Lecture gratuite : le prologue d'Aila et la Magie des Fées de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy high

Note : 4.6 / 5 avec 248  critiques favorites

Le prologue d'Aila et la Magie des Fées en lecture gratuite

Toutes les histoires ne commencent pas de la même façon, sauf les contes de fées, alors…

Il était une fois le pays d'Avotour où il faisait bon vivre. Bordée à l'ouest par la montagne et bercée à l'est par la mer, cette contrée bénie reflétait un juste équilibre en toutes choses : le chaud et le froid, les plaines et les vallons, les prés et les forêts. La légende racontait que, pendant des siècles, les fées y avaient vécu en harmonie avec les hommes, et cette entente aurait pu durer pour l'éternité grâce au respect d'une seule et unique règle : l'amour entre une fée et un homme ne pouvait exister. Malheureusement, ce qui était défendu arriva : un regard suffit à deux êtres égarés pour s'aimer et transgresser l'interdit absolu. Fées, familles et amis cherchèrent à les séparer, mais sans aucun succès. Les amants connaissaient pourtant la fin terrible qui les attendait, le corps de l'un distillant un poison à l'autre, mais ils la préférèrent à une vie où ils ne seraient plus unis. Isolés, désavoués, ils finirent par s'enfuir, quittant leur pays pour un lieu lointain et perdu où, de leur amour illicite, naquirent des jumeaux. Conscients de leur condamnation par le mal qui les rongeait de l'intérieur et empirait chaque jour, alors, tant qu'ils le pouvaient encore, ils embrassèrent leurs descendants une dernière fois, les confièrent à la Terre, puis, main dans la main, avancèrent dans l'eau d'un lac noir pour y mourir ensemble. Ainsi s'acheva cet amour interdit. Mais se doutaient-ils qu'ils venaient de bouleverser l'avenir de façon irréversible ?

Les fées et les hommes d'Avotour, qui les recherchaient depuis leur fuite, ne retrouvèrent que leurs corps sans vie, au fond du lac, enlacés à tout jamais. D'une pensée, les fées cristallisèrent les deux amants en hommage à leur passion, en dépit de la folie dont elle était empreinte, pour que jamais un tel drame ne se reproduisît entre les deux peuples. Des bébés, personne ne trouva trace ; ce fut comme s'ils n'étaient jamais nés. Peut-être étaient-ils finalement morts du même mal que leurs parents…

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À la suite de ce triste événement, au pays d'Avotour, il fut conté qu'hommes et fées prirent une grave décision : elles continueraient à vivre près d'eux pour les protéger, mais deviendraient invisibles à leurs yeux, évitant ainsi toute nouvelle tentation. Il fut également dit qu'un jour les fées reviendraient parmi les hommes afin de sauver le monde quand elles auraient donné leur pouvoir en héritage à un être humain.

Et la vie poursuivit sa course, insensible à cette douloureuse séparation… En Avotour, les fées avaient disparu depuis trop longtemps et ses habitants avaient fini par oublier tout le bien qu'ils leur devaient. D'elles ne restèrent que des légendes infinies, de celles que les troubadours contaient dans les auberges ou sur les places publiques, dans le silence curieux et recueilli de la population. Ainsi, le temps effaça tout souvenir des mémoires et seuls quelques rares exaltés continuèrent à croire en leur existence. Comme le symbole d'une époque révolue, elles n'apparurent plus que dans la devise du royaume : « Pays des fées, Avotour fut, est et sera » et dans quelques expressions populaires.

Alors qu'un terrible danger étendait son ombre sur la Terre, sous la forme de mille tentacules d'une noirceur effarante, notre histoire commença : celle d'une jeune fille comme les autres, ou presque, mais que quelqu'un, quelque part, avait retenue pour un destin exceptionnel. La journée se terminait et Aila était assise sur une pierre. Elle était assez grande pour son âge et ses cheveux noirs, nattés en une longue tresse, tombaient dans son dos, tandis que des larmes bordaient ses yeux aux pupilles sombres. Du haut de ses seize ans, elle portait sur ses épaules un fardeau bien trop lourd pour une si jeune demoiselle. Comment avait-elle réussi l'exploit de naître en perdant tout ? Et comment pourrait-elle réparer le tort qui lui avait été causé ? Être la fille d'un des combattants les plus valeureux du royaume d'Avotour et ne pas exister à ses yeux constituaient sa triste réalité… Son père, Barou Grand, était un géant à la barbe rousse et au regard bleu, un homme aussi haut que large, animé par une force herculéenne. Vingt ans auparavant, un petit groupe de Hagans, barbares sanguinaires d'un pays frontalier prêts à les envahir, attaqua le carrosse qui transportait Mélinda, la châtelaine d'Antan — un comté d'Avotour — et sa dame de compagnie, Efée. Le hasard décida que Barou, qui passait par là juste entouré d'une poignée de compagnons, les avait secourues. À neuf contre vingt, ce colosse trucida à lui seul dix guerriers hagans sous les regards épouvantés, mais émerveillés de ces dames, alors qu'il ne voyait que les yeux noirs et brillants de l'une d'entre elles, une jeune femme brune au sourire enchanteur. Après les avoir mises en sécurité, il remporta les combats déterminants des dernières grandes batailles qui sauvèrent Avotour. Les hommes qui combattaient à ses côtés l'auraient suivi les yeux fermés, même dans la mort, tandis que sa valeur et son courage devenaient les plus beaux symboles du pays. L'histoire retint que l'amour porta le futur grand héros à vaincre les Hagans, qui se tenaient tranquilles depuis cette victoire. Il ne lui resta plus ensuite qu'à gagner le cœur de la demoiselle aux prunelles sombres.

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Honoré pour ses exploits par le roi et Avotour, il reçut en récompense un titre et un manoir qu'au lieu d'occuper il mit en fermage pour partir s'installer à Antan et courtiser Efée. Cette dernière ne tarda pas à succomber, avec grâce, à cette cour discrète et attachante, puis à l'épouser six mois plus tard avec la bénédiction des châtelains du comté, Elieu et Mélinda. Ils demeurèrent au château où Barou fut nommé maître d'armes, pour la plus grande fierté de tous ses habitants. Sa célébrité attira de jeunes seigneurs en quête de reconnaissance, amenant le héros à créer une école destinée à les former. Petit à petit, un immense terrain d'entraînement fut érigé à Antan, qui s'enrichit par la suite d'un manège, puis d'un champ de courses, afin de satisfaire tous les besoins. Comme quoi il fallait peu de choses pour que le bonheur devînt réalité… Quelle fille ne serait pas fière d'avoir un père comme celui-ci ?

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Aujourd'hui, sa vie semblait sans avenir à Aila. Et pourtant, tout aurait pu devenir tellement merveilleux : enfant désiré, enfin, en apparence, une mère dévouée et adorable, un père impatient de chérir son héritier qui fut, de fait, une héritière… Et là, tout bascula : à l'instant où il découvrit qu'elle n'était qu'une fille, Aila disparut de son existence comme si elle n'était jamais née. Sur le moment, Efée, fatiguée par l'accouchement, n'avait pas compris à quel point la cassure se révélait irrémédiable. Elle avait fait de son mieux, par la suite, pour entourer son enfant d'amour, espérant ainsi compenser l'attitude déconcertante de son mari. Autour d'elle, elle avait sollicité toutes les personnes qu'elle appréciait pour protéger sa fille, déniée par son père. Mélinda, la châtelaine d'Antan, la prit régulièrement avec ses enfants, comme un des siens. Hamelin, le mage du château, devint son précepteur. Lui qui ne s'intéressait à rien d'autre qu'à ses grimoires avait été séduit par ce bébé. Séduit était-il le terme approprié ? Interloqué ? Fasciné ? Toujours était-il que ce fut probablement la seule fois de sa vie où il vint tapoter avec douceur la tête d'un nouveau-né, le regard empreint d'une gravité soudaine. Et, surtout, il y eut Bonneau, son oncle, le frère de son père qui, jour après jour, prit sa petite nièce un peu plus à l'abri de son aile.

Efée, partagée entre deux amours, ne comprenait pas comment Barou pouvait se conduire en mari enflammé, tendre et prévenant, alors que, simultanément, il affichait une indifférence insoutenable dès qu'il s'agissait de sa fille. Tandis qu'elle se remettait péniblement de la naissance, elle percevait le déchirement que représentait pour son époux l'absence d'héritier mâle. Loumie, l'accoucheuse d'âmes, lui avait, avec la plus grande fermeté, déconseillé une autre grossesse, mais Efée y songeait pour rétablir l'équilibre qui avait disparu dans sa vie. Elle voulait une famille, une vraie, avec un père pour ses enfants. Que s'était-il donc passé dans la tête de cet homme, droit et honnête, pour en arriver à rejeter son unique fille ? Essayant une nouvelle fois d'en découvrir la raison, elle avait poussé suffisamment loin la discussion pour que Barou bloquât définitivement toute tentative d'en parler plus avant. Elle ne l'avait jamais vu dans cet état, animé d'une colère glaciale et tranchante, incontournable, insurmontable. Alors, une bonne année après la naissance d'Aila, malgré les réticences de son mari et l'opposition farouche de Loumie, elle tomba de nouveau enceinte, l'espoir vibrant au fond de son cœur de tout réparer en accouchant enfin d'un garçon.

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La vie quotidienne d'Efée s'était naturellement divisée en deux. Quand le soir venait, elle confiait sa fille à son oncle, tandis que, dans la journée, elle s'en occupait pendant que son époux assurait son rôle de maître d'armes. Il était son champion et excellait dans tous les types de combats. Aucune arme blanche ne recelait de secrets pour lui et il était un combattant à mains nues hors pair. Vénéré par ses élèves, respecté par ses pairs, ce héros n'attendait qu'un fils pour marcher dans ses traces. Efée le savait, elle lui donnerait ce garçon tant espéré ! Après, tout irait mieux. Au fur et à mesure que sa grossesse avançait, elle se sentait de plus en plus épuisée et Loumie, inquiète, lui rendait visite fréquemment pour évaluer son état. Quand la future mère ne réussit plus à se lever, Mélinda vint prendre de ses nouvelles chaque jour, récupérant Aila pour la ramener parmi ses enfants. Bonneau, lui aussi très présent, soulageait Efée : il emmenait la petite fille s'occuper des chevaux en la fixant sur son dos avec une pièce en cuir qu'il nouait sur sa poitrine. Cette façon de procéder fit sourire tous ceux qui le croisèrent, mais personne ne s'en moqua. Tous respectaient cet oncle qui se comportait mieux qu'un père.

Bonneau, frère de Barou, ne lui ressemblait pas. Certes grand, il n'avait rien d'un colosse. Il avait hérité d'une teinte de cheveux plus sombre que celle de son frère et d'une carrure plus modeste qui ne l'empêchait pas de l'égaler en force. Comme lui, il avait développé une agilité extraordinaire, doublée d'un impressionnant sens de l'équilibre. En sa compagnie, une des premières chutes d'Aila se termina dans un magnifique tas de fumier bien frais, au profond désespoir de l'oncle. Cependant, il se débrouilla tout seul pour la nettoyer des pieds à la tête et la rendit à sa mère propre comme un sequin neuf… Quand l'histoire, qui circula autour du château, revint aux oreilles d'Efée, elle commença par sourire avant d'éclater de rire. Elle eut l'intime conviction que sa solution de rechange était la bonne et que Bonneau deviendrait l'homme de la situation. Sa détermination à protéger Aila s'en trouva alors renforcée.

Quand arriva le moment de la naissance, Aila venait de fêter ses deux ans et demi. En digne futur père, Barou se précipita au chevet de sa femme et ne la quitta plus, malgré Loumie qui ne cessait de le houspiller. Par les fées, un homme n'avait rien à faire là ! Mais, bon gré, mal gré, elle fut bien obligée de tolérer sa présence, car il voulait rester à tout prix. Enfin, le fils tant attendu naquit et le couple savoura un bonheur inoubliable. Barou resplendissait et Efée sentit l'espoir renaître en elle avec l'arrivée de ce petit garçon. Pour sa part, Loumie se montrait plus taciturne que jamais. Cependant, comblés, les nouveaux parents ne prêtèrent aucune attention à son mutisme marqué.

En une seule nuit, Efée perdit toutes ses illusions ; la naissance d'Aubin n'avait rien changé à l'attitude dédaigneuse de Barou envers sa fille qui ne représentait pas plus aujourd'hui qu'hier, et elle en ressentit un désespoir profond. Elle adorait son mari, mais sa réaction créait une blessure insupportable dans son existence qu'il ne paraissait ni entendre, ni comprendre. Elle se sentait si fragile qu'elle décida que, dès maintenant, elle devait agir pour le bien d'Aila. Malgré sa faiblesse, elle écrivit plusieurs lettres, ses enfants à ses côtés, pour profiter de leur présence tant qu'elle le pouvait encore. Toute à son projet, elle reçut Mélinda, puis Bonneau et, enfin, Hamelin. Le déclin de ses forces ne l'empêcha pas de passer avec chacun beaucoup de temps à convaincre et planifier. Son élocution devenait difficile, sa respiration hachée, mais elle se devait d'achever sa démarche : l'avenir de sa fille était en jeu. Au désespoir de voir l'état de la dame de son cœur se dégrader chaque jour davantage, Barou désertait ses heures d'entraînement pour être à ses côtés. Personne n'aurait songé à lui en adresser le moindre reproche, tant leur amour était cité en exemple en Avotour. Pour éviter des croisements critiques, Efée avait chargé Loumie, si présente auprès d'elle, d'escamoter Aila avant chacune des arrivées de son père. Une paix apparente au sein du foyer fut ainsi préservée…

Efée augurait sa mort proche, c'était juste une question d'heures… Elle avait réalisé tout ce qu'elle pouvait pour Aila, mais son cœur n'en battait pas avec plus de légèreté pour autant, car elle abandonnerait son mari, ses enfants, dont sa fille qui avait tant besoin de sa tendresse. Comment Aila, qu'elle chérissait, arriverait-elle à grandir en force et en confiance malgré l'ombre de Barou ? Quand la vie ne tint plus qu'à un souffle dans sa poitrine, Efée jeta un dernier regard vers l'homme qu'elle avait aimé plus qu'elle-même, sa main posée sur la sienne, sourit à Aubin que Barou berçait dans ses bras, et pressa contre elle une poupée de chiffon, cachée sous les couvertures, symbole de l'amour qu'elle éprouvait pour sa fille. Soudain, sa lumière intérieure s'éteignit, plongeant le cœur de ceux qui l'estimaient dans de profondes ténèbres…

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Le château porta son deuil, tandis que la douleur terrassait ce géant de Barou, avec cruauté. Cependant, entouré par ses amis et serrant son fils contre lui, il décida de poursuivre sa route pour son enfant, dans la mémoire de sa merveilleuse femme.

Définitivement chassée de l'habitation familiale, Aila s'installa chez Bonneau, dans la maisonnette attenante aux écuries. Elle essayait de comprendre avec son cœur de petite fille de presque trois ans où était passée sa maman, pourquoi elle avait un frère avec lequel elle ne vivait pas et un père qui ne la regardait jamais. Comme elle ne trouva aucune réponse, elle se renferma sur elle-même et cessa de parler. Pourtant, son oncle se dévoua pour sa nièce, mettant tout en œuvre pour qu'elle se sentît chez elle. Dans son unique pièce, il lui aménagea une chambre, séparée de la partie commune grâce au paravent offert par Mélinda. Pour la meubler, il lui donna son lit et son armoire. Ensuite, après avoir percé un trou dans le plafond, il se créa un minuscule endroit dans les combles pour y dormir, accessible par une échelle. Chaque jour, il prenait soin d'elle comme s'il s'agissait de sa propre fille, la nourrissait, l'habillait, la sortait. Elle l'accompagnait lorsqu'il s'occupait des chevaux ou qu'il s'entraînait au kenda, un bâton de combat peu répandu comme arme au royaume d'Avotour. Il passait ainsi des heures le soir à répéter inlassablement des figures qu'il réalisait même en chevauchant, sous le regard attentif d'Aila qui ne se plaignait jamais. De fait, elle n'en perdait pas une miette, enfin, quand elle ne s'endormait pas à même le sol, vaincue par la fatigue. Il lui apprit à monter à cheval, à les dresser et à les soigner. Il lui enseigna les herbes, les mélanges, les massages et, sans un mot, elle retenait et reproduisait.

Hamelin, le mage, éprouva plus de difficultés pour s'habituer à donner des cours à une enfant qui demeurait silencieuse pendant l'apprentissage de la lecture. Cependant, quand elle levait ses grands yeux, aussi noirs que ceux de sa mère, où brillait cette immense lueur d'intelligence, il savait que son mutisme ne l'empêchait pas de comprendre. Alors, il continuait ses leçons comme si de rien n'était. Il vérifiait de temps à autre ce que signifiait son regard avant de poursuivre ou de recommencer. Elle apprit très vite à écrire et à calculer. Il lui donna des livres à lire pour une semaine qu'elle lui rapportait le lendemain ou le surlendemain. S'il fut plus que surpris de sa rapidité à déchiffrer et à acquérir tout concept, il en accepta l'idée et lui offrit son enseignement avec enthousiasme. Lui, que les enfants agaçaient passablement avec leurs intarissables bavardages et leur aptitude prononcée à ouvrir la bouche pour brasser de l'air, se trouvait plus qu'heureux de cette petite fille qui se taisait… Il décida de partager tout son savoir et entreprit de lui inculquer ses connaissances sur les plantes, l'anatomie, les langues des différents pays voisins, l'histoire, les sciences, les lois et tant d'autres notions et expériences qui le passionnaient. Impassible, elle le suivit dans les dédales de son érudition, même, lorsqu'emporté par un sujet, il sautait du coq à l'âne.

En dépit de son silence, Aila était acceptée de tous et aussi appréciée ; elle grandissait, serviable et agréable, malgré de rares sourires… Tout en le regrettant, chacun mettait son mutisme sur le compte de toutes les épreuves qu'elle avait traversées. Seuls les élèves de son père la rejetaient sans sourciller. Ils avaient choisi leur camp, celui de Barou et, si leur maître ne voulait pas d'elle, c'était qu'elle n'en valait pas la peine ! Il ne fallait pas qu'elle approchât la zone d'entraînement de trop près : elle y recevait railleries et quolibets auxquels elle ne pouvait répondre. Mais c'était plus fort qu'elle. Elle cherchait à entrevoir son père, ce héros, et à voir grandir Aubin qui ne quittait pas son géniteur d'une semelle. Il se comportait comme son ombre, mais en plus petit… Si son frère faisait de son mieux pour imiter Barou, Aila, rien qu'en le regardant, était persuadée qu'il n'en révélerait jamais le même talent. D'où tenait-elle cette certitude ? Elle l'ignorait, mais, pour elle, Aubin ne manifestait pas cette énergie rayonnante que dévoilait l'âme des grands…

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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Aila et Lomaï venaient de regagner leur chambre. Elles n’avaient partagé aucun moment pour se parler depuis la veille, quand les gardes avaient entraîné Aila. Sitôt la porte close, Lomaï se jeta dans ses bras.
— J’ai eu si peur pour vous ! Je suis tellement heureuse que vous soyez en vie !
Aila, un peu stupéfaite par cette brusque explosion d’affection, referma ses bras autour de Lomaï. Instinctivement, elle comprenait que sa nouvelle amie avait revécu à travers cette épreuve, la disparition de sa mère tant aimée. Puis, tout excitée, Lomaï s’écarta d’elle.
— J’ai voulu vous réserver une surprise. J’espère qu’elle vous plaira.
Elle partit chercher le vieux kenda et le lui rapporta, plus du tout crasseux ; elle l’avait nettoyé, poncé et ciré à tel point qu’il brillait comme un sequin neuf. Aila resta interdite.
— Il est magnifique, Lomaï ! Quel travail extraordinaire vous avez fait !
— Cela n’a pas été difficile ! Cela va même vous sembler idiot… En fait, vous n’allez pas me croire, précisa-t-elle, rougissante, mais il m’a expliqué tout ce que je devais faire, un peu comme une mélodie…
Elle baissa la tête, gênée, tandis qu’Aila secouait la sienne. Par les fées, le kenda avait chanté pour elle… La fusion avait fonctionné et elle ne pourrait plus l’offrir au roi. Elle poussa un soupir. Était-ce uniquement pour elle que la vie s’embrouillait à loisir ou était-ce identique pour tout le monde ? À moins que ce ne fût elle qui n’attirait que des complications…
— J’ai commis une bêtise ? interrogea Lomaï d’une petite voix.
— Non, tout au contraire, vous avez trouvé votre âme sœur en ce kenda. Il vous appartient désormais et, comme punition, vous viendrez vous entraîner avec nous cet après-midi !
— Mais je ne peux pas l’accepter ! Et puis je n’ai pas de vêtements pour combattre ?
— Pas ici, c’est certain. Mais je les soupçonne d’être cachés dans un coin avec votre arbalète. Nous irons les rechercher ensemble une autre fois. En attendant, je dispose de tout le nécessaire dans mon armoire. Ce ne sera pas parfait parce que vous êtes plus grande et plus fine que moi, mais ma précieuse Élina nous trouvera une solution !
En parlant d’elle, Aila s’imaginait presque la voir surgir… Mais non, et elle dut se résigner à aller la quérir. Élina résolut sur-le-champ le problème et les deux jeunes femmes furent fin prêtes à descendre vers le manège. Lomaï dissimulait son inquiétude du mieux qu’elle pût.
— Aila, je ne me suis jamais battue ainsi.
— Mais vous m’avez vue faire ! Et puis votre façon de lutter s’accorde parfaitement avec celle du kenda. Vous combattrez comme bon vous semble, mais lui, dit Aila, en montrant le bâton, maintenant qu’il vous tient, ne vous laissera pas vous dérober comme cela !

L’arrivée au manège de sire Hector se déroula en fanfare. Tous les membres de la famille royale au grand complet se déclaraient prêts et leur invité avait même revêtu une tenue plus confortable, au cas où…
— Sire, commença Aila, je pensais avoir trouvé un éventuel kenda pour vous au centre-ville. Il vous a été offert par Gatus Koui, un homme qui tient une échoppe d’armes anciennes et poussiéreuses. Je lui avais promis de vous transmettre son cadeau. Seulement, voulant me faire plaisir, Lomaï l’a nettoyé et le lien s’est créé avec elle. Je suis désolée…
Depuis qu’elle était arrivée au château, combien de fois avait-elle confessé à son roi qu’elle était désolée ?
— Aurait-il réagi pour moi sans Lomaï ?
— J’en doute, sire.
— Alors, permettez-moi de l’offrir à Lomaï. Faites-en bon usage, dit-il en se tournant vers la jeune femme. Je veillerai à faire remercier ce brave vendeur pour sa générosité.
Les yeux d’Hector, qui écoutait avec attention, pétillaient de convoitise, tels ceux d’un bandit qui découvre un trésor…
— J’entends des mots qui attisent ma curiosité : armes anciennes, lien. Expliquez-moi vite, je meurs d’impatience !
— Le dernier cadeau que les fées ont donné aux hommes avant de disparaître est ce kenda, une arme magique.
— Vous croyez aux fées, dame Aila ? s’étonna Hector.
— Eh bien, je n’y croyais pas, mais depuis, j’ai changé d’avis… Le kenda est une arme unique et vous vous choisissez mutuellement. Il vous appelle et vous répondez à son appel ou non. Mais c’est très rare, un kenda sait que vous êtes fait l’un pour l’autre, c’est pour cette raison qu’il vous attire à lui.
— Est-ce la seule magie de cette arme ?
— Non. Elle vous transforme en compagnons d’armes et sa fidélité devance de loin celle des hommes… Et lorsque vous vous battez, vous ne faites plus qu’un !
Aila ne sut plus quoi dire ; tout d’un coup, les mots lui échappaient pour exprimer cette incroyable fusion qui lui donnait l’impression d’être plus légère que l’air, plus puissante que le vent, plus rapide que la lumière…
— Je vais vous montrer. Avelin, s’il vous plaît ?
Il obtempéra, tout fier d’avoir été sélectionné pour la démonstration. Elle lui transmettait des consignes brèves et courtes : « Ressens ! », « Perçois ! », « Agis ! » et il s’exécutait avec grâce et légèreté, il devenait vraiment habile. Le rythme s’accéléra et Avelin le soutint avec un peu plus de difficultés, tout en s’accrochant. Puis elle se détourna et s’éloigna. Stoppant sa course, elle bondit vers lui en une multitude de sauts arrière et finit, tel un oiseau étendant ses ailes, par passer au-dessus de lui, et se retrouva accroupie derrière lui, prête à sauter à nouveau. Elle lui permit juste de se retourner avant de recommencer. Sa vitesse d’exécution incroyablement rapide empêchait le jeune prince de réagir. Elle accéléra encore, disparaissant aux yeux de ceux qui cherchaient à la suivre du regard. Elle ne laissait à sa suite qu’une espèce de traînée qui troublait la vue, car on s’efforçait d’y trouver ce qui n’existait déjà plus… Avelin avait cessé de se battre, il ne savait même plus où elle était avant de la découvrir devant lui, le kenda dressé, puis doucement abaissé vers le sol. Elle le salua.
Pas un mot, pas un bruit avant l’explosion. Lomaï se mit à applaudir à tout rompre et à crier son enthousiasme, bientôt rejointe par tous les spectateurs à l’unisson. Aila et Avelin se tournèrent vers eux et s’inclinèrent ensemble. Du coin de l’œil, elle observa, avec un serrement de cœur, que seul Hubert ne partageait pas cette allégresse collective.
— Dame Aila, je reste sans voix et vous n’avez pas accompli un mince exploit en m’y amenant, moi, le bavard impénitent. Vous m’avez enchanté ! Montrez-moi, je veux apprendre !
Elle prit le temps d’expliquer à Hector qu’il n’avait pas le kenda approprié et son utilisation se limiterait à celle d’une arme normale. Ceci ne fit pas reculer l’homme qui se révéla plutôt alerte pour son âge. Tout le monde, y compris le roi et Lomaï, s’y mit et l’entraînement se déroula joyeusement. Aila s’amusa à observer Lomaï en train de se créer une technique très personnelle, associant la façon dont elle se battait auparavant et ce qu’elle avait assimilé rien qu’en regardant. Loin de toute convention, elle alliait efficacité et grâce. Elle se dit que cette jeune femme deviendrait rapidement aussi forte qu’elle. En revanche, Aila sentit bien qu’Hubert ne progressait plus et qu’il en avait parfaitement pris conscience. Cela l’attrista pour lui, mais, bon combattant au demeurant, avait-il vraiment besoin du kenda et de magie des fées ?

L’heure vint de s’apprêter pour le bal. Après avoir transpiré dans la poussière du manège, le bain préparé par Élina lui procura un véritable plaisir qu’elle ne bouda pas. Son esprit flottait tranquillement sans idée précise. Comme toujours, se battre au kenda lui offrait l’occasion de mettre sa tête et son corps en parfaite harmonie. Elle se sentait à peine fatiguée, juste détendue et paisible. Élina lui laissa le temps de se reposer avant de passer aux choses sérieuses. Aila pensait remettre sa robe beige, mais Élina la détrompa. Le roi l’avait chargée d’en trouver une spéciale pour le bal en l’honneur de sire Hector et elle extirpa d’une nouvelle malle, qui avait dû arriver pendant qu’elle se baignait, une robe verte. Elle tendit la main pour caresser le tissu si doux et si soyeux.
— C’est pour moi… Par les fées, comme elle est magnifique ! De la même couleur que les yeux d’Oulys !
Aila perçut le regard interrogateur d’Élina qui ne posa naturellement aucune question et qui, tout aussi naturellement, ne se doutait pas qu’Oulys fût la fée Sève… Elle laissa Élina glisser l’étoffe sur sa peau, puis l’ajuster avant de s’asseoir devant le miroir. Il fallut beaucoup de temps pour brosser ses cheveux, les rendant aussi doux et soyeux que sa robe. Avec dextérité, elle les repoussa en arrière et les fixa avec deux peignes au milieu desquels elle déposa la touche finale, des pierres vert émeraude enchâssées dans une chaînette dorée…
— Avez-vous pensé à Lomaï ? s’enquit Aila.
— Bien sûr, répondit Élina, une autre suivante s’occupe d’elle.
Aila s’admira dans le miroir. À Escarfe, elle s’était presque trouvée belle, mais là, en se regardant, elle avait l’impression d’être encore une autre, une inconnue qui lui correspondait encore moins. Pourquoi toute cette comédie… ? Pourquoi avait-elle accepté de jouer ce rôle une nouvelle fois ?

Le prince passa la chercher pour l’emmener à la salle de bal. À leur arrivée, Hector s’avança vers Aila d’un pas alerte. Décidément, elle appréciait vraiment cet homme dont les yeux pétillants accrochaient son cœur. Il lui prit la main et la garda chaleureusement serrée dans la sienne :
— Dame Aila, je ne saurai vous dire combien j’aimerais être plus jeune, juste une soirée, pour pouvoir espérer ne serait-ce qu’un regard de vous… Vous êtes plus que ravissante, vous êtes féerique. Me permets-tu, Hubert, de mener ta Dame à notre table ?
Hector lui tendit le bras sur lequel elle s’appuya avec grâce et, parvenu à sa place, il s’assit entre elle et Sérain, Hubert s’installant de l’autre côté. La soirée débuta. Encore une fois, Hector eut mille et une histoires à conter. C’était un plaisir infini de l’écouter. Il peignait de touches colorées des pays qu’il avait visités. Il relatait ses aventures communes avec Arthur, un autre ami de la famille royale, qui comme lui, bourlinguait, mais plutôt sur les mers. Alors, de temps en temps, le terrien qu’il était se laissait tenter par les expéditions maritimes de son ami… Il décrivait les coutumes de chaque contrée avec précision et humour. L’écouter produisait un enchantement qui rivait tous les convives à ses propos.
— Et à présent, mon bal ! N’oubliez pas que je ne suis venu que pour cela ! s’exclama-t-il.
D’un geste, Sérain fit entrer les musiciens qui s’installèrent.
— Allez, mon presque fils, ouvre donc le bal avec la dame de ton cœur que je régale une dernière fois mes vieux yeux de la beauté de la jeunesse et de l’amour.
Le prince se leva et invita sa promise dont il sentit immédiatement le désarroi.
— Je ne sais toujours pas danser, lui murmura-t-elle.
— Alors, faites-moi confiance, pour une fois…
Leurs regards se rencontrèrent. Ce fut comme si elle découvrait la couleur de ses yeux pour la première fois. Ces derniers étincelaient sous les flammes des bougies telles des étoiles. D’ailleurs, les étoiles bleues existaient-elles ? Dans le ciel, elle les voyait toujours jaunes… Hubert enserra sa taille et lui prit la main. La musique s’éleva et la magie opéra à nouveau sur Aila. Ils tournaient, virevoltaient et elle s’envolait, son cœur battant à rompre. C’était comme si, à côté de l’air joué par les musiciens, jaillissait en elle une mélodie intérieure dont l’écho lui était inconnu jusqu’alors. Flottant, elle avait l’impression de vivre un rêve éveillé… Et quand l’orchestre s’arrêta, elle regretta de ne pouvoir le poursuivre. Cependant, était-ce la musique qui faisait vibrer son cœur aussi fort ou les bras de son cavalier ? Elle quitta Hubert pour rejoindre d’autres danseurs, dont le roi. Le prince ne l’invita plus, il ne dansa plus, il paraissait juste anxieux… Et elle l’oublia. Après les terribles épreuves qu’elle avait vécues la nuit d’avant, les joues rosies par les rondes et les rires, elle s’amusait, joyeuse et insouciante. Et puis il y eut ce moment inoubliable où elle arpenta la piste avec Aubin, radieux. La vie souriait à son frère : il appartenait à la garde du roi, sa sœur lui tenait compagnie et il participait à son premier bal… Et même s’il dansait maladroitement, que pouvait-il souhaiter de plus ?

Puis vint l’heure de se quitter. Hector s’approcha du couple princier et demanda à prolonger la soirée avec les amoureux dans une dernière promenade vers le jardin intérieur du château. Aila sursauta, elle ignorait son existence. Longeant les couloirs, elle discourait passionnément de tout et de rien avec Hector, riant de ses plaisanteries et tenant la main d’Hubert, parce que le second père du prince en avait exprimé le souhait. Hubert, lui, restait muet. Enfin, ils parvinrent au jardin qu’elle ne connaissait pas et elle fut saisie en découvrant cet endroit absolument ravissant, planté d’arbustes en fleurs et de buissons savamment taillés. Des torches astucieusement réparties l’embellissaient d’un surprenant éclairage en clair-obscur. Comment un château si austère pouvait-il renfermer un lieu aussi sensationnel ?
— Mes enfants, quelle belle soirée ! Je repartirai demain avec du soleil plein la tête. Votre idylle me comble de bonheur. Vous allez me prendre pour un vieux fou et, avec un peu de chance, vous aurez raison, mais j’ai une faveur à vous demander… Ce soir, j’ai envie, après vous avoir vu danser ensemble, de jouer les indiscrets et de ressentir une dernière fois les émois de votre âge. Je vais vous quitter sur la pointe des pieds. Et, alors que vous me croirez parti, je me retournerai pour surprendre un baiser… Je vous le promets, je ne resterai pas.
« Quelle demande incroyable ! », pensa-t-elle. Hector n’aurait-il pas tout deviné ? Ne cherchait-il pas à créer une situation ambiguë entre ses amoureux ? N’attendant pas leur accord, il les abandonna. Elle se retrouva seule avec Hubert, aussi mal à l’aise que lui. Elle leva son visage vers le fils du roi, distinguant à peine ses traits, noyés dans l’ombre. Ce fut cette obscurité qui laissa le tour se jouer. Les lèvres du prince se posèrent avec douceur sur les siennes, juste un peu plus longtemps peut-être qu’elles ne l’auraient dû. Elle ne sut plus vraiment où elle en était. Elle ne pouvait tout de même pas ressentir d’attirance pour cet homme qui la mettait en colère pour un oui ou pour un non, qui ne lui faisait pas confiance et qui la traitait comme une quantité négligeable ! Pas question ! Énervée, elle se dégagea avec brusquerie.
— Merci pour cette excellente soirée, Hubert, et à demain.

Élina l’attendait dans la chambre pour l’aider à se déshabiller. Elles le firent sans bruit, car Lomaï dormait déjà. Cela tombait bien, Aila n’avait pas envie de parler. Elle enfila sa chemise, prit une graine de Canubre et se coucha. Pourtant, elle n’arriva pas à s’endormir. Tournant et se retournant, elle revivait en permanence la soirée écoulée. Elle avait dansé dans les bras d’Hubert, tenu sa main et senti ses lèvres sur les siennes. Ça y était, elle devenait folle ! Son rôle de promise lui était monté à la tête ou quoi ! Après Barnais, voilà qu’elle se laissait embarquer, comme une gamine de seize ans — qu’elle était d’ailleurs — dans une nouvelle amourette de comédie ! N’importe quoi ! Comme si ce fils de roi, qui la supportait à peine, pouvait éprouver le moindre sentiment pour elle ! Et pourtant, elle avait ressenti tellement de douceur de sa part quand elle avait pleuré dans ses bras… Décidément, le sommeil la fuyait… Si seulement elle pouvait s’endormir et oublier toutes ses divagations. De toute façon, elle avait bien trop à faire pour songer à aimer ou à être aimée… La torpeur finit par la gagner et elle se retrouva dans le jardin des fées, Amylis arrivant vers elle de sa démarche souple et gracieuse.
— Bonjour, Aila ! As-tu pris ta graine ? s’informa la fée avant de la regarder avec attention. Je te trouve excessivement grave aujourd’hui, as-tu eu des soucis à la suite de ta dernière visite ?
Amylis s’inquiétait.
— Non, mon esprit est bien clair. Je dois simplement vous avouer que j’ai failli vous abandonner…
— Viens, Aila. Allons rejoindre mes sœurs et tu nous expliqueras ce qui s’est passé. Depuis le début du partage de notre magie, nous sommes en lien avec toi et percevons le danger ou la douleur que tu rencontres, sans en connaître la nature exacte. Nous savons que tu as vécu des événements dramatiques qui t’ont bouleversée au plus profond de ton être…
Sous les arbres, Aila s’installa au milieu des fées, devant le lac dont les frémissements chatoyants captaient son attention. Elle expliqua avoir spontanément donné sa vie pour en épargner une autre et que, ce faisant, elle avait renoncé à les sauver. Elle s’en voulait terriblement. Peut-être les fées devaient-elles rechercher une personne plus fiable qu’elle…
— Je suppose que celle pour laquelle tu as proposé de mourir valait la peine d’être protégée ?
— Oui ! Elle avait commis une grave erreur et souhaitait la réparer en se rendant au roi. Jamais je n’ai pensé un seul instant qu’en la ramenant, j’allais être à l’origine de sa mort ! Alors, quand Sérain a annoncé la sentence, je me suis sentie responsable et j’ai voulu la sauver ! Mourir à sa place est l’unique moyen que j’ai imaginé sur le moment…
Un silence particulièrement intense recouvrit la clairière. Les fées se concertaient du regard et Aila attendit.
— Nous avons réfléchi à ce que tu viens de nous raconter. Nous savons que tu as agi selon ton cœur pour mettre ton amie à l’abri et nous le comprenons. Cependant, tu ne dois pas exposer ta vie de façon imprudente. Ton rôle ne se limitera peut-être pas à nous sauver, car tu deviens détentrice de pouvoirs uniques sur Terre ! Tous les dons que nous partageons avec toi sont là pour te protéger et t’aider à réussir tes missions. Si tu disparais avant de les avoir effectuées, ceci pourrait engendrer des conséquences fatales sur l’avenir d’Avotour, par exemple… Ce que tu as fait pour épargner cette jeune fille démontre ta bravoure. Cependant, en la sauvant, même si elle en valait la peine, ce sont les vies de millions de gens que tu as mises en péril… Y as-tu seulement songé ?

Chaque mot accentuait le sentiment de culpabilité d’Aila. Elle prenait conscience des graves implications que son obstination pouvait causer. Elle n’avait pas le droit de condamner tout un pays pour secourir un seul être. Mais saurait-elle faire différemment ? Elle agissait de façon si spontanée, presque trop… Elle suivait ses intuitions sans le moins doute et, fidèle à ses convictions, elle devait sauver Lomaï ! En quoi était-ce distinct des autres fois où elle savait que faire et où aller ? Là aussi, elle avait des certitudes ! Alors, pourquoi les unes seraient-elles justes et les autres non ?
— Mes amies fées, vos reproches à mon égard sont justifiés. Mais si j’ai agi de façon impulsive, c’est parce qu’il était évident que je devais de le faire ! Comme si sauver cette personne et ne pas en mourir étaient le chemin qui m’était destiné… Est-ce que vous comprenez ?
Elle observa une brève agitation parmi les fées. Amylis reprit la parole :
— Tes mots sonnent si juste, Aila… Nous en concluons que tu as bien eu raison de suivre ton cœur. Et que tu dois recommencer si nécessaire. Nous ne connaissons pas l’avenir, nous espérons qu’il sera celui que nous imaginons et nous ferons tout pour t’aider à le mettre en place. Es-tu prête à présent pour t’ouvrir sur une forme de guérison plus poussée ?
Aila approuva, impatiente d’engranger cette aptitude.
— Nous allons nous appuyer sur tes connaissances déjà acquises en anatomie, les approfondir et les corriger, si elles sont erronées, pour t’offrir le don de guérir avec les mains ou ton esprit.
Les fées tendirent leurs bras au-dessus de la jeune fille, les faisceaux argentés fusèrent et le partage commença…


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