Une Vie, voire Deux, tome 6 de la saga de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy

fantasy français

Note : 4.5 / 5 avec 210  critiques recommandation

Le début de l'histoire

Résumé du tome 5 - La Porte des Temps

Plus de quinze ans se sont écoulés depuis les dernières batailles de Wallanie et la disparition de la magie. Depuis, à Antan, Aila et Pardon ont mené une vie tranquille avec leurs deux enfants, Naaly et Tristan, aujourd’hui adolescents. Pardon s’occupe avec Bonneau, son beau-père, et Hang, son ami, du manège de la ville. Bien loin d’Avotour, la prêtresse Ozyrile est prête à tout pour corriger les erreurs du passé. Dans ce but, elle a recréé une porte des temps dont une pièce lui manque encore : la clé qui l’activera. Alors qu’elle cherche qui pourrait lui apporter les connaissances nécessaires, son choix s’arrête sur celle qu’elle suspecte d’avoir été La Dame Blanche pendant les ultimes combats, mais qui ne ressemble plus du tout à un être de toute puissance. Entre une fille rebelle et un fils transparent, seul le mari trouve grâce à ses yeux. Mais, pour l’instant, elle se contente de la compagnie de Marin, son homme à tout faire, pour satisfaire tous ses désirs… Depuis plusieurs mois, Aila se sent ballottée entre ce troisième enfant qu’elle souhaite et qui se refuse à elle, les difficultés de son couple et sa relation compliquée avec Naaly. Le trouble devient si profond qu’elle s’en va d’Antan sans prévenir quiconque. En chemin, elle croise une vieille femme qui lui offre plusieurs présents, dont une pierre noire que cette dernière attache autour de son cou. Dès le lendemain, Aila a tout oublié de son pendentif à présent invisible sur sa peau, ainsi que des paroles effrayantes de son interlocutrice sur son avenir. Pensant que sa mère ne les a pas quittés de son propre chef, Tristan s’enfuit. Pardon part à sa poursuite, accompagné de Naaly et de Hang. Arrivé à Avotour, Pardon décide de laisser les adolescents sous la garde de Bonneau et reprend la route avec Hang sur les traces de son épouse. Malheureusement, Tristan échappe à la surveillance de son grand-père, bientôt suivi par Sekkaï, puis Merielle, les enfants de Sérain et Lomaï d’Avotour, et Naaly. Attaquée par des brigands, Aila se sépare de Lumière, sa jument, et, après une chute et un choc à la tête, perd la mémoire. Clara et Pierre la recueillent et elle retrouve des réflexes anciens comme celui de se battre avec son kenda.

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Trompés par des traces qui s’entremêlent, Pardon et Hang privilégient la piste de Lumière. Pénétrant dans le repaire d’un bandit qui écume Avotour, le Loup, les deux hommes parviennent à libérer le cheval tout en dévastant le lieu ; le Loup meurt de la main du Hagan. Pendant ce temps, Tristan et son groupe ne commettent pas la même erreur que Pardon et se dirigent vers l’ouest. Découvrant la disparition des enfants, dont ses jumeaux, Lomaï, assistée de Bonneau et d’Aubin, le frère d’Aila, part à leur recherche. En chemin, Manier, un noble qui fréquente occasionnellement la forteresse, leur propose de se joindre à eux. La reine, rappelée à Avotour, confie à Bonneau et Aubin le soin de poursuivre cette mission. En compagnie de Manier, elle revient juste à temps pour accompagner son mari dans ses ultimes heures.

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Après quelques jours passés chez Clara et Pierre, Aila se sent mieux et songe à reprendre la route. Pour la remercier de tout ce qu’elle leur a apporté, Clara et Pierre lui offrent le cheval de leur fils décédé, Souffle. Attirée par le pays Hagan, elle met le cap vers l’ouest. En raison de la mésentente entre Naaly et les garçons, le groupe éclate. Pendant qu’une partie continue sa quête, la jeune fille retourne sur ses pas jusqu’au moment où Hang la repère. Contrainte et forcée, elle rejoint son père, tandis qu’à eux trois s’ajoutent presque simultanément Aubin et Bonneau. Toujours sur les traces d’Aila, ensemble, ils rencontrent Clara et Pierre qui leur apprennent qu’ils ont croisé les adolescents et leur indiquent la direction empruntée par Aila, privée de sa mémoire. Ils leur confient Lumière. Pendant ce temps, à la forteresse d’Avotour, après l’inhumation de son mari et sous l’impulsion d’Adrien, Lomaï décide d’effectuer la recherche de ses enfants elle-même ; Manier lui propose de l’accompagner.

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Dénuée de souvenirs, Aila se sent revivre en pays Hagan, ressentant un souffle intérieur comme le réveil d’une seconde personnalité. Au fur et à mesure de leur progression, sous les regards étonnés des jumeaux, l’attitude de Tristan se modifie ainsi que son aspect physique : derrière son habituelle allure transparente jusque-là se révèle une insoupçonnable maturité. Bientôt arrivent les retrouvailles avec Pardon qui le talonne. Malheureusement, le père et le fils s’affrontent aussitôt quand le premier veut rentrer en Avotour et que le deuxième s’y oppose. La situation se complique nettement au moment où Sekkaï et Merielle prennent le parti du garçon et encore plus quand Pardon, soucieux de comprendre Tristan, apprend que la magie n’a jamais disparu… Si, pour son père, le choc est rude, particulièrement en songeant à sa femme qui désirait protéger ses enfants de son emprise, pour Naaly, il relève du traumatisme. Alors qu’elle déteste ouvertement son frère, elle refuse que cet avorton et ses pouvoirs éclipsent son émérite talent de combattante. Le lendemain, elle déserte le groupe et repart vers Avotour, tandis que, la mort dans l’âme, Pardon se résout à poursuivre sa route sans elle. Bientôt, Naaly change d’avis et choisit de les suivre sans se faire repérer.

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Aila continue son périple en pays Hagan, cherchant dans la dépense physique un exutoire à sa mémoire défaillante, malgré la remontée aléatoire de bribes de souvenirs. Quand elle voit une contrée montagneuse inconnue perdue dans les brumes sur l’horizon, elle décide de s’y rendre. En chemin vers la Wallanie, chaque jour un peu plus elle fuit la compagnie des hommes. De son sac tombent les clochettes de Topéca ; sans identifier leur origine, elle les range dans sa poche. Alors que les ultimes participants à la quête viennent d’arriver en les personnes de Lomaï et Manier, Hang, désireux ne pas manquer la naissance de son premier enfant, profite de son retour vers Avotour pour faire la leçon à Naaly ; cette dernière rallie leur destination quand celui-ci entame sa descente en Brucie pour rejoindre le Guerek. Au cours d’une pause, Pardon annonce à sa fille son rôle de clé dans la guerre en Wallanie.

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Si le regard de la sœur change peu à peu sur son frère, en revanche, Naaly continue de détester ouvertement le prince. Lorsque la troupe se retrouve au cœur d’un conflit qui oppose Entik et Kerdal, il se jette dans une rivière pour se soustraire à la charge d’une armée sur leur piste. Emportés par le flot, Naaly et Sekkaï sont séparés du reste du groupe. Contre toute attente, cette situation périlleuse révèle les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Après avoir sauvé Naaly grièvement blessée dans un éboulement, Tristan, pour se ressourcer, tombe jusqu’à la source de la magie et y perçoit la présence d’une ennemie, une femme grimée à laquelle cette entité bienveillante lui permet d’échapper. Il met en garde son père contre elle et lui recommande de ne pas utiliser ses pouvoirs tant qu’ils ne l’ont pas identifiée. Arrivée au Guerek, Aila rencontre le roi spectral, un homme dont les os ont été brisés bien des années auparavant. Au cours de la soirée passée avec lui, la mémoire lui revient et elle décide de retourner en Avotour retrouver les siens. Le lendemain, alors qu’elle est sur le point de partir, la sœur du souverain la rejoint et lui demande d’apporter une bourse à une herboriste de sa connaissance. La combattante accepte. Parvenue au domicile de cette dernière, elle est piégée par cette femme qui veut obtenir d’elle les renseignements qui lui manquent et explore son esprit à leur recherche. Comprenant les intentions d’Ozyrile, Aila protège à toute vitesse le savoir auquel celle-ci ne doit pas accéder. Par vengeance, la prêtresse efface la totalité des autres souvenirs de sa prisonnière. Réduite à néant, uniquement portée par l’envie instinctive de fuir, Aila arrive à s’échapper. Tristan l’aperçoit au loin et, avec Pardon et Naaly, tente de la rattraper. Elle se faufile dans un conduit et, à peine dans la grotte, la paroi devant elle s’éclaire. Réagissant comme un animal effrayé par les bruits qu’elle entend, elle passe au travers des ondes circulaires.

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La suivant, Tristan et Pardon s’engagent dans le couloir, tandis que Naaly, juste derrière, ramasse des clochettes tombées dans l’herbe. Quand elle pénètre dans la grotte, la porte se rallume et, ensemble, le père et ses deux enfants la franchissent.


Début du tome 6 - Une Vie, voire Deux

Quand La Porte des Temps s'illumine sous les yeux de son gardien, ce dernier doit admettre qu'elle a apporté en Guerek un invité très particulier, enfin, une invitée pour être précis. Face au dédain profond de son neveu, Kerryen, à la tête du royaume, Inou, intendante de la forteresse d'Orkys, prend la situation en mains et décide de s'occuper de cet être presque réduit à un état animal. Au passage, elle embauche Amaury, un soldat de la garnison, ravi de cette aubaine qui lui offre une notoriété imprévue.

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Alors que Kerryen s'interroge sur les agissements d'un empereur noir dont l'armée se rapproche de son pays, Inou, comme à son habitude, dispose de toutes les réponses : il doit réunir au plus vite les souverains des royaumes frontaliers pour organiser une défense commune. De plus, il devrait songer à se marier. S'il reconnaît la validité de la première proposition de sa tante, il refuse d'envisager la seconde ; un seul mariage a largement suffi à le dégoûter définitivement des femmes.

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Malgré tous les soins apportés par Inou et Amaury, la femme arrivée par la porte demeure un corps déserté par tout esprit perceptible, même si, peu à peu, les hématomes de sa peau s'effacent et ses blessures se referment.

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Kerryen entreprend de convier chacun de ses voisins à une grande réunion dans la forteresse d'Orkys. S'il lui paraît simple de convaincre les rois du Pergun et de la Brucie, il se retrouve à ruser pour obtenir l'adhésion du souverain du Kerdal et, en particulier, Eddar le Grand, à la tête de l'Entik. Ce dernier convoitant la porte, il songe que cette femme pourrait représenter un subterfuge suffisant pour l'attirer jusqu'à Orkys.

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Quand Amaury égare son poignard, accompagné de la femme, il retourne à l'écurie et, à peine le temps de le récupérer, découvre qu'elle a disparu. Totalement affolé, il finit par la retrouver en tête-à-tête avec l'impossible étalon de Kerryen, d'un calme remarquable en sa présence.

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Inou, pour la première fois de sa vie, ressent la charge de la gestion de la forteresse sur ses épaules et s'aperçoit qu'elle aspire à changer de vie. Peut-être pourrait-elle rendre visite à ses amis d'enfance... Mukin, herboriste, disposerait éventuellement de baumes susceptibles d'atténuer les cicatrices sur la peau de sa protégée. Confiant peu à peu l'intendance d'Orkys à son assistante, elle prépare son départ.

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Parcourez les coups de cœur de mes premiers lecteurs

Anmarie, De plus en plus fort

Je pensais que je ne pourrais plus être étonnée par le personnage d'Aila… depuis le temps que je la suis…
Je peux dire, aujourd'hui, qu'Ellah m'a littéralement transportée.
Où Catherine Boullery va-t-elle chercher toutes ces aventures, ces descriptions ? avec un souci du détail tellement poussé ?
Encore MERCI Catherine - Vivement la suite !!!
Anmarie

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Client Amazon, Une Vie, voire Deux…

Un tome quelque peu surprenant, puisque l'on ne peut s’empêcher de chercher les parallèles et les liens qui unissent les différentes parties de l'univers créé par Catherine Boullery et un acte final qui nous laisse dans l'attente… Vivement la suite, l'attente sera longue !

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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Quand la première cloche sonna, Aila se leva et regarda par la fenêtre l’attelage d’Hector partir. Il allait lui manquer… Comme le lui avait rappelé son frère, elle se souvint qu’elle fêtait ses dix-sept ans, aujourd’hui. Cependant, elle ne célébrait pas un anniversaire ordinaire… Un peu troublée, elle réalisait que sa vie ne correspondrait pas à celle qu’elle avait choisie, mais uniquement à celle qui lui serait donnée de vivre. Elle serait une combattante qui partagerait le pouvoir des fées, tout un programme… Désormais, son existence se découperait entre les différentes facettes de sa personnalité. Saurait-elle les concilier à chaque instant ? Évitant tout bruit qui perturberait Lomaï, elle s’habilla et rejoignit le manège pour son entraînement.

Quand la deuxième cloche sonna, elle remonta vers sa chambre, espérant le débarquement d’Élina avec le petit déjeuner, elle avait faim et désirait passer du temps avec Lomaï. Élina attendait avec son plateau, et Lomaï, désormais réveillée et radieuse, semblait flotter sur un petit nuage… Cependant, ceci ne l’empêcha pas de s’occuper de sa nouvelle amie.
— Allez-vous mieux, Aila ? Vous paraissiez tellement lointaine, hier. Je me suis inquiétée pour vous.
— C’est gentil, Lomaï, merci, je me sens bien. Depuis que nous nous sommes rencontrées, nous avons passé bien peu de temps ensemble et je me demandais ce que vous aviez vécu après mon emprisonnement.
— Oh ! cela a été terrible ! Après votre départ, je me suis jetée avec colère sur le roi en le traitant de monstre et en le frappant de toutes mes forces, expliqua Lomaï, les yeux brillants. Il a immobilisé mes poignets pour m’obliger à me calmer, il est très fort, vous savez, et m’a décrit que, pour moi, vous vous étiez mise dans une situation désespérée. Il ignorait comment vous sortir de cette impasse, car un échange de vies est irréversible. Il a fait appeler les princes et Aubin, puis nous avons passé la nuit dans la bibliothèque du château, puis dans celle du mage royal afin de rechercher la solution qui pourrait vous sauver.
— Cette période a dû être bien pénible pour vous…
— Oh ! oui, mais certainement moins que la vôtre ! Vous demeuriez dans tous nos cœurs ! Ce fut finalement sire Avelin qui a tiré le livre adéquat et cette mascarade, aussi abominable fût-elle pour vous, restait votre seule porte de survie. Alors, nous nous y sommes tous résignés, y compris votre frère. Je me souviens de son visage, il était livide. Aubin s’est bien occupé de moi depuis que vous m’avez confiée à lui. Enfin, tout le monde s’est montré gentil, même le roi… Le lendemain, je lui ai expliqué ma terrible méprise et il a accepté mes excuses. J’ai failli le tuer et, pourtant, il me pardonne ! Est-ce que vous l’imaginez ? Je dois beaucoup à cet homme d’une grande bonté. Il a offert que je reste ici, puisque je voulais devenir votre humble servante, mais que vous nécessiteriez, à son avis, plus une amie qu’une domestique… Vous savez, ma maman était vraiment une mère dévouée et elle a fait tout ce qu’elle pouvait pour moi. Elle n’a juste pas réussi à nous sortir de la misère et ce n’était pas faute d’avoir travaillé jusqu’à en donner sa vie. À présent, je vis dans un château, je porte de jolies robes même plus rapiécées, j’ai chaud, je n’ai plus faim. Je n’ai jamais été aussi heureuse de ma vie !
Lomaï se mit à tourner sur elle-même, avec grâce. Ses longs cheveux s’épanouirent comme une corolle autour d’elle avant de retrouver leur place lorsqu’elle s’arrêta.
— Alors, plus de combats ? Plus de kendas ? questionna Aila, taquine.
— Si ! Mais je veux également vivre comme une femme…
Aila s’interrogea un instant sur la signification exacte de sa réponse, mais n’approfondit pas le sujet. Voir Lomaï si rayonnante suffisait à son bonheur. Elle lui proposa de retourner à cheval chercher son arbalète et le reste de ses affaires après manger et Lomaï accepta.
— Souhaiterais-tu que je t’apprenne à monter ?
Lomaï rougit violemment et baissa les yeux.
— Ne prenez pas cette peine, je m’exerce déjà. Merci beaucoup.
Tout en parlant, Aila se détourna pour sortir.
— Au fait, Lomaï, plutôt que mon humble servante, je te considère comme une amie. Alors, tu peux me tutoyer…

Ensemble sur Lumière, Aila et Lomaï descendaient une route qui menait à la ville basse. Lomaï n’avait pas rangé ses effets dans la petite maison qu’elle occupait, mais dans une cache qu’elle avait confectionnée sur un toit.
— Ce n’était pas trop difficile de vivre ici ? s’enquit Aila.
— Si. Ici, tous les jours, il faut se battre pour survivre. Mère m’a beaucoup protégée, mais j’ai dû, moi aussi, apprendre à lutter. En permanence, des gens succombent sur le trottoir à cause du froid, de la faim, de la maladie ou parce qu’un plus fort a eu raison de lui. La moindre nourriture donne lieu à des bagarres terribles dans lesquelles notre voisin est prêt à nous arracher les yeux pour récupérer ce que l’on a eu le malheur de dégotter avant lui. Obtenir et conserver une maison requiert une protection. Des bandes se cachent des soldats et font régner leur loi, indépendamment de celle du royaume. Si on les paie, on peut survivre plus longtemps que les autres…
— Et qu’a fait ta mère pour s’en sortir en plus de son travail ?
— Elle plaisait à un chef auquel elle se vendait.
Aucune honte ne ressortait dans les propos de Lomaï, simplement de la fierté.
— Ta mère était vraiment une femme courageuse et déterminée.
— C’est vrai.
— Où est-elle enterrée ?
— Dans la fosse commune… Sans argent, je me suis conformée à ce qu’elle m’avait demandé et je l’ai juste déposée dans la rue pour que la charrette qui passe tous les matins la ramasse et l’emporte.
Sa voix s’étrangla et ce fut un sourire plein de tendresse qui naquit sur les lèves d’Aila.
— Tu es comme elle, Lomaï, courageuse et déterminée.
Elle sentit les bras de Lomaï se resserrer autour de sa taille, le compliment l’avait touchée.
— Et ta maison ?
— Ce n’est déjà plus la mienne. Brigo, celui qui appréciait ma mère, essayait de me convaincre de la remplacer. Comme cela ne me tentait pas alors je m’apprêtais à la quitter…
— Où serais-tu allée ?
— Dans la rue, bien sûr. Regarde, c’est là !
Lomaï descendit de Lumière et escalada rapidement un mur. « Dans la rue », songeait Aila. Elle l’avait ramenée avec elle juste à temps pour lui éviter une vie encore plus précaire… Hors de vue pendant quelques minutes, Lomaï réapparut, tenant un sac.
— Aila, il faut déguerpir. Une des bandes dont je t’ai parlé arrive par une rue voisine. Elle ne vient pas pour nous, mais autant ne pas la croiser.
Son amie en croupe, la jeune femme talonna Lumière qui fila au trot allongé. Les jeunes femmes furent soulagées de revenir dans la ville haute sans rencontre désagréable.

Le déjeuner permit à Sérain de présenter le programme de la journée. Hector parti, les activités reprenaient leur cours habituel. Le repas fini, la réunion commença dans son bureau. Sérain indiqua qu’il ne disposait pas, pour l’instant, de nouvelles de la compagnie menée par Aténor à Pontet, le village de l’aubergiste. Adrien fit le point sur les progrès dans la mise en place des hérauts. Il en avait sélectionné quatre avec soin et avait organisé la répartition des comtés qu’ils prendraient en charge de telle façon que toute information n’excédât pas treize jours pour parvenir aux châteaux principaux les plus reculés.
— Voilà ce que je suggère : notre premier héraut s’occupera de Trérour, Uruduo et Partour. Le suivant traitera Melbour, Valmor et Aroure. Ces deux-là réintégreront rapidement Avotour, il leur suffira de cinq jours pour regagner notre cité par le chemin le plus court. Le troisième couvrira Barnian et Cordor avec dix jours pour revenir.
Adrien montrait au fur et à mesure les trajets proposés sur la carte qu’il avait étalée.
— Le dernier s’activera à Antan, Escarfe et Hanau. De fait, c’est la seule mission qui comporte une durée de voyage de retour aussi longue que celle de l’aller. En conclusion, nous avons atteint notre objectif et pouvons contacter les châteaux principaux de tous nos comtés en moins de deux semaines et encore sans se presser. Cela complète de façon efficace nos cavaliers chargés de transmettre les messages urgents du roi. Je crois qu’Aila a mis l’accent sur une faiblesse de notre système de gouvernement. Nous nous sommes trop reposés jusqu’à présent sur les chaîneries et nous devons absolument reprendre les rênes que nous leur avions laissées sur le cou. À présent, dans les conseils, il faut organiser la mise en place du nouveau procédé de remontée de toutes les informations. Et là, une idée de génie m’a inspiré ! Je suis allé demander à nos conseillers comment faire et, pour une fois, ils m’ont pondu une réponse tout à fait cohérente et convenable qui permettra que, à partir des conseils, les nouvelles du roi soient distribuées jusqu’au plus petit des bourgs. Une fois obtenue la nouvelle liste de villages plus détaillée que celle dont nous disposions, nous serons prêts à tout mettre en fonction. Quand j’ai exprimé mon immense fierté à l’égard de leur travail, ils se sont aussitôt rengorgés. Puis j’ai ajouté que personne d’autre qu’eux ne pouvait expliquer leurs plans aussi bien et donc je les ai chargés individuellement de leur réalisation sur place. Ils ont reçu leur ordre de mission avant-hier et partent à cheval, demain, avec deux gardes chacun.
Adrien étouffa un petit rire avant de poursuivre :
— Pour éviter toute réclamation, ils ont tiré au sort leur destination. Après, s’ils voulaient négocier entre eux, ils le pouvaient. Par conséquent, père, vous voici sans conseillers pour un bon mois, voire plus, avec la tranquillité en prime ! Personnellement, je me réjouis d’avance en imaginant combien la dureté de la selle va les changer désagréablement de la mollesse de leurs fauteuils. Qu’ils aillent donc reprendre contact avec la vraie vie !
Le prince jubilait à juste titre et Sérain souriait. Ils avaient la même prestance, voire même plus affirmée chez le fils.
— Attendez ! Je n’ai pas fini ! reprit-il. Toujours en suivant les précieuses recommandations d’Aila qui nous a bien expliqué que les sollicitations des bourgs lointains pouvaient être négligées, eu égard aux décisions, souvent arbitraires ou égoïstes, des conseils, j’ai fait former douze nouveaux hommes, un par comté dont la mission sera la suivante : parcourir d’un bout à l’autre le territoire qui leur est attribué pour prévenir chaque village, du plus petit au plus grand, de la mise en place dans chaque conseil d’une boîte à doléances où les villageois pourront déposer leurs demandes. Leur contenu sera relevé mensuellement. D’ici quelque temps, nous pourrons constituer une deuxième équipe de hérauts si la première n’y suffisait plus…
Sérain réfléchissait.
— Je pense que cette fréquence conviendra pour l’instant. Malgré tout, prévoir la formation d’autres messagers dès maintenant me semble une sage résolution.
— Bien. Que nous reste-t-il à faire ? Ah ! oui ! À écrire la première lettre du roi à ses citoyens. Que voulez-vous y inscrire ? poursuivit Adrien.
— Nous pourrions annoncer les décisions arrêtées lors de la réunion avec la chaînerie des grains, proposa Sérain. Si nous en prenons de nouvelles d’ici leur départ, nous les rajouterons.
— Je crois qu’il faut attirer l’attention dans les villes sur cette procédure inédite, ajouta Adrien. Nous devons mettre en avant l’intérêt du roi pour ses citoyens. Alors, comment le formuler ?
— Peut-être « La famille royale d’Avotour vous informe des décisions qu’elle a prises. » Qui dit mieux ? demanda Avelin.
 « Le roi Sérain d’Avotour a décidé, pour soutenir son peuple, de faire ci et ça… », proposa Aubin
— Bon début, mais nous, alors ! On n’y évoque pas les princes ! rétorqua Avelin. Il ne faut pas nous oublier ! Une idée, Aila ?
— Non, plutôt une remarque… Nous sommes arrivés à la conclusion que les chaîneries donnaient l’impression d’être les vrais preneurs de décisions et nous cherchons à en prouver la fausseté. Si, dans notre nouvelle démarche, nous ne parlons que du roi, nous négligeons leur rôle. Comme nous, elles ont discuté, négocié, avancé des propositions pour améliorer la situation des leurs et je trouve dommage d’opérer comme elles en les reléguant au rang qu’elles nous attribuaient auparavant. Agir ainsi me semble incorrect.
— C’est quand même moi qui prends les décisions ! s’exclama le roi.
— Je vous l’accorde, mais elles coordonnent un important travail d’assistance, même s’il est partial et imparfait. Je l’ai observé à Antan, elles sont omniprésentes et doivent faire de même partout. S’il est normal qu’ils ne retirent pas toute la gloire de vos résolutions, il me paraît aussi logique de reconnaître et de respecter leur engagement.
— Alors que suggérez-vous ?
 » À l’écoute des demandes de la chaînerie des grains, le roi s’est engagé à… cette dernière assurera leur mise en place dans les conseils principaux. » Enfin, quelque chose dans ce goût-là…
— Aila a raison, ne rendons pas aux chaîneries ce que nous leur reprochons. Personnellement, je vote pour. Alors ? interrogea Adrien.
— Je te suis, dit Avelin.
— En l’absence d’opposition, c’est d’accord, conclut le roi.
Elle remarqua qu’Hubert n’avait pipé mot. Et dire qu’ils allaient bientôt voyager ensemble pour une longue mission…
— Passons au sujet suivant, poursuivit Sérain. Un messager est parti ce matin chercher des kendas. J’espère bien que, parmi eux, se trouvera celui qui m’est destiné, puisque Lomaï s’est approprié celui qu’Aila avait déniché… D’ailleurs, à ce sujet, je désirais vous annoncer que j’ai fait remercier le brave boutiquier en lui offrant deux sequins. Je présume que ceci suffira…
Elle garda pour elle que le vieil homme n’en escomptait qu’un. Après tout, peut-être valait-il plus au regard du bonheur qu’il avait procuré à Lomaï. Un petit coup d’œil vers la jeune femme lui apprit que cette dernière rougissait encore en référence à l’allusion que le roi avait glissée à son propos.
— Je crois qu’à présent nous avons épuisé toutes les questions. Nous allons pouvoir lever la séance.
— Sire ? intervint Aila. Il en reste une que vous n’avez pas évoquée. Maintenant qu’Hector est parti, je m’attendais à perdre mon statut de promise et vous ne l’avez pas abordé.
Elle perçut la gêne du roi ainsi qu’un rapide échange de coups d’œil entre Adrien et Avelin. Allons donc, qu’est-ce qu’ils avaient bien pu inventer pour qu’elle demeurât la promise d’Hubert ? Elle sentit l’énervement pointer le bout de son nez…
— Auriez-vous encore prévu un bal en présence d’un nouvel ami ? s’enquit-elle, innocemment, bien que personne ne fût dupé par l’ironie qui perçait sous son ton. Votre Majesté, vous m’aviez dit que, si je voulais que cette situation cesse, il me suffisait de le demander. Alors, je le réclame, je souhaiterais reprendre ma place de combattante et ne plus jouer à la fausse promise. S’il vous plaît…
Sérain paraissait particulièrement gêné.
— Je ne peux plus malheureusement répondre positivement à votre requête aujourd’hui.
— Quoi ! Mais pourquoi ? Qu’y a-t-il de nouveau depuis hier ?
— Ce matin, j’ai reçu une lettre très officielle du roi de Wallanie qui désire marier sa fille aînée à notre prince héritier, ce qui me place dans la situation délicate de ne pouvoir lui refuser cette union, dont je ne veux pas pour l’instant, sauf si Hubert est déjà promis à une autre dame…
Aila était anéantie.
— Pardonnez-moi, Votre Majesté. Cette supercherie sera très vite éventée. Personne ne peut se tromper très longtemps sur les relations entre votre fils et moi.
— Hector l’a bien été ! Cela suffira, répliqua Hubert vertement.
— Non, vous êtes dans l’erreur ! Hector n’a pas été berné le moins du monde.
— Quoi ! Que lui avez-vous raconté ? Vous êtes donc incapable de vous taire ! s’énerva immédiatement le prince.
— Je n’ai rien dévoilé ! Il m’a posé la question et je lui ai avoué la vérité ! Peut-être êtes-vous susceptible de mentir à votre meilleur ami, moi pas !
— Et qu’a-t-il répondu ?
— Vous voulez vraiment savoir ce qu’il a dit ?
— Oui !
— Eh bien, vous l’aurez voulu ! Il a dit : « Hubert se comporte comme un imbécile en n’ayant pas deviné la femme que vous cachez… » Ceci vous convient-il ou vous en voulez encore ? Désirez-vous que j’évoque le magnifique baiser que vous m’avez donné pour faire plaisir à votre second père ? Jusqu’à quelle compromission êtes-vous prêt à vous abaisser, sire Hubert, pour sauver votre face ?
Le ton montait. Comme deux coqs parés pour l’affrontement, chacun était dressé sur ses ergots.
— Je suis prêt à me traîner dans la poussière pour mes amis, si nécessaire !
Aila explosa de colère.
— C’est à cela que vous me comparez ! Vous choisissez bien mal vos promises, sire Hubert ! À moins que vous ne preniez juste que ce vous êtes capable de dégotter !
— Je vous interdis de dire cela !
— Il ne suffit pas de l’interdire, il faut aussi prouver le contraire !
— Assez !
La voix du roi s’éleva comme le tonnerre et coupa court à la dispute.
— Non, mais regardez-vous ! Sous mes yeux, j’ai deux morveux immatures en train de se quereller ! Si vous étiez des enfants, je vous renverrais sur-le-champ dans vos chambres, sans manger ! Et dire que c’est à des gamins, incapables de contrôler leurs émotions, que je vais confier une des missions les plus importantes pour notre pays ! Je vous accorde une heure pour régler vos différends et quand, dans une demi-cloche, je reviendrai, je veux voir des adultes sensés ! Ai-je été clair ?
Elle baissa la tête, mais pas son fils aîné qui regarda son père bien en face, sans aménité.
— Venez, dit le roi aux autres participants, laissons-les grandir ensemble !

Aila et Hubert se retrouvèrent tous les deux, seuls, dans le bureau, l’éclat de leur dispute résonnant encore à leurs oreilles. Le prince se leva pour se camper devant le feu, lui tournant ostensiblement le dos. Le silence s’installa. Aucun des deux ne parlait. Aila se torturait la tête pour répondre aux attentes de Sérain, mais rien ne lui traversait l’esprit. Elle repensait à tous les moments qu’elle avait partagés avec Hubert, les franchement désagréables comme les autres où elle avait senti battre son cœur plus vite…
— Qui êtes-vous, sire Hubert ? Moi, j’ai besoin que vous me l’expliquiez, parce que je ne sais pas.
— Et en quoi cela peut-il vous intéresser ?
— En rien. Je disais juste cela pour causer ! Regardez-vous ! Vous n’êtes même pas capable de me répondre simplement. J’essaie de déployer des efforts et votre seule réaction consiste à m’envoyer promener ! Par les fées, quel grand communicateur vous êtes ! J’espère que votre père n’attend pas que vous lui serviez de diplomate !
— Laissez mon père en dehors de cela ! S’il s’est emporté contre moi, c’est uniquement de votre faute !
— Non ! Il s’est irrité contre nous, et nous le méritions autant l’un que l’autre ! Reconnaissez-le ! En face de moi, vous perdez le contrôle de la situation ! Parfois, vous me donnez l’impression que vous n’attendez que cela pour exister. À croire que votre vie est vide à en mourir !
Hubert se tourna vers elle, son regard figé dans une expression qu’elle ne déchiffra pas.
— Pourquoi dites-vous cela ?
— Quoi ?
Aila était tellement énervée qu’elle ne savait même plus ce qu’elle venait de déclarer.
— Que ma vie est vide à en mourir, précisa Hubert.
Il avait l’air si blessé qu’elle fut déchirée par les remords d’avoir parlé sans réfléchir.
— Souvent, vous paraissez si froid, si distant, comme si vous ne ressentiez rien… Et puis, à d’autres moments, vous êtes charmant, voire prévenant comme avec dame Éléonore, même si cette façon d’agir apparaît plutôt rarement envers moi…
Elle n’ajouta pas le mot troublant qui lui vint à l’esprit et reprit rapidement :
— Je n’arrive pas à vous suivre, je n’arrive pas à vous faire confiance. Parfois, vous me donnez l’impression d’être unique et puis, l’instant d’après, vous êtes terriblement blessant à mon égard. Mais qu’est-ce que je vous ai fait pour que vous me détestiez autant ?
— Je ne vous déteste pas.
— Mais alors, expliquez-moi !
— Il n’y a rien à expliquer. Vous êtes agaçante, c’est tout !
— Eh bien non, ce n’est pas suffisant ! Vous ne pouvez pas justifier votre comportement par un seul mot sur moi ! Et vous, qu’êtes-vous donc ?
— Un imbécile, vous l’avez déclaré vous-même, répondit-il, en répétant la phrase d’Hector…
Elle se sentit affreusement gênée.
— Il n’a pas dit que cela, il vous estime énormément.
— Alors qu’a-t-il raconté d’autre que je ne sache pas ?
— Il a affirmé que vous vous étiez emmuré vivant dans un silence que vous ne saviez plus briser.
— Vous pouvez m’indiquer pourquoi il vous raconte cela à vous et pas à moi !
— Oui, tout à fait. Je me répète : parce que vous vous êtes emmuré vivant dans un silence que vous ne savez plus briser…
Il s’assit, inclinant sa tête qu’il prit entre ses mains. Aila se rapprocha.
— Peut-être que si vous vous laissiez aller juste un petit peu, vous pourriez partager plus avec ceux qui vous entourent. Tous vos proches vous aiment et vous respectent.
— Qu’en savez-vous ?
— Avelin l’a évoqué avec moi et son regard affiche les mêmes sentiments que ceux que je perçois dans les yeux de sire Adrien et de votre père.
— Il vous en a parlé… C’est fou tout ce que les gens peuvent vous raconter.
— Vous ne croyez pas si bien dire ! Je sais aussi qu’ils vous ont fait boire…
Totalement abasourdi, il leva la tête. Comment ses frères avaient-ils osé en discuter avec elle ?
— Et que vous, en réponse à cette offense, les aviez punis. Avez-vous un instant essayé de comprendre leurs motivations ? poursuivit-elle, impitoyable.
Il secoua la tête.
— Vous être triste, sire Hubert, enfermé dans un monde sans joie et sans plaisir. Comme moi, vous voulez tout contrôler. Malheureusement, vous n’y arrivez pas et vous ne l’acceptez pas. Regardez-moi ! Vous me déplacez comme une potiche décorative depuis le début, robe, bal et pas le moindre petit mot gentil pour m’encourager à me déguiser en femme. Vous me faites valser comme une reine, m’embrassez dans un jardin obscur et ne m’adressez plus la parole après… Vous me sauvez, puis vous m’abandonnez. Ai-je donc si peu de valeur à vos yeux ?
— Non, ce n’est pas cela…, répondit-il, avec une douceur surprenante au cœur de leur discussion avant de s’énerver à nouveau. Mais vous êtes tellement incontrôlable ! Vous contestez mes ordres, combattez mieux que moi et accaparez la place auprès de mon père…


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