la fâcher plus, il préféra céder sur ce point.
— D’accord pour Amaury. Mais je te rappelle que je suis le roi et c’est moi, et non toi, qui dois réfléchir à de telles décisions. Je te remercierais à l’avenir de venir m’en référer avant d’en parler aux intéressés.
— Si tu étais le souverain que tu prétends être, je ne serais pas là à en discuter avec toi !
Cette nouveauté dans le discours d’Inou figea Kerryen. Voilà que celle qui passait son temps à lui dire d’avoir confiance en ses capacités, tout d’un coup, remettait en cause ses aptitudes ! À la fois vexé et blessé, il la regarda sortir de la salle, visiblement mécontente. Tant pis pour elle ! Pour l’instant, il avait gagné, mais elle reviendrait à la charge, il la connaissait par cœur. Il se laissa aller dans le fauteuil. Près de sa chambre… mais quelle idée ! Comment avait-elle pu envisager cette éventualité ? Cette pièce restait l’unique place qui n’appartenait qu’à lui et à lui seul. Dès qu’il la quittait, il commençait à être assailli de toute part, entre autres par sa tante, jamais très loin… Personne n’avait le droit d’y pénétrer et, juste par nécessité, il y tolérait la présence d’un serviteur pour un peu de ménage. C’était son endroit de prédilection pour s’isoler, un lieu suffisamment grand pour lui, simplement meublé, qui possédait de larges baies vitrées ouvrant sur le balcon qui courait sur tout le premier étage. Sortant prendre l’air, il venait s’accouder à la rambarde et, là, il demeurait à fixer l’étendue bleu azur de la mer Eimée en contrebas, percevant le faible bruit de ses vagues avant que son attention se reportât sur l’horizon. Il adorait cette impression de solitude qui lui permettait d’échapper aux murs de la forteresse qui, à certains instants de sa vie, ressemblaient plus à une prison qu’à une habitation. Finalement, peut-être aurait-il dû devenir marin… Il aimait aussi la sensation d’étourdissement qui aspirait son esprit lorsque ses yeux se laissaient absorber par le vide qui s’étirait entre le château et le bas de la falaise. Son regard glissa sur la paroi presque verticale qui achevait sa course entre les écueils baignés d’une eau écumeuse. Quelquefois, il se demandait ce que pouvait ressentir un homme quand il sautait. Existait-il un moment où, malgré le fait qu’il fût trop tard, ce dernier éprouvait un regret ou, au contraire, cette chute vertigineuse vers les rochers lui donnait-il un ultime sentiment de puissance ? Comment savoir sinon en essayant ?

Tout en regagnant sa chambre, Inou frémissait de colère. Une fois parvenue chez elle, la crainte la glaça immédiatement. Portée par sa volonté de parler au plus vite à son neveu, elle avait quitté la pièce un peu précipitamment, persuadée de l’arrivée imminente de Mira. Malheureusement, la servante ne s’était pas présentée et, à son entrée, le peu du lit qu’elle aperçut derrière le paravent apparaissait vide. Aussitôt, elle bondit dans cette direction avant de soupirer de soulagement lorsqu’elle découvrit son invitée par terre, complètement recroquevillée sur elle-même, coincée entre le montant en bois et le mur.
— Mon petit oiseau, tu m’as fait peur… Tu sais, te voir dormir à même le sol me peine. Je vais demander à Amaury de te recoucher encore une fois et puis, si tu ne veux vraiment pas, je te laisserai dans ce petit coin sans confort, avec regret…
D’un geste doux, elle caressa ses cheveux courts, puis sortit pour faire appeler Amaury. En raison de sa nouvelle fonction, elle devrait songer à attribuer au soldat une chambre suffisamment proche de la sienne, comme celle désertée par un domestique. Que restait-il comme pièce libre pas très éloignée d’ici ? Oui, celle-ci serait parfaite ! Elle s’y emploierait demain et informerait le garde qui n’aurait ainsi plus à subir la compagnie bruyante de ses frères d’armes.

Une fois Amaury reparti, Inou referma la porte à clé, puis prit, enfin, le temps de s’arrêter un instant. Même si personne ne semblait s’en apercevoir, elle ne rajeunissait pas et, quelquefois, la charge du château commençait à peser sur ses épaules. Lorsqu’une responsabilité supplémentaire échouait entre ses mains, fondamentale, puisqu’il s’agissait de veiller sur un être humain d’une grande fragilité, elle en arrivait à se demander comment elle parviendrait à tout assumer. Cette femme l’avait peut-être rejointe au bon moment, finalement, pour secouer sa carcasse vieillissante et la convaincre que sa vie continuait, lui offrant du même coup une mission à accomplir, une cause pour laquelle se battre. Quand Inou s’allongea sur l’oreiller, un sourire se forma sur ses lèvres. Épuisée certainement, mais plus heureuse que jamais…

Dans le corps étendu derrière le paravent, toute existence consciente avait cessé. Si ses sens percevaient toujours les stimulations extérieures, les bruits, le changement de luminosité, l’animation autour de lui, il ne les recevait pas comme d’éventuelles informations. Celles-ci passaient, puis disparaissaient comme si elles n’avaient jamais eu lieu. S’il éprouvait à peine la faim, la soif ou la souffrance, ces rares ressentis représentaient à peu près tout ce qui le raccrochait à une vague forme d’humanité. Malheureusement, au creux de ce corps, battait un cœur solide qui refusait de se taire, résonnant comme un roulement de tambour régulier, l’obligeant à respirer quand s’éteindre aurait semblé la seule issue pour échapper à ce vide profond, cette nuit trop ténébreuse pour être levée. Dénué de désirs, l’être recroquevillé sur lui-même subissait cette vie qui ne voulait pas le quitter, prisonnier d’un organisme à demi-détruit, d’une absence d’âme, d’un reliquat d’esprit aussi indigent qu’incertain. Bientôt, la nécessité de dormir le força à lâcher prise et le noir le plus total envahit sa tête, effaçant les ultimes bribes de conscience qui le reliait à son environnement.


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