Une Vie, voire Deux, tome 6 de la saga de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy recommandation

Note : 4.6 / 5 avec 225  critiques recommandation

Le début de l'histoire

Résumé du tome 5 - La Porte des Temps

Plus de quinze ans se sont écoulés depuis les dernières batailles de Wallanie et la disparition de la magie. Depuis, à Antan, Aila et Pardon ont mené une vie tranquille avec leurs deux enfants, Naaly et Tristan, aujourd’hui adolescents. Pardon s’occupe avec Bonneau, son beau-père, et Hang, son ami, du manège de la ville. Bien loin d’Avotour, la prêtresse Ozyrile est prête à tout pour corriger les erreurs du passé. Dans ce but, elle a recréé une porte des temps dont une pièce lui manque encore : la clé qui l’activera. Alors qu’elle cherche qui pourrait lui apporter les connaissances nécessaires, son choix s’arrête sur celle qu’elle suspecte d’avoir été La Dame Blanche pendant les ultimes combats, mais qui ne ressemble plus du tout à un être de toute puissance. Entre une fille rebelle et un fils transparent, seul le mari trouve grâce à ses yeux. Mais, pour l’instant, elle se contente de la compagnie de Marin, son homme à tout faire, pour satisfaire tous ses désirs… Depuis plusieurs mois, Aila se sent ballottée entre ce troisième enfant qu’elle souhaite et qui se refuse à elle, les difficultés de son couple et sa relation compliquée avec Naaly. Le trouble devient si profond qu’elle s’en va d’Antan sans prévenir quiconque. En chemin, elle croise une vieille femme qui lui offre plusieurs présents, dont une pierre noire que cette dernière attache autour de son cou. Dès le lendemain, Aila a tout oublié de son pendentif à présent invisible sur sa peau, ainsi que des paroles effrayantes de son interlocutrice sur son avenir. Pensant que sa mère ne les a pas quittés de son propre chef, Tristan s’enfuit. Pardon part à sa poursuite, accompagné de Naaly et de Hang. Arrivé à Avotour, Pardon décide de laisser les adolescents sous la garde de Bonneau et reprend la route avec Hang sur les traces de son épouse. Malheureusement, Tristan échappe à la surveillance de son grand-père, bientôt suivi par Sekkaï, puis Merielle, les enfants de Sérain et Lomaï d’Avotour, et Naaly. Attaquée par des brigands, Aila se sépare de Lumière, sa jument, et, après une chute et un choc à la tête, perd la mémoire. Clara et Pierre la recueillent et elle retrouve des réflexes anciens comme celui de se battre avec son kenda.

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Trompés par des traces qui s’entremêlent, Pardon et Hang privilégient la piste de Lumière. Pénétrant dans le repaire d’un bandit qui écume Avotour, le Loup, les deux hommes parviennent à libérer le cheval tout en dévastant le lieu ; le Loup meurt de la main du Hagan. Pendant ce temps, Tristan et son groupe ne commettent pas la même erreur que Pardon et se dirigent vers l’ouest. Découvrant la disparition des enfants, dont ses jumeaux, Lomaï, assistée de Bonneau et d’Aubin, le frère d’Aila, part à leur recherche. En chemin, Manier, un noble qui fréquente occasionnellement la forteresse, leur propose de se joindre à eux. La reine, rappelée à Avotour, confie à Bonneau et Aubin le soin de poursuivre cette mission. En compagnie de Manier, elle revient juste à temps pour accompagner son mari dans ses ultimes heures.

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Après quelques jours passés chez Clara et Pierre, Aila se sent mieux et songe à reprendre la route. Pour la remercier de tout ce qu’elle leur a apporté, Clara et Pierre lui offrent le cheval de leur fils décédé, Souffle. Attirée par le pays Hagan, elle met le cap vers l’ouest. En raison de la mésentente entre Naaly et les garçons, le groupe éclate. Pendant qu’une partie continue sa quête, la jeune fille retourne sur ses pas jusqu’au moment où Hang la repère. Contrainte et forcée, elle rejoint son père, tandis qu’à eux trois s’ajoutent presque simultanément Aubin et Bonneau. Toujours sur les traces d’Aila, ensemble, ils rencontrent Clara et Pierre qui leur apprennent qu’ils ont croisé les adolescents et leur indiquent la direction empruntée par Aila, privée de sa mémoire. Ils leur confient Lumière. Pendant ce temps, à la forteresse d’Avotour, après l’inhumation de son mari et sous l’impulsion d’Adrien, Lomaï décide d’effectuer la recherche de ses enfants elle-même ; Manier lui propose de l’accompagner.

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Dénuée de souvenirs, Aila se sent revivre en pays Hagan, ressentant un souffle intérieur comme le réveil d’une seconde personnalité. Au fur et à mesure de leur progression, sous les regards étonnés des jumeaux, l’attitude de Tristan se modifie ainsi que son aspect physique : derrière son habituelle allure transparente jusque-là se révèle une insoupçonnable maturité. Bientôt arrivent les retrouvailles avec Pardon qui le talonne. Malheureusement, le père et le fils s’affrontent aussitôt quand le premier veut rentrer en Avotour et que le deuxième s’y oppose. La situation se complique nettement au moment où Sekkaï et Merielle prennent le parti du garçon et encore plus quand Pardon, soucieux de comprendre Tristan, apprend que la magie n’a jamais disparu… Si, pour son père, le choc est rude, particulièrement en songeant à sa femme qui désirait protéger ses enfants de son emprise, pour Naaly, il relève du traumatisme. Alors qu’elle déteste ouvertement son frère, elle refuse que cet avorton et ses pouvoirs éclipsent son émérite talent de combattante. Le lendemain, elle déserte le groupe et repart vers Avotour, tandis que, la mort dans l’âme, Pardon se résout à poursuivre sa route sans elle. Bientôt, Naaly change d’avis et choisit de les suivre sans se faire repérer.

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Aila continue son périple en pays Hagan, cherchant dans la dépense physique un exutoire à sa mémoire défaillante, malgré la remontée aléatoire de bribes de souvenirs. Quand elle voit une contrée montagneuse inconnue perdue dans les brumes sur l’horizon, elle décide de s’y rendre. En chemin vers la Wallanie, chaque jour un peu plus elle fuit la compagnie des hommes. De son sac tombent les clochettes de Topéca ; sans identifier leur origine, elle les range dans sa poche. Alors que les ultimes participants à la quête viennent d’arriver en les personnes de Lomaï et Manier, Hang, désireux ne pas manquer la naissance de son premier enfant, profite de son retour vers Avotour pour faire la leçon à Naaly ; cette dernière rallie leur destination quand celui-ci entame sa descente en Brucie pour rejoindre le Guerek. Au cours d’une pause, Pardon annonce à sa fille son rôle de clé dans la guerre en Wallanie.

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Si le regard de la sœur change peu à peu sur son frère, en revanche, Naaly continue de détester ouvertement le prince. Lorsque la troupe se retrouve au cœur d’un conflit qui oppose Entik et Kerdal, il se jette dans une rivière pour se soustraire à la charge d’une armée sur leur piste. Emportés par le flot, Naaly et Sekkaï sont séparés du reste du groupe. Contre toute attente, cette situation périlleuse révèle les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Après avoir sauvé Naaly grièvement blessée dans un éboulement, Tristan, pour se ressourcer, tombe jusqu’à la source de la magie et y perçoit la présence d’une ennemie, une femme grimée à laquelle cette entité bienveillante lui permet d’échapper. Il met en garde son père contre elle et lui recommande de ne pas utiliser ses pouvoirs tant qu’ils ne l’ont pas identifiée. Arrivée au Guerek, Aila rencontre le roi spectral, un homme dont les os ont été brisés bien des années auparavant. Au cours de la soirée passée avec lui, la mémoire lui revient et elle décide de retourner en Avotour retrouver les siens. Le lendemain, alors qu’elle est sur le point de partir, la sœur du souverain la rejoint et lui demande d’apporter une bourse à une herboriste de sa connaissance. La combattante accepte. Parvenue au domicile de cette dernière, elle est piégée par cette femme qui veut obtenir d’elle les renseignements qui lui manquent et explore son esprit à leur recherche. Comprenant les intentions d’Ozyrile, Aila protège à toute vitesse le savoir auquel celle-ci ne doit pas accéder. Par vengeance, la prêtresse efface la totalité des autres souvenirs de sa prisonnière. Réduite à néant, uniquement portée par l’envie instinctive de fuir, Aila arrive à s’échapper. Tristan l’aperçoit au loin et, avec Pardon et Naaly, tente de la rattraper. Elle se faufile dans un conduit et, à peine dans la grotte, la paroi devant elle s’éclaire. Réagissant comme un animal effrayé par les bruits qu’elle entend, elle passe au travers des ondes circulaires.

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La suivant, Tristan et Pardon s’engagent dans le couloir, tandis que Naaly, juste derrière, ramasse des clochettes tombées dans l’herbe. Quand elle pénètre dans la grotte, la porte se rallume et, ensemble, le père et ses deux enfants la franchissent.


Début du tome 6 - Une Vie, voire Deux

Quand La Porte des Temps s'illumine sous les yeux de son gardien, ce dernier doit admettre qu'elle a apporté en Guerek un invité très particulier, enfin, une invitée pour être précis. Face au dédain profond de son neveu, Kerryen, à la tête du royaume, Inou, intendante de la forteresse d'Orkys, prend la situation en mains et décide de s'occuper de cet être presque réduit à un état animal. Au passage, elle embauche Amaury, un soldat de la garnison, ravi de cette aubaine qui lui offre une notoriété imprévue.

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Alors que Kerryen s'interroge sur les agissements d'un empereur noir dont l'armée se rapproche de son pays, Inou, comme à son habitude, dispose de toutes les réponses : il doit réunir au plus vite les souverains des royaumes frontaliers pour organiser une défense commune. De plus, il devrait songer à se marier. S'il reconnaît la validité de la première proposition de sa tante, il refuse d'envisager la seconde ; un seul mariage a largement suffi à le dégoûter définitivement des femmes.

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Malgré tous les soins apportés par Inou et Amaury, la femme arrivée par la porte demeure un corps déserté par tout esprit perceptible, même si, peu à peu, les hématomes de sa peau s'effacent et ses blessures se referment.

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Kerryen entreprend de convier chacun de ses voisins à une grande réunion dans la forteresse d'Orkys. S'il lui paraît simple de convaincre les rois du Pergun et de la Brucie, il se retrouve à ruser pour obtenir l'adhésion du souverain du Kerdal et, en particulier, Eddar le Grand, à la tête de l'Entik. Ce dernier convoitant la porte, il songe que cette femme pourrait représenter un subterfuge suffisant pour l'attirer jusqu'à Orkys.

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Quand Amaury égare son poignard, accompagné de la femme, il retourne à l'écurie et, à peine le temps de le récupérer, découvre qu'elle a disparu. Totalement affolé, il finit par la retrouver en tête-à-tête avec l'impossible étalon de Kerryen, d'un calme remarquable en sa présence.

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Inou, pour la première fois de sa vie, ressent la charge de la gestion de la forteresse sur ses épaules et s'aperçoit qu'elle aspire à changer de vie. Peut-être pourrait-elle rendre visite à ses amis d'enfance... Mukin, herboriste, disposerait éventuellement de baumes susceptibles d'atténuer les cicatrices sur la peau de sa protégée. Confiant peu à peu l'intendance d'Orkys à son assistante, elle prépare son départ.

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Parcourez les coups de cœur de mes premiers lecteurs

Anmarie, De plus en plus fort

Je pensais que je ne pourrais plus être étonnée par le personnage d'Aila… depuis le temps que je la suis…
Je peux dire, aujourd'hui, qu'Ellah m'a littéralement transportée.
Où Catherine Boullery va-t-elle chercher toutes ces aventures, ces descriptions ? avec un souci du détail tellement poussé ?
Encore MERCI Catherine - Vivement la suite !!!
Anmarie

Sur UPblisher
Client Amazon, Une Vie, voire Deux…

Un tome quelque peu surprenant, puisque l'on ne peut s’empêcher de chercher les parallèles et les liens qui unissent les différentes parties de l'univers créé par Catherine Boullery et un acte final qui nous laisse dans l'attente… Vivement la suite, l'attente sera longue !

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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Nestor, revenant auprès d'Aila, lui saisit la main et lui murmura :
— Loulane arrive. Je vous ai choisi une femme douce et compétente qui prendra bien soin de vous. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à m'appeler, je vais attendre dans la cuisine. Souhaitez-vous prévenir quelqu'un ?
Le visage contracté par la souffrance, Aila secoua la tête et retint les doigts de Nestor.
— Merci infiniment.
— Ne craignez rien, je m'occupe de tout.
Submergée par une nouvelle vague douloureuse, elle ne répondit pas. Fermant les yeux pour tenter de contrôler les tourments de son corps, elle échoua et ses phalanges se crispèrent violemment sur le drap. Alors que la magie aurait pu l'aider, elle refusait de l'utiliser, préférant s'accorder un répit dans la domination de cette dernière.

Loulane pénétra dans la pièce et s'exclama, visiblement heureuse :
— Moi qui croyais que je venais pour soigner une fièvre ! Quel bonheur de découvrir que je vais mettre au monde l'enfant de Topéca !
Souriante, elle s'approcha et, de ses mains expertes, parcourut le ventre de la future mère. Aila aurait voulu lui dire que la première chamane guerrière n'existait plus, mais renonça. Qu'importait sa nouvelle apparence, elle ne cesserait jamais de symboliser ce que les gens espéraient d'elle. Cependant, rassurée par la présence réconfortante de la femme hagane, elle se laissa ausculter, appréciant la chaleur des paumes sur sa peau.
— Il me paraît bien engagé, ce petit. Les Esprits de la Terre sont avec lui et lui ouvrent le chemin vers la vie. Maintenant, donnons un peu de temps à la nature pour accomplir son œuvre. Je prépare de quoi vous détendre.
À petites gorgées, Aila avala la boisson de l'accoucheuse. Fidèle à elle-même, elle en identifia presque chaque constituant, soulagée par les évidentes compétences de Loulane. Cette dernière, très active, allait et venait dans la pièce, répandant ici et là des herbes séchées. Elle chantonnait doucement, s'interrompant pour quelques mots d'encouragement, revenant auprès d'Aila à chaque nouvelle contraction, massant délicatement ses épaules ou son ventre tendu et ne repartant qu'avec l'assurance que la future mère se sentait apaisée. Jamais Aila n'avait pensé que souffrir autant fût possible, et, pourtant, pas un instant elle ne regretta l'arrivée prochaine de ce bébé. Tout son être aspirant à contrôler l'excès de douleur, elle inspirait, expirait, soucieuse d'écouter son corps et de l'harmoniser avec son esprit. Perdant pied quelquefois quand les élancements devenaient trop violents, la voix calme et chaleureuse de Loulane l'amenait à se reprendre. Tantôt l'accoucheuse lui prodiguait des conseils :
— Laissez-vous porter par les Esprits de la Terre. Respirez, soufflez, libérez cette tension intérieure qui vous crispe et ouvrez-vous à la venue de votre enfant. Votre ventre travaille dans ce sens. Même s'il vous tiraille un peu méchamment, il n'est pas votre ennemi, mais votre allié. Aidez-le à vous soulager plus vite.
Tantôt elle lui racontait des anecdotes :
— Vous savez, j'ai mis plus de petits au monde que vous pouvez compter de brins d'herbe dans les prés ! Et puis un premier représente toujours une grande aventure, tant sur le mystère de la naissance que sur la découverte du lien qui unit une mère à son bébé.
— En tout cas, c'est bien le premier que je vois arriver parmi nous sans me tenir à votre place ! expliqua Aila pendant une accalmie.
— Oh… intéressant. C'est vrai que deux façons distinctes de donner la vie cohabitent, l'une pour la créer et l'autre pour l'accompagner. Moi, j'ai choisi la seconde.
— Pourquoi ? Vous n'avez pas d'enfant ?
— Non. Je me contente de mettre au monde ceux des femmes et, ce, avec un immense bonheur, conclut l'accoucheuse, nullement chagrinée de cet aveu.
Hang était couvert du sang de ses ennemis. Il ne comptait plus qu'une vingtaine d'hommes sur la cinquantaine initiale, des compagnons solides, mais qui, comme lui, fatiguaient, affaiblis par les blessures reçues. En face, encore une dizaine de soldats, mais, tels des fous furieux, ils se battaient avec sauvagerie tant qu'un souffle persistait dans leur poitrine. Pour les arrêter, Hang l'avait compris depuis le début, seule existait la mort. En raison de leur exceptionnelle résistance, ils lui faisaient penser aux agaçantes mouches haganes qui venaient bourdonner aux oreilles. Même brutalement écrasées, une fois la main écartée, elles repartaient de plus belle, comme si de rien n'était… Ses idées dérivèrent ensuite vers Alsone et Eustache. S'ils ne se débrouillaient pas mieux que lui, son temps deviendrait compté. « Moins un », songea-t-il pour se donner du courage, étêtant d'un geste radical son vis-à-vis. Un brouhaha lointain provenant du haut de la falaise frappa ses tympans, tandis qu'une onde glacée se répandait dans son dos, une angoisse sourde lui étreignant le cœur. Si les nouveaux arrivants venaient compléter les rangs des guerriers de Césarus, il mourrait sur cette plage. Un court instant, son esprit s'enfuit vers Aila, espérant presque qu'il avait pensé assez fort à elle et de façon suffisamment désintéressée pour qu'elle pût apparaître et l'aider à vaincre. Puis son désir s'effaça, ceux qui arrivaient paraissaient bien trop bruyants pour appartenir au camp adverse… C'étaient des hommes à eux ! Alors qu'une énergie nouvelle renaissait en lui et, même s'il savait pertinemment qu'Aila n'y était pour rien, ce fut vers elle que ses remerciements s'élevèrent…
— Allez, Topéca ! Poussez ! Encore.
Le corps en sueur, plus concentrée que jamais, les dents serrées pour ne pas gémir alors qu'elle aurait voulu hurler, Aila se replia davantage sur elle-même pour faciliter l'expulsion.
— Oui, nous y sommes presque ! Je vois la tête ! Allez, encore ! Encore une fois ! Oui ! Une dernière fois ! Ça y est ! Le voici !
Un cri retentit dans la pièce, inondant Aila d'une émotion inégalée. Des larmes perlèrent au bord de ses yeux, et une irrépressible et inédite vague d'amour déferla dans son cœur. Apaisée après la tourmente de l'accouchement, elle réalisait qu'elle venait de donner la vie et en éprouva un incommensurable bonheur. Avec précaution, comme un objet trop précieux pour être touché, elle saisit l'enfant que lui tendait Loulane et regarda cet être menu, recroquevillé sur lui-même. Son bébé était né, si fragile et si beau… Elle sourit, puis lui murmura des mots tendres et affectueux. Telle une fleur, elle sentit éclore en elle la mère qu'elle devenait, heureuse, merveilleusement heureuse… Tandis qu'à ses oreilles résonnaient les battements de son cœur, sonores comme les échos d'une volée de cloches, le nourrisson émettait de légers grognements et se tortillait, comme s'il cherchait à s'étirer. Elle le cala contre sa peau, l'enveloppant de sa chaleur.
— Ne t'en fais pas, mon tout petit. Rien ne sera facile, mais nous nous en sortirons. Tu verras, pour toi, je rendrai le monde meilleur, un monde dans lequel tu pourras grandir sans peur et t'épanouir…
Submergée à la fois par l'épuisement et l'émotion, elle le contemplait, fascinée, admirant ce prodige de la nature. Comment se débrouillait cette dernière pour qu'une créature aussi frêle fût à ce point complète, de la pointe de ses cheveux jusqu'au bout de ses minuscules ongles ? D'un geste doux, elle saisit sa main toute fine entre ses doigts et la caressa, rêveuse. Si menue et tellement parfaite… Puis ses yeux s'attardèrent sur le visage de son bébé, croisant ses iris sombres fixés sur elle. Leurs regards semblaient se scruter mutuellement comme s'ils étaient deux à se découvrir et à s'apprivoiser. Ressentait-il le même flot d'amour qu'elle pour lui ? Savait-il déjà aimer ? Emplie d'une tendresse débordante, elle s'appliqua à observer chaque détail de son anatomie pour le graver dans sa mémoire. Tout à son exploration, elle fut d'autant plus surprise quand un frisson glacé parcourut son corps. Sa vue se brouilla au point d'amener le nourrisson à disparaître de sa perception, et sa conscience se perdit dans l'infini. Devant ses yeux, à une vitesse vertigineuse, défila un tumulte d'images et de sensations brèves, mais terriblement intenses. Déboussolée, elle ferma les paupières. Cependant, son esprit, toujours incontrôlable, rebondissait d'un être vivant vers le suivant. À peine le temps de se fondre dans l'un qu'elle repartait vers le prochain. Dorénavant, plus jamais elle n'existerait pour elle-même, elle n'était plus simplement la mère de cet enfant, mais celle de tous et elle devrait les protéger, même au prix de sa vie parmi eux. Cette découverte la laissa interdite, tandis que peu à peu la pièce se reformait autour d'elle. Figée, elle considéra sa fille avec la certitude que ces visions avaient transité par elle, comme si son bébé représentait une clé, un passage vers d'autres univers. Loulane la tira de sa réflexion.
— Comment allez-vous appeler notre nouvelle venue ?
Le cœur soudainement étreint par une irrépressible détresse, Aila songea à Pardon. Elle déglutit. Comment avait-elle pu le priver de cet instant extraordinaire ? Si elle avait su, elle l'aurait ramené avec elle de la crypte… Un soupir enfla dans sa poitrine. Et, indubitablement, son enfant et lui auraient été en danger… Non, elle avait pris la décision qui s'imposait, elle les avait protégés malgré eux. Mais alors, pourquoi en souffrait-elle autant ?
— Naaly…
À peine avait-elle prononcé ce nom que sa pierre bleue commença à étinceler de mille feux. La magie ancienne se déversa dans ses veines comme si cette dernière y chassait tout son sang pour le remplacer par son flux surnaturel. Aila brillait au point d'en devenir aveuglante. Complètement submergée, elle se concentra sur son bébé pour ne pas perdre pied sous le flot d'énergie qui l'engloutissait. Enfin, le bouillonnement qui l'avait étourdie se calma, tandis que sa lumière s'atténuait sans pour autant disparaître totalement. Dans chaque parcelle de son corps, elle ressentait la fureur de son incroyable pouvoir palpiter. Serrant sa fille encore plus fort contre elle, elle se raccrocha de toutes ses forces à ce qui faisait d'elle une simple femme…

Un seul restait et Hang l'avait décidé, cet ultime ennemi serait pour lui. Sous le regard des rares rescapés de cette épouvantable boucherie, le combat qui les opposait s'éternisait. Le Hagan l'aurait considéré comme un valeureux adversaire si le guerrier de Césarus avait été un être normal. Grand, large et musclé, des traits dynamiques, il possédait une technique brillante doublée d'une puissance colossale, mais, au centre de son visage, deux yeux vides, dénués de conscience, démentaient qu'il fut toujours un homme. Apparemment grièvement blessé, il n'en manifestait pas moins une résistance farouche. Exténué, Hang puisait dans ses ultimes ressources et son inflexible volonté l'énergie nécessaire à le contrer sans parvenir à l'abattre. Pourtant, il suffit d'un pied heurtant un rocher enfoui sous le sable déséquilibrant fugitivement le soldat, pour que, ses dernières forces unies, Hang s'engouffrât dans la faille défensive de son ennemi et, d'un geste, un seul, la hache pénétra par le crâne, puis fendit la face et enfin le buste en deux parties qui s'effondrèrent sur le sol dans un bruit sourd. Le combat venait de s'achever.

Au même instant, à Niankor, Aila poussa un épouvantable hurlement. Recroquevillée sur elle-même, la respiration haletante, elle suffoquait avec l'impression d'avoir été coupée en deux. Sa poitrine la brûlait de mille feux et la souffrance qui rayonnait dans son corps était physiquement insupportable. Incapable de les retenir, de grosses larmes roulèrent sur ses joues blêmes.

Glacé d'effroi, Pardon arrêta son cheval. Autour de lui, il écouta les échos de la forêt et, sans réfléchir, porta la main à son pendentif. Deux cris avaient résonné cette nuit à ses oreilles. À moins que ce ne fût dans sa tête… L'un avait accéléré les battements de son cœur, comme si, uni à un autre, il venait de naître une seconde fois, puis le suivant l'avait pétrifié, tandis qu'une intense et fugace douleur le traversait. La folie le guettait-elle ? À d'autres moments de son existence, il avait ressenti l'impression d'entendre la voix d'Aila ou de percevoir sa présence. Une fois, alors qu'il souhaitait en finir, elle lui avait insufflé l'envie de vivre malgré tout. Mais c'était si longtemps auparavant… Pourquoi avait-il voulu mourir déjà ? Il ne s'en souvenait plus. Et puis, était-ce vraiment elle ou le fruit de son imagination ? Perturbé, il secoua la tête. Sa mémoire lui jouait des tours, tout se mélangeait dans son esprit et il ne distinguait plus que des images floues ou des réminiscences imprécises. Sa fatigue extrême expliquait probablement ses absences à répétition, il n'avait guère dormi ces dernières heures. Et puis, de toute façon, quelle importance, puisqu'il avait renoncé à elle ! Elle ne serait jamais pour lui, car il n'était qu'un homme éprouvé par le destin ; il venait d'échouer à lever la malédiction qui les empêcherait à jamais d'être réunis. À moins qu'il se fût leurré une nouvelle fois et que, quoiqu'il advînt, elle fut destinée à un autre. À Hang, par exemple. Le Hagan était parti la rejoindre parce qu'elle l'avait appelé et il l'avait regardé s'en aller, le cœur brisé. Mais pourquoi, tout d'un coup, tous ces souvenirs décousus affluaient-ils dans sa tête ? Décidé à les chasser, il s'obligea à dissiper progressivement la tension qui régnait dans son corps, tandis qu'un souffle intérieur lui intimait la nécessité de retourner auprès de Sérain. Pardon se répéta qu'il avait juste échoué dans sa mission et qu'il ne devait plus quitter le pendentif qu'il portait autour du cou. Pourtant, il ne bougea pas, à l'écoute de la forêt de laquelle seul le silence ponctué des cris de quelques oiseaux nocturnes lui parvenait. Résigné, il talonna son cheval et reprit le périple qui le ramenait en Wallanie. Parfois, la raison dictait de renoncer aux rêves inaccessibles…
Dans l'aube naissante, Alsone s'approcha de lui. Épuisé, sa respiration encore saccadée par l'effort, Hang finit par relâcher la pression de sa main sur sa hache. Dans un bruit mat, son arme glissa vers le sable et s'y allongea, aux côtés du corps tranché par le milieu. Les yeux fixés sur le cadavre, le Hagan se sentait vidé de toute substance. Quand son regard hagard balaya la plage jonchée de morts, ses premiers regrets pointèrent. Ce carnage inutile aurait dû être évité et, pourtant, de toute évidence, Césarus recommencerait jusqu'à sa victoire… Et puis avait vibré ce cri, cri qui résonnait toujours dans sa tête et qui s'était élevé au moment même où il achevait son dernier ennemi. Pauvre homme… Il n'aurait pas dû le tuer, mais le sauver… Hang n'était pas sûr que les pensées qui venaient de traverser son esprit fussent les siennes, mais, en dépit d'une origine incertaine, cette conclusion lui paraissait évidente. Son cœur s'effrita de souffrance. Tous ces morts pour rien… Comment pouvait-on en arriver là ?
— Heureusement que nous sommes accourus à ton secours, mon exceptionnel champion…, minauda la reine à demi moqueuse, dont les doigts minces, telle une araignée agile, grimpèrent le long du bras vigoureux du combattant.
Levant ses yeux vers lui, elle croisa le regard de Hang, encore plus sombre qu'à l'accoutumée, infiniment plus grave, presque malheureux. Son sourire ironique disparut et elle choisit de se taire.
— Je crois que tu vas devoir te passer de moi, Alsone. J'ai besoin de prendre l'air, articula-t-il péniblement.
Elle l'observa un moment, puis s'écarta.
— À plus tard, alors, lui dit-elle. Je t'attendrai.
Hang hocha vaguement la tête. Parvenu à son cheval, il monta dessus, puis s'éloigna.
Alarmée, Loulane se pressait auprès d'Aila, incapable d'émettre le moindre mot. Toujours repliée sur elle-même, la jeune mère souffrait le martyre, tétanisée par l'atroce douleur qui ne s'estompait pas… Nestor, complètement affolé, appelait derrière la porte jusqu'au moment où, n'y tenant plus, il se décida à entrer. Là, il découvrit sa protégée, son visage livide ravagé de larmes, enroulée autour de son enfant. Renforçant son apparence diaphane, sa chemise blanche la faisait paraître encore plus fragile. Son regard inquiet se tourna vers Loulane qui haussa les épaules en signe d'impuissance.
— Je ne sais pas, indiqua-t-elle à l'intention de Nestor, tout se passait parfaitement jusqu'à ce qu'elle se mette à hurler…
Quand enfin la douleur reflua, Aila tenta de comprendre ce qui venait de lui arriver. Après avoir donné la vie, quelle idée de terminer en miettes avec le goût de la mort dans la bouche et l'impression d'avoir été tranchée en deux !
— Ça ira, Nestor, murmura-t-elle d'une voix faible, ce n'est pas l'accouchement. C'est… c'est autre chose.
Il fronça les sourcils, visiblement préoccupé.
— Bon, alors, je peux vous quitter maintenant, demanda-t-il, cherchant du regard l'assurance que tout était rentré dans l'ordre.
Avant de tourner le dos, il jeta un coup d'œil au bébé.
— Par les fées, qu'il est mignon, ce petit… ! ajouta-t-il avec un léger sourire avant de sortir.

Désireux de s'éloigner du champ de bataille, Hang se dirigea vers la crique suivante et, là, une fois sur le sable, lançant son cheval au grand galop, il pénétra dans la mer. Quand sa monture ralentit, freinée par le flot, il l'amena à faire demi-tour avant de se laisser glisser dans l'eau salée. Couvert du sang de ses ennemis, il n'aspirait qu'au flux et au reflux en espérant qu'ils parviendraient à effacer le souvenir de cette nuit. Aila…

Peu à peu, les couleurs revenaient sur le visage d'Aila, mais la trace de la souffrance ressentie persistait comme une blessure à vif dans ses chairs, au point d'en imaginer l'arme qui l'avait découpée : une hache… Hang ! Était-il sain et sauf ? Lançant brièvement son esprit vers lui, elle le perçut en vie, mais tout aussi dévasté qu'elle. Un événement particulier venait de les lier tous les deux sans qu'elle en comprît réellement la nature. Demain sans doute irait-elle le voir. Cependant, elle lui faisait confiance, il surmonterait cette épreuve. Et puis, pour l'instant, entre ses bras, un être requérait toute son attention, un être dont le regard la dévorait, exactement comme l'aurait fait celui de Pardon… D'un geste peu assuré, elle entrouvrit sa chemise et approcha son sein de la bouche de sa fille. L'enfant n'hésita pas et, s'en emparant, commençant à téter avec avidité et application. Perdue dans sa contemplation, la voix de Loulane lui rappela la présence de l'accoucheuse.
— C'est une bien jolie demoiselle. Je suis certaine qu'elle sera aussi extraordinaire que sa maman…
Aila lui sourit.
— Je préférerais pour elle une existence plus calme que la mienne…
— Tiens donc ! Quelle idée ! Vous voulez qu'elle s'ennuie, cette petite ! Il vaut mieux une bien remplie, même trop, qu'une toute vide, croyez-moi !
Maintenant rassérénée, la jeune mère prit le temps d'observer la vieille femme avec attention, se demandant l'âge qu'elle pouvait avoir. Son visage presque dénué de rides lui offrait un aspect juvénile que démentaient les fils gris de sa chevelure.
— Et puis, poursuivit Loulane, particulièrement émue, une deuxième chamane guerrière ne peut être que bénéfique à notre monde. Tous les Hagans savent ce que Topéca a apporté à leur vie…
Aila émit un petit rire moqueur.
— C'est vrai ! Je vous ai obligés à quitter vos montagnes pour aller vous battre dans une contrée inconnue, loin au nord ! Et, pour couronner le tout, mes pouvoirs chamans ont disparu, ajouta-t-elle avec tristesse.
— Comment peut-on perdre ce qui est en soi ? Vous n'êtes quand même pas si grande que ça, grande au point de ne pas les retrouver en vous-même ! Et puis, bientôt, quand nous en aurons fini avec l'empereur de Tancral, nous retournerons tous en pays Hagan. Seulement, nous aurons appris à vivre en paix avec d'autres peuples. Finalement, ce n'est pas si mal de sortir de chez soi de temps en temps, conclut la femme hagane en souriant.
— Vous possédez une véritable sagesse.
— Quand vous aurez donné la vie à autant d'enfants que moi et que vous les aurez vus pousser, vous saurez que l'important est d'avoir à manger, à boire, de ne pas mourir de froid et de s'épanouir dans l'amour ! Bon, maintenant que tout est rentré dans l'ordre, je vais vous laisser vous reposer.
Loulane ramassa ses affaires, puis jeta un regard bienveillant vers la nouvelle maman avant de la saluer. L'esprit d'Aila se précipita dans celui de l'accoucheuse alors que la femme ouvrait la porte.
— Elle est à vous, sa fièvre est tombée. À bientôt, Nestor.
— Fièvre ? Au… au revoir, Loulane, répondit-il, passablement interloqué.
Il referma le battant derrière elle et s'approcha d'Aila.
— Mais pourquoi a-t-elle parlé de fièvre ?
— Parce que j'ai effacé de sa mémoire le souvenir de la naissance de mon enfant.
— Vous avez fait quoi ? Mais pourquoi ?
— Parce que tous ceux qui savent mettent mon bébé en danger.
Il blêmit aussitôt.
— Et vous… vous allez faire pareil avec moi ?
— Quand je partirai, oui, mais pas avant. Par ma faute, je ne voudrais pas que vous finissiez comme votre jardin, carbonisé par une sorcière. Une fois la paix revenue, ma fille ne craindra plus rien, et je pourrai vous rendre tout ce que je vous aurai enlevé, je vous le promets. Est-ce que vous comprenez mes raisons, Nestor ? demanda-t-elle, suppliante.
— Oublier cet événement extraordinaire de mon existence m'attriste beaucoup, mais, bon, puisque cet état ne sera que temporaire, j'y survivrai bien. Et puis, pour protéger des vies, la mienne et celle de ce petit être, je ne peux qu'accepter…
Aila sentit son cœur s'alléger, malgré l'image de Pardon qui ne cessait de la hanter. Jamais il ne pourrait lui pardonner une telle tromperie. Si seulement elle avait trouvé le moyen d'agir autrement…
— Alors personne ne sera au courant ?
— Moins je vous en dirai, mieux ce sera…
Nestor hocha gravement la tête.
— Revenons au roi ou à la reine de la journée. Tant que vous êtes là, je peux en profiter. Présentez-moi notre merveille.
Aila écarta son coude pour lui permettre de regarder le bébé endormi contre elle.
— C'est une petite fille, elle s'appelle Naaly.
— Par les fées, qu'elle est belle ! Tout comme sa maman…
— Voulez-vous la prendre ?
— Moi, absolument pas ! Je ne saurai pas faire !
— Tenez, je vais vous montrer.
Plaçant les bras de Nestor l'un contre l'autre, resserrés contre son buste, elle y déposa le nourrisson. Rayonnant de bonheur, son hôte n'osait plus bouger.
— Je crois que, finalement, j'aurais bien aimé avoir des enfants…
— Il n'est peut-être pas trop tard…
— Trop tard pour les faire, non, mais pour les élever, sûrement. Je suis trop vieux pour un si petit. Mais, comme je vous l'ai proposé, je peux devenir grand-père ! Avez-vous tout ce qu'il vous faut de chaque côté ?
Aila sourit. Elle appréciait tant cet optimiste inébranlable chez Nestor au point qu'elle l'enviait presque de voir la vie de façon aussi simple et belle.
— De mon côté, c'est déjà suffisamment compliqué…
— Et du côté du papa ?
Un silence éloquent accueillit sa demande, il leva les yeux vers Aila.
— Ai-je dit une bêtise ?
— Non, Nestor, aucunement. Nos parents à l'un et l'autre n'ont pas brillé dans leur fonction de père…
Son ami opina lentement, puis changea rapidement de sujet. Malgré tout, même s'il ne posa point la question qui lui brûlait les lèvres, elle décela une lueur de curiosité dans son regard, une petite lueur qui s'interrogeait sur l'homme qui était parvenu à séduire sa dame. Et peut-être aussi un soupçon de réprobation, comment pouvait-il être absent un jour comme celui-là ? Pauvre Pardon, quel rôle lui faisait-elle involontairement endosser ?
— Au père, également, vous avez effacé la mémoire ? s'enquit-il l'air de rien.
Sidérée par la remarque, elle ouvrit la bouche sans rien répondre.
— Ce n'est pas bien de priver un père de son enfant… je n'aurais pas apprécié.
— J'en suis cruellement consciente, croyez-moi, Nestor, mais ainsi je protège son existence. Celle qui nous menace a failli le tuer cette nuit, je suis arrivée juste à temps pour le sauver de ses griffes…
— Ah… J'avais presque oublié à quel point votre vie était compliquée. Alors, vous avez eu raison. Et puis, qui sait, peut-être un jour vous retrouverez-vous…
Aila ne répondit pas, mais, par les fées, qu'elle aurait aimé que ce jour fût déjà venu ! Elle reprit doucement sa petite fille et Nestor sortit sur la pointe des pieds, les laissant en tête à tête. Ces deux-là, c'était certain, avaient plein de choses à se dire.


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