Une Vie, voire Deux, tome 6 de la saga de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy officiel

Note : 4.6 / 5 avec 273  critiques français

Le début de l'histoire

Résumé du tome 5 - La Porte des Temps

Plus de quinze ans se sont écoulés depuis les dernières batailles de Wallanie et la disparition de la magie. Depuis, à Antan, Aila et Pardon ont mené une vie tranquille avec leurs deux enfants, Naaly et Tristan, aujourd’hui adolescents. Pardon s’occupe avec Bonneau, son beau-père, et Hang, son ami, du manège de la ville. Bien loin d’Avotour, la prêtresse Ozyrile est prête à tout pour corriger les erreurs du passé. Dans ce but, elle a recréé une porte des temps dont une pièce lui manque encore : la clé qui l’activera. Alors qu’elle cherche qui pourrait lui apporter les connaissances nécessaires, son choix s’arrête sur celle qu’elle suspecte d’avoir été La Dame Blanche pendant les ultimes combats, mais qui ne ressemble plus du tout à un être de toute puissance. Entre une fille rebelle et un fils transparent, seul le mari trouve grâce à ses yeux. Mais, pour l’instant, elle se contente de la compagnie de Marin, son homme à tout faire, pour satisfaire tous ses désirs… Depuis plusieurs mois, Aila se sent ballottée entre ce troisième enfant qu’elle souhaite et qui se refuse à elle, les difficultés de son couple et sa relation compliquée avec Naaly. Le trouble devient si profond qu’elle s’en va d’Antan sans prévenir quiconque. En chemin, elle croise une vieille femme qui lui offre plusieurs présents, dont une pierre noire que cette dernière attache autour de son cou. Dès le lendemain, Aila a tout oublié de son pendentif à présent invisible sur sa peau, ainsi que des paroles effrayantes de son interlocutrice sur son avenir. Pensant que sa mère ne les a pas quittés de son propre chef, Tristan s’enfuit. Pardon part à sa poursuite, accompagné de Naaly et de Hang. Arrivé à Avotour, Pardon décide de laisser les adolescents sous la garde de Bonneau et reprend la route avec Hang sur les traces de son épouse. Malheureusement, Tristan échappe à la surveillance de son grand-père, bientôt suivi par Sekkaï, puis Merielle, les enfants de Sérain et Lomaï d’Avotour, et Naaly. Attaquée par des brigands, Aila se sépare de Lumière, sa jument, et, après une chute et un choc à la tête, perd la mémoire. Clara et Pierre la recueillent et elle retrouve des réflexes anciens comme celui de se battre avec son kenda.

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Trompés par des traces qui s’entremêlent, Pardon et Hang privilégient la piste de Lumière. Pénétrant dans le repaire d’un bandit qui écume Avotour, le Loup, les deux hommes parviennent à libérer le cheval tout en dévastant le lieu ; le Loup meurt de la main du Hagan. Pendant ce temps, Tristan et son groupe ne commettent pas la même erreur que Pardon et se dirigent vers l’ouest. Découvrant la disparition des enfants, dont ses jumeaux, Lomaï, assistée de Bonneau et d’Aubin, le frère d’Aila, part à leur recherche. En chemin, Manier, un noble qui fréquente occasionnellement la forteresse, leur propose de se joindre à eux. La reine, rappelée à Avotour, confie à Bonneau et Aubin le soin de poursuivre cette mission. En compagnie de Manier, elle revient juste à temps pour accompagner son mari dans ses ultimes heures.

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Après quelques jours passés chez Clara et Pierre, Aila se sent mieux et songe à reprendre la route. Pour la remercier de tout ce qu’elle leur a apporté, Clara et Pierre lui offrent le cheval de leur fils décédé, Souffle. Attirée par le pays Hagan, elle met le cap vers l’ouest. En raison de la mésentente entre Naaly et les garçons, le groupe éclate. Pendant qu’une partie continue sa quête, la jeune fille retourne sur ses pas jusqu’au moment où Hang la repère. Contrainte et forcée, elle rejoint son père, tandis qu’à eux trois s’ajoutent presque simultanément Aubin et Bonneau. Toujours sur les traces d’Aila, ensemble, ils rencontrent Clara et Pierre qui leur apprennent qu’ils ont croisé les adolescents et leur indiquent la direction empruntée par Aila, privée de sa mémoire. Ils leur confient Lumière. Pendant ce temps, à la forteresse d’Avotour, après l’inhumation de son mari et sous l’impulsion d’Adrien, Lomaï décide d’effectuer la recherche de ses enfants elle-même ; Manier lui propose de l’accompagner.

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Dénuée de souvenirs, Aila se sent revivre en pays Hagan, ressentant un souffle intérieur comme le réveil d’une seconde personnalité. Au fur et à mesure de leur progression, sous les regards étonnés des jumeaux, l’attitude de Tristan se modifie ainsi que son aspect physique : derrière son habituelle allure transparente jusque-là se révèle une insoupçonnable maturité. Bientôt arrivent les retrouvailles avec Pardon qui le talonne. Malheureusement, le père et le fils s’affrontent aussitôt quand le premier veut rentrer en Avotour et que le deuxième s’y oppose. La situation se complique nettement au moment où Sekkaï et Merielle prennent le parti du garçon et encore plus quand Pardon, soucieux de comprendre Tristan, apprend que la magie n’a jamais disparu… Si, pour son père, le choc est rude, particulièrement en songeant à sa femme qui désirait protéger ses enfants de son emprise, pour Naaly, il relève du traumatisme. Alors qu’elle déteste ouvertement son frère, elle refuse que cet avorton et ses pouvoirs éclipsent son émérite talent de combattante. Le lendemain, elle déserte le groupe et repart vers Avotour, tandis que, la mort dans l’âme, Pardon se résout à poursuivre sa route sans elle. Bientôt, Naaly change d’avis et choisit de les suivre sans se faire repérer.

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Aila continue son périple en pays Hagan, cherchant dans la dépense physique un exutoire à sa mémoire défaillante, malgré la remontée aléatoire de bribes de souvenirs. Quand elle voit une contrée montagneuse inconnue perdue dans les brumes sur l’horizon, elle décide de s’y rendre. En chemin vers la Wallanie, chaque jour un peu plus elle fuit la compagnie des hommes. De son sac tombent les clochettes de Topéca ; sans identifier leur origine, elle les range dans sa poche. Alors que les ultimes participants à la quête viennent d’arriver en les personnes de Lomaï et Manier, Hang, désireux ne pas manquer la naissance de son premier enfant, profite de son retour vers Avotour pour faire la leçon à Naaly ; cette dernière rallie leur destination quand celui-ci entame sa descente en Brucie pour rejoindre le Guerek. Au cours d’une pause, Pardon annonce à sa fille son rôle de clé dans la guerre en Wallanie.

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Si le regard de la sœur change peu à peu sur son frère, en revanche, Naaly continue de détester ouvertement le prince. Lorsque la troupe se retrouve au cœur d’un conflit qui oppose Entik et Kerdal, il se jette dans une rivière pour se soustraire à la charge d’une armée sur leur piste. Emportés par le flot, Naaly et Sekkaï sont séparés du reste du groupe. Contre toute attente, cette situation périlleuse révèle les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Après avoir sauvé Naaly grièvement blessée dans un éboulement, Tristan, pour se ressourcer, tombe jusqu’à la source de la magie et y perçoit la présence d’une ennemie, une femme grimée à laquelle cette entité bienveillante lui permet d’échapper. Il met en garde son père contre elle et lui recommande de ne pas utiliser ses pouvoirs tant qu’ils ne l’ont pas identifiée. Arrivée au Guerek, Aila rencontre le roi spectral, un homme dont les os ont été brisés bien des années auparavant. Au cours de la soirée passée avec lui, la mémoire lui revient et elle décide de retourner en Avotour retrouver les siens. Le lendemain, alors qu’elle est sur le point de partir, la sœur du souverain la rejoint et lui demande d’apporter une bourse à une herboriste de sa connaissance. La combattante accepte. Parvenue au domicile de cette dernière, elle est piégée par cette femme qui veut obtenir d’elle les renseignements qui lui manquent et explore son esprit à leur recherche. Comprenant les intentions d’Ozyrile, Aila protège à toute vitesse le savoir auquel celle-ci ne doit pas accéder. Par vengeance, la prêtresse efface la totalité des autres souvenirs de sa prisonnière. Réduite à néant, uniquement portée par l’envie instinctive de fuir, Aila arrive à s’échapper. Tristan l’aperçoit au loin et, avec Pardon et Naaly, tente de la rattraper. Elle se faufile dans un conduit et, à peine dans la grotte, la paroi devant elle s’éclaire. Réagissant comme un animal effrayé par les bruits qu’elle entend, elle passe au travers des ondes circulaires.

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La suivant, Tristan et Pardon s’engagent dans le couloir, tandis que Naaly, juste derrière, ramasse des clochettes tombées dans l’herbe. Quand elle pénètre dans la grotte, la porte se rallume et, ensemble, le père et ses deux enfants la franchissent.


Début du tome 6 - Une Vie, voire Deux

Quand La Porte des Temps s'illumine sous les yeux de son gardien, ce dernier doit admettre qu'elle a apporté en Guerek un invité très particulier, enfin, une invitée pour être précis. Face au dédain profond de son neveu, Kerryen, à la tête du royaume, Inou, intendante de la forteresse d'Orkys, prend la situation en mains et décide de s'occuper de cet être presque réduit à un état animal. Au passage, elle embauche Amaury, un soldat de la garnison, ravi de cette aubaine qui lui offre une notoriété imprévue.

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Alors que Kerryen s'interroge sur les agissements d'un empereur noir dont l'armée se rapproche de son pays, Inou, comme à son habitude, dispose de toutes les réponses : il doit réunir au plus vite les souverains des royaumes frontaliers pour organiser une défense commune. De plus, il devrait songer à se marier. S'il reconnaît la validité de la première proposition de sa tante, il refuse d'envisager la seconde ; un seul mariage a largement suffi à le dégoûter définitivement des femmes.

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Malgré tous les soins apportés par Inou et Amaury, la femme arrivée par la porte demeure un corps déserté par tout esprit perceptible, même si, peu à peu, les hématomes de sa peau s'effacent et ses blessures se referment.

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Kerryen entreprend de convier chacun de ses voisins à une grande réunion dans la forteresse d'Orkys. S'il lui paraît simple de convaincre les rois du Pergun et de la Brucie, il se retrouve à ruser pour obtenir l'adhésion du souverain du Kerdal et, en particulier, Eddar le Grand, à la tête de l'Entik. Ce dernier convoitant la porte, il songe que cette femme pourrait représenter un subterfuge suffisant pour l'attirer jusqu'à Orkys.

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Quand Amaury égare son poignard, accompagné de la femme, il retourne à l'écurie et, à peine le temps de le récupérer, découvre qu'elle a disparu. Totalement affolé, il finit par la retrouver en tête-à-tête avec l'impossible étalon de Kerryen, d'un calme remarquable en sa présence.

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Inou, pour la première fois de sa vie, ressent la charge de la gestion de la forteresse sur ses épaules et s'aperçoit qu'elle aspire à changer de vie. Peut-être pourrait-elle rendre visite à ses amis d'enfance... Mukin, herboriste, disposerait éventuellement de baumes susceptibles d'atténuer les cicatrices sur la peau de sa protégée. Confiant peu à peu l'intendance d'Orkys à son assistante, elle prépare son départ.

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Parcourez les coups de cœur de mes premiers lecteurs

Anmarie, De plus en plus fort

Je pensais que je ne pourrais plus être étonnée par le personnage d'Aila… depuis le temps que je la suis…
Je peux dire, aujourd'hui, qu'Ellah m'a littéralement transportée.
Où Catherine Boullery va-t-elle chercher toutes ces aventures, ces descriptions ? avec un souci du détail tellement poussé ?
Encore MERCI Catherine - Vivement la suite !!!
Anmarie

Sur UPblisher
Client Amazon, Une Vie, voire Deux…

Un tome quelque peu surprenant, puisque l'on ne peut s’empêcher de chercher les parallèles et les liens qui unissent les différentes parties de l'univers créé par Catherine Boullery et un acte final qui nous laisse dans l'attente… Vivement la suite, l'attente sera longue !

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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Réveillée la première, Aila s’habilla rapidement, s’épargnant ainsi la gêne du soir précédent. Elle descendit au réfectoire et s’installa pour manger seule. L’image de la petite fée ne cessait de hanter ses pensées qui s’égaraient en permanence vers le livre rangé dans son sac. Seulement, elle allait partir ce matin et ne se sentait pas capable de se lancer maintenant dans l’inconnu. Petit à petit, les autres membres du groupe arrivèrent, certains comme Pardon et Avelin, pas tout à fait réveillés.

Aila regagna la chambre pour y récupérer ses affaires avant de redescendre vers la cour et préparer Lumière. Par les fées, Lumière ! Elle avait complètement oublié de s’occuper d’elle hier ! Elle se pressa, prête à réparer sa défaillance, mais Bonneau avait paré à tout en lui brossant et lustrant sa monture ; des sabots impeccables, une crinière et une queue parfaitement démêlées, qu’elle était magnifique… ! Aila enfila bride et sangles, plaça tapis et selle, découvrant avec plaisir que le premier avait été nettoyé ; la seconde cirée. Elle fixa les sacoches sur les côtés, la couverture et sa pèlerine à l’arrière, le sac avec son arc démonté par-dessus. Elle entendait les autres combattants arriver peu à peu et, comme elle, charger leurs chevaux. Dans le petit matin, l’écho de tous les bruits de sabots et de métal résonnait sourdement à ses oreilles. Avec soulagement, elle aperçut Aubin qui filait vers la stalle de Tempête. Il avait pris la décision de venir avec eux, même s’ils allaient se quitter dès le départ, lui se dirigeant vers Avotour avec sire Avelin et elle à l’opposé vers Escarfe. Mais ils se reverraient bientôt.
— Dehors et en selle ! cria Hubert.
Aila enfila son sac sur le dos, entraîna Lumière par la bride et sortit de l’écurie. Elle vérifia la sangle et les étriers, puis enfourcha son cheval. Le prince enchaîna :
— N’oubliez pas ! Rendez-vous dans trois mois au plus tard au château d’Avotour. Soyez prudents, diligents et revenez !
Il tourna son regard vers Aila.
— Nous y allons, ajouta-t-il, éperonnant sa monture.
D’un geste bref, elle salua d’abord Aubin, puis tous les autres membres du groupe, jeta un dernier coup d’œil à la ronde et poussa Lumière pour un petit trot, le temps de rattraper Hubert. Elle ne se retourna pas, malgré l’irrésistible envie d’entrevoir la silhouette de Bonneau, de dame Mélinda ou même d’Hamelin. Pourtant, elle n’en doutait pas, ils la regardaient partir, dissimulés derrière une fenêtre ou dans le renfoncement d’une porte.

Le moins que l’on puisse dire fut qu’Hubert ne disserta guère. De toute la matinée, il n’échangea pas trois mots avec Aila, décidant seul du chemin à suivre, sans autre information. Devant cette attitude qu’elle réprouvait, la jeune fille s’enfonça dans un mutisme boudeur. Malgré cela, elle restait vigilante. Elle observait les traces sur la route, écoutait la forêt à l’affût de bruits ou de silences anormaux. Elle déduisit de la position du soleil qu’ils se dirigeaient vers le nord, alors que l’Escarfe était située plutôt à l’ouest, mais le prince avait parlé d’une autre ville, Guestain. Le midi, ils mangèrent, sans échanger le moindre mot, de la viande séchée, du fromage et du pain, avant de repartir. L’après-midi passa au rythme des pas des chevaux et quand la nuit commença à tomber, elle ne savait toujours pas où ils dormiraient. Décidée à ne surtout pas intervenir, elle fut soulagée à la vue des lumières d’un village au détour d’un chemin. Hubert dévia leur route vers une auberge qu’elle apercevait. Une fois leurs affaires récupérées, ils laissèrent leurs montures au garçon d’écurie et entrèrent dans la maison. Il commanda à manger pour les deux sans se préoccuper de son avis, mais au final, le choix se révéla judicieux et elle avala avec plaisir la soupe chaude et parfumée. Le repas terminé, le prince, suivi d’Aila, monta dans la chambre pour en ressortir quelques minutes plus tard, Aila toujours sur ses talons.
— Mais que faites-vous ? s’agaça-t-il, en se retournant vers elle.
— Je vous suis ! Je suis votre garde du corps, il me semble !
— Ah !… Inutile, je vais au coin d’aisance…, précisa-t-il, gêné.
— Ahhh ! se contenta-t-elle de répondre, avant de pouffer de rire dès qu’Hubert eut refermé la porte.
Elle s’allongea sur le lit tout habillée, décidée à ne plus quitter sa tenue en cuir et attendit son retour pour mettre sa couverture et s’endormir, une vague lueur dorée flottant dans ses pensées…

Le lendemain fut aussi réjouissant. Hubert ne prononçait une parole que s’il ne pouvait faire autrement, c’était-à-dire pratiquement jamais, et Aila s’occupait en vérifiant ses connaissances sur les plantes. Cette activité la maintenait éveillée et entretenait sa vigilance, alors que, malgré tout, elle s’ennuyait ferme. Ce soir-là, petit changement, ils dormirent dans la forêt. Si elle l’avait fait régulièrement, elle sentit plus de flottement chez le prince qui, moins habitué qu’elle aux bruits nocturnes des bois, semblait plutôt nerveux. Mais il ne se plaignit pas. Elle s’amusa de le voir regarder du coin de l’œil, l’air de rien, comment elle installait son lit, montait le feu… Ayant oublié de renouveler leur réserve de nourriture, le repas, plus que frugal, poussa Aila, tant pour le punir de son silence que pour le faire saliver, à annoncer sarcastique :
— Si vous m’aviez dit que nous allions dormir en forêt et que nous n’aurions rien à manger, j’aurais tiré un lapin. Nous en avons croisé beaucoup dans l’après-midi. Imaginez-le doré à la broche, parfumé d’herbes sauvages…
Hubert lui lança un coup d’œil noir. Et pourtant, il avait les yeux bleus, mais à cette heure-là, tous les chats étaient gris ! Elle s’enroula dans sa couverture, la faim lui tenaillant le ventre, furieuse de l’imprévoyance d’Hubert.

Au réveil, point de petit déjeuner et il fallut attendre les premières maisons qu’ils rencontrèrent pour acheter du pain, du fromage et des pommes. Le trajet se poursuivit toute la matinée jusqu’à la ville de Guestain où elle comprit qu’ils étaient enfin arrivés à leur première étape. Jusqu’à présent, elle avait réussi à occulter la pensée de son futur déguisement en fille. Mais, à cet instant, l’idée lui revint de plein fouet et elle maudit, chaque seconde un peu plus, le prince qu’elle tenait pour responsable de ce plan génial. Ils pénétrèrent dans la cour d’un hôtel particulier. À peine descendu de cheval qu’hôte et hôtesse se pressaient à la porte pour les accueillir.
— Hubert, quel plaisir de te voir ! s’exclama Henri.
— Henri, Éléonore, je suis si heureux de vous retrouver !
— Hubert, cela fait si longtemps, exprima Éléonore avec l’ombre d’un regret dans la voix.
Le prince s’inclina et baisa la main qu’elle lui tendait.
— Chère Éléonore, le temps n’a aucune prise sur vous. Henri doit être le plus heureux des hommes, lors de son réveil, chaque matin, auprès de la plus belle femme au monde.
« Pouah ! Et en plus, il débite des galanteries écœurantes », pensa Aila, de plus en plus fâchée.
— Rentrons, nous serons mieux à l’intérieur, proposa le dénommé Henri.
— Cher ami, intervint Éléonore dont le regard s’attardait sur Aila, il me semble que, par erreur, vous ayez omis de nous présenter la dame qui vous accompagne.
De bonne grâce apparente, il s’exécuta :
— Tout à fait. Distrait par le plaisir de vous revoir, je manque à tous mes devoirs. Je vous présente Aila Grand.
— Grand comme Barou Grand ? questionna Henri.
— Effectivement, c’est sa f… Enfin, c’est la fille de son frère.
— Votre oncle est un grand homme, mademoiselle.
— Oui, à ce que l’on m’a dit, répondit-elle, froidement.
Éléonore se permit un regard interrogateur, mais ne chercha pas à en savoir plus et invita tout le monde à rentrer. À la servante qui les attendait, elle demanda :
— Ada, voulez-vous montrer à nos visiteurs les chambres que nous leur avons réservées ?
Elle ajouta pour ses invités :
— Nos serviteurs vont vous apporter vos affaires sous peu. Prenez le temps qui convient pour vous rafraîchir. Nous dînerons normalement dans un quart de cloche et nous pouvons repousser cette heure si vous le souhaitez.
— Merci, Éléonore. Cela suffira amplement pour nous préparer et vous rejoindre dans la salle à manger.
Ada les guida dans les escaliers et les couloirs avant de leur montrer deux chambres, voisines. Tout en la suivant, Aila imaginait déjà qu’elle allait dormir dans une pièce minuscule, tandis que sire Hubert se pavanerait dans une autre, luxueuse. Cependant, elle ravala sa médisance au seuil de la pièce qui s’ouvrit devant elle, coquette et agréable, comme celles des filles de dame Mélinda. Elle n’en avait jamais rêvé et, pourtant, s’y retrouver comme invitée avait quelque chose de rassurant, presque enivrant.

Après un brin de toilette, Aila décida de se changer. Entre ses affaires, elle en découvrit d’autres, toutes neuves qui provenaient sûrement de la châtelaine d’Antan. Celle-ci avait probablement chargé Aubin de les enfouir au milieu du reste. Ce dernier geste d’affection lui serra le cœur, mais elle évita de s’attarder sur ce qu’elle ressentait, elle avait laissé trop de gens derrière elle… Elle revêtit un pantalon à la mode d’Aila, comme ceux qu’elle avait transformés quelques années plus tôt et dont dame Mélinda s’était inspirée, et une nouvelle chemise. Décidément, même de loin, l’amie de sa mère veillait sur elle… Un coup sec fut frappé à la porte et, l’ouvrant, elle découvrit Hubert :
— Il est temps de rejoindre nos hôtes.
Aila sortit et referma sa chambre sans un mot, attendant le début de sa descente pour lui emboîter le pas. Le mouvement d’humeur imperceptible d’Hubert ne lui échappa pas. Si le silence qu’elle lui renvoyait commençait à l’irriter, très bien ! Il l’avait bien cherché ! Elle allait continuer et tant mieux quand il craquerait ! D’abord, c’était lui qui avait débuté ! Elle le suivit jusqu’à la salle à manger où patientaient Henri et Éléonore.

Le repas se déroula très agréablement. Henri et Éléonore, hôtes charmants, drôles, intéressants, évoquaient inlassablement des anecdotes piquantes, croustillantes, voire hilarantes, provoquant sourires et rires. Aila goûtait tous les plats et se régalait ! Le cuisinier du château d’Antan devrait vraiment venir prendre des cours ici. Quand le dessert arriva, elle crut qu’elle allait éclater tant elle avait englouti de mets. Malgré tout, elle se dit qu’il lui resterait bien encore une petite place pour lui, l’arôme qui s’en échappait lui mettant l’eau à la bouche.
— Il me semble que vous avez beaucoup apprécié la cuisine de notre maître queux, commenta Éléonore.
— Oui, elle est succulente !
— Êtes-vous une fine connaisseuse ?
Fixant Éléonore, Aila essaya de distinguer une moquerie quelconque dans ses propos, sans en découvrir.
— Non, Bonneau cuisine plutôt honnêtement, mieux que le cuisinier du château en tout cas ! Il manifeste un goût de bon aloi, mais ne dispose pas d’assez de loisirs pour mijoter des plats aussi raffinés…
— Vous appelez votre père Bonneau ?
— Oh ! c’est un peu compliqué, dame Éléonore…
— Aucun souci, vous m’expliquerez cela une autre fois si vous en avez le temps et le désir. Cher Hubert, quand comptez-vous repartir ?
— Le carrosse et la garde-robe sont-ils arrivés ?
— Oui, le carrosse, il y a deux jours et les malles hier. Blaise et Élina ont bien travaillé, l’informa Henri.
— Alors, nous prendrons congé dès qu’Aila sera transformée en dame de la cour. Combien de temps cela nécessitera-t-il ?
— Une demi-matinée suffira, vous pourrez vous éclipser juste après la deuxième cloche si les bains sont pris ce soir.
— Excellente suggestion, nous pourrons ainsi nous mettre en route en milieu de matinée demain, conclut-il.
À l’idée de ce qui se profilait, Aila se renfrogna.
— Cela n’a pas l’air de vous plaire jeune fille. Ressembler à une dame peut devenir une expérience enrichissante, même si cela ne correspond pas à votre choix de vie. Et puis, elle ne sera que temporaire, renchérit Éléonore, conciliante.
— Vu sous cet angle, je ne peux qu’être d’accord avec vous.
— Je vous prêterai ma camériste, une véritable reine en la matière : elle me permet d’offrir à mes hôtes l’illusion de la jeunesse éternelle, conclut-elle, en riant. Elle pourra aider Élina, votre suivante, certes fort gentille, mais d’une compétence, pour l’instant, à parfaire dans le domaine de la coquetterie.
Par les fées, elle allait disposer d’une suivante… Elle n’avait pas encore réalisé tous les bouleversements qu’entraînait le fait de devenir une dame ; elle sentit ses épaules s’affaisser un peu plus… Éléonore reprit :
— Demain matin, nous commencerons les préparatifs avant la deuxième cloche. Cela vous convient-il ?
Aila opina, avec un soupçon d’inquiétude.
— Très bien. Mais je bavarde et vous devez être lasse. N’hésitez pas à vous retirer quand vous le souhaitez. J’appellerai Élina pour qu’elle vous prépare un bain.
Son ventre bien rempli, Aila sauta sur l’occasion de s’isoler, salua la tablée et remonta vers sa chambre. Un feu crépitait dans la cheminée. Décidément, Henri et Éléonore étaient des hôtes parfaits. Elle s’assit, laissant les flammes chauffer son corps et son esprit vagabonder… Venant la chercher pour l’emmener au bain, Élina la tira de sa rêverie. Elle entra dans l’eau très chaude, tandis que sa suivante la traitait aux petits soins. Gentille, discrète et pleine de bonne volonté, elle lui déversait sans cesse des « dame Aila ». Elle passa beaucoup de temps sur ses mains de combattante pour leur redonner un aspect plus féminin. Séchée, les cheveux brossés, Aila rejoignit sa chambre, enfila sa chemise de nuit et se blottit dans un lit tout douillet, sous l’édredon en duvet. Comme elle eut vite trop chaud, elle laissa rapidement dépasser ses pieds à l’air, poussant un soupir de contentement. Alors qu’elle s’endormait tranquillement revint l’image de la petite fée qui lui parlait, mais elle n’entendait toujours pas ce qu’elle disait…

La matinée d’Aila fut très occupée. Elle commença par un petit déjeuner copieux, puis elle rejoignit sa chambre où elle découvrit la grande malle verticale qui avait été installée. Figée de stupeur, elle n’osa même pas s’en approcher et encore moins l’ouvrir. La camériste de dame Éléonore arriva à ce moment-là. Elle toucha doucement les mains d’Aila.
— Les armes et la vie de guerrière endommagent les mains d’une femme. Dame Éléonore m’a chargée de vous donner cette pommade. Mettez-en chaque fois que vous devrez serrer des mains en frottant vigoureusement. Pensez à laisser un peu de temps pour agir pour qu’elles paraissent bien douces. Maintenant, je vais vous montrer votre garde-robe.
La camériste ouvrit la grande malle, dévoilant six ou sept tenues magnifiques, des escarpins, puis commença à expliquer quand, comment et avec quoi Aila devait porter chacune d’entre elles, s’attachant longuement à lui présenter les bijoux. La jeune femme resta statufiée devant tous ces vêtements aux couleurs chatoyantes et aux tissus précieux ; cela ne pouvait pas lui être destiné… Elle n’avait même jamais passé la jolie robe que lui avait offerte dame Mélinda. La camériste, insensible à l’émoi d’Aila, continuait de discourir, tandis que, reprenant ses esprits, elle redevenait attentive, gravant chaque conseil dans sa mémoire.
— Pour aujourd’hui, je vous suggère cette robe, parfaite pour les voyages. Vous parviendrez avec elle au château d’Escarfe et lorsque vous vous changerez après votre arrivée, vous pourrez mettre celle-ci. Cependant, à votre première visite, vous devez absolument faire sensation. Votre suivante et moi allons vous arranger une coiffure seyante qui résistera aux cahots. Élina, aidez dame Aila à revêtir cette robe.
Complètement perdue, Aila se laissa manipuler.
— Marchez à travers la pièce pour que je voie ce que cela donne, requit la camériste qui l’observa d’un œil critique. Vous devez être une gracieuse combattante, car votre démarche apparaît souple et légère. Pensez à réduire la taille de vos pas et ce sera parfait. Venez vous installer devant le miroir, nous allons vous coiffer.
Aila s’assit et admira son reflet. Qui était la jeune fille en face d’elle ? Elle ne la connaissait pas, elle ne se reconnaissait pas, ce n’était plus elle… Elle essayait de s’accrocher à tous ses souvenirs pour ne pas se perdre, se répétant inlassablement qu’elle était Aila. Elle songea à Bonneau, à Aubin, à Lumière, mais sauraient-ils la reconnaître derrière sa nouvelle apparence ?
Sur les conseils de la camériste, Élina, précise et efficace, emmaillota rapidement un chignon dans une résille, tandis que quelques mèches, artificiellement folles, s’échappaient sur les côtés en boucles lâches et élégantes. Éléonore choisit cet instant pour entrer :
— Aila, venez vers moi… Vous êtes magnifique ! Je suis heureuse de voir que les tenues que j’ai retenues vous siéent à ravir ! J’avais raison de penser que vous valiez plus qu’une combattante. Il y a en vous plus de personnages que vous ne le croyez et peut-être certains dont vous ne vous doutez même pas… Vous ferez une promise tout à fait crédible pour Hubert.
Aila se raidit.
— Une quoi ?
Immédiatement, Éléonore saisit qu’elle avait commis une bévue et se mordit brièvement la lèvre.
— Je suis sincèrement désolée, je supposais que vous étiez dans la confidence…
— Sa promise !
D’un geste brusque, la jeune femme remonta sa robe, traversa la pièce en quelques enjambées et se présenta devant la chambre d’Hubert. Elle frappa pour la forme et ouvrit la porte avec fureur. Bouillant de colère, elle ne remarqua pas la surprise du prince quand il la découvrit, pas plus que les atours qu’il portait, dignes du rang qu’il tenait. Menaçante, elle avança vers lui, le forçant à reculer.
— Votre promise ! Je suis votre promise ! Quand pensiez-vous me mettre au courant ? Juste avant de descendre du carrosse à notre arrivée, vous m’auriez lâché ce petit détail de façon anodine !
— Aila, je vous en prie…
— Votre promise ! Non, mais je rêve… Vous passez trois jours sans m’adresser la parole, vous m’affamez parce que, habitué à votre confort, vous oubliez que la nourriture s’achète ! Je vous sers de poupée que vous faites habiller et coiffer pour plaire à un coureur patenté ! Mais si vous voulez le séduire, allez-y donc tout seul, je vous refile ma robe et mes souliers vernis, vous lui ferez les yeux doux et papillonnerez des paupières derrière la dentelle d’un éventail. Moi, je renonce !
— Aila, supplia Hubert une nouvelle fois.
— Taisez-vous, je n’ai pas fini. Depuis que je suis née, je n’ai jamais été qu’une ombre aux yeux de celui qui m’a donné la vie. Alors, ne pas exister, je connais cela par cœur. Mais vous ! Vous m’avez choisie pour vous accompagner, je n’ai rien demandé, moi ! Et sûrement pas d’être avec vous ! De tous ceux qui ont suivi le même chemin que moi, vous êtes le seul à ne pas m’avoir jugée digne de votre confiance et cela, je ne vous le pardonnerai jamais, vous entendez ! JAMAIS !
Hubert essaya de la retenir par le bras, mais, plus rapide que lui, elle s’échappa, retournant dans sa chambre. Il la rejoignit, tandis qu’elle s’asseyait devant son miroir, déjà occupée à défaire sa coiffure. Discrètement, Éléonore quitta la pièce avec sa camériste et Élina, refermant la porte derrière elles.
— Cessez vos enfantillages, nous remplissons une mission importante !
— Allez vous faire voir !
— Vous oubliez à qui vous parlez, je suis le prince Hubert !
— Prince, mon œil ! Bonneau en est un ! Il se conduit comme un homme digne et honnête, respectueux des autres et de la vie ! Vous, vous attendez juste qu’on vous lèche les bottes parce que vous êtes né avec une cuillère en or dans la bouche ! Vous croyez m’impressionner, même pas ! Trouvez-vous un autre larbin pour exécuter la sale besogne à votre place ou faites-le vous-même ! Quant à moi, je rentre à Antan !
La coiffure avait disparu et elle finissait de natter ses cheveux. Elle se leva et hurla :
— Sortez de ma chambre ! Je veux me changer et je n’ai pas besoin de partager cela avec vous ! Dehors !
Hubert hésita, puis modifia de tactique.
— Aila, je me suis conduit odieusement, je le reconnais, désolé. Je vous présente toutes mes excuses. Je ne recommencerai plus, je vous le promets. S’il vous plaît, écoutez-moi !
Elle se figea, s’astreignant à reprendre le contrôle de ses idées qui bouillonnaient dans sa tête et à calmer sa respiration.
— Je ne voulais pas mener cette mission, avoua Hubert, et pour plusieurs raisons : d’abord, parce que vous m’avez menti !
— Jamais !
— Si ! Quand vous m’avez raconté que vos amis et vous ne vous étiez pas concertés pour l’histoire des lits dans la chambre du conseil.
Elle sut tout de suite à quoi il faisait référence.
— Je vous ai dit la vérité. Tous ignoraient votre intention de dormir avec nous !
Il eut un éclair de compréhension…
— Mais vous, si…
— Moi, oui.
— Et ?
— Je les ai amenés où je le voulais. Aubin, qui me connaît bien et qui me voue une confiance aveugle, lui, au moins, a sauté à pieds joints où je désirais qu’il aille, suivi par les autres membres. Mais eux, je le réaffirme, ne savaient rien du tout.
— Mais pourquoi ? Le fait de dormir avec vous était anodin !
— Excellente question ! Pourquoi ? Si c’était aussi anodin que vous le dites, pourquoi nous l’avoir caché ? Et ne me racontez pas que vous l’avez décidé au dernier moment comme aux garçons ! C’est faux ! J’espère que vous réalisez que ce n’est pas moi qui suis prise en flagrant délit de mensonge, mais vous ! Vous jugeriez-vous encore moins digne de confiance que moi ?
Elle le fusilla du regard et Hubert accusa le coup.
— Et les autres raisons ? reprit-elle.
— Les risques que vous pouvez courir… Être la promise d’Avelin, qui ne peut hériter du trône, passe beaucoup plus inaperçu que celle du futur roi. La connaissance d’un projet de mariage en cours pourrait déplaire à beaucoup ; ceux ou celles qui espéraient encore peuvent choisir de libérer la place en se débarrassant de vous… N’excluez pas un empoisonnement, par exemple. Il faudra se montrer très vigilant. En arrivant à Escarfe, vous attirerez obligatoirement la convoitise de Barnais et l’attention de ceux qui ne veulent pas que vous deveniez reine. De plus, pour peu que Barnais vous désire avec un peu trop d’avidité, d’autres ennemis seront à craindre. Je déteste risquer la vie de mes hommes, euh, femmes. Enfin, vous comprenez.
— Et ?
— C’est tout. Après, ce ne sont plus que des interrogations personnelles sur la façon dont tout va se passer sur place. Alors, sans idées précises, nous aviserons là-bas. Aila, cette mission essentielle doit nous permettre de cerner au plus vite nos ennemis. J’aime mon pays et ses habitants. Mon père, en homme juste, gouverne pour le faire prospérer, même si en ce moment tout va de mal en pis. Des individus comme Barnais briguent le pouvoir sans tenir compte des autres. Si je ne deviens pas roi, ce n’est pas grave, mais en aucun cas je ne veux qu’Avotour échoue entre les mains d’énergumènes comme lui. Alors, venez avec moi… s’il vous plaît.
Elle réfléchit un instant :
— Oui, mais à une condition. Je deviens votre compagnon d’armes et je partage tout ! Si jamais vous m’ignorez ou me trompez à nouveau, je m’en vais. Est-ce bien clair ?
— Oui et je m’y engage.
— Rappelez Élina pour moi, je vous prie. Elle doit revenir me coiffer. C’est fou ce qu’il y a comme vent, même à l’intérieur des maisons.
Il s’inclina et partit à la recherche d’Élina. Après quelques pas, il lui transmit le message d’Aila et, songeur, poursuivit sa route, croisant celle d’Éléonore :
— Très cher Hubert, vous avez trouvé là une femme indomptable. Ne la perdez pas de l’œil, elle pourrait vous glisser entre les doigts…
— Je me débrouille très bien, Éléonore, s’offusqua-t-il, tandis qu’elle étouffait un petit rire discret
— Oui, j’ai vu cela… Un dernier mot cependant, je connais Barnais depuis longtemps, ce seigneur terriblement attirant n’a rencontré jusqu’à présent que des femmes arrivistes ou sans envergure. Aila va clairement détonner dans son paysage. Méfiez-vous de ce qui peut survenir, car votre promise, malgré votre aveuglement évident, a de quoi ravir le cœur d’un homme, et même peut-être plus d’un… À bientôt, mon cher ami.
Elle le quitta sur un petit sourire mi-figue mi-raisin. Il resta immobile, repassant dans sa tête tout ce qu’elle venait de lui dire, puis, la secouant comme s’il voulait se débarrasser de toutes ces idées incongrues, il retourna vers sa chambre.


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