Une Vie, voire Deux, tome 6 de la saga de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy heroic

Note : 4.5 / 5 avec 210  critiques livre

Le début de l'histoire

Résumé du tome 5 - La Porte des Temps

Plus de quinze ans se sont écoulés depuis les dernières batailles de Wallanie et la disparition de la magie. Depuis, à Antan, Aila et Pardon ont mené une vie tranquille avec leurs deux enfants, Naaly et Tristan, aujourd’hui adolescents. Pardon s’occupe avec Bonneau, son beau-père, et Hang, son ami, du manège de la ville. Bien loin d’Avotour, la prêtresse Ozyrile est prête à tout pour corriger les erreurs du passé. Dans ce but, elle a recréé une porte des temps dont une pièce lui manque encore : la clé qui l’activera. Alors qu’elle cherche qui pourrait lui apporter les connaissances nécessaires, son choix s’arrête sur celle qu’elle suspecte d’avoir été La Dame Blanche pendant les ultimes combats, mais qui ne ressemble plus du tout à un être de toute puissance. Entre une fille rebelle et un fils transparent, seul le mari trouve grâce à ses yeux. Mais, pour l’instant, elle se contente de la compagnie de Marin, son homme à tout faire, pour satisfaire tous ses désirs… Depuis plusieurs mois, Aila se sent ballottée entre ce troisième enfant qu’elle souhaite et qui se refuse à elle, les difficultés de son couple et sa relation compliquée avec Naaly. Le trouble devient si profond qu’elle s’en va d’Antan sans prévenir quiconque. En chemin, elle croise une vieille femme qui lui offre plusieurs présents, dont une pierre noire que cette dernière attache autour de son cou. Dès le lendemain, Aila a tout oublié de son pendentif à présent invisible sur sa peau, ainsi que des paroles effrayantes de son interlocutrice sur son avenir. Pensant que sa mère ne les a pas quittés de son propre chef, Tristan s’enfuit. Pardon part à sa poursuite, accompagné de Naaly et de Hang. Arrivé à Avotour, Pardon décide de laisser les adolescents sous la garde de Bonneau et reprend la route avec Hang sur les traces de son épouse. Malheureusement, Tristan échappe à la surveillance de son grand-père, bientôt suivi par Sekkaï, puis Merielle, les enfants de Sérain et Lomaï d’Avotour, et Naaly. Attaquée par des brigands, Aila se sépare de Lumière, sa jument, et, après une chute et un choc à la tête, perd la mémoire. Clara et Pierre la recueillent et elle retrouve des réflexes anciens comme celui de se battre avec son kenda.

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Trompés par des traces qui s’entremêlent, Pardon et Hang privilégient la piste de Lumière. Pénétrant dans le repaire d’un bandit qui écume Avotour, le Loup, les deux hommes parviennent à libérer le cheval tout en dévastant le lieu ; le Loup meurt de la main du Hagan. Pendant ce temps, Tristan et son groupe ne commettent pas la même erreur que Pardon et se dirigent vers l’ouest. Découvrant la disparition des enfants, dont ses jumeaux, Lomaï, assistée de Bonneau et d’Aubin, le frère d’Aila, part à leur recherche. En chemin, Manier, un noble qui fréquente occasionnellement la forteresse, leur propose de se joindre à eux. La reine, rappelée à Avotour, confie à Bonneau et Aubin le soin de poursuivre cette mission. En compagnie de Manier, elle revient juste à temps pour accompagner son mari dans ses ultimes heures.

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Après quelques jours passés chez Clara et Pierre, Aila se sent mieux et songe à reprendre la route. Pour la remercier de tout ce qu’elle leur a apporté, Clara et Pierre lui offrent le cheval de leur fils décédé, Souffle. Attirée par le pays Hagan, elle met le cap vers l’ouest. En raison de la mésentente entre Naaly et les garçons, le groupe éclate. Pendant qu’une partie continue sa quête, la jeune fille retourne sur ses pas jusqu’au moment où Hang la repère. Contrainte et forcée, elle rejoint son père, tandis qu’à eux trois s’ajoutent presque simultanément Aubin et Bonneau. Toujours sur les traces d’Aila, ensemble, ils rencontrent Clara et Pierre qui leur apprennent qu’ils ont croisé les adolescents et leur indiquent la direction empruntée par Aila, privée de sa mémoire. Ils leur confient Lumière. Pendant ce temps, à la forteresse d’Avotour, après l’inhumation de son mari et sous l’impulsion d’Adrien, Lomaï décide d’effectuer la recherche de ses enfants elle-même ; Manier lui propose de l’accompagner.

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Dénuée de souvenirs, Aila se sent revivre en pays Hagan, ressentant un souffle intérieur comme le réveil d’une seconde personnalité. Au fur et à mesure de leur progression, sous les regards étonnés des jumeaux, l’attitude de Tristan se modifie ainsi que son aspect physique : derrière son habituelle allure transparente jusque-là se révèle une insoupçonnable maturité. Bientôt arrivent les retrouvailles avec Pardon qui le talonne. Malheureusement, le père et le fils s’affrontent aussitôt quand le premier veut rentrer en Avotour et que le deuxième s’y oppose. La situation se complique nettement au moment où Sekkaï et Merielle prennent le parti du garçon et encore plus quand Pardon, soucieux de comprendre Tristan, apprend que la magie n’a jamais disparu… Si, pour son père, le choc est rude, particulièrement en songeant à sa femme qui désirait protéger ses enfants de son emprise, pour Naaly, il relève du traumatisme. Alors qu’elle déteste ouvertement son frère, elle refuse que cet avorton et ses pouvoirs éclipsent son émérite talent de combattante. Le lendemain, elle déserte le groupe et repart vers Avotour, tandis que, la mort dans l’âme, Pardon se résout à poursuivre sa route sans elle. Bientôt, Naaly change d’avis et choisit de les suivre sans se faire repérer.

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Aila continue son périple en pays Hagan, cherchant dans la dépense physique un exutoire à sa mémoire défaillante, malgré la remontée aléatoire de bribes de souvenirs. Quand elle voit une contrée montagneuse inconnue perdue dans les brumes sur l’horizon, elle décide de s’y rendre. En chemin vers la Wallanie, chaque jour un peu plus elle fuit la compagnie des hommes. De son sac tombent les clochettes de Topéca ; sans identifier leur origine, elle les range dans sa poche. Alors que les ultimes participants à la quête viennent d’arriver en les personnes de Lomaï et Manier, Hang, désireux ne pas manquer la naissance de son premier enfant, profite de son retour vers Avotour pour faire la leçon à Naaly ; cette dernière rallie leur destination quand celui-ci entame sa descente en Brucie pour rejoindre le Guerek. Au cours d’une pause, Pardon annonce à sa fille son rôle de clé dans la guerre en Wallanie.

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Si le regard de la sœur change peu à peu sur son frère, en revanche, Naaly continue de détester ouvertement le prince. Lorsque la troupe se retrouve au cœur d’un conflit qui oppose Entik et Kerdal, il se jette dans une rivière pour se soustraire à la charge d’une armée sur leur piste. Emportés par le flot, Naaly et Sekkaï sont séparés du reste du groupe. Contre toute attente, cette situation périlleuse révèle les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Après avoir sauvé Naaly grièvement blessée dans un éboulement, Tristan, pour se ressourcer, tombe jusqu’à la source de la magie et y perçoit la présence d’une ennemie, une femme grimée à laquelle cette entité bienveillante lui permet d’échapper. Il met en garde son père contre elle et lui recommande de ne pas utiliser ses pouvoirs tant qu’ils ne l’ont pas identifiée. Arrivée au Guerek, Aila rencontre le roi spectral, un homme dont les os ont été brisés bien des années auparavant. Au cours de la soirée passée avec lui, la mémoire lui revient et elle décide de retourner en Avotour retrouver les siens. Le lendemain, alors qu’elle est sur le point de partir, la sœur du souverain la rejoint et lui demande d’apporter une bourse à une herboriste de sa connaissance. La combattante accepte. Parvenue au domicile de cette dernière, elle est piégée par cette femme qui veut obtenir d’elle les renseignements qui lui manquent et explore son esprit à leur recherche. Comprenant les intentions d’Ozyrile, Aila protège à toute vitesse le savoir auquel celle-ci ne doit pas accéder. Par vengeance, la prêtresse efface la totalité des autres souvenirs de sa prisonnière. Réduite à néant, uniquement portée par l’envie instinctive de fuir, Aila arrive à s’échapper. Tristan l’aperçoit au loin et, avec Pardon et Naaly, tente de la rattraper. Elle se faufile dans un conduit et, à peine dans la grotte, la paroi devant elle s’éclaire. Réagissant comme un animal effrayé par les bruits qu’elle entend, elle passe au travers des ondes circulaires.

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La suivant, Tristan et Pardon s’engagent dans le couloir, tandis que Naaly, juste derrière, ramasse des clochettes tombées dans l’herbe. Quand elle pénètre dans la grotte, la porte se rallume et, ensemble, le père et ses deux enfants la franchissent.


Début du tome 6 - Une Vie, voire Deux

Quand La Porte des Temps s'illumine sous les yeux de son gardien, ce dernier doit admettre qu'elle a apporté en Guerek un invité très particulier, enfin, une invitée pour être précis. Face au dédain profond de son neveu, Kerryen, à la tête du royaume, Inou, intendante de la forteresse d'Orkys, prend la situation en mains et décide de s'occuper de cet être presque réduit à un état animal. Au passage, elle embauche Amaury, un soldat de la garnison, ravi de cette aubaine qui lui offre une notoriété imprévue.

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Alors que Kerryen s'interroge sur les agissements d'un empereur noir dont l'armée se rapproche de son pays, Inou, comme à son habitude, dispose de toutes les réponses : il doit réunir au plus vite les souverains des royaumes frontaliers pour organiser une défense commune. De plus, il devrait songer à se marier. S'il reconnaît la validité de la première proposition de sa tante, il refuse d'envisager la seconde ; un seul mariage a largement suffi à le dégoûter définitivement des femmes.

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Malgré tous les soins apportés par Inou et Amaury, la femme arrivée par la porte demeure un corps déserté par tout esprit perceptible, même si, peu à peu, les hématomes de sa peau s'effacent et ses blessures se referment.

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Kerryen entreprend de convier chacun de ses voisins à une grande réunion dans la forteresse d'Orkys. S'il lui paraît simple de convaincre les rois du Pergun et de la Brucie, il se retrouve à ruser pour obtenir l'adhésion du souverain du Kerdal et, en particulier, Eddar le Grand, à la tête de l'Entik. Ce dernier convoitant la porte, il songe que cette femme pourrait représenter un subterfuge suffisant pour l'attirer jusqu'à Orkys.

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Quand Amaury égare son poignard, accompagné de la femme, il retourne à l'écurie et, à peine le temps de le récupérer, découvre qu'elle a disparu. Totalement affolé, il finit par la retrouver en tête-à-tête avec l'impossible étalon de Kerryen, d'un calme remarquable en sa présence.

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Inou, pour la première fois de sa vie, ressent la charge de la gestion de la forteresse sur ses épaules et s'aperçoit qu'elle aspire à changer de vie. Peut-être pourrait-elle rendre visite à ses amis d'enfance... Mukin, herboriste, disposerait éventuellement de baumes susceptibles d'atténuer les cicatrices sur la peau de sa protégée. Confiant peu à peu l'intendance d'Orkys à son assistante, elle prépare son départ.

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Parcourez les coups de cœur de mes premiers lecteurs

Anmarie, De plus en plus fort

Je pensais que je ne pourrais plus être étonnée par le personnage d'Aila… depuis le temps que je la suis…
Je peux dire, aujourd'hui, qu'Ellah m'a littéralement transportée.
Où Catherine Boullery va-t-elle chercher toutes ces aventures, ces descriptions ? avec un souci du détail tellement poussé ?
Encore MERCI Catherine - Vivement la suite !!!
Anmarie

Sur UPblisher
Client Amazon, Une Vie, voire Deux…

Un tome quelque peu surprenant, puisque l'on ne peut s’empêcher de chercher les parallèles et les liens qui unissent les différentes parties de l'univers créé par Catherine Boullery et un acte final qui nous laisse dans l'attente… Vivement la suite, l'attente sera longue !

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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Aila, malgré son coucher tardif, se leva de bonne heure et partit se promener, seule. Ne connaissant guère les alentours, elle retourna avec Lumière à l’étang. Elle appréciait ce moment de solitude quand le bruit d’un trot lui fit tourner la tête et découvrir Barnais qui arrivait. Venant vers elle d’un pas léger, il ne semblait pas marcher, mais simplement flotter au-dessus du sol. Il souriait et ses yeux dorés palpitaient de mille feux sous la douce lumière de l’aube.
— Aila, je vous ai cherchée partout ! La soirée d’hier restera gravée comme la plus belle de ma vie et je l’ai passée en votre compagnie. Je n’avais jamais cru possible un tel partage avec une femme et je m’aperçois du contraire… Ce fut une révélation. Je ne savais pas que je pouvais ressentir des sentiments aussi exquis avant de vous croiser. Quittez sire Hubert ! Venez avec moi et je déposerai le monde à vos pieds, lança-t-il avec panache.
— Voici de bien belles paroles, Barnais, mais votre réputation vous a précédé et, je ne peux, ni ne veux, sur une toquade, renoncer à mon avenir.
— C’est vrai, je l’avoue, je suis un coureur. J’ai troussé plus de filles à moi tout seul que tous les hommes du château. Je les ai prises à mon goût, jeunes ou mûres, servantes ou comtesses, libres ou mariées. Mais, aujourd’hui, tout est fini, je vous ai découverte…
Barnais mit un genou en terre :
— Épousez-moi et je vous promets que je serai le mari le plus sage au monde, que je ferai de chacun de vos jours un havre de paix et de bonheur. J’ai enfin trouvé en vous la femme de mes rêves et, sans vous, je ne survivrai pas…
Sa demande, sa promesse même médusait complètement Aila. Il lui déballait vraiment le grand jeu, mais, simultanément, il manifestait une si sincère conviction qu’elle aurait été tentée de s’y laisser abuser… Il se rapprocha d’elle :
— Aila, ce premier baiser que nous avons partagé hier fut comme si c’était le premier de ma vie. J’en tremble encore… J’ai à peine dormi, ne cessant de penser à vous jusqu’au petit matin. Vous avez hanté mes rêves comme une ombre éclatante. Ne me dites pas, je vous en conjure, que vous n’avez rien ressenti de semblable…
— Non, Barnais, j’ai beaucoup apprécié ces moments, je vous l’assure. Mais si vous avez songé à moi pendant toute la nuit, le trouble a aussi envahi mes propres rêves. Je suis la promise de sire Hubert et, en aucun cas, je ne dois l’oublier. La soirée fut des plus délicieuses en votre compagnie et peut-être ai-je proféré des propos que je n’aurai pas dû tenir ou laisser entendre. Sachez-le, Barnais, je le regrette.
— Aila, reconsidérez ma proposition, s’il vous plaît ! Je vous implore à genoux ! Ne répondez pas non, maintenant. Vous êtes la seule, l’unique ! Ne faites pas de moi l’homme le plus misérable d’Avotour sans y avoir réfléchi. Je vous en prie, Aila, je vous en supplie. Pour vous, je renoncerai à tout, à ma vie, à mon château. Je me ferai fermier si vous me le demandez, ou cordonnier. Tout, Aila, je ferai tout pour vous garder…
— Combien de fois, Barnais, avez-vous promis à celles que vous avez croisées votre amour indéfectible ? Comment voulez-vous que je me figure que ce coup-ci sera le bon entre tous ? Soyez réaliste autant que je le suis, aucun amour n’est possible entre nous.
Au fur et à mesure qu’elle parlait, les yeux de Barnais s’emplissaient de larmes, tandis qu’une étrange émotion la saisit. Pour la première de sa vie, cet homme semblait vraiment sincère et elle n’en croyait ni ses yeux, ni ses oreilles.
— Mais, balbutia-t-il, désemparé, vous êtes la seule que j’ai demandée en mariage. Il ne tient qu’à vous que tous soient au courant, je suis prêt à formuler ma demande officielle dès notre retour au château. Aila, acceptez !
L’espace d’un instant, elle imagina ce que deviendrait son existence si elle acquiesçait : elle serait la femme d’un des seigneurs les plus séduisants d’Avotour, ses enfants, les héritiers du plus important comté de son pays et son mari, fidèle et aimant… Toutefois, elle le réalisa, partager un baiser, même agréable avec un homme ne suffisait pas pour passer sa vie avec lui… Elle ressentait de la tendresse pour lui, mais elle ne l’aimait pas. Elle chassa son rêve d’avenir comme on souffle la flamme d’une bougie et refusa poliment son offre. Barnais s’effondra sur le sol en sanglotant comme un enfant. Elle eut pitié de lui malgré tout ce qu’il avait pu accomplir avant.
— Peut-être que, si nous nous étions rencontrés dans d’autres temps, nous aurions pu nous trouver et partager notre bonheur ensemble. Aujourd’hui, c’est impossible. Je ne peux demeurer insensible à la souffrance de mon futur royaume et je dois, comme vous, remplir mon devoir. Vous venez de me montrer l’être admirable que vous dissimulez sous votre carapace de séducteur patenté. Ne le perdez plus jamais des yeux, ni du cœur. À partir de maintenant, il doit vous guider sur la bonne voie, la même que la mienne. Par ailleurs, n’auriez-vous pas, vous aussi, une promise que vous m’avez cachée ?
— Mais… comment le savez-vous ? Personne n’est dans la confidence, hormis père…, articula-t-il entre deux sanglots.
— Je sais même qui elle est. Alors, pour moi, rendez cette femme aussi heureuse que si elle était la personne que je chérissais le plus au monde. Redressez-vous, Barnais ! Nous avons un pays à sauver ! Intéressez-vous aux hommes qui vous entourent, les grands comme les petits. Jugez-les sur leurs actes et non sur leur titre ou leurs promesses mensongères. Enfin, devenez pour votre père le fils dont il a toujours rêvé. Soyez digne ! Protégez votre famille, votre entourage, votre royaume. Soyez sûr qu’un jour, nous nous retrouverons et nous deviendrons les amis que nous ne pouvons être aujourd’hui…
Descendant à sa hauteur, elle essuya les larmes qui mouillaient encore ses joues d’un geste doux.
— Je vais vous quitter maintenant. Devenez l’homme que je viens de vous décrire et, rien que pour cette métamorphose, notre histoire aura été l’une des plus belles de ma vie. Je vous promets de garder en mon cœur tous les plaisants souvenirs que nous avons partagés, des plus émouvants aux plus intimes, ainsi qu’une tendresse particulière à votre égard…
Elle déposa un baiser sur son front, puis s’éloigna, laissant Barnais sangloter tout seul.

Arrivée dans sa chambre, Aila se sentait épuisée. Quelle journée ! Elle regarda vers son lit, puis, avec un soupir résigné, frappa à la porte d’Hubert et entra.
— Où étiez-vous ? Encore avec Barnais ? osa le prince, sur le ton de la moquerie.
— Oui et je viens de refuser sa demande en mariage.
— Vous vous moquez de moi ?
— Même pas, je préférerais presque… Je crois que j’ai temporairement brisé sa vie, enfin jusqu’à ce qu’il arrive à la reconstruire. Ceci mis à part, j’ai beaucoup d’éléments à vous apprendre. Êtes-vous disponible pour m’écouter ?
Hubert la regarda avec attention. Elle était calme, peut-être trop calme… Elle paraissait éteinte.
— Je vous écoute.
— Comme vous vous en doutiez, nous avons affaire à un véritable complot, malheureusement plus étendu que nous ne l’avions prévu. J’ai entendu beaucoup de noms dont celui d’Ardenais et, surprise, de Rebecca. Cette femme a embobiné Barnais. Je pense qu’il a collaboré au début, puis il a commencé à réfléchir. Comme il devient de plus en plus réticent, voire dangereux pour eux, ils songent à l’éliminer. Rebecca doit l’attirer dans un piège, mais elle a refermé la fenêtre avant que j’apprenne lequel. De la même façon, nous représentons une gêne et leur intérêt justifie de créer un incident diplomatique entre Avotour et Escarfe afin de pousser sire Airin dans leur filet. Voici déjà deux points sur lesquels nous pouvons influer. J’ai également imaginé une idée pour ralentir temporairement nos adversaires. Ici, en ce moment, se trouve une des têtes du complot. J’hésite entre deux individus et seul le fait d’entendre leur voix me permettra de déterminer laquelle.
— Je pencherais pour Bascetti, un tout petit homme discret, voire insipide, qui cache bien son jeu, mais il faudra s’en assurer… Je le piste depuis notre arrivée, mais, personnellement, je ne suis pas parvenu à le surprendre. Bravo, Aila !
— Remerciez la chance et un baiser langoureux qui vous donnent des ailes pour espionner aux bonnes fenêtres au bon moment ! Un léger somme avant le déjeuner me fera le plus grand bien.
Hubert constata qu’elle avait repris un peu d’énergie et de mordant. Bien, cela signifiait qu’elle allait déjà mieux.

Aila attendait avec impatience la fin du repas. Barnais ressemblait à l’ombre de lui-même au point que même son père s’en était aperçu et semblait préoccupé par l’état de son fils. Barnais ne cessait de prétexter qu’il était juste un peu indisposé et que tout irait mieux demain. Pourrait-il tromper son monde bien longtemps ?
Quittant la table, elle fut malheureusement accaparée par la bande féminine du château, dont faisait partie Astria. Quand cette dernière s’éclipsa discrètement, Aila invoqua un oubli de son mouchoir pour suivre ses traces légères jusqu’à une couverture de lierre qu’elle souleva. Astria leva des yeux effarés et noyés de larmes vers elle.
— Allez, faites-moi une petite place, Astria. Je ne peux ni ne veux vous abandonner dans une pareille détresse. Pourquoi pleurez-vous ?
Elle prit une grande inspiration, essayant de calmer ses pleurs :
— Vous ne le savez pas, mais mon prénom est synonyme de pureté en Hagan et mon père l’a choisi pour moi. Cette pureté, la mienne, est sa raison de vivre et, fidèle aux traditions haganes, tout déshonneur de sa famille devient le sien. Ignorez-vous ce que font les pères quand leur enfant les a déshonorés ?
— Oui, ils se tuent…
Une idée douloureuse s’insinua en Aila. Les larmes d’Astria jaillirent encore plus fort.
— Je l’ai déshonoré, dame Aila, et, par ma faute, il va mourir !
Elle se remit à pleurer à gros sanglots. Aila la prit dans ses bras, cherchant des mots réconfortants pour la rassurer :
— Votre déshonneur n’est probablement pas aussi grand que vous le croyez. Laissez donc votre père en juger. Sans doute se montrera-t-il moins sévère envers vous-même que vous ne l’êtes ?
Astria ne répondit pas, sanglotant sans répit. Aila patienta longuement jusqu’à ce que son chagrin se calmât.
— Il ne pourra pas, dame Aila, ce que j’ai fait est inexcusable…
— Voyons, Astria, vous êtes si jeune. Que pouvez-vous avoir commis d’aussi grave ?
— J’attends un enfant…
Cette nouvelle assomma Aila. Non, Barnais n’aurait quand même pas… Comme si Astria avait lu dans le regard d’Aila, elle précisa :
— Barnais en est le père, mais il n’a causé aucun tort, c’est moi qui l’ai piégé…
Quand elle évoqua le fils d’Airin, une lueur particulière flotta dans les yeux de la toute jeune fille, une lueur qui fit frémir Aila, tandis qu’Astria poursuivait ses explications.
— Je me souviens de la première fois où j’ai vu Barnais, juste après mon arrivée… Il était si beau !
Les yeux d’Astria se mirent à briller. Elle replongeait dans ses souvenirs, si doux et merveilleux. D’une voix à peine audible, elle continua :
— Je suis devenue folle de lui… Je le suivais partout où il allait, je ne pensais qu’à lui. Mais il ne s’intéressait pas à moi et refusait toutes mes avances. « Tu es trop petite ! », me disait-il. Vous savez, ce n’est pas vrai qu’il court après tous les jupons. Toutes les femmes le veulent dans leur lit, donc il choisit… Et il ne me désirait pas ! Mon désespoir fut tel que j’en devins prête à tout ! Un soir, j’ai emprunté les vêtements d’une servante avec laquelle il passe une nuit de temps en temps et je suis allée dans sa chambre. Il s’était chamaillé avec Rebecca, alors, énervé, il avait bu plus que de raison et savait à peine où retrouver son lit. C’est moi qui l’y ai emmené, c’était si simple, trop simple même, de la remplacer dans la pénombre. J’avais tant rêvé de lui…
Astria s’arrêta un instant. Les yeux dans le vague, elle revivait le moment magique où Barnais l’avait enfin désirée.
— Je croyais pouvoir tout stopper après quelques baisers, mais je me suis trompée, tout s’est emballé. J’étais aussi ivre d’amour que lui de caresses et je l’ai laissé faire ce qu’il voulait. Le lendemain, il ne s’en souvenait même pas. Mon plus grand rêve était devenu réalité et, quelques semaines plus tard, mon pire cauchemar…
Son regard vacilla.
— Il faut le mettre devant ses responsabilités ! répliqua Aila.
— Non ! Ce n’est pas de sa faute ! S’il avait su que c’était moi, il ne l’aurait jamais fait ! Je le sais parce… parce qu’il a continué à ne pas vouloir de moi.
Une nouvelle lueur s’alluma dans les yeux d’Astria, mais cette fois, Aila eut peur. Elle se demanda ce qui était le plus douloureux pour cette jeune fille : de savoir que Barnais ne l’aimerait jamais ou qu’elle attendait un enfant…
— Surtout, mon père ne doit pas l’apprendre ! Jurez-le-moi ! S’il vous plaît, supplia Astria.
Aila prêta serment tout en argumentant :
— Mais il finira bien par le découvrir un jour, Astria. Vous ne pourrez cacher cette grossesse indéfiniment. De combien de mois êtes-vous enceinte ?
— Environ cinq, je crois…
— Et qui vous aide au château ? Qui est au courant ?
— Personne ne le sait, alors personne ne m’assiste…
Aila en eut le cœur gonflé. Cela faisait cinq mois que la jeune fille vivait son calvaire toute seule et nul ne s’en était rendu compte… Elle la serra un peu plus fort contre elle, désireuse de lui apporter tout le réconfort possible.
— Dame Aila, Barnais n’est pas mauvais. Il a toujours démontré tant de gentillesse à mon égard. J’aurais tellement voulu qu’il me désire pour moi-même.
Ses larmes redoublèrent. Entre deux sanglots, elle poursuivit :
— Là-bas, vers la forêt, il y a une falaise, la falaise des amoureux et, parfois, je m’imagine que j’y monte. Un pas maladroit et, après, tout est fini…
— Astria ! Non, pas cela ! Je comprends qu’aujourd’hui la situation peut vous apparaître insoluble, mais je trouverai une issue à tous vos soucis. Je ne vous abandonnerai pas, je vous le promets. Avez-vous confiance en moi, Astria ?
La jeune fille leva les yeux vers elle.
— Oui, dame Aila, je vous fais confiance, lui répondit-elle, avant de se pelotonner à nouveau dans ses bras comme un petit chat.
Elles restèrent un long moment toutes les deux avant de se décider à rentrer vers le château.
— Pas de bêtises, Astria, promis ?
— Promis, dame Aila. Je serai sage.

Aila devait se changer avant le repas, mais elle n’en avait pas le cœur. La situation d’Astria la peinait terriblement. Barnais, cet abruti, s’était laissé berner par une jouvencelle ! Cependant, elle devait être honnête, Astria avait bien mené son affaire. L’amour irraisonné qu’elle portait au fils d’Airin avait balayé toutes les barrières, l’amenant à commettre des folies. Les vrais responsables étaient tous les adultes de ce château qui n’avaient pas décelé son obsession, alors qu’une seule rencontre lui suffit pour détecter sa détresse. Les gens étaient-ils donc aveugles à ce point ou seulement indifférents ? Arrivée à sa chambre, Élina avait tout préparé et Aila renonça à lui dire de tout remballer. Alors, elle enfila sa robe et se fit coiffer, bien loin des effets que cela avait produits sur elle le premier jour. Préoccupée, elle ne se regarda même pas dans le miroir. Quand Hubert passa la prendre, elle remarqua qu’il ne bougonnait plus, c’était déjà ça…


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