Une Vie, voire Deux, tome 6 de la saga de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy lectrice

Note : 4.6 / 5 avec 244  critiques top

Le début de l'histoire

Résumé du tome 5 - La Porte des Temps

Plus de quinze ans se sont écoulés depuis les dernières batailles de Wallanie et la disparition de la magie. Depuis, à Antan, Aila et Pardon ont mené une vie tranquille avec leurs deux enfants, Naaly et Tristan, aujourd’hui adolescents. Pardon s’occupe avec Bonneau, son beau-père, et Hang, son ami, du manège de la ville. Bien loin d’Avotour, la prêtresse Ozyrile est prête à tout pour corriger les erreurs du passé. Dans ce but, elle a recréé une porte des temps dont une pièce lui manque encore : la clé qui l’activera. Alors qu’elle cherche qui pourrait lui apporter les connaissances nécessaires, son choix s’arrête sur celle qu’elle suspecte d’avoir été La Dame Blanche pendant les ultimes combats, mais qui ne ressemble plus du tout à un être de toute puissance. Entre une fille rebelle et un fils transparent, seul le mari trouve grâce à ses yeux. Mais, pour l’instant, elle se contente de la compagnie de Marin, son homme à tout faire, pour satisfaire tous ses désirs… Depuis plusieurs mois, Aila se sent ballottée entre ce troisième enfant qu’elle souhaite et qui se refuse à elle, les difficultés de son couple et sa relation compliquée avec Naaly. Le trouble devient si profond qu’elle s’en va d’Antan sans prévenir quiconque. En chemin, elle croise une vieille femme qui lui offre plusieurs présents, dont une pierre noire que cette dernière attache autour de son cou. Dès le lendemain, Aila a tout oublié de son pendentif à présent invisible sur sa peau, ainsi que des paroles effrayantes de son interlocutrice sur son avenir. Pensant que sa mère ne les a pas quittés de son propre chef, Tristan s’enfuit. Pardon part à sa poursuite, accompagné de Naaly et de Hang. Arrivé à Avotour, Pardon décide de laisser les adolescents sous la garde de Bonneau et reprend la route avec Hang sur les traces de son épouse. Malheureusement, Tristan échappe à la surveillance de son grand-père, bientôt suivi par Sekkaï, puis Merielle, les enfants de Sérain et Lomaï d’Avotour, et Naaly. Attaquée par des brigands, Aila se sépare de Lumière, sa jument, et, après une chute et un choc à la tête, perd la mémoire. Clara et Pierre la recueillent et elle retrouve des réflexes anciens comme celui de se battre avec son kenda.

◎ ◎ ◎

Trompés par des traces qui s’entremêlent, Pardon et Hang privilégient la piste de Lumière. Pénétrant dans le repaire d’un bandit qui écume Avotour, le Loup, les deux hommes parviennent à libérer le cheval tout en dévastant le lieu ; le Loup meurt de la main du Hagan. Pendant ce temps, Tristan et son groupe ne commettent pas la même erreur que Pardon et se dirigent vers l’ouest. Découvrant la disparition des enfants, dont ses jumeaux, Lomaï, assistée de Bonneau et d’Aubin, le frère d’Aila, part à leur recherche. En chemin, Manier, un noble qui fréquente occasionnellement la forteresse, leur propose de se joindre à eux. La reine, rappelée à Avotour, confie à Bonneau et Aubin le soin de poursuivre cette mission. En compagnie de Manier, elle revient juste à temps pour accompagner son mari dans ses ultimes heures.

◎ ◎ ◎

Après quelques jours passés chez Clara et Pierre, Aila se sent mieux et songe à reprendre la route. Pour la remercier de tout ce qu’elle leur a apporté, Clara et Pierre lui offrent le cheval de leur fils décédé, Souffle. Attirée par le pays Hagan, elle met le cap vers l’ouest. En raison de la mésentente entre Naaly et les garçons, le groupe éclate. Pendant qu’une partie continue sa quête, la jeune fille retourne sur ses pas jusqu’au moment où Hang la repère. Contrainte et forcée, elle rejoint son père, tandis qu’à eux trois s’ajoutent presque simultanément Aubin et Bonneau. Toujours sur les traces d’Aila, ensemble, ils rencontrent Clara et Pierre qui leur apprennent qu’ils ont croisé les adolescents et leur indiquent la direction empruntée par Aila, privée de sa mémoire. Ils leur confient Lumière. Pendant ce temps, à la forteresse d’Avotour, après l’inhumation de son mari et sous l’impulsion d’Adrien, Lomaï décide d’effectuer la recherche de ses enfants elle-même ; Manier lui propose de l’accompagner.

◎ ◎ ◎

Dénuée de souvenirs, Aila se sent revivre en pays Hagan, ressentant un souffle intérieur comme le réveil d’une seconde personnalité. Au fur et à mesure de leur progression, sous les regards étonnés des jumeaux, l’attitude de Tristan se modifie ainsi que son aspect physique : derrière son habituelle allure transparente jusque-là se révèle une insoupçonnable maturité. Bientôt arrivent les retrouvailles avec Pardon qui le talonne. Malheureusement, le père et le fils s’affrontent aussitôt quand le premier veut rentrer en Avotour et que le deuxième s’y oppose. La situation se complique nettement au moment où Sekkaï et Merielle prennent le parti du garçon et encore plus quand Pardon, soucieux de comprendre Tristan, apprend que la magie n’a jamais disparu… Si, pour son père, le choc est rude, particulièrement en songeant à sa femme qui désirait protéger ses enfants de son emprise, pour Naaly, il relève du traumatisme. Alors qu’elle déteste ouvertement son frère, elle refuse que cet avorton et ses pouvoirs éclipsent son émérite talent de combattante. Le lendemain, elle déserte le groupe et repart vers Avotour, tandis que, la mort dans l’âme, Pardon se résout à poursuivre sa route sans elle. Bientôt, Naaly change d’avis et choisit de les suivre sans se faire repérer.

◎ ◎ ◎

Aila continue son périple en pays Hagan, cherchant dans la dépense physique un exutoire à sa mémoire défaillante, malgré la remontée aléatoire de bribes de souvenirs. Quand elle voit une contrée montagneuse inconnue perdue dans les brumes sur l’horizon, elle décide de s’y rendre. En chemin vers la Wallanie, chaque jour un peu plus elle fuit la compagnie des hommes. De son sac tombent les clochettes de Topéca ; sans identifier leur origine, elle les range dans sa poche. Alors que les ultimes participants à la quête viennent d’arriver en les personnes de Lomaï et Manier, Hang, désireux ne pas manquer la naissance de son premier enfant, profite de son retour vers Avotour pour faire la leçon à Naaly ; cette dernière rallie leur destination quand celui-ci entame sa descente en Brucie pour rejoindre le Guerek. Au cours d’une pause, Pardon annonce à sa fille son rôle de clé dans la guerre en Wallanie.

◎ ◎ ◎

Si le regard de la sœur change peu à peu sur son frère, en revanche, Naaly continue de détester ouvertement le prince. Lorsque la troupe se retrouve au cœur d’un conflit qui oppose Entik et Kerdal, il se jette dans une rivière pour se soustraire à la charge d’une armée sur leur piste. Emportés par le flot, Naaly et Sekkaï sont séparés du reste du groupe. Contre toute attente, cette situation périlleuse révèle les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Après avoir sauvé Naaly grièvement blessée dans un éboulement, Tristan, pour se ressourcer, tombe jusqu’à la source de la magie et y perçoit la présence d’une ennemie, une femme grimée à laquelle cette entité bienveillante lui permet d’échapper. Il met en garde son père contre elle et lui recommande de ne pas utiliser ses pouvoirs tant qu’ils ne l’ont pas identifiée. Arrivée au Guerek, Aila rencontre le roi spectral, un homme dont les os ont été brisés bien des années auparavant. Au cours de la soirée passée avec lui, la mémoire lui revient et elle décide de retourner en Avotour retrouver les siens. Le lendemain, alors qu’elle est sur le point de partir, la sœur du souverain la rejoint et lui demande d’apporter une bourse à une herboriste de sa connaissance. La combattante accepte. Parvenue au domicile de cette dernière, elle est piégée par cette femme qui veut obtenir d’elle les renseignements qui lui manquent et explore son esprit à leur recherche. Comprenant les intentions d’Ozyrile, Aila protège à toute vitesse le savoir auquel celle-ci ne doit pas accéder. Par vengeance, la prêtresse efface la totalité des autres souvenirs de sa prisonnière. Réduite à néant, uniquement portée par l’envie instinctive de fuir, Aila arrive à s’échapper. Tristan l’aperçoit au loin et, avec Pardon et Naaly, tente de la rattraper. Elle se faufile dans un conduit et, à peine dans la grotte, la paroi devant elle s’éclaire. Réagissant comme un animal effrayé par les bruits qu’elle entend, elle passe au travers des ondes circulaires.

◎ ◎ ◎

La suivant, Tristan et Pardon s’engagent dans le couloir, tandis que Naaly, juste derrière, ramasse des clochettes tombées dans l’herbe. Quand elle pénètre dans la grotte, la porte se rallume et, ensemble, le père et ses deux enfants la franchissent.


Début du tome 6 - Une Vie, voire Deux

Quand La Porte des Temps s'illumine sous les yeux de son gardien, ce dernier doit admettre qu'elle a apporté en Guerek un invité très particulier, enfin, une invitée pour être précis. Face au dédain profond de son neveu, Kerryen, à la tête du royaume, Inou, intendante de la forteresse d'Orkys, prend la situation en mains et décide de s'occuper de cet être presque réduit à un état animal. Au passage, elle embauche Amaury, un soldat de la garnison, ravi de cette aubaine qui lui offre une notoriété imprévue.

◎ ◎ ◎

Alors que Kerryen s'interroge sur les agissements d'un empereur noir dont l'armée se rapproche de son pays, Inou, comme à son habitude, dispose de toutes les réponses : il doit réunir au plus vite les souverains des royaumes frontaliers pour organiser une défense commune. De plus, il devrait songer à se marier. S'il reconnaît la validité de la première proposition de sa tante, il refuse d'envisager la seconde ; un seul mariage a largement suffi à le dégoûter définitivement des femmes.

◎ ◎ ◎

Malgré tous les soins apportés par Inou et Amaury, la femme arrivée par la porte demeure un corps déserté par tout esprit perceptible, même si, peu à peu, les hématomes de sa peau s'effacent et ses blessures se referment.

◎ ◎ ◎

Kerryen entreprend de convier chacun de ses voisins à une grande réunion dans la forteresse d'Orkys. S'il lui paraît simple de convaincre les rois du Pergun et de la Brucie, il se retrouve à ruser pour obtenir l'adhésion du souverain du Kerdal et, en particulier, Eddar le Grand, à la tête de l'Entik. Ce dernier convoitant la porte, il songe que cette femme pourrait représenter un subterfuge suffisant pour l'attirer jusqu'à Orkys.

◎ ◎ ◎

Quand Amaury égare son poignard, accompagné de la femme, il retourne à l'écurie et, à peine le temps de le récupérer, découvre qu'elle a disparu. Totalement affolé, il finit par la retrouver en tête-à-tête avec l'impossible étalon de Kerryen, d'un calme remarquable en sa présence.

◎ ◎ ◎

Inou, pour la première fois de sa vie, ressent la charge de la gestion de la forteresse sur ses épaules et s'aperçoit qu'elle aspire à changer de vie. Peut-être pourrait-elle rendre visite à ses amis d'enfance... Mukin, herboriste, disposerait éventuellement de baumes susceptibles d'atténuer les cicatrices sur la peau de sa protégée. Confiant peu à peu l'intendance d'Orkys à son assistante, elle prépare son départ.

❈ ❈ ❈ ❈ ❈

Parcourez les coups de cœur de mes premiers lecteurs

Anmarie, De plus en plus fort

Je pensais que je ne pourrais plus être étonnée par le personnage d'Aila… depuis le temps que je la suis…
Je peux dire, aujourd'hui, qu'Ellah m'a littéralement transportée.
Où Catherine Boullery va-t-elle chercher toutes ces aventures, ces descriptions ? avec un souci du détail tellement poussé ?
Encore MERCI Catherine - Vivement la suite !!!
Anmarie

Sur UPblisher
Client Amazon, Une Vie, voire Deux…

Un tome quelque peu surprenant, puisque l'on ne peut s’empêcher de chercher les parallèles et les liens qui unissent les différentes parties de l'univers créé par Catherine Boullery et un acte final qui nous laisse dans l'attente… Vivement la suite, l'attente sera longue !

Sur Amazon

L'auteure Catherine Boullery meilleur Blog de fantasy heroic Univers de fantasy littérature Aila, l'héroïne lectrice Interviews heroic Communauté d'Aila meilleur Salons du livre top Coups de cœur des lecteurs Catherine Boullery Avis des lecteurs lectrice Je déclare ma flamme auteure Pourquoi écrire saga Auteurs de fantasy roman Liens de fantasy littérature Ramdam livre Photos d'ambiance lectrice Photos de papillons auteure Piratage préféré Campagne de financement lectrice Remerciements recommandation Supportez la romancière… heroic Téléchargez, achetez… top Tout sur l'auteure de fantasy recommandation


Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Blaise, installé à l’avant, attendait les ordres, tandis qu’Hubert inspectait le carrosse une dernière fois. Il eut à peine le temps de s’impatienter qu’Aila sortît, accompagnée d’Éléonore. Elle avait passé sur elle une grande cape à capuche large qui la faisait paraître toute frêle, presque fragile. Hubert ne s’attarda pas sur cette impression.
— Dépêchez-vous, Aila, nous risquons d’arriver très tard.
Il perçut un regard lourd de reproches de la part d’Éléonore. Sans y accorder d’importance, il alla la saluer et la remercier pour leur accueil ainsi qu’Henri, tandis qu’Aila et Élina s’installaient dans le carrosse. Éléonore s’abstint de tout commentaire, mais il était clair qu’elle n’en pensait pas moins.
Le carrosse s’ébranla et le temps se mit à fuir. Aila détesta immédiatement ce moyen de transport et se retint de demander si elle ne pouvait pas s’y rendre avec Lumière. Les routes cahoteuses finirent par l’incommoder. Éléonore l’avait prévenue avant le départ qu’elle risquait d’être secouée, mais pas qu’elle aurait le cœur barbouillé. Pour une fois, elle apprécia le silence d’Hubert, elle aurait été bien en peine de tenir une conversation. De toute façon, la présence d’Élina les aurait empêchés de parler librement. Petit à petit, elle s’habitua au rythme saccadé de leur voyage et repensa à sa discussion avec Éléonore, venue la trouver juste avant leur séparation.
— Je vous dérange ? avait-elle demandé quand Aila l’avait invitée à entrer.
Éléonore n’était pas le genre de personne à emprunter des chemins de traverse ; elle enchaîna immédiatement :
— Aila, je suis inquiète de la nature de votre mission et des conséquences possibles sur vous. Vous êtes une jeune femme très passionnée et donc très vulnérable. Non, s’il vous plaît, ne protestez pas, je sais ce que je dis. J’ai été comme vous et malheureusement, j’en ai beaucoup souffert. Je ne vous souhaite pas de vivre une vie telle que la mienne, même si aujourd’hui elle paraît idéale. Mais je m’égare. Barnais est un homme dangereux, un séducteur patenté et j’ai vu tant de femmes céder à ses avances et y perdre leur vie, tels des papillons qui vont brûler leurs ailes dans la lueur des flammes. Papillon comme les autres, vous avez beau les observer s’y laisser prendre, vous courez à votre perte sans vous en apercevoir… Je le sais parce que j’ai été à deux doigts de m’y griller. En très fin connaisseur du caractère humain, il repérera toutes vos failles et vous donnera l’impression que lui seul peut soigner vos blessures, colmater les brèches de votre âme et vous apporter enfin l’existence heureuse qui vous a toujours fuie…
Le regard d’Éléonore se perdit dans le vague, elle posa sa main sur sa bouche un instant avant de continuer :
— Quel âge avez-vous : seize ans, dix-sept, dix-huit ? Vous dégagez une force remarquable pour une femme aussi jeune. Si j’avais eu la même, peut-être ma vie aurait-elle suivi un autre cours… Mais à seize ans, un bel homme, grand parleur et si talentueux, vous fait vite tourner la tête. Ne vous laissez pas abuser, il flatte jusqu’à la tromperie. Il vous tiendra les promesses de toute une existence, de celles que vous avez secrètement espérées depuis que vous êtes née et que jamais personne n’avait formulées avant lui. Barnais vous les déclamera passionnément et vous le croirez, mais il ment ! Aila, je vous en conjure, prenez garde à lui. Qu’il ne ravisse pas votre esprit d’une façon ou d’une autre…
— J’ai entendu tous vos conseils, dame Éléonore et je resterai prudente.
Éléonore parut rassurée.
— Un dernier mot avant votre départ. Si vous le pouvez, montrez un semblant d’indulgence à l’égard d’Hubert. Il sait être plein de sagesse ; le souvenir de ses paroles m’a évité la plus grosse bêtise de ma vie avec Barnais, justement. Il l’ignore et je vous prie de ne pas lui en parler. Sa brusquerie, au premier abord, vaut largement la peine qu’on lui donne une deuxième chance. Si vous…, excusez-moi, j’ai entendu une partie de votre conversation, si vous n’avez pas reçu l’amour de votre père, lui n’a eu aucune enfance et a secondé son père depuis qu’il a été en âge de le faire, c’est-à-dire très tôt. Personne ne lui a fait de cadeaux et surtout pas la vie même si, comme vous le dites, il est né avec une cuillère en or dans la bouche. Il s’est comporté comme un goujat avec vous et, malheureusement, je le crains capable de continuer. Cependant, il est aussi susceptible de changer et de corriger ses erreurs. Barnais, non ! Il n’a jamais exhibé plus de cervelle qu’un moineau… Allons-y à présent, Hubert nous attend près du carrosse et risque de s’impatienter.
Éléonore sourit à la jeune femme et elles descendirent ensemble.
— Merci, dame Éléonore, je me souviendrai de vos conseils lors de mon séjour en Escarfe.
— Malgré votre sens aigu de la repartie, ne me rappelez surtout pas au bon souvenir de Barnais ! Il n’appréciera probablement pas !

Un cahot ramena les pensées d’Aila dans le carrosse. Le temps semblait figé et elle ne savait pas comment l’accélérer. Dire qu’à cheval elle ne s’ennuyait jamais… Enfin, Hubert avait promis que leurs chevaux seraient convoyés au château d’Escarfe, menés par un serviteur, dès le lendemain matin. Malgré les réticences d’Hubert, elle avait quand même réussi à emporter son kenda. Dehors, la lumière s’évanouissait doucement, remplacée par les ombres de la nuit.
— Nous allons arriver. Êtes-vous prête, Aila ?
Comme si elle avait le choix…
— Tout à fait, sire Hubert.
— Non, plus de sire Hubert. Vous êtes ma promise et, dorénavant, vous m’appellerez Hubert.
— Bien, Hubert.
Tandis que le carrosse pénétra dans la cour du château, le regard d’Aila s’accrocha à sa décoration : des centaines de torches pendaient, fixées aux murs, balcons et fenêtres, illuminant toutes les façades, c’était féerique. Hubert descendit le premier et tendit sa main pour aider Aila. Celle-ci, un peu surprise, mit un instant avant de placer la sienne dessus et de poser un pied dans la cour. Airin, un homme à l’allure bedonnante et joviale trottinait vers eux pour les accueillir.
— Prince Hubert, votre visite chez moi est un honneur incomparable, dit-il en s’inclinant.
— Votre accueil, sire Airin, est un des plus beaux qu’il m’ait été donné de voir. Cela me touche profondément. C’est un grand plaisir pour moi de rencontrer celui dont mon père me parle si souvent en bien.
Hubert se courba à son tour et, se tournant vers Aila, ajouta :
— Permettez-moi de vous présenter ma promise, Aila Hauban.
Elle tendit sa main à Airin qui la baisa.
— D’où venez-vous, charmante damoiselle Aila ?
Elle saisit une lueur de panique dans le regard d’Hubert, il avait aussi oublié de la préparer à cette question… Elle contint le soupir qui montait en elle.
— Sire Airin, accordez-moi de me rafraîchir et après, je vous le promets, je vous raconterai ma vie autant que vous le voudrez. Pour l’instant, j’aspire juste à me reposer de cet éreintant voyage.
— Vos désirs sont des ordres, gente damoiselle.
Sire Airin frappa dans ses mains et plusieurs serviteurs se présentèrent pour accompagner les arrivants dans leur chambre.
— Je vous ai réservé notre suite royale, naturellement, avec deux pièces contiguës séparées par une porte et un verrou.
Comme le voulait la coutume, les relations sexuelles avec son futur mari étaient permises à la promise uniquement si elle en manifestait l’accord explicite. La fermeture se situait donc dans sa chambre. Mais être promise ne signifie pas être mariée et bon nombre de rois avaient sauté sur l’aubaine pour abuser de leur promise avant d’en choisir une autre ! Devenues plus prudentes, les promises fermaient désormais leurs verrous beaucoup plus fréquemment et si le roi désirait une nuit à deux, il attendait le mariage.
— Un serviteur viendra vous prévenir du début du repas, précisa sire Airin.
Hubert et Aila pénétrèrent dans un magnifique hall d’entrée, gigantesque, avec deux imposants escaliers aux limons courbes, descendant de chaque côté d’une galerie. Elle resta statufiée, mais un petit geste d’Hubert la ramena à la réalité. Ils montèrent les marches de gauche et finirent tout au fond du couloir, dans les deux pièces immenses ! Elle n’en revenait pas. Au château d’Antan, les chambres étaient minuscules, même celles des châtelains. Sûrement qu’ici personne ne vendait ses possessions pour soulager la misère du peuple… Leurs affaires déposées, les serviteurs sortirent et elle se précipita pour verrouiller la porte de sa chambre et déverrouiller celle qui donnait chez Hubert, frappa et entra :
— Alors, qu’avez-vous encore oublié de me dire ? lança-t-elle, mécontente.
— Rien, je ne pensais pas que sire Airin poserait la question aussi vite et j’attendais d’arriver pour vous mettre au courant.
Devant la moue fâchée d’Aila, Hubert ajouta :
— Je vous assure que je n’ai rien cherché à vous cacher. Vous êtes Aila Hauban, fille d’un petit seigneur du royaume d’Épicral. Je sais que vous ignorez cette langue, mais j’ai trouvé un moyen simple…
— Si, coupa-t-elle.
Déconcerté, il la fixa.
— Je parle la langue d’Épicral presque couramment et je suis capable de tenir une discussion, poursuivit-elle.
Il tombait des nues.
— Vous la connaissez, mais comment le pouvez-vous ?
— La réponse est Hamelin. Féru de toutes les langues anciennes et modernes, il m’a appris celles de tous les pays limitrophes au nôtre. Tant que je restais muette, il s’est contenté de me faire lire des livres de sa bibliothèque et quand j’ai reparlé, il m’a entraînée à l’oral.
Essayant d’assimiler ces informations stupéfiantes, il se tut.
— Vous parlez aussi le hagan, mais c’est un langage impossible…
— Difficile, certes, mais pas impossible…
— Bon, revenons à l’histoire que j’avais mise au point. Plusieurs seigneurs épicréens portent Hauban comme patronyme. Vous demeurerez imprécise sur votre région d’enfance, car votre père vous a envoyée toute petite dans une maison d’éducation à Antan.
— Pauvre fille, commenta-t-elle. Dans ces endroits d’une tristesse à en mourir, on les forme, ou plutôt on les dresse à devenir de bons moutons bien dociles…
— C’est vrai, mais c’est tout ce que j’ai trouvé de plausible pour expliquer la quasi-absence de souvenirs de vos premières années. De plus, comme vous connaissez Antan, vous pourrez aisément les convaincre de la véracité de vos propos.
— Comment nous sommes-nous rencontrés ?
— Lors d’une de mes visites dans cette maison d’éducation.
— Et pourquoi m’avez-vous choisie ?
— Parce qu’une alliance avec un seigneur du royaume d’Épicral me donnerait un pied dans la place pour surveiller à loisir ce qui se passerait là-bas.
— Votre histoire tient la route. Pour le reste, moins on en dit, moins on risque de se tromper !
— Aila, soyez prudente, je vous en prie. Comme je vous l’ai expliqué, de graves menaces existent à l’intérieur de ces murs.
Pour la première fois, de l’intérêt pointait dans la voix d’Hubert et elle en fut touchée.
— Vous aussi, sire Hubert. Je ne constitue pas la seule cible potentielle… Je reste votre garde du corps et je veillerai sur vous.
Elle lut la surprise dans son regard. Peut-être avaient-ils enfin réussi à dépasser la difficulté de leurs premiers contacts. Elle rentra dans sa chambre qu’elle verrouilla et entreprit de suivre les conseils de la camériste de dame Éléonore. Par les fées, et Élina ? Elle l’avait oubliée ! Affichant une forme de désinvolture, elle ouvrit la porte du couloir et la découvrit, qui attendait, bien droite devant le mur.
— Entrez, Élina, je me suis assez reposée.
Puis, la porte refermée, elle s’excusa de l’avoir négligée. Élina opina avec un sourire, alla déballer la malle et prépara la toilette pour le soir : une magnifique robe en velours rouge sombre, à l’encolure carrée, avec des manches larges, en voile, resserrées par de délicats liens qui leur donnaient une allure bouffante, sauf au niveau des mains où elles s’évasaient. Une ceinture en métal doré, placée sur ses hanches, ajouta une note lumineuse à l’ensemble. Aila habillée, Élina s’occupa de sa coiffure. Elle détacha les cheveux qui, libérés, retombèrent en mouvements souples et gracieux. Elle y piqua de fins fils noirs invisibles au bout desquels de toutes petites fleurs ponctuaient d’éclats grenat la chevelure brune d’Aila dans un effet saisissant. La suivante compléta la tenue avec un ruban de satin noir, agrémenté d’une petite fleur rouge, qu’elle noua autour du cou. Muette, Aila découvrait la promise qu’elle était en train de devenir. Ainsi, le miroir lui renvoyait le reflet d’une ravissante jeune fille, presque une femme dont la présence en elle ne l’avait jamais effleurée et qui la laissait interdite. Son apparence ferait sensation et créerait probablement des jalousies ; cela suffirait-il à délier les langues ? Un coup frappé à la porte la ramena à la réalité. Élina ouvrit et Hubert entra :
— Je venais vous chercher pour aller souper.
Il s’approcha et marqua un moment d’arrêt, s’abstenant de tout commentaire. Il prit sa main en s’inclinant et la baisa.
— Personne ne restera indifférent à votre beauté ce soir, ma dame, lui concéda-t-il avec beaucoup de gentillesse.
Il lui offrit son bras qu’elle saisit et tous deux descendirent vers la salle à manger.

Leur entrée dans la grande salle assourdit les bavardages des convives, tandis que les yeux se tournaient vers le couple princier. Une vingtaine de personnes était attablée aux côtés d’Airin. Aila promena son regard sur chacune d’entre elles, essayant de mémoriser visages et expressions dans le but d’y découvrir un indice. Étonnée, elle nota la répartition déséquilibrée des femmes et des hommes autour de la table. Un groupe de six individus, placé sur la gauche, en bout de table, paraissait les fixer avec animosité. À côté d’une chaise laissée vacante à la droite d’Airin discutait une douzaine de dames. Le châtelain rappliqua promptement à leur rencontre et les installa à sa gauche. Il conversa avec eux comme il put, cherchant à combler le temps.
— Vous attendez quelqu’un, sire Airin ? hasarda Hubert.
Airin s’emballa :
— Juste mon bon à rien de fils ! Toujours en retard, alors que je lui avais expressément de venir à l’heure ! Il n’en fait qu’à sa tête ! Je voulais un fils et je n’ai qu’un joli cœur, inapte à tout. Si sa pauvre mère le voyait, elle en pleurerait de toute son âme. Elle, si volontaire, si courageuse… Enfin, heureusement, elle n’est plus là pour s’en désespérer. Et qu’il aille au diable !
Il se préparait à frapper dans ses mains quand un « Bonsoir, père » retentit dans l’obscurité de la pièce. La voix continua :
— Jolie tirade pour me présenter à vos invités. Je suis certain, cher père, qu’ils ont apprécié d’être mêlés à nos petites affaires familiales…
Airin grommela. De l’ombre, le fils caché passa à la lumière et subjugua aussitôt Aila. Ce n’était pas un homme, c’était un ange blond dont les yeux dorés semblaient lancer des éclairs. Sûrement un descendant des fées… Il adoptait une démarche légère et gracieuse, tandis qu’il s’approchait de la table de son père et d’Hubert en particulier.
Barnais s’inclina avec désinvolture :
— Bonsoir, sire Hubert, père n’a cessé de vanter votre venue dans tout le comté, tellement son bonheur de vous recevoir était grand.
— J’en remercie profondément votre père, répondit le prince, réservé.
Se tournant vers Aila, le fils du châtelain la salua, un fin sourire aux lèvres. Dans un état second, elle hocha à peine la tête.
— Je constate avec un plaisir infini que vous avez choisi une perle rare, sire Hubert. Je ne vous connaissais pas un tel goût en femmes…
— Comment pourrait-il en être autrement, puisque nous ne nous connaissons pas ? rétorqua froidement le prince.
Un instant, les deux hommes s’affrontèrent, puis Barnais tourna brièvement son regard envoûtant vers Aila :
— Nous entretenons un jardin extraordinaire, reprit-il, en s’adressant à Hubert. J’espère que vous me permettrez de montrer à votre promise la lune qui joue sur notre fontaine, c’est un moment inoubliable dans la vie d’une femme…
Le charme se rompit. Aila émergea d’un rêve éveillé. Quoi ! Cette espèce de coureur la marchandait déjà auprès d’Hubert comme un vulgaire bibelot de foire ! Ah ! ça, non !
— Je ne vois aucun inconvénient à cette sortie dans vos jardins si dame Aila acquiesce, répondit le prince
— Moi si ! coupa Aila.
Et là, le ciel tomba sur la tête de Barnais qui en ouvrit la bouche sans articuler une parole.
— Je crois, messire Barnais, que vous oubliez que je ne suis pas une potiche que vous pouvez déplacer à votre guise. Peut-être, si vous m’aviez directement posé la question, aurais-je accédé à votre demande et accepté cette promenade en votre compagnie, mais comme vous n’avez pas sollicité mon accord, je choisis de le donner ou non !
Barnais avait retrouvé sa contenance, mais, pour le moins, il semblait atterré, guère habitué à se voir refuser, et de surcroît publiquement, une de ses offres, surtout par une femme… Aila entendit des « Oh ! » et des « Ah ! » sur sa droite. Voilà donc pourquoi toutes les demoiselles s’étaient concentrées de ce côté, elles voulaient se tenir le plus près possible du séducteur.
— Me voici impardonnable, dame Aila, en raison de mon attitude. Je vous exprime tous mes regrets les plus sincères et m’incline comme il se doit pour me faire pardonner. Peut-être dans votre grande générosité me donnerez-vous une nouvelle chance pour reformuler ma demande dans des termes qui vous conviendront enfin. Je souffre d’avoir pu vous blesser et ne désire que réparer l’offense que je vous ai faite, à mon corps défendant.
— Nous en reparlerons donc une autre fois, conclut Aila, froidement.

Toute la soirée, elle sentit les yeux de Barnais qui la cherchaient et toute la soirée, elle les ignora. Placé à côté de son père, auprès de toutes ses admiratrices, il ne parvenait pas à rétablir le contact avec la promise d’Hubert, située quatre places plus loin et dont le regard ne se tournait jamais vers lui. Hubert se chargea d’animer le retour dans la chambre. Il explosa :
— Mais pourquoi diable lui avez-vous refusé cette promenade ?
— Ah ça ! Vous aussi, vous me prenez pour une potiche ? Jusqu’où allez-vous me vendre ? Est-ce que je dois coucher avec lui pour satisfaire vos envies ?
— Non, naturellement non…, marmonna-t-il, gêné.
— Alors, par les fées, faites-moi enfin confiance ! On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre !
— Mais vous étiez comme les autres, conquise ! rétorqua-t-il en fronçant les sourcils. J’ai presque eu peur pour vous.
Elle posa sa main sur son bras.
— C’est vrai, je le reconnais, le charme qui émane de lui m’a troublée, voire envoûtée. Je comprends à présent l’effet de séduction qu’il produit sur la gent féminine, mais je vous fais remarquer que, malgré cela, j’ai su lui tenir tête. Alors, faites-moi confiance. Bonne nuit.
Hubert acquiesça — avait-il réellement le choix ?
— Bonsoir, Aila.
Le prince rejoignit sa chambre. Elle ne prit pas la peine de verrouiller la communication entre les pièces. Elle alla vers son kenda, dressé sur le côté de la malle et le toucha. La palpitation qu’elle ressentit à son contact lui fit du bien. Elle pensa brièvement à Lumière qui arriverait demain. Déshabillée par Élina, puisqu’elle n’y parvenait pas seule, elle se coucha avec le beau visage de Barnais qui flottait dans sa mémoire. Elle revit ses yeux dorés, comme ceux d’un chat, qui se superposèrent rapidement à l’image d’une petite fée, encore plus dorée, qui lui parlait, non, qui l’appelait. Tout s’effaça, elle dormait.


Envie de voir toutes les œuvres de Catherine Boullery, auteure de fantasy ? Retour sur le site de fantasy
'