Le début de l'histoire d'Un Éternel Recommencement de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy

Note : 4.6 / 5 avec 283  critiques

Le début de l'histoire d'Un Éternel Recommencement

Résumé du tome 6 - Une Vie, voire Deux

Quand le gardien de la porte des temps sonne l’alerte, Kerryen, roi du Guerek, débarque avec ses soldats pour découvrir un être recroquevillé sur lui-même, une femme, dont il se désintéresse aussitôt, au grand désarroi de sa tante, Inou, qui l’a élevé à la mort de sa mère. Désespérée par l’attitude de son neveu, celle-ci choisit un garde, Amaury, pour l’aider à s’occuper de cette invitée inattendue dont la peau porte de nombreuses meurtrissures.

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Préoccupé par le désir de conquête d’un empereur noir qui descend du nord, Kerryen écrit aux souverains des pays voisins avec lesquels il devrait s’unir pour contrer la menace : Pagok du Pergun, Péredur du Kerdal, Eddar de l’Entik, Gardj de Brucie. Il rejette toutes les affirmations d’Inou sur l’importance de cette femme dans ce futur combat.

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Bien décidée à prouver à Kerryen son erreur de jugement, Inou entreprend de réveiller sa protégée de son actuelle léthargie. Malheureusement, si de légers réflexes semblent réapparaître, l’esprit de celle-ci demeure absent. Pourtant, elle échappe une première fois à la vigilance d’Amaury qui la retrouve en tête à tête avec l’infernal étalon du roi, Ardan, puis à Inou. Alors, une nuit, elle retourne prendre un kenda d’Avotour fixé sur un mur, puis refuse de s’en séparer.
Sous l’impulsion d’Inou, Amaury choisit de l’emmener en ville. Profitant de l’aide de Mira, l’assistante d’Inou, il troque la tenue de la femme pour une autre plus masculine. Cependant, énervé par son manque de réactivité, il tente de lui arracher son bâton. Aussitôt, elle le met à terre. Surpris sur le moment, le garde décide de développer cette ébauche d’autonomie.

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Rendant visite à son neveu, Inou découvre dans un courrier que Kerryen a vendu leur invitée pour appâter Eddar. Furieuse, elle part immédiatement chez Mukin, le sage, en compagnie d’Amaury et de sa protégée, confiant à celle-ci comme une ultime vengeance, Ardan.
Mukin s’intéresse à la femme qu’il baptise Ellah en raison de la légende d’Ellah Leiring. La nuit venue, certain qu’elle renaît grâce à l’affection de ceux qui l’entourent, il partage son esprit avec elle, puis entraîne ses compagnons dans la montagne. Devant leurs yeux, un lien inédit se crée entre Ellah et un énorme chien blanc sauvage. Face à tous les bouleversements de sa vie, Inou résiste difficilement. Au matin, le groupe s’ébranle pour rejoindre la maison de Béa, la plus ancienne amie d’Inou. De là, ils décident une visite chez Tournel pour obtenir de lui d’éventuels renseignements sur le fonctionnement de la porte.

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Quand un messager leur apprend que la menace est arrivée à proximité de leurs frontières, ils reviennent chez Béa pour y découvrir Kerryen, accompagné de sa demi-sœur, Adélie. Celui-ci en profite pour reprendre Ardan au grand désespoir de la femme, puis identifie entre ses mains un kenda de sa collection. Après un affrontement bref, Ellah défait le garde chargé de le récupérer, puis le confie à Amaury qui le rend à son roi. Alors que Kerryen s’apprête à repartir avec son arme, Ellah la rappelle à elle. Puisqu’elle souhaite la conserver, le souverain lui ordonne d’intégrer sa garnison. Tournel qui a assisté de loin à l’altercation offre à Ellah la traduction d’un précieux parchemin à propos de la porte.

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Revenue à Orkys, alors qu’elle surveille la cour remplie de futurs combats, ouvriers, artisans ou paysans, Ellah remarque un jeune garçon qui veut s’enrôler, Raustic. Réalisant que tous ces hommes vont mourir pour rien, elle débarque dans le bureau de Kerryen pour lui suggérer mettre à profit les talents de chacun et, ainsi, éviter leur disparition inutile, mais celui-ci la chasse sans même l’écouter. En dernier recours, elle sollicite l’aide Mukin pour amener le roi à reconnaître la pertinence de ses idées.
Pour avoir désobéi au chef des gardes, Ellah est emprisonnée avec Raustic. Le lendemain matin, quand Kerryen l’apprend, il fait aussitôt libérer les deux captifs. Alors qu’Ellah retourne dans la cour, Amaury la rejoint et lui transmet un message de Mukin. Au même instant, son esprit discerne une grave explosion et, incapable de résister, emprunte Ardan une nouvelle fois. Après avoir prévenu Inou, Amaury se précipite pour la seconder. Croisant sa tante et Béa, Kerryen, frappé par leur attitude comploteuse, se décide à les précéder et se rend chez Mukin par un autre chemin.
Parvenu chez Mukin, le souverain accompagne Ellah et Amaury pour dégager un accès vers la salle effondrée dans laquelle gît le corps du sage. Sans bien savoir comment, Ellah le sauve. Dans le fond de la maison, une étrange ouverture mène par un escalier vers quelques geôles. Dans l’armoire d’une pièce adjacente, elle tombe sur quatre livres dont le premier, un carnet, possède un titre qui la surprend : « Les Portes d’Antan ». En raison de la présence du roi derrière elle, elle ne peut les consulter, mais arrive à subtiliser ce dernier. Alors que Mukin explique les raisons de l’explosion, des expériences sur une substance noire rapportée de ses lointains voyages, Kerryen y voit immédiatement une extraordinaire opportunité pour repousser leurs ennemis.

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Malgré ses efforts pour exister, Ellah peine à retrouver ses marques dans ce monde qu’elle redécouvre, de plus en plus sensible à son absence de passé, à son corps meurtri et à son incapacité à envisager un futur, sans parler des informations qui surgissent dans son esprit sans contrôle. Dans la garnison, son intégration dérange et les coups tordus se multiplient.
Au grand désarroi de Kerryen, Allora rejoint Orkys et se révèle d’une aide précieuse dans la planification des défenses du Guerek, tandis que le souverain précise pièges et innovations. Puis, au cours d’un combat dans la cour de la forteresse contre Mukin, Ellah démontre son exceptionnel potentiel, sous le regard admiratif d’Adélie. Observateur lointain, Kerryen la déteste encore plus.

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Lors d’une visite à Adélie, la jeune fille parle à Ellah de la magie, mais cette dernière ne sait comment réagir, surtout qu’elle ne maîtrise rien, ni les souvenirs étranges qui reviennent à elle sans choix conscient ni les picotements qu’elle ressent dans les doigts. Préoccupée par son propre sort, elle ne cherche pas à approfondir les mystères qu’elle perçoit dans les propos d’Adélie. Pendant la nuit, elle se rend au col de Brume pour rencontrer Tournel. Une fois, là-bas, l’homme lui explique que le livret qu’elle détient comporte plusieurs langages et qu’il a constaté l’insuffisance de ses connaissances pour le traduire. Cependant, il lui transmet l’original d’un parchemin qu’elle arrive à lire. Son contenu renforce sa décision de retourner à la porte.

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Blessée dans un accident, Allora est ramenée au château. Énervée par l’insensibilité de son neveu, Inou reproche vertement à celui-ci sa muflerie. Hanté par les paroles de sa tante, le roi demande Allora en mariage.
Quand Ellah et Amaury atteignent le col, ils apprennent que Kerryen et son escorte sont partis un peu plus tôt vers le Pergun. Alors que les images se précipitent dans la tête de la combattante, celle-ci comprend que l’empereur a envoyé quelques éclaireurs qui ne feront qu’une bouchée de la troupe. Saisissant l’imminence de la menace, elle délègue à Amaury le soin d’aller prévenir la forteresse et dévale la pente. Si elle n’arrive pas à temps pour sauver les gardes, elle se bat aux côtés de Kerryen, soutenue par son chien blanc et l’étalon, puis se débarrasse de l’ultime soldat de Tancral. Dévastée d’avoir tué deux hommes, elle se maudit et ne résiste qu’en raison de la présence de ses animaux, comme de son kenda.
Au pied des fortifications, elle quitte Kerryen pour étudier le marais, puis lui apprend un peu plus tard que leurs ennemis attaqueront le lendemain et que, comme elle, les assaillants voient la nuit. De nouveau à Orkys, elle rejoint la porte qui lui ouvre une petite part de son mystère. Quand Ellah se réveille après un étrange voyage, elle comprend qu’elle ne la franchira plus jamais, refusant de revivre une nouvelle fois une telle épreuve. Alors qu’elle revient, se méprenant sur ses intentions, Amaury l’embrasse et lui propose de l’épouser pour l’empêcher de partir avant de s’apercevoir de l’excès de son comportement. Ellah lui demande de garder son chien, puis retourne au col.

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Quand la marée humaine annoncée par Ellah devient visible, Béa, pressée par le temps, déclare sa flamme à Tournel.
Alors que quelques heures précèdent encore l’attaque, le regard d’Ellah erre sur le marais ; elle a oublié l’essentiel. Avec trois compagnons, Raustic, Greck et Jiffeu, elle y descend pour y installer un dernier piège.
Alors que la confrontation avec leurs ennemis débute, un souvenir surgit dans l’esprit d’Ellah. Abattant deux soldats, relais de Césarus, le combat cesse. Ellah sauve Mukin une seconde fois, puis découvre un instant plus tard la mort de son chien qui s’est échappé de la forteresse. Ébranlée par cette perte, elle s’engage dans une mission suicide avant que Césarus ne reprenne la main sur ses guerriers. Accompagnée de Kerryen, elle repart devant la muraille pour faire exploser les barils de poudre. Si le roi retourne derrière la protection temporaire des remparts, Ellah renonce à y rentrer. Cependant, un clapotis étrange la surprend : les hommes de l’empereur traversent le marais. Et une idée jaillit dans sa tête. Bientôt, grâce aux tirs enflammés des archers de Kerryen unis au sien, la totalité de la tourbière s’embrase, brûlant vifs tous les soldats présents. L’armée de Césarus est détournée ; le Guerek a triomphé.

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Sans son chien, Ellah ne souhaite plus vivre. Décidant de rendre son kenda à Kerryen, elle rejoint celui-ci dans son bureau et, à la suite d’une discussion animée, escalade la balustrade qui domine la mer Eimée, déterminée à se jeter dans le vide. Mais Kerryen l’empêche de sauter et la ramène dans sa chambre. Ils finissent la nuit ensemble avant de se souvenir que le roi est engagé avec Allora. Pour cet homme, Ellah se donne un sursis, mais, elle n’a pas changé d’avis, la mort l’attend.

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Début du tome 7 - Un Éternel Recommencement

Quand Allora de Srill, auprès de qui il s’était engagé, l’a relevé de sa promesse, Kerryen a épousé Ellah. De leur union est née une petite fille, Amylis, et la famille vit heureuse dans la forteresse d’Orkys, capitale du Guerek ou presque… En effet, de son actuelle histoire, Ellah a conservé une grande vulnérabilité à laquelle elle résiste grâce à la présence de Kerryen et de son bébé. Sur le point de fêter le premier anniversaire de la victoire sur Césarus, le château se prépare à accueillir des visiteurs, des proches comme des curieux. De façon contradictoire, Allora annonce son départ du Guerek à Ellah, lui expliquant qu’elle a renoncé à Kerryen, alors qu’elle l’aimait, en raison des sentiments qu’elle avait devinés entre eux.

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De son côté, Adélie qui n’a jamais cessé de vouer à la porte une vénération, ce matin-là, se rend devant elle, bercée par une magie conciliante. Parallèlement à un bruit sourd extérieur, un changement d’éclairage la dérange, puis trois silhouettes se dessinent dans la lumière. Les nouveaux arrivants, Pardon et ses enfants, espérant tomber sur Aila, sont déstabilisés par cet accueil imprévu associé à la différence de langage que Tristan ne parvient pas à corriger. La cloche d’alerte sonnée, Kerryen débarque l’épée au poing, bientôt suivi d’Ellah et d’Amaury. Reconnue par les visiteurs, la reine se décompose, tandis que Pardon ne désire plus que repasser la porte pour mettre fin au cauchemar de voir sa femme avec un autre homme.

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Dans une pièce plus confortable d’Orkys, la discussion entre les nouveaux venus et Ellah ne se révèle pas pour autant plus facile, principalement en raison du silence de Pardon, dévasté, et celui habituel de Tristan. Ellah leur apprend qu’elle est arrivée presque deux ans plus tôt elle ne se souvient plus de rien. Par politesse, elle les invite cependant à rester aussi longtemps qu’ils le souhaitent. Alors que Pardon désire uniquement fuir cet endroit, Naaly obtient un délai pour renouer avec sa mère. Montant dans les étages, elle la retrouve dans sa chambre et se découvre une petite sœur, Amy ou plutôt Amylis.

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Pendant ce temps, perturbé par les propos échangés, Tristan se promène dans la forteresse, se posant des questions auxquelles personne d’autre que lui ne semble songer. Où sont-ils et quand ? Avant de rejoindre son père, Naaly redescend dans les sous-sols et observe quelques mouvements de troupes souterrains. Le trio réuni, ses membres envisagent de repasser la porte, mais Ellah les invite à fêter avec eux le premier anniversaire de la victoire du Guerek, permettant du même coup à Tristan d’associer les pièces ; il comprend qu’ils ont atterri dans la forteresse du Guerek qu’ils ont connue en ruines, le jour même où celle-ci a été attaquée. Pressé par l’urgence, grâce au retour d’un léger contrôle de la magie, il parvient à partager les pensées, contournant la barrière de la langue. Ainsi, Kerryen apprend que sa cité sera totalement détruite et que son roi finira les os brisés. Cependant, Tristan leur explique que le passé précédent peut avoir été modifié par la venue d’Ellah et, que le déroulement des événements actuels peut différer du premier. Au même moment, Naaly parle des mouvements observés dans les sous-sols et l’alerte est donnée : le château est attaqué par l’intérieur, mais aussi par l’extérieur. Pardon et Naaly accompagnent Kerryen pour défendre le lieu, tandis qu’Ellah met Amy à l’abri. Quand Inou réalise l’absence d’Adélie, Tristan se propose de partir la rechercher. Sa fille en sécurité, la reine rejoint les combattants dans la cour. Malheureusement, la forteresse apparaît perdue. Organisant la fuite du personnel par le souterrain, les yeux d’Adélie se posent sur Pardon qui a généré chez elle des sentiments inédits, pendant que ce dernier, définitivement éprouvé, découvre le bébé du couple. Alors qu’ils atteignent la salle de la porte, Kerryen annonce à Ellah qu’elle doit suivre son ancienne famille en raison du pacte qui l’oblige à respecter un vœu unique de sa part. Malgré sa colère, elle ne peut refuser et, sa fille dans le bras, passe les ondes avec Pardon et ses enfants. Dès cet instant, Kerryen ordonne à ses hommes de la détruire.

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➀ Début d'Aila et la Magie des Fées ➁ Début de La Tribu Libre ➂ Début de L'Oracle de Tennesse ➃ Début de La Dame Blanche ➄ Début de La Porte des Temps ➅ Début d'Une Vie, voire Deux ➆ Début d'Un Éternel Recommencement ➇ Début de L'Ultime Renoncement ➀ à ➃ Début de La Première Époque ➄ à ➇ Début de La Deuxième Époque Tous les débuts des romans de fantasy


Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Aila, malgré son coucher tardif, se leva de bonne heure et partit se promener, seule. Ne connaissant guère les alentours, elle retourna avec Lumière à l’étang. Elle appréciait ce moment de solitude quand le bruit d’un trot lui fit tourner la tête et découvrir Barnais qui arrivait. Venant vers elle d’un pas léger, il ne semblait pas marcher, mais simplement flotter au-dessus du sol. Il souriait et ses yeux dorés palpitaient de mille feux sous la douce lumière de l’aube.
— Aila, je vous ai cherchée partout ! La soirée d’hier restera gravée comme la plus belle de ma vie et je l’ai passée en votre compagnie. Je n’avais jamais cru possible un tel partage avec une femme et je m’aperçois du contraire… Ce fut une révélation. Je ne savais pas que je pouvais ressentir des sentiments aussi exquis avant de vous croiser. Quittez sire Hubert ! Venez avec moi et je déposerai le monde à vos pieds, lança-t-il avec panache.
— Voici de bien belles paroles, Barnais, mais votre réputation vous a précédé et, je ne peux, ni ne veux, sur une toquade, renoncer à mon avenir.
— C’est vrai, je l’avoue, je suis un coureur. J’ai troussé plus de filles à moi tout seul que tous les hommes du château. Je les ai prises à mon goût, jeunes ou mûres, servantes ou comtesses, libres ou mariées. Mais, aujourd’hui, tout est fini, je vous ai découverte…
Barnais mit un genou en terre :
— Épousez-moi et je vous promets que je serai le mari le plus sage au monde, que je ferai de chacun de vos jours un havre de paix et de bonheur. J’ai enfin trouvé en vous la femme de mes rêves et, sans vous, je ne survivrai pas…
Sa demande, sa promesse même médusait complètement Aila. Il lui déballait vraiment le grand jeu, mais, simultanément, il manifestait une si sincère conviction qu’elle aurait été tentée de s’y laisser abuser… Il se rapprocha d’elle :
— Aila, ce premier baiser que nous avons partagé hier fut comme si c’était le premier de ma vie. J’en tremble encore… J’ai à peine dormi, ne cessant de penser à vous jusqu’au petit matin. Vous avez hanté mes rêves comme une ombre éclatante. Ne me dites pas, je vous en conjure, que vous n’avez rien ressenti de semblable…
— Non, Barnais, j’ai beaucoup apprécié ces moments, je vous l’assure. Mais si vous avez songé à moi pendant toute la nuit, le trouble a aussi envahi mes propres rêves. Je suis la promise de sire Hubert et, en aucun cas, je ne dois l’oublier. La soirée fut des plus délicieuses en votre compagnie et peut-être ai-je proféré des propos que je n’aurai pas dû tenir ou laisser entendre. Sachez-le, Barnais, je le regrette.
— Aila, reconsidérez ma proposition, s’il vous plaît ! Je vous implore à genoux ! Ne répondez pas non, maintenant. Vous êtes la seule, l’unique ! Ne faites pas de moi l’homme le plus misérable d’Avotour sans y avoir réfléchi. Je vous en prie, Aila, je vous en supplie. Pour vous, je renoncerai à tout, à ma vie, à mon château. Je me ferai fermier si vous me le demandez, ou cordonnier. Tout, Aila, je ferai tout pour vous garder…
— Combien de fois, Barnais, avez-vous promis à celles que vous avez croisées votre amour indéfectible ? Comment voulez-vous que je me figure que ce coup-ci sera le bon entre tous ? Soyez réaliste autant que je le suis, aucun amour n’est possible entre nous.
Au fur et à mesure qu’elle parlait, les yeux de Barnais s’emplissaient de larmes, tandis qu’une étrange émotion la saisit. Pour la première de sa vie, cet homme semblait vraiment sincère et elle n’en croyait ni ses yeux, ni ses oreilles.
— Mais, balbutia-t-il, désemparé, vous êtes la seule que j’ai demandée en mariage. Il ne tient qu’à vous que tous soient au courant, je suis prêt à formuler ma demande officielle dès notre retour au château. Aila, acceptez !
L’espace d’un instant, elle imagina ce que deviendrait son existence si elle acquiesçait : elle serait la femme d’un des seigneurs les plus séduisants d’Avotour, ses enfants, les héritiers du plus important comté de son pays et son mari, fidèle et aimant… Toutefois, elle le réalisa, partager un baiser, même agréable avec un homme ne suffisait pas pour passer sa vie avec lui… Elle ressentait de la tendresse pour lui, mais elle ne l’aimait pas. Elle chassa son rêve d’avenir comme on souffle la flamme d’une bougie et refusa poliment son offre. Barnais s’effondra sur le sol en sanglotant comme un enfant. Elle eut pitié de lui malgré tout ce qu’il avait pu accomplir avant.
— Peut-être que, si nous nous étions rencontrés dans d’autres temps, nous aurions pu nous trouver et partager notre bonheur ensemble. Aujourd’hui, c’est impossible. Je ne peux demeurer insensible à la souffrance de mon futur royaume et je dois, comme vous, remplir mon devoir. Vous venez de me montrer l’être admirable que vous dissimulez sous votre carapace de séducteur patenté. Ne le perdez plus jamais des yeux, ni du cœur. À partir de maintenant, il doit vous guider sur la bonne voie, la même que la mienne. Par ailleurs, n’auriez-vous pas, vous aussi, une promise que vous m’avez cachée ?
— Mais… comment le savez-vous ? Personne n’est dans la confidence, hormis père…, articula-t-il entre deux sanglots.
— Je sais même qui elle est. Alors, pour moi, rendez cette femme aussi heureuse que si elle était la personne que je chérissais le plus au monde. Redressez-vous, Barnais ! Nous avons un pays à sauver ! Intéressez-vous aux hommes qui vous entourent, les grands comme les petits. Jugez-les sur leurs actes et non sur leur titre ou leurs promesses mensongères. Enfin, devenez pour votre père le fils dont il a toujours rêvé. Soyez digne ! Protégez votre famille, votre entourage, votre royaume. Soyez sûr qu’un jour, nous nous retrouverons et nous deviendrons les amis que nous ne pouvons être aujourd’hui…
Descendant à sa hauteur, elle essuya les larmes qui mouillaient encore ses joues d’un geste doux.
— Je vais vous quitter maintenant. Devenez l’homme que je viens de vous décrire et, rien que pour cette métamorphose, notre histoire aura été l’une des plus belles de ma vie. Je vous promets de garder en mon cœur tous les plaisants souvenirs que nous avons partagés, des plus émouvants aux plus intimes, ainsi qu’une tendresse particulière à votre égard…
Elle déposa un baiser sur son front, puis s’éloigna, laissant Barnais sangloter tout seul.

Arrivée dans sa chambre, Aila se sentait épuisée. Quelle journée ! Elle regarda vers son lit, puis, avec un soupir résigné, frappa à la porte d’Hubert et entra.
— Où étiez-vous ? Encore avec Barnais ? osa le prince, sur le ton de la moquerie.
— Oui et je viens de refuser sa demande en mariage.
— Vous vous moquez de moi ?
— Même pas, je préférerais presque… Je crois que j’ai temporairement brisé sa vie, enfin jusqu’à ce qu’il arrive à la reconstruire. Ceci mis à part, j’ai beaucoup d’éléments à vous apprendre. Êtes-vous disponible pour m’écouter ?
Hubert la regarda avec attention. Elle était calme, peut-être trop calme… Elle paraissait éteinte.
— Je vous écoute.
— Comme vous vous en doutiez, nous avons affaire à un véritable complot, malheureusement plus étendu que nous ne l’avions prévu. J’ai entendu beaucoup de noms dont celui d’Ardenais et, surprise, de Rebecca. Cette femme a embobiné Barnais. Je pense qu’il a collaboré au début, puis il a commencé à réfléchir. Comme il devient de plus en plus réticent, voire dangereux pour eux, ils songent à l’éliminer. Rebecca doit l’attirer dans un piège, mais elle a refermé la fenêtre avant que j’apprenne lequel. De la même façon, nous représentons une gêne et leur intérêt justifie de créer un incident diplomatique entre Avotour et Escarfe afin de pousser sire Airin dans leur filet. Voici déjà deux points sur lesquels nous pouvons influer. J’ai également imaginé une idée pour ralentir temporairement nos adversaires. Ici, en ce moment, se trouve une des têtes du complot. J’hésite entre deux individus et seul le fait d’entendre leur voix me permettra de déterminer laquelle.
— Je pencherais pour Bascetti, un tout petit homme discret, voire insipide, qui cache bien son jeu, mais il faudra s’en assurer… Je le piste depuis notre arrivée, mais, personnellement, je ne suis pas parvenu à le surprendre. Bravo, Aila !
— Remerciez la chance et un baiser langoureux qui vous donnent des ailes pour espionner aux bonnes fenêtres au bon moment ! Un léger somme avant le déjeuner me fera le plus grand bien.
Hubert constata qu’elle avait repris un peu d’énergie et de mordant. Bien, cela signifiait qu’elle allait déjà mieux.

Aila attendait avec impatience la fin du repas. Barnais ressemblait à l’ombre de lui-même au point que même son père s’en était aperçu et semblait préoccupé par l’état de son fils. Barnais ne cessait de prétexter qu’il était juste un peu indisposé et que tout irait mieux demain. Pourrait-il tromper son monde bien longtemps ?
Quittant la table, elle fut malheureusement accaparée par la bande féminine du château, dont faisait partie Astria. Quand cette dernière s’éclipsa discrètement, Aila invoqua un oubli de son mouchoir pour suivre ses traces légères jusqu’à une couverture de lierre qu’elle souleva. Astria leva des yeux effarés et noyés de larmes vers elle.
— Allez, faites-moi une petite place, Astria. Je ne peux ni ne veux vous abandonner dans une pareille détresse. Pourquoi pleurez-vous ?
Elle prit une grande inspiration, essayant de calmer ses pleurs :
— Vous ne le savez pas, mais mon prénom est synonyme de pureté en Hagan et mon père l’a choisi pour moi. Cette pureté, la mienne, est sa raison de vivre et, fidèle aux traditions haganes, tout déshonneur de sa famille devient le sien. Ignorez-vous ce que font les pères quand leur enfant les a déshonorés ?
— Oui, ils se tuent…
Une idée douloureuse s’insinua en Aila. Les larmes d’Astria jaillirent encore plus fort.
— Je l’ai déshonoré, dame Aila, et, par ma faute, il va mourir !
Elle se remit à pleurer à gros sanglots. Aila la prit dans ses bras, cherchant des mots réconfortants pour la rassurer :
— Votre déshonneur n’est probablement pas aussi grand que vous le croyez. Laissez donc votre père en juger. Sans doute se montrera-t-il moins sévère envers vous-même que vous ne l’êtes ?
Astria ne répondit pas, sanglotant sans répit. Aila patienta longuement jusqu’à ce que son chagrin se calmât.
— Il ne pourra pas, dame Aila, ce que j’ai fait est inexcusable…
— Voyons, Astria, vous êtes si jeune. Que pouvez-vous avoir commis d’aussi grave ?
— J’attends un enfant…
Cette nouvelle assomma Aila. Non, Barnais n’aurait quand même pas… Comme si Astria avait lu dans le regard d’Aila, elle précisa :
— Barnais en est le père, mais il n’a causé aucun tort, c’est moi qui l’ai piégé…
Quand elle évoqua le fils d’Airin, une lueur particulière flotta dans les yeux de la toute jeune fille, une lueur qui fit frémir Aila, tandis qu’Astria poursuivait ses explications.
— Je me souviens de la première fois où j’ai vu Barnais, juste après mon arrivée… Il était si beau !
Les yeux d’Astria se mirent à briller. Elle replongeait dans ses souvenirs, si doux et merveilleux. D’une voix à peine audible, elle continua :
— Je suis devenue folle de lui… Je le suivais partout où il allait, je ne pensais qu’à lui. Mais il ne s’intéressait pas à moi et refusait toutes mes avances. « Tu es trop petite ! », me disait-il. Vous savez, ce n’est pas vrai qu’il court après tous les jupons. Toutes les femmes le veulent dans leur lit, donc il choisit… Et il ne me désirait pas ! Mon désespoir fut tel que j’en devins prête à tout ! Un soir, j’ai emprunté les vêtements d’une servante avec laquelle il passe une nuit de temps en temps et je suis allée dans sa chambre. Il s’était chamaillé avec Rebecca, alors, énervé, il avait bu plus que de raison et savait à peine où retrouver son lit. C’est moi qui l’y ai emmené, c’était si simple, trop simple même, de la remplacer dans la pénombre. J’avais tant rêvé de lui…
Astria s’arrêta un instant. Les yeux dans le vague, elle revivait le moment magique où Barnais l’avait enfin désirée.
— Je croyais pouvoir tout stopper après quelques baisers, mais je me suis trompée, tout s’est emballé. J’étais aussi ivre d’amour que lui de caresses et je l’ai laissé faire ce qu’il voulait. Le lendemain, il ne s’en souvenait même pas. Mon plus grand rêve était devenu réalité et, quelques semaines plus tard, mon pire cauchemar…
Son regard vacilla.
— Il faut le mettre devant ses responsabilités ! répliqua Aila.
— Non ! Ce n’est pas de sa faute ! S’il avait su que c’était moi, il ne l’aurait jamais fait ! Je le sais parce… parce qu’il a continué à ne pas vouloir de moi.
Une nouvelle lueur s’alluma dans les yeux d’Astria, mais cette fois, Aila eut peur. Elle se demanda ce qui était le plus douloureux pour cette jeune fille : de savoir que Barnais ne l’aimerait jamais ou qu’elle attendait un enfant…
— Surtout, mon père ne doit pas l’apprendre ! Jurez-le-moi ! S’il vous plaît, supplia Astria.
Aila prêta serment tout en argumentant :
— Mais il finira bien par le découvrir un jour, Astria. Vous ne pourrez cacher cette grossesse indéfiniment. De combien de mois êtes-vous enceinte ?
— Environ cinq, je crois…
— Et qui vous aide au château ? Qui est au courant ?
— Personne ne le sait, alors personne ne m’assiste…
Aila en eut le cœur gonflé. Cela faisait cinq mois que la jeune fille vivait son calvaire toute seule et nul ne s’en était rendu compte… Elle la serra un peu plus fort contre elle, désireuse de lui apporter tout le réconfort possible.
— Dame Aila, Barnais n’est pas mauvais. Il a toujours démontré tant de gentillesse à mon égard. J’aurais tellement voulu qu’il me désire pour moi-même.
Ses larmes redoublèrent. Entre deux sanglots, elle poursuivit :
— Là-bas, vers la forêt, il y a une falaise, la falaise des amoureux et, parfois, je m’imagine que j’y monte. Un pas maladroit et, après, tout est fini…
— Astria ! Non, pas cela ! Je comprends qu’aujourd’hui la situation peut vous apparaître insoluble, mais je trouverai une issue à tous vos soucis. Je ne vous abandonnerai pas, je vous le promets. Avez-vous confiance en moi, Astria ?
La jeune fille leva les yeux vers elle.
— Oui, dame Aila, je vous fais confiance, lui répondit-elle, avant de se pelotonner à nouveau dans ses bras comme un petit chat.
Elles restèrent un long moment toutes les deux avant de se décider à rentrer vers le château.
— Pas de bêtises, Astria, promis ?
— Promis, dame Aila. Je serai sage.

Aila devait se changer avant le repas, mais elle n’en avait pas le cœur. La situation d’Astria la peinait terriblement. Barnais, cet abruti, s’était laissé berner par une jouvencelle ! Cependant, elle devait être honnête, Astria avait bien mené son affaire. L’amour irraisonné qu’elle portait au fils d’Airin avait balayé toutes les barrières, l’amenant à commettre des folies. Les vrais responsables étaient tous les adultes de ce château qui n’avaient pas décelé son obsession, alors qu’une seule rencontre lui suffit pour détecter sa détresse. Les gens étaient-ils donc aveugles à ce point ou seulement indifférents ? Arrivée à sa chambre, Élina avait tout préparé et Aila renonça à lui dire de tout remballer. Alors, elle enfila sa robe et se fit coiffer, bien loin des effets que cela avait produits sur elle le premier jour. Préoccupée, elle ne se regarda même pas dans le miroir. Quand Hubert passa la prendre, elle remarqua qu’il ne bougonnait plus, c’était déjà ça…


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