Le début de l'histoire de L'Oracle de Tennesse de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy lectrice

Note : 4.6 / 5 avec 244  critiques officiel

Le début de l'histoire de L'Oracle de Tennesse

Aila a grandi dans le comté d'Antan, élevée par son oncle et entourée par Mélinda, la châtelaine et Hamelin, le mage du comté. Sa volonté est de devenir une combattante et, poussée par son oncle, elle participe à des joutes orchestrées dans le but de sélectionner les membres de la garde rapprochée du roi Sérain d'Avotour. Finalement choisie, elle commence par être envoyée en mission en compagnie du fils aîné du roi, Hubert. Peu à peu, ses talents de combattante empruntent des voies inhabituelles qui semblent décupler ses sens et sa perception du monde qui l'entoure. Troublée, elle ne découvre que plus tard l'origine de tous ces bouleversements, liée aux pouvoirs que les fées partagent avec elle à son insu. Dorénavant, la vie en a décidé pour elle, elle n'aura plus qu'autre choix que celui d'accepter ses nouvelles aptitudes et toutes les conséquences, bonnes ou moins bonnes, qu'elles induiront.

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L'heure est grave. Venu du nord, un empereur, Césarus, avance vers eux pour conquérir Avotour et tous les pays environnants. Il apparaît si puissant que tous doutent de leur capacité à le contrer. Convaincu de la nécessité de créer des alliances même avec leurs ennemis de toujours, Sérain d'Avotour envoie son fils cadet, Adrien, en compagnie d'Aila, vers le pays hagan. La route des deux compagnons emprunte des chemins de traverse et amène la jeune fille à semer dans les esprits des villageois le souffle d'un espoir insensé : pour lutter contre Césarus et pourquoi pas le vaincre, la seule solution réside dans le fait de s'allier et de se battre tous ensemble pour la liberté.

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Parvenue aux frontières du pays hagan, Aila récupère les affaires d'une chamane, Marça, qui vient de rejoindre les esprits de la Terre. À peine la tenue revêtue et la bague passée à son doigt, elle se retrouve dans une grotte, accueillie par une femme cachée dans l'ombre. Cette dernière lui révèle qu'elle est à présent, Topéca, la première chamane guerrière. Aila, sans avoir la moindre idée de ce que signifie être chamane, endosse ce nouveau rôle sans joie… Accompagnée par Adrien devenu Kazar, elle quitte Avotour pour le pays hagan.

Plus rien ne va… Depuis qu'Aila est devenue Topéca, Adrien et elle se parlent à peine. Rapidement, le prince réalise que la jeune femme, une fois de plus, porte sur ses épaules un fardeau beaucoup trop lourd et tente de la réconforter : Aila ne peut pas disparaître aussi facilement derrière Topéca. Rassérénée par les propos de son compagnon, la nouvelle chamane reprend la route sur les sentiers montagneux, le coeur apaisé.

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Leur chemin les mène à la rencontre de la tribu Appa dont le chef se nomme Quéra. Dès cet instant, Aila affirme sa nouvelle personnalité : elle est Topéca, la première chamane guerrière et le sol comme le ciel vibrent sous sa puissance au son des clochettes de son kenda. Elle va d'ailleurs prouver rapidement à tous que les esprits de la Terre l'habitent en sauvant les uns après les autres les enfants de la tribu tombés malades. Cependant, chez Topéca comme chez Aila, rien n'est offert aux autres sans qu'elle en paye le prix. C'est sous les regards inquiets des mères de la tribu que la chamane épuise son énergie dans le seul but de préserver des vies.

Mais la lutte ne fait que commencer. Derrière cette maladie insidieuse se cachent l'ombre de sorciers et leur perversité. Face à cette certitude, les détruire peu à peu devient une évidence, mais comment ? À présent, le moment est venu d'en affronter un parmi eux. Mais est-il possible de vaincre ces représentants du mal ? Quelle puissance nouvelle et inédite Aila - Topéca déploiera-t-elle pour y parvenir ?

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Dévastée par le tour que prend sa vie, obligée d'abandonner au petit matin le plus beau de ses rêves, Aila reprend la route pour retourner en pays hagan. Tout en elle se rebelle contre cette destinée qui la brise jour après jour, insensible à sa souffrance ou ses désirs. Alors qu'un bruit de sabot retentit sur le chemin, elle découvre avec stupeur la venue de Niamie, la petite fille qu'elle avait sauvée de la sorcellerie au village de Pontet. Mais quelle idée saugrenue a traversé l'esprit de cet Oracle qui a choisi d'entraîner une enfant si jeune dans ses aventures périlleuses ?

Comme pour concrétiser les pensées d'Aila, un premier danger guette le duo et force les deux filles à fuir dans la nuit. Au cours de la journée suivante, alors qu'Aila a dissimulé sa compagne de route, le combat s'engage contre des mercenaires venus pour la tuer et dépêchés par un ennemi qu'elle a, elle-même, tué de ses mains. Les menaces de son ultime ennemi flottent encore dans l'air quand ce dernier fait demi-tour et s'enfuit.

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Le retour chez Nestor est douloureux pour Aila. Dans sa mémoire affluent tant de souvenirs émouvants voire éprouvants dont celui, si vibrant, de Topéca qu'elle ne pourra jamais redevenir… L'appréhension de la combattante ne cesse de s’accentuer jusqu’au pied des montagnes et, quand elle s'arrête, pétrifiée par la peur, Lumière continue d'avancer. Quand le premier sabot de son cheval foule le sol du pays hagan, Aila acquiert la certitude que, si elle revient en terre connue, la Terre, elle, ne la reconnaîtra pas…

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➀ Début d'Aila et la Magie des Fées livre ➁ Début de La Tribu Libre favorites ➂ Début de L'Oracle de Tennesse roman ➃ Début de La Dame Blanche recommandation ➄ Début de La Porte des Temps auteure ➅ Début d'Une Vie, voire Deux favorites ➆ Début d'Un Éternel Recommencement officiel ➀ à ➃ Début de La Première Époque livre Tous les débuts des romans de fantasy top


Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Aila arriva dans la salle du conseil au moment où retentissait la deuxième cloche, suivie de près par Adam et Pardon. Tristan et Aubin, déjà présents, assis à la table, faisaient face aux princes et au mage royal.
— Veuillez fermer la porte et installez-vous, demanda Hubert.
Elle se plaça au centre des garçons, près d’Aubin.
— Ce matin, vous prêterez serment à la famille royale. Je vous lis l’engagement que chacun d’entre vous va devoir énoncer et signer : « Moi — vous donnerez vos prénom et nom —, fils ou fille de — vous donnerez ceux de votre père ou de votre mère — m’engage à servir fidèlement la famille royale d’Avotour. Je jure de protéger chacun de ses membres, d’obéir à leurs ordres et de respecter leurs choix qui deviendront les miens. »
Ennuyée, Aila se tortilla sur sa chaise. Un coup d’œil rapide lui apprit que ses compagnons semblaient sereins, contrairement à elle. Hubert tendit à Tristan l’engagement qu’il parcourut sagement et qu’il signa d’une main hésitante, simplement parce qu’une épée au bout du bras lui convenait davantage qu’une plume entre les doigts. Ensuite, Aubin prêta allégeance. Aila eut le cœur gonflé de joie d’entendre son frère s’engager avec détermination et passion. Elle le regarda apposer sa signature sur le document, rayonnant de bonheur.
— À vous, mademoiselle Grand.
Aila prit la feuille et commença à la lire, puis s’arrêta et la laissa retomber sur la table. Elle observa tour à tour Avelin, et Hubert, et le mage royal.
— Je vous présente mes excuses, mais je suis incapable de signer ce papier, parce que je sais que je ne resterai pas fidèle à cet engagement. Vous attendez de moi que je devienne un mouton, docile et inexistant, et c’est impossible pour moi…
Sa voix tremblait. Son cœur, serré comme dans un étau, était broyé de détresse. Par fierté ou honnêteté, elle était en train de briser son rêve et sa vie s’écroulait à nouveau.
— J’ai mis trop d’années pour exister pleinement. Aujourd’hui, je crois y être parvenue et puis, comme ça, vous me demandez de renoncer à être moi-même. Je refuse de m’exécuter… Excusez-moi de vous avoir fait perdre votre temps.
Sa voix mourut, tandis qu’elle contenait l’émotion qui montait en elle. Au cœur de l’attention de tous, elle se leva pour partir. Une main frôla la sienne, Aubin se sentait mal, lui aussi.
— Asseyez-vous, Aila.
Elle tourna les yeux vers Avelin qui venait de parler. Pour la première fois, il n’affichait pas ce petit air ironique qu’elle ne supportait pas.
— Asseyez-vous, répéta-t-il doucement.
Elle obéit sans le quitter du regard.
— Désirez-vous être fidèle à ma famille ?
Elle hocha la tête pour dire oui, incapable d’articuler un mot.
— Ceci est donc un engagement que vous pouvez prendre ?
Elle secoua à nouveau la tête.
— Et en protéger les membres ?
Cette fois, elle parvint à murmurer un oui tout juste audible.
— En conclusion, si je vous comprends bien, vous ne souhaitez pas nous obéir aveuglément et penser la même chose que nous, sans être en plein accord avec vous-même.
— Oui, c’est exact, sire.
— Bien. Mage royal, pouvez-vous rédiger pour Aila Grand un exemplaire où ne se trouvera que les deux premiers engagements, je vous prie ? Merci beaucoup.
Au temps qu’Orian mit pour exécuter cette petite tâche, Aila, qui avait tourné son regard vers lui, sut qu’il réfléchissait à la légitimité de ce changement. De légers murmures fusèrent, en provenance des autres membres du groupe et elle perçut un mouvement d’humeur chez Hubert qu’Avelin avait encore devancé. Sentant la dissension monter entre les deux frères une nouvelle fois, elle prit la parole :
— Messires, mage royal. Quand je donne, je le fais sans retenue. Cet engagement partiel que je signe ne signifie en aucun cas que je serai susceptible de vous trahir ou de me désavouer. Ma participation aux joutes obéissait à deux motivations. D’un côté, je l’admets honnêtement, je voulais prouver ma valeur et démontrer mes aptitudes, de l’autre, je désirais aussi réaliser quelque chose de ma vie qui me corresponde. Défendre votre famille lui donne le sens qui lui manquait. Sire Hubert, mage royal, sire Avelin, ce serment que je vais prêter doit refléter votre choix. En cas d’incertitude, je le comprendrai et je partirai.
Elle planta son regard dans celui d’Avelin qui, ayant retrouvé sa moue ironique, acquiesça de façon pompeuse comme il savait si bien le faire… Elle se tourna vers Orian dont les yeux pétillaient :
— Je suis d’accord, jeune demoiselle, dit-il en esquissant un vague sourire.
Les yeux d’Aila rencontrèrent enfin ceux d’Hubert. Visiblement, ce dernier tergiversait encore, mais elle lui avait laissé le choix. Elle imaginait qu’il devait peser le pour et le contre et qu’il la maudissait, car, chaque fois, elle dérangeait le monde sagement ordonné qu’il organisait.
— Je suis d’accord. Mais il serait injuste que vous exerciez seule le droit à cet engagement réduit. Tristan Karest, désirez-vous signer cette nouvelle version ou conservez-vous la précédente ?
Aila lui lança un regard admiratif qu’il croisa sans s’y attarder. Il avait repris l’avantage sur Avelin avec panache, il fallait le reconnaître. Hubert n’était peut-être pas aussi falot qu’il le semblait au premier regard, mais il devait avoir du mal à gérer son jeune chien fou de frère. Elle compatit avec lui l’espace d’un instant.
— J’ai signé la première sans hésitation, je maintiens mon choix.
Aubin s’accorda le temps de la réflexion avant de répondre :
— Je me suis enrôlé sans le moindre doute, et aucune raison ne me forcera à changer d’avis, à présent. J’ai confiance en vous et je considère que vos décisions ne pourront que correspondre à celles que j’aurais moi-même prises.
— Aila, voulez-vous lire et signer l’engagement que vous avez choisi ?
— Moi, Aila Grand, fille d’Efée Grand, m’engage à servir fidèlement la famille royale d’Avotour. Je jure de protéger chacun de ses membres.
Elle perçut le sursaut d’Aubin à ses côtés quand elle cita sa mère comme référence, mais elle l’avait sciemment désignée. Barou, son père biologique n’était plus son père. Bonneau, son oncle, était seulement son père d’adoption. Seule Efée semblait donner toute sa dimension à cet engagement. Pardon et Adam signèrent le même parchemin que les premiers garçons. Hubert reprit la parole :
— Voici une première étape franchie, avec, il est vrai, un lot de surprises inattendues.
Son visage s’éclaira d’un sourire fugitif, le premier qu’elle voyait. Elle était convaincue que, derrière cette façade sobre et sérieuse, se cachait un autre personnage très différent et très secret, avec beaucoup plus d’envergure qu’il n’en laissait paraître de prime abord.
— Tout ce que nous allons partager avec vous aujourd’hui ne doit pas sortir de ces murs. Vous ne conservez que le droit d’en discuter, uniquement entre vous, à l’abri d’oreilles indiscrètes.
Les uns après les autres, il testa du regard les membres de l’équipe et tous acquiescèrent d’un geste de la tête.
— Mage royal, la carte s’il vous plaît.
Hubert l’étala sur la table, la fixant avec quatre pierres.
— Avotour : douze comtés, chacun gouverné par un château principal du même nom que lui. Au centre, celui qui donne son nom à notre royaume et qui jouxte sept d’entre eux. Ici, le vôtre : Antan. Il appartient aux quatre territoires centraux avec Avotour, Melbour et Trérour. Là, Hanau, Escarfe, Barnian et Cordor bordent la mer et bénéficient du commerce maritime. À l’ouest, nous trouvons les quatre comtés longés par le pays hagan : Valmor, Aroure, Partour et Uruduo. Malheureusement, les montagnes inhospitalières qui nous séparent de ce peuple voisin ne sont pas assez hautes pour les empêcher de mener des incursions chez nous. Nous y reviendrons plus tard. Poursuivons notre tour d’horizon avec les royaumes qui nous entourent : Hanau, qui est en haut du plan, présente des frontières avec Faraday à l’ouest et la Wallanie au nord. Uruduo et Cordor permettent des échanges avec Épicral et Estanque, même si nous ne partageons aucune bordure commune avec ce dernier. À noter que la partie nord du comté d’Escarfe était anciennement celle du Guétan.
Tous les membres du groupe se penchèrent sur la carte, attentifs. Ils suivaient scrupuleusement tout ce qu’Hubert leur montrait. Le prince héritier reprit :
— Les Hagans, après nous avoir laissés tranquilles pendant une vingtaine d’années, reviennent en hordes voler, tuer, détruire les régions frontalières, principalement le nord de l’Aroure et le sud de l’Uruduo. Nos soldats ont beaucoup de mal à mettre ces bandes en déroute, car elles n’attaquent jamais au même endroit. Aussi, souvent, arrivons-nous trop tard. En ce moment, Adrien, notre frère, enquête sur place pour tenter de comprendre comment ils se débrouillent pour toujours anticiper notre présence et nous éviter. De plus, les Hagans exploitent la possibilité de passer par le royaume d’Épicral pour tromper notre vigilance. Nous devrons également résoudre ce problème de contournement.
Il se tut un instant, observant la carte avec circonspection.
— Notre deuxième souci nous préoccupe encore plus, à moins qu’il ne soit lié au premier, ce qui le rendrait gravissime… Depuis plusieurs années, peut-être certains d’entre vous sont-ils au courant, nous essayons de répertorier exactement les comtés fidèles et ceux qui nous trahissent. Et comment ? Et pour qui ?
Perturbés par l’information, les membres de l’équipe se concertèrent du regard. Cette description alarmante de la situation attisa leur attention.
— Desquels sommes-nous sûrs ? intervint Aila.
Hubert la dévisagea.
— Bonne question. Antan, Melbour, Trérour, Barnian, Cordor et naturellement Avotour.
— Pas plus ? s’étonna Pardon.
— De sûr, c’est tout.
— Et ceux dont il est certain qu’ils nous trahissent ? ajouta-t-elle.
— Escarfe, Valmor, Hanau.
— Tiens, bizarre, marmonna Aubin.
— Oui, tu as raison, ils sont tous situés au nord et en contact avec le royaume du Faraday, conclut Aila.
— Exactement, reprit Hubert.
— Les Faradins auraient-ils envie d’étendre leur territoire ? questionna-t-elle.
— Il y a de grandes chances que ce soit le fond du problème…
— Il est probable que le Guétan veuille faire sécession avec Escarfe. Ce n’est peut-être pas toute l’Escarfe qui trahit…
— Pour cette raison, Avelin et Aila iront au château d’Escarfe tester la fidélité de sire Airin et, s’il n’est pas responsable, ils devront remonter aux origines de la trahison dans son comté et trouver…
— Son fils !
La réponse fusa et Adam se retrouva au centre de l’attention. Jusqu’à présent, se considérant comme un simple remplaçant, il s’était tu, mais là, il n’avait pu s’empêcher d’intervenir.
— Et pourquoi ? interrogea Hubert.
— Je le connais depuis que je suis môme. Il manifeste sans cesse son perpétuel désaccord avec son père et clame depuis des années qu’il vaut mieux que de diriger un modeste territoire… Les Faradins lui ont probablement promis ce qu’il désire en récompense de sa trahison. Enfin, voilà, j’dis cela, mais j’en sais rien. Je crois seulement que, là-bas, faudra vérifier si c’est pas lui.
— Tout à fait judicieux, commenta Avelin.
Hubert continua :
— Vous conduirez tous une mission du même type dans les prochains jours. Avelin et Aila rejoindront Escarfe. Je partirai avec Aubin vers Valmor, Orian avec Pardon pour Hanau. Adam et Tristan, en Aroure et Partour, vous passerez d’auberge en auberge pour écouter, j’ai bien dit écouter, ce qui s’y raconte. Faites-vous petits, soyez discrets.
Du coin de l’œil, Hubert entrevit un froncement de sourcils sur le visage d’Aila. Sans s’émouvoir, il poursuivit :
— Vous pouvez y aller ensemble ou séparément, mais ne revenez pas avant d’avoir recueilli des informations utiles et utilisables. Nous nous retrouverons tous dans trois mois environ au château d’Avotour et, selon les renseignements rapportés, nous envisagerons d’autres missions. Je vous laisse la parole, mage royal.
Orian s’exprima de sa voix rocailleuse au timbre grave :
— Tout ce que sire Hubert vient de présenter dévoile les difficultés de notre pays et les risques qu’il encourt, mais il n’explique pas tout. Je suppose que vous avez remarqué l’appauvrissement de la population. Les pêcheurs hissent des filets vides, tant les ressources en poissons diminuent, les récoltes sèchent ou pourrissent sur pied, car elles reçoivent trop de soleil ou trop d’eau, ou bien des insectes ou des oiseaux les dévastent. Et, à cela, il existe une raison que la vôtre va devoir admettre : la magie des fées est en train de disparaître. Si elle s’éteint définitivement, ce ne sera pas la trahison de nos comtés que nous aurons le plus à craindre, mais la famine, les épidémies et notre disparition pure et simple…
Le murmure qui s’était élevé lorsqu’Orian avait parlé des fées et de leur magie prit fin en même temps que ses derniers mots.
— Que pouvons-nous faire ? demanda Aubin.
— Nous devons trouver l’être humain, homme ou femme, auquel les fées doivent transmettre leur pouvoir pour rétablir l’équilibre. Ceci accompli, il ne restera plus qu’à résoudre nos petits problèmes de trahison…
Le silence qui s’abattit pesait moins lourd que toutes les interrogations muettes qu’aucun n’osait exprimer.
Enfin, Hubert le rompit avec détermination :
— Je sais ce que vous pensez tous, car, comme vous, les mêmes idées m’ont traversé l’esprit. Je me disais que toutes ces légendes, ces contes à dormir debout servaient juste à endormir les enfants avides de merveilleux. Mais, depuis, j’ai changé d’avis. Orian est notre mage royal et je lui voue une confiance totale. Il me certifie que les fées existent, donc c’est la vérité. Il m’annonce qu’elles sont en train de disparaître, je le crois. Il m’affirme que notre pays se délite, car leur magie meurt, je le tiens pour certain. Il sait, un point c’est tout.
— Mais… Mais comment trouver cette personne ? intervint Aubin.
— Nous n’en avons aucune idée.
Ils restèrent tous pensifs, légèrement indécis sur la conduite à adopter…
— Bon, c’est pas qu’on s’ennuie, mais il faudrait s’entraîner au kenda pour arriver à défaire les Hagans, découvrir les traîtres et dénicher l’oiseau rare qui va sauver le monde !
Tous se tournèrent vers Pardon qui afficha un sourire absolument désarmant. Avec plus de sérieux, il continua :
— Nous concevons la gravité de la situation et la seule arme que ne connaissent pas la plupart de nos ennemis est ce bâton. Nous disposons de peu de temps pour parvenir à une maîtrise incomplète, mais efficace. Le perfectionnement viendra par la suite. Je propose que nous allions au manège parfaire notre apprentissage. Qui me suit ?
Tous les membres du groupe levèrent la main.
— Très bien, commenta Hubert. La séance est terminée et je vous accompagne. Te joins-tu à nous, Avelin ?
— Bien sûr, je ne manquerais les leçons données par une demoiselle pour rien au monde…
— Et je vous suis, histoire d’évaluer vos débuts, ajouta Orian, un éclair malicieux traversant ses prunelles
Ils s’observèrent tous. Aubin tendit sa paume que toutes celles des participants à cette première réunion recouvrirent. Ils formaient désormais une communauté ; la solidarité et ce sentiment d’appartenance les transportèrent de bonheur. Une immense complicité venait de s’établir et, ils en étaient certains, avec elle et grâce à elle, ils vaincraient.
— Désolée, j’ai juste un petit souci, objecta Aila. Je n’ai que deux kendas : j’espère que Bonneau voudra bien nous prêter le sien.
— Comme je connais Bonneau, prévoyant comme un écureuil, il en a sûrement caché quelques-uns dans un recoin ! prédit Aubin. Ne se rend-il pas régulièrement du côté de Meillan ?
— Que si ! s’exclama Aila. Tu as raison, alors on y va tous et je vais tout vous apprendre !
Ils sortirent tous ensemble, bavardant et riant, gommant ainsi leurs différences : marchaient seulement des hommes et une femme unis pour sauver leur pays.


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