Le début de l'histoire d'Un Éternel Recommencement de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy Catherine Boullery

Note : 4.6 / 5 avec 256  critiques livre

Le début de l'histoire d'Un Éternel Recommencement

Résumé du tome 6 - Une Vie, voire Deux

Quand le gardien de la porte des temps sonne l’alerte, Kerryen, roi du Guerek, débarque avec ses soldats pour découvrir un être recroquevillé sur lui-même, une femme, dont il se désintéresse aussitôt, au grand désarroi de sa tante, Inou, qui l’a élevé à la mort de sa mère. Désespérée par l’attitude de son neveu, celle-ci choisit un garde, Amaury, pour l’aider à s’occuper de cette invitée inattendue dont la peau porte de nombreuses meurtrissures.

◎ ◎ ◎

Préoccupé par le désir de conquête d’un empereur noir qui descend du nord, Kerryen écrit aux souverains des pays voisins avec lesquels il devrait s’unir pour contrer la menace : Pagok du Pergun, Péredur du Kerdal, Eddar de l’Entik, Gardj de Brucie. Il rejette toutes les affirmations d’Inou sur l’importance de cette femme dans ce futur combat.

◎ ◎ ◎

Bien décidée à prouver à Kerryen son erreur de jugement, Inou entreprend de réveiller sa protégée de son actuelle léthargie. Malheureusement, si de légers réflexes semblent réapparaître, l’esprit de celle-ci demeure absent. Pourtant, elle échappe une première fois à la vigilance d’Amaury qui la retrouve en tête à tête avec l’infernal étalon du roi, Ardan, puis à Inou. Alors, une nuit, elle retourne prendre un kenda d’Avotour fixé sur un mur, puis refuse de s’en séparer.
Sous l’impulsion d’Inou, Amaury choisit de l’emmener en ville. Profitant de l’aide de Mira, l’assistante d’Inou, il troque la tenue de la femme pour une autre plus masculine. Cependant, énervé par son manque de réactivité, il tente de lui arracher son bâton. Aussitôt, elle le met à terre. Surpris sur le moment, le garde décide de développer cette ébauche d’autonomie.

◎ ◎ ◎

Rendant visite à son neveu, Inou découvre dans un courrier que Kerryen a vendu leur invitée pour appâter Eddar. Furieuse, elle part immédiatement chez Mukin, le sage, en compagnie d’Amaury et de sa protégée, confiant à celle-ci comme une ultime vengeance, Ardan.
Mukin s’intéresse à la femme qu’il baptise Ellah en raison de la légende d’Ellah Leiring. La nuit venue, certain qu’elle renaît grâce à l’affection de ceux qui l’entourent, il partage son esprit avec elle, puis entraîne ses compagnons dans la montagne. Devant leurs yeux, un lien inédit se crée entre Ellah et un énorme chien blanc sauvage. Face à tous les bouleversements de sa vie, Inou résiste difficilement. Au matin, le groupe s’ébranle pour rejoindre la maison de Béa, la plus ancienne amie d’Inou. De là, ils décident une visite chez Tournel pour obtenir de lui d’éventuels renseignements sur le fonctionnement de la porte.

◎ ◎ ◎

Quand un messager leur apprend que la menace est arrivée à proximité de leurs frontières, ils reviennent chez Béa pour y découvrir Kerryen, accompagné de sa demi-sœur, Adélie. Celui-ci en profite pour reprendre Ardan au grand désespoir de la femme, puis identifie entre ses mains un kenda de sa collection. Après un affrontement bref, Ellah défait le garde chargé de le récupérer, puis le confie à Amaury qui le rend à son roi. Alors que Kerryen s’apprête à repartir avec son arme, Ellah la rappelle à elle. Puisqu’elle souhaite la conserver, le souverain lui ordonne d’intégrer sa garnison. Tournel qui a assisté de loin à l’altercation offre à Ellah la traduction d’un précieux parchemin à propos de la porte.

◎ ◎ ◎

Revenue à Orkys, alors qu’elle surveille la cour remplie de futurs combats, ouvriers, artisans ou paysans, Ellah remarque un jeune garçon qui veut s’enrôler, Raustic. Réalisant que tous ces hommes vont mourir pour rien, elle débarque dans le bureau de Kerryen pour lui suggérer mettre à profit les talents de chacun et, ainsi, éviter leur disparition inutile, mais celui-ci la chasse sans même l’écouter. En dernier recours, elle sollicite l’aide Mukin pour amener le roi à reconnaître la pertinence de ses idées.
Pour avoir désobéi au chef des gardes, Ellah est emprisonnée avec Raustic. Le lendemain matin, quand Kerryen l’apprend, il fait aussitôt libérer les deux captifs. Alors qu’Ellah retourne dans la cour, Amaury la rejoint et lui transmet un message de Mukin. Au même instant, son esprit discerne une grave explosion et, incapable de résister, emprunte Ardan une nouvelle fois. Après avoir prévenu Inou, Amaury se précipite pour la seconder. Croisant sa tante et Béa, Kerryen, frappé par leur attitude comploteuse, se décide à les précéder et se rend chez Mukin par un autre chemin.
Parvenu chez Mukin, le souverain accompagne Ellah et Amaury pour dégager un accès vers la salle effondrée dans laquelle gît le corps du sage. Sans bien savoir comment, Ellah le sauve. Dans le fond de la maison, une étrange ouverture mène par un escalier vers quelques geôles. Dans l’armoire d’une pièce adjacente, elle tombe sur quatre livres dont le premier, un carnet, possède un titre qui la surprend : « Les Portes d’Antan ». En raison de la présence du roi derrière elle, elle ne peut les consulter, mais arrive à subtiliser ce dernier. Alors que Mukin explique les raisons de l’explosion, des expériences sur une substance noire rapportée de ses lointains voyages, Kerryen y voit immédiatement une extraordinaire opportunité pour repousser leurs ennemis.

◎ ◎ ◎

Malgré ses efforts pour exister, Ellah peine à retrouver ses marques dans ce monde qu’elle redécouvre, de plus en plus sensible à son absence de passé, à son corps meurtri et à son incapacité à envisager un futur, sans parler des informations qui surgissent dans son esprit sans contrôle. Dans la garnison, son intégration dérange et les coups tordus se multiplient.
Au grand désarroi de Kerryen, Allora rejoint Orkys et se révèle d’une aide précieuse dans la planification des défenses du Guerek, tandis que le souverain précise pièges et innovations. Puis, au cours d’un combat dans la cour de la forteresse contre Mukin, Ellah démontre son exceptionnel potentiel, sous le regard admiratif d’Adélie. Observateur lointain, Kerryen la déteste encore plus.

◎ ◎ ◎

Lors d’une visite à Adélie, la jeune fille parle à Ellah de la magie, mais cette dernière ne sait comment réagir, surtout qu’elle ne maîtrise rien, ni les souvenirs étranges qui reviennent à elle sans choix conscient ni les picotements qu’elle ressent dans les doigts. Préoccupée par son propre sort, elle ne cherche pas à approfondir les mystères qu’elle perçoit dans les propos d’Adélie. Pendant la nuit, elle se rend au col de Brume pour rencontrer Tournel. Une fois, là-bas, l’homme lui explique que le livret qu’elle détient comporte plusieurs langages et qu’il a constaté l’insuffisance de ses connaissances pour le traduire. Cependant, il lui transmet l’original d’un parchemin qu’elle arrive à lire. Son contenu renforce sa décision de retourner à la porte.

◎ ◎ ◎

Blessée dans un accident, Allora est ramenée au château. Énervée par l’insensibilité de son neveu, Inou reproche vertement à celui-ci sa muflerie. Hanté par les paroles de sa tante, le roi demande Allora en mariage.
Quand Ellah et Amaury atteignent le col, ils apprennent que Kerryen et son escorte sont partis un peu plus tôt vers le Pergun. Alors que les images se précipitent dans la tête de la combattante, celle-ci comprend que l’empereur a envoyé quelques éclaireurs qui ne feront qu’une bouchée de la troupe. Saisissant l’imminence de la menace, elle délègue à Amaury le soin d’aller prévenir la forteresse et dévale la pente. Si elle n’arrive pas à temps pour sauver les gardes, elle se bat aux côtés de Kerryen, soutenue par son chien blanc et l’étalon, puis se débarrasse de l’ultime soldat de Tancral. Dévastée d’avoir tué deux hommes, elle se maudit et ne résiste qu’en raison de la présence de ses animaux, comme de son kenda.
Au pied des fortifications, elle quitte Kerryen pour étudier le marais, puis lui apprend un peu plus tard que leurs ennemis attaqueront le lendemain et que, comme elle, les assaillants voient la nuit. De nouveau à Orkys, elle rejoint la porte qui lui ouvre une petite part de son mystère. Quand Ellah se réveille après un étrange voyage, elle comprend qu’elle ne la franchira plus jamais, refusant de revivre une nouvelle fois une telle épreuve. Alors qu’elle revient, se méprenant sur ses intentions, Amaury l’embrasse et lui propose de l’épouser pour l’empêcher de partir avant de s’apercevoir de l’excès de son comportement. Ellah lui demande de garder son chien, puis retourne au col.

◎ ◎ ◎

Quand la marée humaine annoncée par Ellah devient visible, Béa, pressée par le temps, déclare sa flamme à Tournel.
Alors que quelques heures précèdent encore l’attaque, le regard d’Ellah erre sur le marais ; elle a oublié l’essentiel. Avec trois compagnons, Raustic, Greck et Jiffeu, elle y descend pour y installer un dernier piège.
Alors que la confrontation avec leurs ennemis débute, un souvenir surgit dans l’esprit d’Ellah. Abattant deux soldats, relais de Césarus, le combat cesse. Ellah sauve Mukin une seconde fois, puis découvre un instant plus tard la mort de son chien qui s’est échappé de la forteresse. Ébranlée par cette perte, elle s’engage dans une mission suicide avant que Césarus ne reprenne la main sur ses guerriers. Accompagnée de Kerryen, elle repart devant la muraille pour faire exploser les barils de poudre. Si le roi retourne derrière la protection temporaire des remparts, Ellah renonce à y rentrer. Cependant, un clapotis étrange la surprend : les hommes de l’empereur traversent le marais. Et une idée jaillit dans sa tête. Bientôt, grâce aux tirs enflammés des archers de Kerryen unis au sien, la totalité de la tourbière s’embrase, brûlant vifs tous les soldats présents. L’armée de Césarus est détournée ; le Guerek a triomphé.

◎ ◎ ◎

Sans son chien, Ellah ne souhaite plus vivre. Décidant de rendre son kenda à Kerryen, elle rejoint celui-ci dans son bureau et, à la suite d’une discussion animée, escalade la balustrade qui domine la mer Eimée, déterminée à se jeter dans le vide. Mais Kerryen l’empêche de sauter et la ramène dans sa chambre. Ils finissent la nuit ensemble avant de se souvenir que le roi est engagé avec Allora. Pour cet homme, Ellah se donne un sursis, mais, elle n’a pas changé d’avis, la mort l’attend.

❈ ❈ ❈ ❈ ❈

Début du tome 7 - Un Éternel Recommencement

Quand Allora de Srill, auprès de qui il s’était engagé, l’a relevé de sa promesse, Kerryen a épousé Ellah. De leur union est née une petite fille, Amylis, et la famille vit heureuse dans la forteresse d’Orkys, capitale du Guerek ou presque… En effet, de son actuelle histoire, Ellah a conservé une grande vulnérabilité à laquelle elle résiste grâce à la présence de Kerryen et de son bébé. Sur le point de fêter le premier anniversaire de la victoire sur Césarus, le château se prépare à accueillir des visiteurs, des proches comme des curieux. De façon contradictoire, Allora annonce son départ du Guerek à Ellah, lui expliquant qu’elle a renoncé à Kerryen, alors qu’elle l’aimait, en raison des sentiments qu’elle avait devinés entre eux.

◎ ◎ ◎

De son côté, Adélie qui n’a jamais cessé de vouer à la porte une vénération, ce matin-là, se rend devant elle, bercée par une magie conciliante. Parallèlement à un bruit sourd extérieur, un changement d’éclairage la dérange, puis trois silhouettes se dessinent dans la lumière. Les nouveaux arrivants, Pardon et ses enfants, espérant tomber sur Aila, sont déstabilisés par cet accueil imprévu associé à la différence de langage que Tristan ne parvient pas à corriger. La cloche d’alerte sonnée, Kerryen débarque l’épée au poing, bientôt suivi d’Ellah et d’Amaury. Reconnue par les visiteurs, la reine se décompose, tandis que Pardon ne désire plus que repasser la porte pour mettre fin au cauchemar de voir sa femme avec un autre homme.

◎ ◎ ◎

Dans une pièce plus confortable d’Orkys, la discussion entre les nouveaux venus et Ellah ne se révèle pas pour autant plus facile, principalement en raison du silence de Pardon, dévasté, et celui habituel de Tristan. Ellah leur apprend qu’elle est arrivée presque deux ans plus tôt elle ne se souvient plus de rien. Par politesse, elle les invite cependant à rester aussi longtemps qu’ils le souhaitent. Alors que Pardon désire uniquement fuir cet endroit, Naaly obtient un délai pour renouer avec sa mère. Montant dans les étages, elle la retrouve dans sa chambre et se découvre une petite sœur, Amy ou plutôt Amylis.

◎ ◎ ◎

Pendant ce temps, perturbé par les propos échangés, Tristan se promène dans la forteresse, se posant des questions auxquelles personne d’autre que lui ne semble songer. Où sont-ils et quand ? Avant de rejoindre son père, Naaly redescend dans les sous-sols et observe quelques mouvements de troupes souterrains. Le trio réuni, ses membres envisagent de repasser la porte, mais Ellah les invite à fêter avec eux le premier anniversaire de la victoire du Guerek, permettant du même coup à Tristan d’associer les pièces ; il comprend qu’ils ont atterri dans la forteresse du Guerek qu’ils ont connue en ruines, le jour même où celle-ci a été attaquée. Pressé par l’urgence, grâce au retour d’un léger contrôle de la magie, il parvient à partager les pensées, contournant la barrière de la langue. Ainsi, Kerryen apprend que sa cité sera totalement détruite et que son roi finira les os brisés. Cependant, Tristan leur explique que le passé précédent peut avoir été modifié par la venue d’Ellah et, que le déroulement des événements actuels peut différer du premier. Au même moment, Naaly parle des mouvements observés dans les sous-sols et l’alerte est donnée : le château est attaqué par l’intérieur, mais aussi par l’extérieur. Pardon et Naaly accompagnent Kerryen pour défendre le lieu, tandis qu’Ellah met Amy à l’abri. Quand Inou réalise l’absence d’Adélie, Tristan se propose de partir la rechercher. Sa fille en sécurité, la reine rejoint les combattants dans la cour. Malheureusement, la forteresse apparaît perdue. Organisant la fuite du personnel par le souterrain, les yeux d’Adélie se posent sur Pardon qui a généré chez elle des sentiments inédits, pendant que ce dernier, définitivement éprouvé, découvre le bébé du couple. Alors qu’ils atteignent la salle de la porte, Kerryen annonce à Ellah qu’elle doit suivre son ancienne famille en raison du pacte qui l’oblige à respecter un vœu unique de sa part. Malgré sa colère, elle ne peut refuser et, sa fille dans le bras, passe les ondes avec Pardon et ses enfants. Dès cet instant, Kerryen ordonne à ses hommes de la détruire.

❈ ❈ ❈ ❈ ❈

Lire le premier chapitre gratuitement

➀ Début d'Aila et la Magie des Fées lectrice ➁ Début de La Tribu Libre officiel ➂ Début de L'Oracle de Tennesse favorites ➃ Début de La Dame Blanche meilleur ➄ Début de La Porte des Temps top ➅ Début d'Une Vie, voire Deux littérature ➆ Début d'Un Éternel Recommencement heroic ➇ Début de L'Ultime Renoncement meilleur ➀ à ➃ Début de La Première Époque littérature Tous les débuts des romans de fantasy auteure


Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Aila s’observait dans le miroir. Elle avait fini par accepter ces images d’elle qui ne lui ressemblaient pas, tout en trouvant particulièrement déconcertant ce nouveau reflet qui s’offrait à ses yeux. Elle avait revêtu la robe de bal beige, recouverte de dentelles fines et brodée de perles. Serrée sous la poitrine, cette dernière s’évasait ensuite, prêtant à chacun de ses mouvements une fluidité éthérée. Élina avait dégagé l’ovale de son visage en rabattant les cheveux vers l’arrière d’où ils pouvaient flotter en toute liberté. Une perle, comme celle offerte par sa mère, pendait sur son front, accrochée par une chaîne. La promise jouait son rôle à la perfection. Un coup frappé lui indiqua que le prince venait la chercher pour le repas. Comme chaque fois que son regard se posait sur elle, il s’abstint de tout commentaire et, encore une fois, la déçut un peu plus…
— Les heures passent et je n’ai toujours rien découvert. Et de votre côté ? demanda Hubert.
— J’ai relevé de petits faits singuliers, mais qui méritent un approfondissement. Barnais parle de me montrer le clair de lune sur sa fontaine depuis notre arrivée, je vais l’accompagner ce soir et tenterai de le mettre en confiance.
— Bonne idée. Pour ma part, j’ai reçu plusieurs invitations pour des soirées entre hommes et j’hésite encore sur laquelle choisir… Venez, rejoignons nos hôtes.

Dans la cour, un interminable défilé de carrosses déversait quantité d’invités ! Sire Airin avait sorti le grand jeu et convié tous ses voisins. La réception débuta par la présentation officielle du couple, puis Aila et Hubert échangèrent des salutations courtoises avec une multitude d’inconnus.
Le repas fut animé et l’idée du bal qui devait lui succéder créait une ambiance chaleureuse et légère. Toutes les personnes présentes avaient revêtu leurs plus beaux atours et l’agitation atteignit son comble quand elles rejoignirent le salon. Sous la pression d’Aila qui refusait de danser, Hubert ouvrit le bal avec la sœur d’Airin avant de retourner s’installer aux côtés de sa promise, littéralement clouée à sa chaise.
— Barnais a les yeux rivés sur vous en permanence, lui chuchota-t-il.
— Je sais.
— Vous devez trouver un moyen de parler avec lui !
— Je le sais également, mais si je me lève, il va m’inviter à danser, gémit-elle.
— À présent, la musique accompagne les danseurs que vous surveillez depuis un bon moment, que diriez-vous d’essayer une nouvelle fois… ?
Elle lui jeta un regard suppliant :
— Non, c’est encore trop tôt…
— Comme vous le voudrez, soupira-t-il.
Mais la vie en avait décidé autrement, car Barnais se dirigeait vers eux. « Non ! non, pas maintenant… », pensa Aila, complètement tétanisée. Le fils d’Airin s’inclina :
— Dame Aila, vous observez les danseurs des yeux, sans participer à la fête et cela me brise le cœur. Accepteriez-vous de danser avec moi ? Naturellement, avec votre permission, sire Hubert…
Elle jeta un coup d’œil désespéré à Hubert qui la poussa d’un regard à y aller. Soupirant confusément, elle se résolut à tendre sa main à Barnais, la mort dans l’âme :
— Je ne sais pas danser…, lui précisa-t-elle, avec timidité non feinte.
— N’aimez-vous pas la musique que vous entendez ?
— Si beaucoup, mais je maîtrise mal les pas de danse.
— Ce n’est que cela ! Laissez-vous emporter dans mes bras et bercer par la mélodie… Plus rien d’autre au monde n’existera.
Et ce fut ce qu’elle fit, sa robe voltigeant autour d’elle. Elle ne pouvait plus s’arrêter… Barnais la guidait avec conviction et souplesse. Il n’y avait plus de pas, juste une harmonie qui résonnait en elle comme le plus grand des bonheurs. Elle rayonnait, la pièce tournait jusqu’à en disparaître. Entraînée et enivrée par son cavalier enchanteur, elle ne faisait plus qu’un avec lui, à tel point qu’elle perdit de vue qui ils étaient et où ils se trouvaient. Jamais elle ne s’était sentie aussi bien, entourée par les bras d’un homme qui la dévorait des yeux, en lui souriant. Elle se découvrait belle, attirante, une femme tout simplement, prête à tout pour vivre son rêve jusqu’à l’aube, et ne pensait plus à rien d’autre qu’au plaisir de danser avec lui, indifférente aux coups d’œil assombris d’Hubert ou à ceux de Rebecca qui, délaissée pour le compte, les fusillait du regard.
— Accepterez-vous ce soir de venir à la fontaine voir le clair de lune avec moi ? lui murmura-t-il.
— Pourquoi pas ?
— Allez m’attendre dans le jardin, je vous rejoins bientôt.
Aila flottait sur un petit nuage. Elle avait un peu chaud et se retrouver dans l’air frais de la soirée la fit légèrement frissonner. Elle avança doucement sur le chemin, s’éloignant de la fête et de la musique, heureuse d’écouter le silence après toute cette agitation. Elle entendit le pas de Barnais qui la rattrapait. Tandis qu’ils remontaient tranquillement l’allée, une main fébrile frôlait la sienne comme une caresse.

Il ne lui avait pas menti, le spectacle lui coupa littéralement le souffle. Sous le clair de lune, éclairée par une magnifique lumière, la fontaine immaculée se détachait sur les ombres du jardin comme une flamme blanche, presque aveuglante. Se plaçant à côté d’elle, il l’enlaça doucement, avec un naturel désarmant :
— Je vous avais bien dit que c’était merveilleux…
Posément, il approcha ses lèvres des siennes. Aila n’hésita pas, elle voulait désespérément ce baiser et en apprécia chaque seconde. Si tous les hommes embrassaient ainsi, peut-être avait-elle commis une erreur en commençant si tard… Le baiser fut langoureux et prolongé. Quand leurs lèvres se séparèrent, ce fut elle qui en rechercha un second. Seulement, au moment où elle sentit les mains expertes de Barnais qui remontaient de sa taille vers sa poitrine, elle les repoussa avec douceur et fermeté. Elle s’écarta gracieusement de lui, en riant :
— Cher Barnais, croyez-vous qu’un simple petit baiser peut m’asservir ? lança-t-elle d’un ton un tantinet moqueur.
— Non, un petit baiser dévoile juste la promesse de tout ce que je peux vous offrir d’autre…
Aila se fendit d’un sourire appréciateur :
— Mais vous connaissez déjà mon statut de promise, je ne suis plus une femme libre.
— Avez-vous accordé votre cœur à sire Hubert ?
— Non, pas encore, c’est un personnage si peu…
— … intéressant ? trancha Barnais.
— Votre futur roi ne serait-il pas un homme intéressant ?
— Si peu, affirma-t-il
— Si peu intéressant ou si peu votre roi ?
— Touché, se contenta-t-il de répondre, évasif. Une femme telle que vous mérite mieux qu’un pays qui s’écroule. Vous avez l’étoffe d’une reine aux pieds de laquelle je serais prêt à déposer un royaume !
Il s’agenouilla. Tant d’émotion brisait sa voix qu’Aila se sentait vibrer. Elle lui tendit sa main pour l’amener à se relever. Mais alors qu’il escomptait un nouveau baiser, elle se déroba.
— Vous avez raison, mon cher Barnais, j’ai l’étoffe d’une reine, même d’une grande reine et c’est pour cela que je vais épouser sire Hubert, pour être reine, mais…
Elle garda ses mots en suspens pour mieux accrocher le fils d’Airin.
— … mais si jamais vous avez mieux à me proposer avant mon mariage, vous savez où me trouver…
Elle se serra contre lui, laissant glisser ses mains le long de son buste, et murmura, la bouche près de son oreille :
— Mon petit baiser représentait juste un avant-goût de ce que j’ai à offrir…
Les lèvres d’Aila effleurèrent le cou de Barnais jusqu’à son oreille, puis elle se détourna et s’éloigna, un regret fugace au fond du cœur.
— Excellente fin de soirée, mon cher Barnais.

Remontant vers sa chambre en traversant le jardin, elle passa devant une fenêtre entrebâillée dont elle se rapprocha par curiosité, avant de reculer dans l’ombre et d’écouter, tentant d’identifier ceux qui parlaient. Elle grava leurs voix dans sa mémoire. Une porte s’ouvrit et elle reconnut sans surprise celle de Rebecca dont le premier geste fut de fermer les vantaux, coupant court à son espionnage. Elle attendit un instant, puis fila dans la chambre d’Hubert lui raconter tout ce qu’elle avait vu et entendu. Elle le trouva la mine renfrognée, s’énervant sur la boucle d’une sacoche.
— J’ai des nouvelles intéressantes, lui dit-elle. En premier, ce midi, j’ai observé qu’un groupe d’hommes, situés sur votre gauche, en bout de table, avaient une attitude très différente du reste des invités. Ils ont passé une partie du repas à vous jeter des coups d’œil malveillants, mais, étrangement, aussi vers Barnais. J’ignore qui ils sont, mais je peux vous les décrire.
— Pas la peine, je vois. L’un d’entre eux est Ardenais dont le château borde la frontière du royaume de Faraday. Il peut vraisemblablement alléguer des raisons de s’allier avec ce pays voisin s’il en retire un gain pécuniaire ou territorial. Il y a aussi Duclau, Bourdin et je ne connais pas le nom des autres. Il faudra essayer d’en découvrir plus.
— Je pense que je pourrai soutirer quelques informations à Barnais, il est tellement sûr de lui qu’il peut se faire manipuler, avec un peu de doigté…
— Et un peu de baisers, peut-être ?
Elle fronça les yeux, la moutarde lui montait au nez :
— Vous m’espionnez ! Félicitations ! Je ne savais pas les princes réduits à ces extrémités tout juste au service des médiocres ! Et puis qu’est-ce que cela peut vous faire ?
— Vous êtes ma promise et si les gens apprennent que vous vous laissez embrasser par Barnais, je vais être la risée d’Avotour !
— Ce n’est que cela qui vous gêne ! Pas de soucis ! Avant notre départ, tout le monde saura que vous m’avez répudiée et votre honneur demeurera sauf !
— Vous n’avez pas, non plus, à vous donner en spectacle !
— Ravivez donc vos souvenirs un peu brouillés. Vous vous apprêtiez à me vendre à lui pour soutirer quelques précieuses informations et voilà que, maintenant, vous devenez vert pour un simple baiser. Arrêtez, vous êtes ridicule !
— Je ne suis pas ridicule ! hurla-t-il, sans retenue.
— Alors, c’est que vous êtes stupide ! J’avais d’autres nouvelles à partager, mais, compte tenu de votre incapacité à les recevoir, je reviendrai quand vous aurez repris le contrôle de vos émotions !
— Et c’est à moi que vous dites cela ! Vous ne vous êtes pas vue, mollement alanguie entre ses bras !
— Voyeur ! Jaloux ! Ah ! c’est ça qui vous dérange ! Le fait que j’ai apprécié qu’il m’embrasse, mais cela ne vous regarde en rien ! Et s’il m’en fournit encore l’occasion, peut-être que je recommencerai !
— Je vous l’interdis ! explosa-t-il.
— Je n’ai signé aucun engagement d’obéissance avec vous au cas où vous l’auriez oublié ! Je vous protège et vous sers fidèlement, mais pour le reste, même pas en rêve !
Elle lui jeta un dernier regard provocateur et sortit de la pièce, refermant soigneusement le verrou de séparation. Elle ne décolérait pas et fit les cent pas jusqu’à ce qu’enfin, la tension qui l’habitait s’apaisât… Calmée, elle se coucha, revoyant comme chaque soir la petite fée dorée au moment de sombrer.


Envie de voir toutes les œuvres de Catherine Boullery, auteure de fantasy ? Retour sur le site de fantasy
'