Une Vie, voire Deux, tome 6 de la saga de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy

Note : 4.6 / 5 avec 283  critiques

Le début de l'histoire

Résumé du tome 5 - La Porte des Temps

Plus de quinze ans se sont écoulés depuis les dernières batailles de Wallanie et la disparition de la magie. Depuis, à Antan, Aila et Pardon ont mené une vie tranquille avec leurs deux enfants, Naaly et Tristan, aujourd’hui adolescents. Pardon s’occupe avec Bonneau, son beau-père, et Hang, son ami, du manège de la ville. Bien loin d’Avotour, la prêtresse Ozyrile est prête à tout pour corriger les erreurs du passé. Dans ce but, elle a recréé une porte des temps dont une pièce lui manque encore : la clé qui l’activera. Alors qu’elle cherche qui pourrait lui apporter les connaissances nécessaires, son choix s’arrête sur celle qu’elle suspecte d’avoir été La Dame Blanche pendant les ultimes combats, mais qui ne ressemble plus du tout à un être de toute puissance. Entre une fille rebelle et un fils transparent, seul le mari trouve grâce à ses yeux. Mais, pour l’instant, elle se contente de la compagnie de Marin, son homme à tout faire, pour satisfaire tous ses désirs… Depuis plusieurs mois, Aila se sent ballottée entre ce troisième enfant qu’elle souhaite et qui se refuse à elle, les difficultés de son couple et sa relation compliquée avec Naaly. Le trouble devient si profond qu’elle s’en va d’Antan sans prévenir quiconque. En chemin, elle croise une vieille femme qui lui offre plusieurs présents, dont une pierre noire que cette dernière attache autour de son cou. Dès le lendemain, Aila a tout oublié de son pendentif à présent invisible sur sa peau, ainsi que des paroles effrayantes de son interlocutrice sur son avenir. Pensant que sa mère ne les a pas quittés de son propre chef, Tristan s’enfuit. Pardon part à sa poursuite, accompagné de Naaly et de Hang. Arrivé à Avotour, Pardon décide de laisser les adolescents sous la garde de Bonneau et reprend la route avec Hang sur les traces de son épouse. Malheureusement, Tristan échappe à la surveillance de son grand-père, bientôt suivi par Sekkaï, puis Merielle, les enfants de Sérain et Lomaï d’Avotour, et Naaly. Attaquée par des brigands, Aila se sépare de Lumière, sa jument, et, après une chute et un choc à la tête, perd la mémoire. Clara et Pierre la recueillent et elle retrouve des réflexes anciens comme celui de se battre avec son kenda.

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Trompés par des traces qui s’entremêlent, Pardon et Hang privilégient la piste de Lumière. Pénétrant dans le repaire d’un bandit qui écume Avotour, le Loup, les deux hommes parviennent à libérer le cheval tout en dévastant le lieu ; le Loup meurt de la main du Hagan. Pendant ce temps, Tristan et son groupe ne commettent pas la même erreur que Pardon et se dirigent vers l’ouest. Découvrant la disparition des enfants, dont ses jumeaux, Lomaï, assistée de Bonneau et d’Aubin, le frère d’Aila, part à leur recherche. En chemin, Manier, un noble qui fréquente occasionnellement la forteresse, leur propose de se joindre à eux. La reine, rappelée à Avotour, confie à Bonneau et Aubin le soin de poursuivre cette mission. En compagnie de Manier, elle revient juste à temps pour accompagner son mari dans ses ultimes heures.

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Après quelques jours passés chez Clara et Pierre, Aila se sent mieux et songe à reprendre la route. Pour la remercier de tout ce qu’elle leur a apporté, Clara et Pierre lui offrent le cheval de leur fils décédé, Souffle. Attirée par le pays Hagan, elle met le cap vers l’ouest. En raison de la mésentente entre Naaly et les garçons, le groupe éclate. Pendant qu’une partie continue sa quête, la jeune fille retourne sur ses pas jusqu’au moment où Hang la repère. Contrainte et forcée, elle rejoint son père, tandis qu’à eux trois s’ajoutent presque simultanément Aubin et Bonneau. Toujours sur les traces d’Aila, ensemble, ils rencontrent Clara et Pierre qui leur apprennent qu’ils ont croisé les adolescents et leur indiquent la direction empruntée par Aila, privée de sa mémoire. Ils leur confient Lumière. Pendant ce temps, à la forteresse d’Avotour, après l’inhumation de son mari et sous l’impulsion d’Adrien, Lomaï décide d’effectuer la recherche de ses enfants elle-même ; Manier lui propose de l’accompagner.

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Dénuée de souvenirs, Aila se sent revivre en pays Hagan, ressentant un souffle intérieur comme le réveil d’une seconde personnalité. Au fur et à mesure de leur progression, sous les regards étonnés des jumeaux, l’attitude de Tristan se modifie ainsi que son aspect physique : derrière son habituelle allure transparente jusque-là se révèle une insoupçonnable maturité. Bientôt arrivent les retrouvailles avec Pardon qui le talonne. Malheureusement, le père et le fils s’affrontent aussitôt quand le premier veut rentrer en Avotour et que le deuxième s’y oppose. La situation se complique nettement au moment où Sekkaï et Merielle prennent le parti du garçon et encore plus quand Pardon, soucieux de comprendre Tristan, apprend que la magie n’a jamais disparu… Si, pour son père, le choc est rude, particulièrement en songeant à sa femme qui désirait protéger ses enfants de son emprise, pour Naaly, il relève du traumatisme. Alors qu’elle déteste ouvertement son frère, elle refuse que cet avorton et ses pouvoirs éclipsent son émérite talent de combattante. Le lendemain, elle déserte le groupe et repart vers Avotour, tandis que, la mort dans l’âme, Pardon se résout à poursuivre sa route sans elle. Bientôt, Naaly change d’avis et choisit de les suivre sans se faire repérer.

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Aila continue son périple en pays Hagan, cherchant dans la dépense physique un exutoire à sa mémoire défaillante, malgré la remontée aléatoire de bribes de souvenirs. Quand elle voit une contrée montagneuse inconnue perdue dans les brumes sur l’horizon, elle décide de s’y rendre. En chemin vers la Wallanie, chaque jour un peu plus elle fuit la compagnie des hommes. De son sac tombent les clochettes de Topéca ; sans identifier leur origine, elle les range dans sa poche. Alors que les ultimes participants à la quête viennent d’arriver en les personnes de Lomaï et Manier, Hang, désireux ne pas manquer la naissance de son premier enfant, profite de son retour vers Avotour pour faire la leçon à Naaly ; cette dernière rallie leur destination quand celui-ci entame sa descente en Brucie pour rejoindre le Guerek. Au cours d’une pause, Pardon annonce à sa fille son rôle de clé dans la guerre en Wallanie.

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Si le regard de la sœur change peu à peu sur son frère, en revanche, Naaly continue de détester ouvertement le prince. Lorsque la troupe se retrouve au cœur d’un conflit qui oppose Entik et Kerdal, il se jette dans une rivière pour se soustraire à la charge d’une armée sur leur piste. Emportés par le flot, Naaly et Sekkaï sont séparés du reste du groupe. Contre toute attente, cette situation périlleuse révèle les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Après avoir sauvé Naaly grièvement blessée dans un éboulement, Tristan, pour se ressourcer, tombe jusqu’à la source de la magie et y perçoit la présence d’une ennemie, une femme grimée à laquelle cette entité bienveillante lui permet d’échapper. Il met en garde son père contre elle et lui recommande de ne pas utiliser ses pouvoirs tant qu’ils ne l’ont pas identifiée. Arrivée au Guerek, Aila rencontre le roi spectral, un homme dont les os ont été brisés bien des années auparavant. Au cours de la soirée passée avec lui, la mémoire lui revient et elle décide de retourner en Avotour retrouver les siens. Le lendemain, alors qu’elle est sur le point de partir, la sœur du souverain la rejoint et lui demande d’apporter une bourse à une herboriste de sa connaissance. La combattante accepte. Parvenue au domicile de cette dernière, elle est piégée par cette femme qui veut obtenir d’elle les renseignements qui lui manquent et explore son esprit à leur recherche. Comprenant les intentions d’Ozyrile, Aila protège à toute vitesse le savoir auquel celle-ci ne doit pas accéder. Par vengeance, la prêtresse efface la totalité des autres souvenirs de sa prisonnière. Réduite à néant, uniquement portée par l’envie instinctive de fuir, Aila arrive à s’échapper. Tristan l’aperçoit au loin et, avec Pardon et Naaly, tente de la rattraper. Elle se faufile dans un conduit et, à peine dans la grotte, la paroi devant elle s’éclaire. Réagissant comme un animal effrayé par les bruits qu’elle entend, elle passe au travers des ondes circulaires.

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La suivant, Tristan et Pardon s’engagent dans le couloir, tandis que Naaly, juste derrière, ramasse des clochettes tombées dans l’herbe. Quand elle pénètre dans la grotte, la porte se rallume et, ensemble, le père et ses deux enfants la franchissent.


Début du tome 6 - Une Vie, voire Deux

Quand La Porte des Temps s'illumine sous les yeux de son gardien, ce dernier doit admettre qu'elle a apporté en Guerek un invité très particulier, enfin, une invitée pour être précis. Face au dédain profond de son neveu, Kerryen, à la tête du royaume, Inou, intendante de la forteresse d'Orkys, prend la situation en mains et décide de s'occuper de cet être presque réduit à un état animal. Au passage, elle embauche Amaury, un soldat de la garnison, ravi de cette aubaine qui lui offre une notoriété imprévue.

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Alors que Kerryen s'interroge sur les agissements d'un empereur noir dont l'armée se rapproche de son pays, Inou, comme à son habitude, dispose de toutes les réponses : il doit réunir au plus vite les souverains des royaumes frontaliers pour organiser une défense commune. De plus, il devrait songer à se marier. S'il reconnaît la validité de la première proposition de sa tante, il refuse d'envisager la seconde ; un seul mariage a largement suffi à le dégoûter définitivement des femmes.

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Malgré tous les soins apportés par Inou et Amaury, la femme arrivée par la porte demeure un corps déserté par tout esprit perceptible, même si, peu à peu, les hématomes de sa peau s'effacent et ses blessures se referment.

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Kerryen entreprend de convier chacun de ses voisins à une grande réunion dans la forteresse d'Orkys. S'il lui paraît simple de convaincre les rois du Pergun et de la Brucie, il se retrouve à ruser pour obtenir l'adhésion du souverain du Kerdal et, en particulier, Eddar le Grand, à la tête de l'Entik. Ce dernier convoitant la porte, il songe que cette femme pourrait représenter un subterfuge suffisant pour l'attirer jusqu'à Orkys.

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Quand Amaury égare son poignard, accompagné de la femme, il retourne à l'écurie et, à peine le temps de le récupérer, découvre qu'elle a disparu. Totalement affolé, il finit par la retrouver en tête-à-tête avec l'impossible étalon de Kerryen, d'un calme remarquable en sa présence.

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Inou, pour la première fois de sa vie, ressent la charge de la gestion de la forteresse sur ses épaules et s'aperçoit qu'elle aspire à changer de vie. Peut-être pourrait-elle rendre visite à ses amis d'enfance... Mukin, herboriste, disposerait éventuellement de baumes susceptibles d'atténuer les cicatrices sur la peau de sa protégée. Confiant peu à peu l'intendance d'Orkys à son assistante, elle prépare son départ.

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Parcourez les coups de cœur de mes premiers lecteurs

Anmarie, De plus en plus fort

Je pensais que je ne pourrais plus être étonnée par le personnage d'Aila… depuis le temps que je la suis…
Je peux dire, aujourd'hui, qu'Ellah m'a littéralement transportée.
Où Catherine Boullery va-t-elle chercher toutes ces aventures, ces descriptions ? avec un souci du détail tellement poussé ?
Encore MERCI Catherine - Vivement la suite !!!
Anmarie

Sur UPblisher
Client Amazon, Une Vie, voire Deux…

Un tome quelque peu surprenant, puisque l'on ne peut s’empêcher de chercher les parallèles et les liens qui unissent les différentes parties de l'univers créé par Catherine Boullery et un acte final qui nous laisse dans l'attente… Vivement la suite, l'attente sera longue !

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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Quelques secondes suffirent à Aila, la tête sur l’oreiller, pour s’endormir. Quand Élina la réveilla une demi-cloche plus tard, quelques secondes lui furent nécessaires pour reconstituer le début de sa journée. Son sentiment d’urgence ravivé, elle prit sa ceinture à onguents, son kenda et se précipita dans les escaliers vers la cour où les deux plus jeunes princes l’attendaient déjà, Lumière à leur côté.
— Deux hommes pour moi toute seule ! Quel incroyable privilège !
— Et faudra pas t’y habituer ! plaisanta Avelin.
Elle talonna Lumière et partit au trot, suivie des deux frères. La ville dépassée, ils allongèrent l’allure pour gagner Pontet le plus rapidement possible. Ils profitèrent de la traversée des villages pour partager entre eux les informations rapportées par le capitaine Aténor. Dès le début de la mission, l’étang avait été interdit à la population, par précaution. Arrivés à Pontet, les cavaliers avaient cherché à prouver le lien entre la nature de son eau et les décès quand, tout d’un coup, tout s’était emballé. Les gens tombaient malades les uns après les autres. Les soldats avaient assisté de leur mieux les villageois paniqués, sans parvenir à endiguer la fulgurante propagation du mal. L’apparition de la mort dans la nuit avait décidé le capitaine, dépassé par les événements, à retourner au château avec tous ses hommes, promettant de revenir avec de l’aide le soir même. La troupe était partie ce matin de très bonne heure, après avoir mis le village en quarantaine et donné l’ordre d’exécuter toute personne qui se risquerait à le quitter.
Alors que leur arrivée à Pontet était imminente, les princes et Aila s’arrêtèrent un instant.
— Par quoi commençons-nous, Aila ? demanda Adrien.
— Par l’étang, je suis convaincue que les problèmes viennent de là. Si nous voulons stopper cette hécatombe, je dois découvrir qui disperse ce poison et l’éliminer.
Suivant les indications transmises par le capitaine Aténor, ils tombèrent rapidement sur le lac. Elle descendit de cheval.
— Y a-t-il un risque pour que le virus s’en prenne à nos montures ? s’enquit Avelin, tout de même inquiet.
— Non, je ne le crois pas, sinon je l’aurais su, répondit la jeune fille.
Elle se plaça devant l’étendue d’eau, la sondant de son esprit, tentant de localiser la source du mal.
— Je vais plonger.
— Où ? s’exclama Avelin.
— Dans l’étang. Je dois neutraliser l’origine de la maladie.
Adrien la retint par le bras, l’air grave.
— Je ne peux pas vous laisser exposer votre vie de façon inutile et si je dois vous en empêcher par la force, je le ferai, même si je doute de prendre le dessus. Je ne me rendrai pas sans me battre !
Elle lui sourit avec gentillesse et posa sa main sur la sienne.
— Ne vous inquiétez pas pour moi, je serai protégée par une bulle que les fées m’ont appris à créer. Par contre, je solliciterais votre courtoisie en vous priant de vous tourner de l’autre côté, ajouta-t-elle en rougissant, je n’ai pas de quoi me changer et je vais me déshabiller pour ne pas risquer de mouiller mes affaires. Vous voulez bien ?
— Est-ce certain que vous ne craignez rien ? insista Adrien.
Elle hocha la tête, sans hésitation.
— Viens, Avelin, allons allumer un feu là-bas, proposa-t-il.
Il ajouta à l’attention d’Aila, saisissant un objet derrière sa selle :
— Tenez, c’est pour vous. Ma couverture vous réchauffera quand vous sortirez de l’eau…
Elle le remercia, puis se glissa derrière un arbre à l’abri des regards. Elle ôta ses affaires et contempla l’étang dont la surface lisse ne reflétait pas le trouble dont il était la cause. Qu’allait-elle découvrir sous ce miroir ?
— J’espère, mes petites fées, que j’ai correctement assimilé ce que vous m’avez appris, parce que, là, je joue ma vie et bien plus encore !
Et elle se lança. La bulle se forma autour d’elle dès que son corps atteignit l’eau, telle une seconde peau à travers laquelle elle pouvait même respirer. Aila tendit tous ses sens pour trouver les racines du mal, se dirigeant en aveugle vers le signal de danger qu’elle percevait.
— Par les fées, si seulement je pouvais disposer d’un peu de lumière…
Il suffisait de le demander et la bulle se mit à rayonner doucement, perçant l’obscurité des profondeurs, à la plus grande stupéfaction de la jeune fille qui ne se souvenait pas de détenir ce pouvoir-là… En tout cas, c’était parfaitement adapté à la situation ! Elle continua à descendre et découvrit, nichée tout au fond de l’étang, une espèce d’affreuse plante, affreuse et meurtrière… Cette dernière libérait, à chaque ondulation de ses feuilles, des milliers de petites vésicules vertes, brassées par le vent et les poissons, qui allaient répandre leur poison dans toute la pièce d’eau. Enfin, était-ce vraiment une plante ? Aila ne savait plus rien avec certitude. Envahie par le doute, elle ne percevait que des sensations contradictoires dont elle n’analysait pas la nature. Intérieurement, elle espérait que la magie des fées ne reconnaîtrait pas en cette abomination un être vivant, sinon, par ses seuls moyens, elle n’aurait aucune chance de la détruire, et que ferait-elle donc alors ? Contenant ses craintes, elle projeta de toutes ses forces son esprit vers la plante, la cristallisant dans ses moindres recoins. Progressivement, cette dernière se figea, comme prise dans un cocon de glace, cessant dans le même temps de disséminer le mal qui était en elle. Aila patienta un instant, elle voulait être certaine que son action suffirait, puis, rassurée par l’atténuation du signal de danger, elle remonta à la surface, prenant conscience du froid qui la fit frissonner. Elle s’occuperait plus tard de la menace potentielle des vésicules qui flottaient encore, entre deux eaux. Pour l’instant, elle avait des hommes à sauver. Elle sortit du lac, sèche mais frigorifiée. Grelottant de tous ses membres, elle enfila rapidement ses affaires et passa la couverture autour d’elle avant de rejoindre les deux princes qui attendaient devant le feu. Ils avaient fait chauffer un peu d’eau.
— Une boisson chaude ? Ne me dites pas non. Vous avez beau ne pas être mouillée, vous êtes bleue ! s’exclama Adrien.
Elle s’assit à côté d’eux et prit le temps d’avaler à petites gorgées la tisane brûlante qui la réchauffa de l’intérieur. Ensuite, ils ramassèrent rapidement leurs affaires et se dirigèrent vers le village. Le signal de danger d’Aila se réveilla, brutal, presque insupportable… De Pontet, une souffrance émanait avec une si forte puissance que chacun de ses muscles, se crispant, en devenait douloureux. Elle arrêta les princes.
— Je vous invite à demeurer ici, en sécurité. Je ne voudrais pas endosser la responsabilité de la mort de deux des fils du roi…
— Pas question, je suis un vrai partenaire et je t’accompagne ! répliqua Avelin.
— Et je ne resterai pas derrière ! ajouta Adrien, tout aussi déterminé.
— Alors, descendez de cheval, je vais m’efforcer de créer une protection autour de vous. Cependant, je ne suis en rien certaine de sa totale efficacité…
Ses mains tendues vers eux, son esprit balaya leurs corps, nourrissant le bouclier qu’elle construisait à proximité d’eux de toute sa tendresse, sa générosité et son abnégation… Sa pensée rebondit de Barou à dame Mélinda en passant par Hamelin, ces personnes qu’elle aimait plus que tout et qui lui avaient donné plus qu’elle ne pourrait jamais leur rendre. Elle s’était convaincue que si une chose devait protéger les princes d’une éventuelle contamination, ce serait la force de l’amour dont elle les avait enveloppés…
— Allons-y maintenant.

Ils arrivèrent au village, découvrant les ravages de la maladie. Tous les râles, les plaintes, les gémissements résonnaient dans la tête d’Aila et des larmes se mirent à couler sur ses joues sans qu’elle les contrôlât. Mais par où devait-elle commencer pour soulager ces villageois torturés de douleur ? Touchés par l’atmosphère lugubre qui les entourait, Avelin et Adrien gardaient le silence, la mine sombre et le cœur lourd. Alors qu’ils descendaient de leurs chevaux, un homme accourut, le souffle court et l’inquiétude perceptible.
— Messires, ma dame, il vous faut partir très vite. Vous n’auriez jamais dû rentrer, des gardes auraient dû vous en empêcher. Je me nomme Dopier, chef du conseil de Pontet. Notre village a été mis en quarantaine, car nous mourons tous les uns après les autres.
— C’est pour cette raison que nous arrivons, dépêchés par le roi. Voici les princes Avelin et Adrien d’Avotour et je suis Aila Grand. Nous devons agir vite.
Une lueur d’espoir s’alluma immédiatement dans le regard de l’homme.
— Quelle est cette salle ? questionna-t-elle, en désignant un bâtiment muni de grandes fenêtres.
— Celle du conseil, répondit Dopier.
— Bien. Localisez les malades les plus atteints et amenez-les ici. Ce sont eux que je dois les guérir en premier ainsi que les enfants et les personnes âgées qui sont plus fragiles devant la maladie. Faites enterrer les cadavres au plus vite pour éviter une transmission encore plus rapide.
Le chef du conseil acquiesça et tout s’enchaîna alors très vite. Elle plongea dans les corps les uns après les autres, détruisant le mal, s’épuisant peu à peu. Quand Avelin et Adrien voulurent qu’elle mangeât un peu, elle refusa, ne souhaitant pas s’interrompre sous peine de ne plus repartir. Trop de souffrance hantait son esprit et son corps flanchait, perclus de douleurs. Le jour déclina, la nuit envahit le village moribond et s’écoula, à la fois trop vite et pas assez. Les traits tirés, le visage fermé, la jeune fille passa le dos de sa main sur son front, puis regarda autour d’elle pour appeler le suivant. Adrien s’approcha.
— Aila, il faut vous arrêter. Vous avez guéri tous ceux dont la vie ne tenait qu’à un fil. Reposez-vous quelques cloches et c’est un ordre cette fois.
Le prince la fixait de ses yeux dorés. Malgré sa simplicité, il affichait cette forme de majesté innée qui impressionnait Aila. Comme le courage lui manquait pour se rebeller, elle le suivit jusqu’à une petite maison attenante à la salle du conseil. Elle voulut s’asseoir un instant auprès d’Avelin, mais, à peine avait-elle touché le lit qu’elle glissa sur le côté, sa tête tombant sur l’épaule du jeune homme, elle dormait déjà.
— Adrien, j’ai besoin de toi…, murmura-t-il.
Adrien tourna les yeux pour découvrir son frère, coincé entre le mur et Aila, n’osant plus bouger de peur de la réveiller. Un sourire aux lèvres, il attrapa la jeune fille, puis l’allongea, tandis qu’Avelin gagnait un autre lit. Un coup fut frappé à la porte.
— Avelin, va voir.
Comme personne ne remuait, Adrien se retourna une nouvelle fois, constatant que son frère sommeillait lui aussi… Résigné, il alla ouvrir. Dopier, contrit, s’excusa de sa présence avant d’enchaîner :
— Mon bon sire, où est la dame qui guérit ?
— Elle dort. Elle doit absolument se reposer avant de recommencer à vous secourir…
— Je le comprends. Cependant, nous venons de retrouver une gamine qui pleure de chagrin et de douleur, seule survivante de sa famille qui habitait dans une maison très à l’écart du village. Des hommes sont en train d’enterrer ses parents et son frère. La dame désirait soigner tous les enfants et, comme la fillette me paraît au plus mal, nous avons pensé…
Dopier laissa sa phrase en suspens, attendant la décision du prince. Adrien tenait pour certain que si la petite fille mourait avant le réveil d’Aila, cette dernière ne se le pardonnerait jamais. À moins que cela fût à Adrien qu’elle en voudrait éternellement et il ignorait s’il saurait le supporter.
— Allez chercher l’enfant, je réveille Aila.
Adrien s’approcha de la jeune fille et la regarda dormir. Elle dégageait une telle sérénité dans son sommeil qu’il se laissa absorber un court moment avant de se décider à l’éveiller. Il lui parla doucement sans obtenir de réaction, puis tapota son épaule sans plus de succès. Il hésitait encore à la secouer plus fort quand il vit une larme couler le long de la joue d’Aila. Les yeux embués, elle les ouvrit et son regard douloureux coupa la respiration du prince l’espace d’un instant.
— Ils ont trouvé une autre petite fille, lui dit Adrien.
— Je sais, je l’ai sentie, elle va si mal…
Il perçut le doute dans sa voix, celui de pouvoir la sauver. Alors qu’il lui prêtait la main pour se redresser, elle posa sa paume sur son épaule un moment.
— Votre bouclier résiste, vous êtes encore protégé. Aidez-moi à rejoindre Avelin, je veux examiner le sien.
Soutenue par le prince, elle vérifia celui du corps endormi d’Avelin et hocha la tête, satisfaite avant de retourner s’asseoir sur son lit.
— Les voilà. Pouvez-vous me ramener l’enfant, je vous prie ? Demandez-leur son prénom.

Sur le pas de la porte, Adrien saisit dans ses bras la petite Niamie qui pleurnichait, si frêle et si pâle. Il la déposa en face d’Aila qui commença son combat presque perdu d’avance. Alors que la jeune fille n’avait échangé que quelques propos rassurants avec chaque personne soignée, ce fut un flot de paroles dont elle enveloppa l’enfant qui gémissait sans répit. Elle lui racontait sa vie lorsque les beaux jours reviendraient, lui parlait du goût des pommes et du jus de ces dernières qu’elles boiraient ensemble.
— Tu sais, un jour, si j’ai une petite fille, je voudrais qu’elle te ressemble. Deux yeux verts, aussi clairs que les tiens, éclaireraient son visage, ouvert sur le monde, et sa jolie peau, dorée par le soleil, serait à croquer. Elle posséderait le même rire que celui qui résonne dans l’air quand tu es heureuse et une volonté de vivre aussi forte que la tienne. Je l’emmènerais se promener longuement à cheval et je lui apprendrais à se battre. Je lui expliquerais les fleurs et les plantes et je lui enseignerais le bonheur d’être, celui de se contenter de ce que la vie vous donne et de savoir se relever quoi qu’il arrive. Allez, vis, ma douce, vis ! Tu as encore un monde à ta portée ! Reviens avec moi, je t’en prie. Tu ne me laisserais sûrement pas tomber si tu te doutais à quel point j’ai besoin que tu survives…
Malgré sa fatigue, le cœur étreint, Adrien, qui ne les avait pas quittées des yeux, écoutait chaque mot prononcé, sous le charme de la voix chaude et convaincante d’Aila. Puis, quand cette dernière ne fut plus qu’un murmure, il réalisa à quel point la jeune fille s’écroulait, épuisée. Soudain, il la vit déposer un baiser sur le front de l’enfant et lui chuchoter :
— Merci.
Sans se tourner vers Adrien, elle murmura tout en retombant sur le lit.
— Elle est sauvée.
Il récupéra la fillette dont les joues avaient retrouvé les couleurs de la vie et qui dormait à présent d’un sommeil paisible.
— Eh bien ! On peut dire que tu l’as échappé belle ! Bienvenue dans le monde des vivants, petite fille, lui souffla le prince.
Un bref instant après, il la remit au chef du village qui patientait.
— Maintenant, nous devons absolument nous reposer. Ne nous réveillez qu’en cas d’urgence.
— Je vais laisser des hommes protéger votre sommeil, lui assura Dopier. Dormez en paix.
Enfin libéré, Adrien s’allongea sur son lit, la voix d’Aila résonnait toujours à ses oreilles. Il réalisait qu’en une journée, il avait vécu presque plus d’événements intenses que dans toute son existence et comprit le malaise que son frère aîné pouvait éprouver en face de la jeune fille. Elle apportait dans son sillage une tornade qui bouleversait votre vie d’un mot ou d’un geste. Adrien ne connaissait pas les sentiments exacts d’Hubert pour elle, son frère avait depuis si longtemps refoulé tout partage amoureux ou même amical, mais il en était sûr, cette fille l’avait touché, à son cœur défendant. La façon dont il se protégeait d’elle le démontrait clairement… Si seulement il acceptait de se livrer, il pourrait prétendre au bonheur qu’il méritait et, pourquoi pas, avec elle… Au moins, il ne s’ennuierait plus jamais ! Adrien sourit. Il adorait Hubert et aurait donné n’importe quoi pour le voir simplement heureux. Seulement, il est impossible de rendre heureux les gens malgré eux. La fatigue eut bientôt raison de ses dernières pensées et il sombra dans un lourd sommeil réparateur.

Le soleil illuminait le village quand Adrien se réveilla. Son frère et Aila dormaient encore. Il passa la porte et réclama aux hommes qui la surveillaient de quoi manger. Deux d’entre eux partirent en courant s’acquitter de la commission, tandis qu’il rentrait. Il s’approcha d’Avelin et le secoua doucement jusqu’à ce que ce dernier déniât émerger.
— Aila ? demanda Avelin d’une voix un peu caverneuse.
— Elle dort encore. Tu la réveilleras une fois le petit déjeuner servi. Je vais me dégourdir les jambes.
Adrien, heureux de se promener au grand air, passa voir les chevaux et marcha un petit quart de cloche vers la forêt, respirant à pleins poumons. Comme une réponse à toute cette souffrance, il sentait en lui un amour immodéré pour la vie et la joie d’être en bonne santé. Il songea à la journée qui les attendait, confiant. Aila saurait faire face à tout. Il ne se doutait pas qu’un jour, il en viendrait à admirer une personne plus que son père et cela l’étonnait. Dans le même temps, il s’avouait ravi d’avoir croisé sa route, rien ne serait plus tout à fait comme avant maintenant et, contrairement à Hubert, cela lui prodiguait un bien fou. Quand il revint à la maison, elle était assise, la mine bien pâlotte. Cependant, ses yeux brillaient de vitalité et elle mangeait d’un solide appétit, écoutant en riant les plaisanteries d’un Avelin en pleine forme. La vue de toutes les victuailles réveillait la faim d’Adrien qui ne tarda pas à venir partager le petit déjeuner et leurs rires. Dès que son estomac cessa de la tirailler, elle partit chez Dopier pour établir un bilan sur le nombre de personnes toujours malades. Elle recommença ses soins, s’efforçant, pour ces cas plus bénins, de préserver son énergie. En une demi-journée, elle avait fini, tandis que, peu à peu, son signal d’urgence s’amenuisait. Malgré tout, elle percevait encore un bruit de fond lié au risque potentiel que l’étang représentait, mais elle avait décidé de terminer par là.

Après une nouvelle nuit réparatrice, elle acheva les guérisons avant d’assister à la réunion du conseil, réduit d’un quart. Beaucoup d’hommes manquaient à l’appel… Ce village allait devoir renaître malgré les absents. Dopier prit la parole :
— Le constat est terrible : nous avons perdu la moitié des nôtres. Le seul point positif est que nous n’ayons eu aucun d’entre nous à tuer de nos propres mains. Chacun a respecté les règles, car, apparemment, personne n’a cherché à s’enfuir d’ici après la mise en quarantaine. À présent, nous allons pleurer nos disparus et nous reconstruire une nouvelle vie après votre départ. Au nom de tous, je tenais à rendre grâce au roi pour l’aide qu’il nous a accordée, alors que nous désespérions.
Très ému, le chef du conseil se mit à bafouiller en poursuivant :
 — Qu’en plus, il ait envoyé ses enfants parmi nous, c’est… Enfin, quand nous pourrons…, plutôt quand nous saurons comment vous remercier, nous…
Adrien le coupa :
— Nous n’avons accompli que notre devoir. C’est la préoccupation perpétuelle du souverain et de ses héritiers que de veiller sur ses concitoyens. Répétez-le autour de vous, ce sera la seule récompense que nous accepterons.
— Vous êtes trop bons, messires. Sachez que notre reconnaissance et notre fidélité vous sont acquises à tout jamais. Je vous en donne ma parole.
— Nous n’en doutons pas, chef Dopier.
Aila intervint, elle paraissait inquiète :
— Êtes-vous sûr que personne n’a quitté le village ?
Dopier se concerta avec les autres membres du conseil et l’un d’entre eux se leva pour commencer la tournée des habitations. Une demi-cloche s’était écoulée quand il revint, très énervé.
— Messires, il manque Frappier, le fils du boulanger ! s’exclama-t-il. Comme il n’était toujours pas levé, je suis parti voir avec son père s’il n’était pas malade, mais l’oiseau s’était envolé ! Personne ne l’a aperçu depuis hier soir.
Elle jeta un coup d’œil rapide aux princes, se releva et attrapa ses affaires.
— Il faut le retrouver et vite !
Se tournant vers Dopier, elle ajouta :
— Interdisez l’étang ! La source initiale est anéantie, mais, pour l’instant, il reste encore une possibilité de contamination à son contact. Annoncez-le à votre population en leur expliquant les raisons de cette décision. Pour les récalcitrants, indiquez-leur que je ne m’occuperai pas d’eux une nouvelle fois !
Sur le point de quitter la salle, Adrien et Avelin sur ses talons, elle se retourna vers le chef du conseil encore une fois.
— Frappier est-il à cheval ?
— Non, aucun cheval ne manque à l’appel. Il a dû partir à pied à travers la forêt.
— Quelle est la ville la plus proche ?
Dopier réfléchit un instant.
— Il en existe plusieurs. Cependant, dans son cas, je me dirigerais plutôt vers Barreuse, à l’ouest du village.


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