Le début de l'histoire d'Un Éternel Recommencement de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy roman

Note : 4.6 / 5 avec 277  critiques high

Le début de l'histoire d'Un Éternel Recommencement

Résumé du tome 6 - Une Vie, voire Deux

Quand le gardien de la porte des temps sonne l’alerte, Kerryen, roi du Guerek, débarque avec ses soldats pour découvrir un être recroquevillé sur lui-même, une femme, dont il se désintéresse aussitôt, au grand désarroi de sa tante, Inou, qui l’a élevé à la mort de sa mère. Désespérée par l’attitude de son neveu, celle-ci choisit un garde, Amaury, pour l’aider à s’occuper de cette invitée inattendue dont la peau porte de nombreuses meurtrissures.

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Préoccupé par le désir de conquête d’un empereur noir qui descend du nord, Kerryen écrit aux souverains des pays voisins avec lesquels il devrait s’unir pour contrer la menace : Pagok du Pergun, Péredur du Kerdal, Eddar de l’Entik, Gardj de Brucie. Il rejette toutes les affirmations d’Inou sur l’importance de cette femme dans ce futur combat.

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Bien décidée à prouver à Kerryen son erreur de jugement, Inou entreprend de réveiller sa protégée de son actuelle léthargie. Malheureusement, si de légers réflexes semblent réapparaître, l’esprit de celle-ci demeure absent. Pourtant, elle échappe une première fois à la vigilance d’Amaury qui la retrouve en tête à tête avec l’infernal étalon du roi, Ardan, puis à Inou. Alors, une nuit, elle retourne prendre un kenda d’Avotour fixé sur un mur, puis refuse de s’en séparer.
Sous l’impulsion d’Inou, Amaury choisit de l’emmener en ville. Profitant de l’aide de Mira, l’assistante d’Inou, il troque la tenue de la femme pour une autre plus masculine. Cependant, énervé par son manque de réactivité, il tente de lui arracher son bâton. Aussitôt, elle le met à terre. Surpris sur le moment, le garde décide de développer cette ébauche d’autonomie.

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Rendant visite à son neveu, Inou découvre dans un courrier que Kerryen a vendu leur invitée pour appâter Eddar. Furieuse, elle part immédiatement chez Mukin, le sage, en compagnie d’Amaury et de sa protégée, confiant à celle-ci comme une ultime vengeance, Ardan.
Mukin s’intéresse à la femme qu’il baptise Ellah en raison de la légende d’Ellah Leiring. La nuit venue, certain qu’elle renaît grâce à l’affection de ceux qui l’entourent, il partage son esprit avec elle, puis entraîne ses compagnons dans la montagne. Devant leurs yeux, un lien inédit se crée entre Ellah et un énorme chien blanc sauvage. Face à tous les bouleversements de sa vie, Inou résiste difficilement. Au matin, le groupe s’ébranle pour rejoindre la maison de Béa, la plus ancienne amie d’Inou. De là, ils décident une visite chez Tournel pour obtenir de lui d’éventuels renseignements sur le fonctionnement de la porte.

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Quand un messager leur apprend que la menace est arrivée à proximité de leurs frontières, ils reviennent chez Béa pour y découvrir Kerryen, accompagné de sa demi-sœur, Adélie. Celui-ci en profite pour reprendre Ardan au grand désespoir de la femme, puis identifie entre ses mains un kenda de sa collection. Après un affrontement bref, Ellah défait le garde chargé de le récupérer, puis le confie à Amaury qui le rend à son roi. Alors que Kerryen s’apprête à repartir avec son arme, Ellah la rappelle à elle. Puisqu’elle souhaite la conserver, le souverain lui ordonne d’intégrer sa garnison. Tournel qui a assisté de loin à l’altercation offre à Ellah la traduction d’un précieux parchemin à propos de la porte.

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Revenue à Orkys, alors qu’elle surveille la cour remplie de futurs combats, ouvriers, artisans ou paysans, Ellah remarque un jeune garçon qui veut s’enrôler, Raustic. Réalisant que tous ces hommes vont mourir pour rien, elle débarque dans le bureau de Kerryen pour lui suggérer mettre à profit les talents de chacun et, ainsi, éviter leur disparition inutile, mais celui-ci la chasse sans même l’écouter. En dernier recours, elle sollicite l’aide Mukin pour amener le roi à reconnaître la pertinence de ses idées.
Pour avoir désobéi au chef des gardes, Ellah est emprisonnée avec Raustic. Le lendemain matin, quand Kerryen l’apprend, il fait aussitôt libérer les deux captifs. Alors qu’Ellah retourne dans la cour, Amaury la rejoint et lui transmet un message de Mukin. Au même instant, son esprit discerne une grave explosion et, incapable de résister, emprunte Ardan une nouvelle fois. Après avoir prévenu Inou, Amaury se précipite pour la seconder. Croisant sa tante et Béa, Kerryen, frappé par leur attitude comploteuse, se décide à les précéder et se rend chez Mukin par un autre chemin.
Parvenu chez Mukin, le souverain accompagne Ellah et Amaury pour dégager un accès vers la salle effondrée dans laquelle gît le corps du sage. Sans bien savoir comment, Ellah le sauve. Dans le fond de la maison, une étrange ouverture mène par un escalier vers quelques geôles. Dans l’armoire d’une pièce adjacente, elle tombe sur quatre livres dont le premier, un carnet, possède un titre qui la surprend : « Les Portes d’Antan ». En raison de la présence du roi derrière elle, elle ne peut les consulter, mais arrive à subtiliser ce dernier. Alors que Mukin explique les raisons de l’explosion, des expériences sur une substance noire rapportée de ses lointains voyages, Kerryen y voit immédiatement une extraordinaire opportunité pour repousser leurs ennemis.

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Malgré ses efforts pour exister, Ellah peine à retrouver ses marques dans ce monde qu’elle redécouvre, de plus en plus sensible à son absence de passé, à son corps meurtri et à son incapacité à envisager un futur, sans parler des informations qui surgissent dans son esprit sans contrôle. Dans la garnison, son intégration dérange et les coups tordus se multiplient.
Au grand désarroi de Kerryen, Allora rejoint Orkys et se révèle d’une aide précieuse dans la planification des défenses du Guerek, tandis que le souverain précise pièges et innovations. Puis, au cours d’un combat dans la cour de la forteresse contre Mukin, Ellah démontre son exceptionnel potentiel, sous le regard admiratif d’Adélie. Observateur lointain, Kerryen la déteste encore plus.

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Lors d’une visite à Adélie, la jeune fille parle à Ellah de la magie, mais cette dernière ne sait comment réagir, surtout qu’elle ne maîtrise rien, ni les souvenirs étranges qui reviennent à elle sans choix conscient ni les picotements qu’elle ressent dans les doigts. Préoccupée par son propre sort, elle ne cherche pas à approfondir les mystères qu’elle perçoit dans les propos d’Adélie. Pendant la nuit, elle se rend au col de Brume pour rencontrer Tournel. Une fois, là-bas, l’homme lui explique que le livret qu’elle détient comporte plusieurs langages et qu’il a constaté l’insuffisance de ses connaissances pour le traduire. Cependant, il lui transmet l’original d’un parchemin qu’elle arrive à lire. Son contenu renforce sa décision de retourner à la porte.

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Blessée dans un accident, Allora est ramenée au château. Énervée par l’insensibilité de son neveu, Inou reproche vertement à celui-ci sa muflerie. Hanté par les paroles de sa tante, le roi demande Allora en mariage.
Quand Ellah et Amaury atteignent le col, ils apprennent que Kerryen et son escorte sont partis un peu plus tôt vers le Pergun. Alors que les images se précipitent dans la tête de la combattante, celle-ci comprend que l’empereur a envoyé quelques éclaireurs qui ne feront qu’une bouchée de la troupe. Saisissant l’imminence de la menace, elle délègue à Amaury le soin d’aller prévenir la forteresse et dévale la pente. Si elle n’arrive pas à temps pour sauver les gardes, elle se bat aux côtés de Kerryen, soutenue par son chien blanc et l’étalon, puis se débarrasse de l’ultime soldat de Tancral. Dévastée d’avoir tué deux hommes, elle se maudit et ne résiste qu’en raison de la présence de ses animaux, comme de son kenda.
Au pied des fortifications, elle quitte Kerryen pour étudier le marais, puis lui apprend un peu plus tard que leurs ennemis attaqueront le lendemain et que, comme elle, les assaillants voient la nuit. De nouveau à Orkys, elle rejoint la porte qui lui ouvre une petite part de son mystère. Quand Ellah se réveille après un étrange voyage, elle comprend qu’elle ne la franchira plus jamais, refusant de revivre une nouvelle fois une telle épreuve. Alors qu’elle revient, se méprenant sur ses intentions, Amaury l’embrasse et lui propose de l’épouser pour l’empêcher de partir avant de s’apercevoir de l’excès de son comportement. Ellah lui demande de garder son chien, puis retourne au col.

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Quand la marée humaine annoncée par Ellah devient visible, Béa, pressée par le temps, déclare sa flamme à Tournel.
Alors que quelques heures précèdent encore l’attaque, le regard d’Ellah erre sur le marais ; elle a oublié l’essentiel. Avec trois compagnons, Raustic, Greck et Jiffeu, elle y descend pour y installer un dernier piège.
Alors que la confrontation avec leurs ennemis débute, un souvenir surgit dans l’esprit d’Ellah. Abattant deux soldats, relais de Césarus, le combat cesse. Ellah sauve Mukin une seconde fois, puis découvre un instant plus tard la mort de son chien qui s’est échappé de la forteresse. Ébranlée par cette perte, elle s’engage dans une mission suicide avant que Césarus ne reprenne la main sur ses guerriers. Accompagnée de Kerryen, elle repart devant la muraille pour faire exploser les barils de poudre. Si le roi retourne derrière la protection temporaire des remparts, Ellah renonce à y rentrer. Cependant, un clapotis étrange la surprend : les hommes de l’empereur traversent le marais. Et une idée jaillit dans sa tête. Bientôt, grâce aux tirs enflammés des archers de Kerryen unis au sien, la totalité de la tourbière s’embrase, brûlant vifs tous les soldats présents. L’armée de Césarus est détournée ; le Guerek a triomphé.

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Sans son chien, Ellah ne souhaite plus vivre. Décidant de rendre son kenda à Kerryen, elle rejoint celui-ci dans son bureau et, à la suite d’une discussion animée, escalade la balustrade qui domine la mer Eimée, déterminée à se jeter dans le vide. Mais Kerryen l’empêche de sauter et la ramène dans sa chambre. Ils finissent la nuit ensemble avant de se souvenir que le roi est engagé avec Allora. Pour cet homme, Ellah se donne un sursis, mais, elle n’a pas changé d’avis, la mort l’attend.

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Début du tome 7 - Un Éternel Recommencement

Quand Allora de Srill, auprès de qui il s’était engagé, l’a relevé de sa promesse, Kerryen a épousé Ellah. De leur union est née une petite fille, Amylis, et la famille vit heureuse dans la forteresse d’Orkys, capitale du Guerek ou presque… En effet, de son actuelle histoire, Ellah a conservé une grande vulnérabilité à laquelle elle résiste grâce à la présence de Kerryen et de son bébé. Sur le point de fêter le premier anniversaire de la victoire sur Césarus, le château se prépare à accueillir des visiteurs, des proches comme des curieux. De façon contradictoire, Allora annonce son départ du Guerek à Ellah, lui expliquant qu’elle a renoncé à Kerryen, alors qu’elle l’aimait, en raison des sentiments qu’elle avait devinés entre eux.

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De son côté, Adélie qui n’a jamais cessé de vouer à la porte une vénération, ce matin-là, se rend devant elle, bercée par une magie conciliante. Parallèlement à un bruit sourd extérieur, un changement d’éclairage la dérange, puis trois silhouettes se dessinent dans la lumière. Les nouveaux arrivants, Pardon et ses enfants, espérant tomber sur Aila, sont déstabilisés par cet accueil imprévu associé à la différence de langage que Tristan ne parvient pas à corriger. La cloche d’alerte sonnée, Kerryen débarque l’épée au poing, bientôt suivi d’Ellah et d’Amaury. Reconnue par les visiteurs, la reine se décompose, tandis que Pardon ne désire plus que repasser la porte pour mettre fin au cauchemar de voir sa femme avec un autre homme.

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Dans une pièce plus confortable d’Orkys, la discussion entre les nouveaux venus et Ellah ne se révèle pas pour autant plus facile, principalement en raison du silence de Pardon, dévasté, et celui habituel de Tristan. Ellah leur apprend qu’elle est arrivée presque deux ans plus tôt elle ne se souvient plus de rien. Par politesse, elle les invite cependant à rester aussi longtemps qu’ils le souhaitent. Alors que Pardon désire uniquement fuir cet endroit, Naaly obtient un délai pour renouer avec sa mère. Montant dans les étages, elle la retrouve dans sa chambre et se découvre une petite sœur, Amy ou plutôt Amylis.

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Pendant ce temps, perturbé par les propos échangés, Tristan se promène dans la forteresse, se posant des questions auxquelles personne d’autre que lui ne semble songer. Où sont-ils et quand ? Avant de rejoindre son père, Naaly redescend dans les sous-sols et observe quelques mouvements de troupes souterrains. Le trio réuni, ses membres envisagent de repasser la porte, mais Ellah les invite à fêter avec eux le premier anniversaire de la victoire du Guerek, permettant du même coup à Tristan d’associer les pièces ; il comprend qu’ils ont atterri dans la forteresse du Guerek qu’ils ont connue en ruines, le jour même où celle-ci a été attaquée. Pressé par l’urgence, grâce au retour d’un léger contrôle de la magie, il parvient à partager les pensées, contournant la barrière de la langue. Ainsi, Kerryen apprend que sa cité sera totalement détruite et que son roi finira les os brisés. Cependant, Tristan leur explique que le passé précédent peut avoir été modifié par la venue d’Ellah et, que le déroulement des événements actuels peut différer du premier. Au même moment, Naaly parle des mouvements observés dans les sous-sols et l’alerte est donnée : le château est attaqué par l’intérieur, mais aussi par l’extérieur. Pardon et Naaly accompagnent Kerryen pour défendre le lieu, tandis qu’Ellah met Amy à l’abri. Quand Inou réalise l’absence d’Adélie, Tristan se propose de partir la rechercher. Sa fille en sécurité, la reine rejoint les combattants dans la cour. Malheureusement, la forteresse apparaît perdue. Organisant la fuite du personnel par le souterrain, les yeux d’Adélie se posent sur Pardon qui a généré chez elle des sentiments inédits, pendant que ce dernier, définitivement éprouvé, découvre le bébé du couple. Alors qu’ils atteignent la salle de la porte, Kerryen annonce à Ellah qu’elle doit suivre son ancienne famille en raison du pacte qui l’oblige à respecter un vœu unique de sa part. Malgré sa colère, elle ne peut refuser et, sa fille dans le bras, passe les ondes avec Pardon et ses enfants. Dès cet instant, Kerryen ordonne à ses hommes de la détruire.

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➀ Début d'Aila et la Magie des Fées meilleur ➁ Début de La Tribu Libre high ➂ Début de L'Oracle de Tennesse livre ➃ Début de La Dame Blanche lectrice ➄ Début de La Porte des Temps officiel ➅ Début d'Une Vie, voire Deux saga ➆ Début d'Un Éternel Recommencement heroic ➇ Début de L'Ultime Renoncement lectrice ➀ à ➃ Début de La Première Époque top ➄ à ➇ Début de La Deuxième Époque recommandation Tous les débuts des romans de fantasy fantasy


Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

À son réveil, le premier geste d’Aila fut de rajouter le livre des fées dans son sac à dos, elle ne voulait surtout pas l’oublier ! La veille au soir, elle avait dû omettre de prendre du Canubre, car elle se sentait nauséeuse. Elle mâchonna rapidement une graine, espérant ainsi recouvrer sa forme au plus vite. Lomaï, déjà debout, finissait son paquetage. Éprouvées par leur séparation prochaine, elles n’échangèrent que des banalités entrecoupées de sourires contraints. Ensemble, elles rejoignirent les autres membres du groupe pour avaler un petit déjeuner succinct. Aila salua tous ses compagnons et gagna les écuries pour s’occuper de Lumière. Fidèle à ses habitudes, elle lui raconta tout ce qu’elles allaient accomplir en équipe. Elle adorait cette impression que Lumière comprenait chaque mot qu’elle prononçait, qu’elle réagissait à ses propres sentiments. Entre elles existait une complicité implicite qui la comblait de bonheur. La jeune fille arrivait encore à s’étonner de la façon dont son cheval s’ébrouait ou piaffait pour exprimer son opinion ou venait frotter son museau contre son épaule, quémandant des caresses. La selle mise en place, Aila y fixa son kenda.
— Êtes-vous prête, Aila ?
Elle reconnut la voix d’Adrien, un peu plus sourde dans le petit matin. Elle hocha la tête et tira Lumière hors de l’écurie. Les deux voyageurs enfourchèrent leurs montures et partirent au pas vers la ville. Le soleil montait doucement dans le ciel, mais comme l’aube n’avait pas cédé ses couleurs à l’aurore, les habitants semblaient tout juste en train de se réveiller. Malgré le Canubre, la nausée persistait et, au cours de la matinée, elle s’intensifia tellement que la tête commença à lui tourner. Que se passait-il encore ? En général, les symptômes de sa visite aux fées s’estompaient rapidement. S’efforçant de cacher son malaise à Adrien, elle endossa son rôle de garde du corps et vérifia l’absence de danger sur leur route. Si elle réussit à tenir jusqu’au déjeuner, tout changea quand le prince lui proposa de prendre leur repas dans une auberge qu’ils avaient aperçue. À peine entrée dans la pièce, l’odeur de nourriture lui souleva le cœur et elle fit demi-tour aussi sec, soumise aux spasmes incontrôlables de son estomac. Il la rejoignit rapidement, attendant qu’elle ressaisît. D’une pâleur mortelle, elle resta agenouillée à même le sol. Quand enfin, les contractions s’espacèrent, il l’aida à s’asseoir contre un muret et partit lui chercher un verre d’eau qu’elle but à petites gorgées dès son retour. Elle lui fut reconnaissante de garder pour plus tard les questions auxquelles elle aurait été incapable de répondre. Elle se recroquevilla sur elle-même, sa tête enfouie entre ses bras et ses genoux. Elle aurait souhaité pouvoir dire au prince de déjeuner sans elle, mais elle n’y arriva pas. De fait, sa présence la rassurait et il resta à ses côtés sans songer à la quitter.
— Allez manger, sire Adrien, je me porte mieux à présent.
— Voulez-vous que je vous rapporte un en-cas ?
— Encore de l’eau et un quignon de pain pour plus tard…
Elle supposait qu’il enverrait un serveur lui apporter toute la nourriture, mais il revint en personne s’assurer qu’elle avait tout ce qu’elle désirait avant de repartir, seul, se rassasier à l’auberge. Ce fut un bruit sourd qui la tira du sommeil en sursaut. Par les fées, elle s’était endormie ! Elle ouvrit les yeux et aperçut son prince, assis contre le mur, les yeux fermés, qui dormait également.
— Sire ?
Il réagit immédiatement et lui sourit.
— À la bonne heure, vous voilà réveillée ! Comment allez-vous ?
— Beaucoup mieux. Avons-nous perdu beaucoup de temps ?
— Non, juste une petite demi-cloche. Sur dix jours de trajets, cela ne changera rien. Vous sentez-vous capable de repartir ?
Aila acquiesça et ils se remirent en route. Elle paraissait tout à fait bien maintenant et grignota en chemin un morceau de pain et du fromage dont les quelques portions suffirent pour assouvir sa fringale. Alors que la journée s’achevait, son état se dégrada à nouveau. La nausée remontait, accompagnée de vertiges. La jeune fille se mit à transpirer comme si elle devenait fiévreuse et ceci n’échappa pas à Adrien dont elle croisa le regard inquiet. Repérant une nouvelle auberge, en fin d’après-midi, il suggéra, toujours avec beaucoup de délicatesse, un repos pleinement mérité après ce premier jour de voyage. Elle ne fut pas dupe de la façon discrète dont il prenait soin d’elle. Elle aurait préféré lui montrer un autre visage d’elle-même, mais elle se sentait tellement incapable de poursuivre la mission qu’elle ne protesta pas. Elle monta directement se coucher, luttant contre la sensation de froid qui la paralysait progressivement. Tremblant de tous ses membres, elle se recroquevilla sur le lit, ignorant ce qui la faisait le plus souffrir, la nausée, les spasmes ou la douleur insidieuse qui lui martelait les tempes. Elle ouvrit les yeux un moment, découvrant autour d’elle des murs dont elle ne se souvenait pas, avant de sombrer une nouvelle fois. Son esprit errait, elle ne savait plus où, mais elle le sentait lui échapper et la conscience d’un danger tout proche finit par provoquer une réaction salutaire. Elle unit ses dernières forces pour murmurer d’une voix faible.
— Livre, sac…
Adrien, qui se tenait à ses côtés, se figea. Que venait-elle de dire ? Il hésitait, il lui semblait qu’elle avait parlé d’un livre… Il ne tergiversa qu’un instant avant d’ouvrir le sac d’Aila et de tout sortir avec application à la recherche du fameux ouvrage. Le sac vidé, il n’avait rien découvert et la poche intérieure qu’il avait palpée paraissait vide. Un soupçon d’énervement naquit en lui. D’un geste brusque, il retourna le sac et le secoua plusieurs fois jusqu’à en voir tomber un objet de la taille d’une main. Il s’accroupit et le ramassa. Voilà donc à quoi ressemblait le livre, petit et plat, très loin de ce qu’il avait imaginé, mais l’important était de l’avoir retrouvé. Aila n’était plus que douleur, elle en était arrivée au point de renoncer à tout, même à vivre pour faire cesser la souffrance quand la voix d’Adrien parvint à son cerveau :
— J’ai trouvé un ouvrage avec un paysage, est-ce lui, Aila ? Que dois-je faire ?
En dépit de ses muscles presque tétanisés, elle tendit la main vers le livre avant de s’évanouir. Quand elle se réveilla, Errys se tenait à ses côtés, littéralement épuisée.
— Amylis, elle revient avec nous ! s’exclama-t-elle.
— Aila, mais où êtes-vous donc allée ? s’enquit Amylis, terriblement angoissée.
Les idées encore brouillées, Aila distingua une autre voix, celle d’un homme… Adrien ! Mais que faisait-il au pays des fées ? L’espace d’un instant, elle eut envie de repartir, mais où déjà ? Elle ne s’en souvenait plus, cependant, elle avait comme laissé une partie d’elle là-bas. Non, ce n’était pas cela qu’elle devait faire, elle devait retourner avec le prince et ses amies les fées. Incertaine, elle se raccrocha aux voix qui l’appelaient, mais elles semblaient si lointaines que cela lui parût trop difficile et sa volonté fléchit à nouveau.
— Amylis, je la perds ! s’affola Errys.
— Laissez-moi faire ! Aila, c’est Adrien ! Revenez, vous êtes mon garde du corps et vous n’avez pas le droit de m’abandonner, je suis en danger ! Rentrez immédiatement !
Danger ! Il avait raison, son devoir de veiller sur lui la ramena un tant soit peu à la réalité. Elle devait retourner auprès de lui. Et pourtant, il y avait ce monde ailleurs, qui la sollicitait…
— Aila ! Moi, votre prince, je vous ordonne de rappliquer ici immédiatement ou je vais vous rechercher ! hurla Adrien.
La jeune fille se concentra sur la voix du prince. Elle se força à se désintéresser de tous ces chants, tous ces mots qui la réclamaient et qu’elle rechignait à quitter. Dans un ultime effort, elle reprit un chemin vers la lumière des fées, abandonnant à regret cet autre univers qu’elle avait à peine pris le plaisir d’effleurer. Son ordre résonnait encore dans sa tête quand elle leva ses paupières. Son regard tomba sur Adrien. Son cœur, déjà malmené, eut un brusque sursaut qui lui rappela la dure réalité de sa vie. Il avait les yeux bandés.
— Sire, articula-t-elle difficilement, vos yeux ?
À tâtons, il chercha son épaule pour y poser sa main.
— Rassurez-vous, Aila ! Je vais bien. Comme je n’ai pas le droit de pénétrer ici et que je ne peux m’en retourner sans vous, la solution la plus simple qu’a trouvée Amylis a été de me couvrir les yeux… Mais racontez-nous ce qui vous est arrivé, nous étions effroyablement inquiets.
Aila sentit la présence bienveillante d’Errys à ses côtés, ses deux mains tenant les siennes. Elle chercha à se redresser, mais, trop épuisée, elle échoua. Adrien l’entoura de ses deux bras pour l’y aider et la cala contre lui. Elle lui fut reconnaissante de sa sollicitude. Peu à peu, ses idées s’éclaircissaient. Elle ne savait pas encore à quoi elle avait échappé, mais elle comprenait que cela avait été de justesse.
— Que s’est-il passé ? questionna-t-elle.
— Nous espérions que tu nous l’expliquerais, répondit Amylis. Selon Errys, ton esprit est parti tellement loin que nous avons cru ne pas pouvoir te faire revenir. Nous n’avons cessé de te parler de tous les gens que tu connaissais et de ta vie pour te ramener vers nous. Et effectivement, tu as fini par ouvrir les yeux, mais pour repartir presque aussitôt. Le prince Adrien a finalement trouvé les ordres qu’il fallait et auxquelles tu n’as pu que te soumettre. Il t’a rappelé ton devoir de le protéger et cela a suffi. Nous sommes si heureuses de te revoir parmi nous. Mais où étais-tu donc allée ?
La voix d’Amylis trahissait tant d’anxiété qu’Aila se sentit coupable du tracas qu’elle leur avait causé.
— Je l’ignore. C’était comme si j’étais attendue ailleurs. Je ne pouvais pas les décevoir, ils avaient besoin de moi et…, Aila rougit avant de poursuivre, j’étais appréciée, aimée, vénérée… Cela me semblait si réel…
— Ce monde où tu étais désirée existe certainement.
— Un autre monde ? Pour l’instant, je ne connais que ceux des fées et des humains ? Qu’ai-je encore à découvrir ?
— Probablement un univers avec lequel tu n’as toujours pas eu de contact direct et qui souhaiterait à l’évidence que tu te ranges de leur côté…
Aila frissonna. Elle voyait bien où Amylis voulait en venir, mais elle refusait d’envisager cette hypothèse.
— Ceci ne peut pas provenir de l’Oracle ? tenta-t-elle.
— Non, en aucune façon, il ne procède pas ainsi, répondit la fée.
— Alors, un monde lié aux sorciers… ?
Les mots étaient enfin lâchés. Aila ne pouvait davantage se voiler la face et se sentit encore plus accablée. Amylis reprit :
— Si ce sont eux qui t’appellent, Aila, comme je le pressens, il va te falloir redoubler de prudence, car il est quasi impossible de résister à leurs voix enchanteresses…
Aila sentit son cœur se gonfler de chagrin.
— Mais pourquoi encore moi ? Ils ne peuvent pas, au moins une fois, choisir une autre personne pour lui pourrir la vie ! J’en ai assez, moi. Je veux rentrer chez moi !
Elle resta un instant figée, puis, se retournant, elle se blottit entre les bras d’Adrien, secouée de sanglots. Elle désirait disparaître. Elle ne souhaitait plus de pouvoirs, plus de fées, plus d’Oracles ou de sorciers ! Elle aspirait juste à être Aila ! Pourquoi la seule chose qu’elle revendiquait lui était-elle inaccessible ? Quand enfin ses larmes se calmèrent, elle se sentit vidée, mais l’esprit plus clair. Amylis l’observa, les sourcils légèrement froncés.
— Si tu désires que nous cessions de partager nos pouvoirs avec toi, nous le ferons. Tu redeviendras celle d’avant. Nous n’aspirons pas à survivre au point de te faire souffrir.
Aila se redressa et regarda fixement Amylis dans les yeux. Elle prit le temps de réfléchir à la proposition de son amie avant de lui répondre :
— Non, Amylis. Si les sorciers sont responsables des déboires qui viennent de m’arriver, ils comptent sûrement me malmener et je ne dois pas rester sans réagir ! Sans votre aide et celle d’Adrien, je ne m’en serais pas sortie. Alors, autant garder ce qui me préserve d’eux… Qu’il m’est difficile de trouver ma place quand je sais qu’il existe un Oracle dont la volonté est de me contrôler ! Pas plus que les sorciers, il ne semble me vouloir du bien, même si, de tout mon être, j’aspire à ce qu’il penche du côté d’Avotour. Vous demeurez les seules que j’aime et que je tiens pour mes vraies amies. J’ai prêté serment, je ne vous lâcherai pas et je ne reviendrai pas sur ma parole.
Elle s’inclina vers Amylis, tout émue, qu’elle prit dans ses bras. La fée ajouta :
— Nous ne t’abandonnerons pas non plus et mettrons toute notre énergie et toutes nos connaissances à ton service, je te le promets. Maintenant, le temps presse pour rentrer en Avotour. Vous devez vous reposer pour repartir demain et poursuivre votre mission. Tu vas devoir guider sire Adrien jusqu’à la sortie.
— Et il devra me soutenir, je n’ai plus de force. Comme duo de choc, on fait difficilement pire !
Il se redressa et étendit son bras vers elle. Elle s’y agrippa, les jambes flageolantes, et se stabilisa debout, accrochée fermement à son prince. Ils étaient sur le point de repartir quand Amylis rappela Aila :
— Avant ton départ, je voudrais t’offrir un présent qui ne sera pas en partage. Donne-moi ta main.
La jeune fille la lui tendit et tressaillit quand ses doigts touchèrent ceux d’Amylis.
— Que s’est-il passé ? demanda-t-elle, troublée.
— Je viens de te procurer le moyen de compartimenter ton esprit pour le protéger d’incursions étrangères. Dorénavant, personne ne pourra t’imposer quoi que ce soit sans ton accord. Tu te ménages ainsi un abri contre les esprits des autres, je te le dois bien…
Ce fut au tour d’Aila de froncer les sourcils, incertaine de ce qu’elle devait comprendre.
— Vous ne me devez rien, Amylis… Et quelle différence avec notre partage habituel ?
Étrangement, Amylis parut à la fois encore plus fragile, mais aussi plus rayonnante.
— Quand on donne, on n’a plus…
Aila s’affola.
— Mais pourquoi ? Amylis, je me serais débrouillée sans. Vous n’aviez pas à vous priver pour moi !
Épuisée, elle ne parvint pas à refouler les larmes qui montèrent à ses yeux, avant de couler sur ses joues. Mais, par les fées, voilà qu’elle se transformait en fontaine ! Elle n’allait pas passer sa vie à pleurer, quand même !
— Tu es mon amie, Aila. Tu as beaucoup donné de toi-même jusqu’à aujourd’hui et tu paies chaque jour de ta personne l’aide que tu nous apportes. Si un individu te veut du mal, il n’y arrivera pas tant que je vivrai. C’est mon choix et un honneur infini d’être celle qui te protégera de tes ennemis. Je suis la fée Esprit, ne l’oublie pas…
Amylis lui sourit avec tendresse.
— Je m’en souviendrai toujours…
Les deux visiteurs se dirigèrent d’un pas hésitant vers le portail, puis se retrouvèrent tous les deux sur le lit de l’auberge. Le prince enleva son bandeau d’un geste.
— Quel plaisir de revoir !
Aila s’allongea, elle se sentait si fatiguée… Juste avant de s’endormir, elle devina qu’il posait une couverture sur elle, récupérait et rangeait le livre des fées. Étrangement, elle songea qu’elle avait assez voyagé pour aujourd’hui…

Ce fut le chant des oiseaux qui la réveilla le lendemain matin. Mais quelle heure était-il ? Le soleil lui parut haut dans le ciel et elle se redressa sur son lit, avisant Adrien, debout devant la fenêtre.
— Sire ! Je suis confuse. J’ai dormi très tard…
— Je viens de me lever et j’ai à peine eu le temps de prendre mon petit déjeuner. Avez-vous faim ?
Elle n’hésita pas : son estomac criait famine !
— Je vais vous en commander un. Vous disposez d’un petit moment pour vous rafraîchir, je serai de retour dans un instant. À tout de suite.
Le prince sorti, elle décida de se changer. Elle quitta ce qu’elle portait, profita de la cuvette pour s’asperger d’eau. Elle frissonna sous sa fraîcheur, mais, dans le même temps, elle se sentit complètement vivante, libérée du cauchemar du jour précédent. Elle choisit sa tenue de cuir et inspira longuement son odeur avant de la revêtir. Elle lui rappelait Antan, Bonneau. Ce dernier devait être en route pour Avotour avec Barou. Deux grands héros qui allaient reconstituer une armée capable de se faire tuer pour vaincre… elle ne les envia pas. Fraîche et en pleine forme, elle sourit à Adrien quand il repassa la porte avec un plateau dans les mains.
— Sire Adrien ! Ce n’est pas à vous de me servir !
Il pivota sur lui-même.
— Ah bon ! pourtant, je ne distingue personne d’autre…
— Je suis vraiment désolée pour tous les contretemps que j’ai occasionnés…
— Vous êtes désolée ! Mais de quoi ? Est-ce que vous vous rendez compte que je pourrai raconter à mes enfants, puis à mes petits-enfants que je suis allé au pays des fées, que je les ai rencontrées, que je leur ai parlé, même si je ne les ai pas vues ? Quand je relaterai mon aventure à mes frères, ils pâliront de jalousie ! Je n’aurais échangé ma place pour rien au monde, croyez-moi ! Ce moment de pur bonheur restera gravé dans ma mémoire comme un de mes meilleurs souvenirs… Enfin, surtout une fois que vous étiez à nouveau parmi nous. Que dois-je faire, Aila, si cela se reproduit ?
— Vous avez entendu Amylis, elle m’a protégée de toute nouvelle intrusion.
— Avelin avait raison ! La vie avec vous constitue une source d’aventures quotidiennes !
— N’en riez pas trop ! Vous finirez peut-être comme moi par vous lasser de toujours figurer en première ligne.
— Je le sais, Aila. Je cherche juste à rendre tout ceci plus anodin, mais, à aucun moment, je ne minimise les souffrances que vous devez endurer…
Ils s’observèrent un long moment.
— Allez, à table !
Elle obtempéra et engloutit comme trois ! Elle avait une faim de loup.
— J’ai demandé au tavernier de nous préparer un en-cas pour ce midi. Nous pourrons manger rapidement en chemin et, ainsi, rattraper notre petit retard.

Moins d’un quart de cloche après, ils chevauchaient ensemble. La suite du voyage fut beaucoup plus tranquille que son démarrage. Aila ne ressentit pas de malaises et aucun danger aux alentours. Cependant, son esprit bouillonnait de ce qu’elle observait. En effet, la misère en Avotour n’était en rien une illusion et chaque village traversé en fournissait une preuve supplémentaire. C’était plus fort qu’elle, Aila ne pouvait s’empêcher de s’arrêter pour une raison ou une autre : soigner un enfant, un homme blessé ou des animaux, aider les récoltes à pousser, apporter le soleil ou la pluie, chasser des nuisibles. Chaque jour, les multiples haltes ralentissaient leur progression vers Niankor. Elle en était consciente, sans pouvoir abandonner ces gens à leurs ennuis, leur chagrin ou leur souffrance. Jetant périodiquement des coups d’œil à Adrien, elle craignait qu’il explosât, comme Hubert, de tous ses tours et détours. Stoïque, le prince ne bronchait pas, se contentant d’attendre qu’elle eût fini sa tâche pour repartir ou se proposant même de l’aider quand il s’en sentait capable. Bientôt, ils s’arrêtèrent systématiquement dans les villages qu’ils traversaient. Mais était-ce le hasard ? Petit à petit, ils dévièrent du chemin le plus court vers Niankor et, ce soir-là, leurs pas les menèrent dans la ville de Partour, ville principale du comté du même nom. Ils y logèrent dans une auberge du centre-ville et s’installèrent dans la salle commune pour y dîner, écoutant distraitement les discussions voisines. Vers le milieu du repas, un individu, portant un chapeau excentrique, entra en fanfare et s’assit avec ses acolytes à la table adjacente, tandis que l’aubergiste s’empressait de les accueillir et de les servir aux dépens d’autres clients déjà attablés. L’homme chapeauté, au verbe haut, forçait sa voix, s’esclaffant de tout et de rien avec ses compagnons, sans craindre de déranger ses voisins, bien au contraire.
— Trinquons, mes chers amis ! À la santé de ce bon à rien de roi et de ses gringalets de fils qui ne valent guère mieux ! s’exclama-t-il, pour que tout le monde l’entendît dans la pièce.
Aila sentit Adrien se raidir et posa tranquillement sa main sur la sienne, retenant un éventuel geste impulsif. Il la regarda. Elle lui sourit et lui murmura :
— Quoiqu’il se passe, laissez-moi faire, je vous prie.
Elle devina le combat intérieur qu’il livrait ; la mobilité de ses traits montrait à quel point entendre parler ainsi de son père et de ses frères lui en coûtait, puis il finit par soupirer, visiblement à contrecœur bien qu’elle sentît la tension qui l’étreignait.
— Allez, mes amis ! poursuivit le braillard. À quoi allons-nous trinquer maintenant ? À tous ceux qui crèvent parce qu’au château d’Avotour, ils s’en foutent ! Paraît qu’ils ont besoin d’hommes pour se battre ! Quelle ironie ! Tout ce qu’ils souhaitent, ce sont des bêtes de somme qui courront au massacre à leur place ! Mais nous, on n’est pas tombés de la dernière pluie… On n’ira pas se faire trucider pour leurs beaux yeux ! Qu’ils crèvent ! Nous, on crève déjà !
Les murmures autour de leur table s’amplifiaient. Beaucoup d’hommes semblaient se rallier à cette opinion et hochaient la tête avec ardeur, y ajoutant parfois une petite réplique de leur cru.
Aila décida qu’il était temps d’intervenir et se leva. Arrivée devant la troupe de mauvais sires, elle poussa les chopes d’un ample revers du bras et s’assit sur la table avec décontraction, juste devant ce grand parleur, saisissant une pomme au passage. Sans quitter des yeux le lascar, temporairement muet, elle croqua dedans avec impertinence. Un sourire lubrique s’afficha sur le visage du bougre.
— Alors, ma jolie donzelle ! Qu’attends-tu pour venir te faire peloter sur mes genoux ? proposa-t-il, j’ai de quoi te faire passer un moment drôlement excitant…
Il cligna grossièrement de l’œil, puis rit grassement, imité par ses invités. « Quelle belle brochette d’idiots ! », pensa Aila. Idiot, peut-être, mais elle considéra l’homme qui lui faisait face comme potentiellement dangereux.
— Monseigneur, vous me semblez très renseigné sur les événements d’Avotour. Et moi, j’adore les hommes importants…
— Fichtre ! Bien sûr que je suis un homme important, de la plus haute importance même ! Et le roi me lèche les bottes quand il a besoin de moi, ricana-t-il.
— Comme c’est bizarre… ! Nous ne devons pas fréquenter les mêmes endroits, car je ne vous y ai jamais rencontré là-bas. Il est vrai que je vais rarement en cuisine ou chez les serviteurs…
Le sourire de l’homme disparut subitement.
— Ma mignonne, si tu n’es pas là pour écarter tes jolies cuisses, tu as intérêt à dégager tes fesses vite fait, sinon mes amis se chargeront de toi.
— Quoi ! Quatre forces de la nature contre une faible fille ! Comme vous êtes terriblement déloyal ! En plus, vous voudriez qu’ils me fassent quoi, vos petits chétifs ? Surtout que, si j’en juge par votre fatuité, vous parlez beaucoup, mais quant à vous salir les mains…
Agacé, le lascar lança un signe à ses compagnons, mais Aila en rassit un avec vigueur telle que cela refroidit immédiatement l’empressement des autres à venir se confronter à elle.


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