Le piratage de la fantasy

Note : 4.5 / 5 avec 197  critiques romans

La réaction de l'auteure Catherine Boullery face au piratage de sa saga de fantasy

Sartrouville, le dimanche 5 janvier 2013,

Moi, je ne suis personne, une écrivaine modeste, dissimulée parmi des milliers d'autres, dont le rayonnement se limite presque aux gens autour d'elle. Malgré ce rang infime, me voici déjà l'objet de piratage sur un site du Canada ! Bigjune veut télécharger les trois tomes gratuitement. C’est vrai que c’est une grande chance de disposer de trois formats différents sans DRM et d’économiser 18 euros pour plus de 1500 pages de lecture… Le problème est que je ne suis pas encore assez connue pour qu'il y parvienne facilement ! Cependant, cette situation m'amène à me poser de multiples questions et à avouer ma totale incompréhension…

Mais peut-être suis-je d'une autre époque, d'un autre âge, élevée dans une morale judéo-chrétienne, critiquée pour sa démarche empreinte de culpabilité et d'interdiction ou posée comme le socle des valeurs de la tradition libérale, de celles où s'approprier un bien sans le payer portait le nom de « vol ». Robin des bois a établi sa renommée en dépouillant les riches pour donner aux pauvres, mais était-il vraiment ce bandit au grand cœur ou juste un brigand pourvu d'un indéniable charisme ? Reconnaissons simplement que, dans la légende, sa générosité à l'égard de son prochain démontrait de nobles aspirations, pleines d'altruisme…

Ici, je ne cherche pas à juger, je cherche juste à comprendre… et, peut-être également, à faire comprendre, à retourner la lunette d'observation pour permettre de voir sous un autre angle.

Je fais encore partie de ces imbéciles qui se limitent en nombre d'achats et qui achètent encore CD et DVD. Peu, il est vrai, car j'ai toujours l'impression de me faire avoir quand j'achète trop tôt et que le prix apparaît divisé par deux six mois plus tard… C'est une grave erreur marketing que de prendre les gens pour des abrutis et le revers de la médaille est cette désaffection de plus en plus grande pour ce système de distribution qui passe son temps à nous voler. Mais la réponse est-elle, pour ne pas être volé, de voler nous-mêmes ? De plus, derrière lui, existent d'autres personnes qui méritent toute votre attention et sur lesquelles je voudrais zoomer…

Voilà l'état des lieux : j'ai passé 9 mois à écrire cette saga en quatre tomes, la relecture de chacun d'entre eux me prend plus de deux mois pendant lesquels mes horaires hebdomadaires dépassent les 60 heures, sans compter les heures à créer le site, à l'enrichir, à dialoguer avec les gens. Aujourd'hui, je suis écrivaine pour la beauté de l'art, car, indéniablement, je ne peux pas en vivre. Il n'est que mon second métier, une passion qui occupe mon temps un peu plus que les autres…

De plus, me voilà occupée par deux métiers qui dévorent ma vie. Rien que pour une seule femme, quelquefois, je peux vous l'assurer, c'est vraiment beaucoup, voire beaucoup trop…
Heureusement, je me nourris des échanges que mon aventure m'apporte, des rencontres, des liens de plus en plus nombreux qui se créent autour de moi, des retours positifs qui me confirment que je bosse comme une tarée pour quelque chose et, encore plus, pour quelques-uns… Mais pour combien de temps encore ?

Je comprends que l'accès à la culture possède un coût non négligeable pour de modestes revenus. Mais qui se cache derrière cette nouvelle forme de piraterie sur la mer du web ? Est-ce vraiment une question d'argent ou simplement un jeu passionnant ou, encore plus grave, un dédain profond du travail des autres ? Qui accepterait parmi vous de travailler et de voir son voisin récolter le prix de ses propres efforts ? Je suis capable de donner, j'ai un cœur gros comme ça, une âme limpide quelquefois, mais si l'écrivain veut survivre, il faudra obligatoirement le nourrir d'autre chose que d'amour et d'eau fraîche…

Des projets, j'en ai tant dans ma tête que je ne sais par lequel commencer ! Cependant, l'obstacle le plus incontournable n'est pas lui, c'est ma disponibilité. Même à temps partiel, je ne m'en sors pas, et je crève de ce temps que je n'arrive pas à prendre égoïstement pour moi, pour me ressourcer totalement et être capable de me remettre à écrire.

Depuis trois ans et demi, je survis dans cette réforme des lycées qui m'égratigne chaque jour un peu plus. Mes élèves rient de me voir râler, parce que je le fais en permanence, même avec le sourire aux lèvres, parce qu'aujourd'hui le travail que j'accomplis ne ressemble plus à ma conception du partage de connaissance (encore trop vieille ?) et ce n'est pourtant pas faute d'avoir tout donné pour le rendre accessible, voire attrayant… Ce qui me sauve du désespoir, ce sont mes élèves (malheureusement pas tous…) et ma volonté de poursuivre la saga d'Aila grâce à ceux qui m'encouragent et à mes ventes qui augmentent progressivement (en numérique, elles ont quasiment triplée entre début août et aujourd'hui). Chacune de ces dernières aide UPblisher à se maintenir à flot et à faire vivre les quelques personnes qu'elle abrite. Qui pourrait imaginer que chaque vente perdue contribue à fragiliser leur statut ? Je salue ces personnes qui investissent toute leur énergie pour exister au point de se lancer dans le financement participatif pour l'emploi. Ils ont besoin d'une personne de plus et n'ont pas les moyens de l'embaucher. Belle idée, n'est-ce pas ? Tiens, Bigjune, si tu lis ces quelques mots, tu pourrais tenter une action altruiste ! Les donations se font à partir de 10 euros !

Sachez-le, si UPblisher meurt, je mourrai avec lui… Mais quelle importance, il y en aura toujours d'autres pour me remplacer… Seulement qui sait ce qu'elle éteindra en moi également et ce à quoi je devrais renoncer… Ah oui, c'est vrai, je ne suis personne…

Une dernière question : qu'adviendra-t-il de la culture vendue sur support quand elle ne sera plus que piratée ? La réponse est simple, elle disparaîtra et, depuis longtemps, l'écrivaine que je suis se sera dispersée dans l'air comme les cendres d'un monde éteint… à moins que d'ici là, nous ayons trouvé un autre moyen pour subvenir aux besoins de la création ! À nous de jouer, d'élaborer des réponses qui permettront à ceux qui écrivent du rêve de ne jamais cesser de vous en offrir ! Tout à un prix, quel est celui que vous voulez payer ?

À moins que se faire pirater présente des avantages que j’ignore…

En conclusion : je viens de passer quelques heures à rédiger ce pamphlet alors que mon boulot pour lundi n'est toujours pas fait, catastrophe…
Belle journée à tous !

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