Les Archives du blog de #fantasy de juin 2014
tome 3 - L'Oracle de Tennesse

La saga d'Aila  fantasy


fantasy Catherine Boullery

Note : 4.6 / 5 avec 266  critiques recommandation

Les archives du blog de fantasy d'Aila de juin 2014

27 juinHier soir a eu lieu le bal de terminales de mon lycée… J'adore voir tous ces élèves arriver respectueux, pour la plupart, de la tenue de soirée exigée, histoire de casser les codes vestimentaires habituels. Jolies robes pour les filles, parfois moulantes, souvent originales, et des hauts voire de très hauts talons pour les accompagner. Mais comment est-il possible de danser perchées ainsi ? Si, si ! Elles y arrivent et je leur tire mon chapeau ! Quelques efforts pour les garçons, mais, disons-le clairement, ils peuvent mieux faire ! Si les filles se sont mises sur leur « 31 », les habits masculins manquent cruellement de standing pour une majorité de leurs représentants… Ah la la, toute une éducation à refaire ! Photographe officielle, j'ai immortalisé en pied et en portrait ceux qui désiraient conserver le souvenir de cet instant particulier, le moment ultime pour moi de saluer des élèves que j'ai appréciés, avec un peu d'émotion, et de leur souhaiter un bel avenir.
Normalement, je suis en vacances. Pourquoi, alors, n'en ai-je absolument pas l'impression ? C'est vrai quoi, je n'arrête pas ! De fait, si je peux me prétendre en vacances pour une de mes fonctions, c'est loin d'être le cas pour l'autre. Ainsi, chaque moment que libère le premier est accaparé par le deuxième et, donc, vivement la montagne !
J'ai commencé tous mes petits courriers pour les contributeurs d'Ulule et, glup, si je veux faire les choses bien, c'est-à-dire comme je les aime, ça m'en prend du temps ! Allez, j'arrête de me plaindre, encore du soleil ce matin, de belles rencontres toujours et le cœur léger, que demander de plus ?
Dernier jour de la semaine, c'est parti. Bonne journée.

24 juinPas grand-chose de neuf sous le soleil sauf le… soleil ! Sa lumière est tellement agréable et sa chaleur encore douce irremplaçable. Je rêve du moment où je vais pouvoir tout oublier et partir en montagne, appareil photo en bandoulière, à l'assaut de dénivelées modestes (entre 500 et 1000 m) qui suffisent à mon bonheur : un effort physique mesuré, des paysages magnifiques, les papillons à m'en faire tourner la tête et l'impression d'aller au bout du monde, loin du bruit, loin de tout, dans un espace protégé des vicissitudes de la vie moderne. Bientôt…
La campagne sur Ulule est à présent terminée avec 147 % de réussite. Je devrais recevoir les fonds (commission de 8 % d'Ulule déduite) bientôt et me lancerai dans les courriers à destination des contributeurs, puis dans l'envoi des paquets. J'avais commencé à anticiper pour les personnes que je connaissais, mais je vais devoir passer à la vitesse supérieure pour parvenir à tout faire dans un délai raisonnable. En conclusion : les vacances ne sont pas encore pour tout de suite !
Belle semaine.

20 juinJe pense à ce blog tous les jours et, tous les jours, je le remets au lendemain  Il n'y a pas à dire, il existe bien un moment où il faut cesser de jouer à cache-cache. Je crois que, simplement, une fois le Salon du livre terminé, la fatigue a fondu sur moi et moi comme neige au soleil ! L'inertie, bien connue en mécanique, s'est emparée de mon esprit. D'ailleurs, quand je demande à ce dernier s'il est là, il ne répond toujours pas !
Trêve de plaisanteries, voici un double retour sur le Salon du livre de Sartrouville, d'abord avec un petit reportage photo que je vous ai concocté (bon, c'est vrai, je n'étais pas à l'arrêt total, j'ai quand même réalisé deux trois petits trucs, mais lentement !) et quelques anecdotes. Pourquoi croustillantes ? Qui a dit ça ? Je n'en ai aucune de ce genre à vous raconter !
Première anecdote : ma rencontre avec Karim Friha, mon ancien élève devenu un auteur de bandes dessinées dont « Le réveil du Zelphyre ». Cette rencontre représenta un moment très émouvant pour moi, un retour quinze ans en arrière (non, merci, ce n'est pas la peine d'en rajouter, je sais bien que le temps passe… Malheureusement, un changement d'emploi du temps ne lui permit de venir que quelques heures au cours desquelles il anima un stand de dessin pour les plaisirs des plus petits, super !
Deuxième anecdote : si le matin fut plutôt calme, l'après-midi s'écoula sans que je m'en aperçoive dans un flot ininterrompu de visiteurs dont une bonne dizaine de nouveaux venus. J'ai eu le plaisir de retrouver une de mes acheteuses de l'an passé qui, selon ses propos, attendait la suite avec une grande impatience. Enfin, si elle souhaite la réponse à la question qui brûle son esprit, elle devra attendre le chapitre sept ! Encore une qui va me maudire !
Troisième anecdote : que d'élèves sympathiques ont croisé ma vie et ont décidé d'y rester et quelle chance est la mienne ! J'ai même reçu la visite d'une maman que sa fille avait déléguée, car elle-même était en pleine révision !
Une nouvelle belle expérience, enrichissante et beaucoup de satisfactions condensées en une seule journée ! À refaire !
Bon week-end.

14 juinEncore une fois rattrapée par le temps ! Je ne rêve plus que du moment où la pression qui m'étreint pourra enfin se relâcher, mais, avec la fin de la campagne sur Ulule le 19 juin vers midi, je vais enchaîner sur la gestion des contreparties… Connaissant un grand nombre de donateurs, j'ai déjà commencé à prospecter, dédicacer, emballer, voire envoyer ! Allez, ce qui est fait n'est plus à faire !
De plus, comme je n'ai pas suffisamment d'occupations, me voici engagée dans une démonstration de Country pour le 28 juin prochain. Mais quelle idée ! Apparemment, mini salle, mini espace pour danser, mais ce sera l'occasion d'être ensemble. Voici ma chanson préférée dans le lot des six chorégraphies : Dance of love et voici celle dont je regrette l'absence : Celtic teardrops !
Presque 2700 euros dans la cagnotte sur Ulule… Cette campagne est une belle réussite et ma communauté est à l'image de ce que nous partageons tous les jours : extraordinaire ! Ma gratitude à l'égard de ceux qui y ont participé est infinie. Merci à ceux qui ne me connaissent pas, mais qui se sont lancés dans l'aventure. Merci à mes amis en particulier, car, même si quelques-uns m'ont soutenue surtout par affection, l'immense majorité l'a fait pour une seconde raison : ils croient en mon talent, et leur confiance est le plus beau cadeau qu'ils peuvent me faire.
Demain, le Salon du livre et une nouvelle journée relationnelle enrichissante, de celle qui vous laisse, quand elle se termine, épuisée, mais comblée. Oui, une belle journée de folie qui cachera un autre événement : la fête des Pères, un hommage que j'ai cessé de rendre depuis treize ans déjà. En général, quand je pense à ceux qui ont disparu trop tôt, je me répète la réflexion magnifique qu'avait partagée une amie avec moi après le décès de son compagnon : « Il aimait trop la vie et n'aurait pas aimé que je sois triste. Alors, quand je pense à lui, je pense aux beaux moments que nous avons partagés ensemble. » Ces phrases sont un hymne à la vie, une autre façon d'aborder la disparition d'un être cher. Quelquefois, la pensée positive se lézarde et le chagrin renaît comme s'il n'avait jamais vraiment disparu. Qu'aurait-il pensé de toute mon aventure littéraire, lui, l'homme cultivé, amoureux des belles lettres ? Aurait-il été comme certains membres de ma famille à me répéter que j'écris mal ou à taxer ma campagne sur Ulule de mendicité ou, au contraire, aurait-il fait partie de ceux qui me soutiennent et m'accompagnent chaque jour dans cette belle aventure ? Je devrais le savoir, j'ai passé tant d'années à ses côtés, nous avons tant échangé et, pourtant, toute une partie de l'homme qu'il était m'échappe. Si pudique, tellement secret et plus aucune lumière pour venir repousser la part d'ombre qu'il recelait ; je ne saurai pas… Pourtant, ce matin plus que tout autre, j'aurais tant besoin d'avoir la certitude qu'il serait fier de moi. D'un autre côté, comment pourrait-il en être autrement ? Il m'a élevée en me disant que je ferai tout ce que je voudrai de ma vie à partir du moment où je m'en donnerai les moyens et j'ai suivi la voie qu'il avait ouverte devant moi sans jamais m'égarer. La réponse que j'espère se cache indubitablement derrière ce constat. Malheureusement, c'est de lui que je voudrais l'entendre et c'est tout simplement impossible.
Bon week-end.

8 juinAprès la pluie, le beau temps ! Par la porte-fenêtre ouverte, j'entends le chant des oiseaux et la cloche de l'église qui appelle les fidèles, je vois les escargots se promener sur la terrasse, partir à l'ascension des murs ou des volets et je goûte la douceur de cette matinée fraîche et ensoleillée comme un premier pas vers un peu de détente et de repos…
Versions papier livrées à la maison ! Alors que je craignais un timing serré, je suis largement dans les temps. Voici donc un sujet sur lequel je n'aurai pas à m'inquiéter (si, si, tout est bon à prendre !) C'est toujours un moment émouvant dans ma vie de les recevoir et de pouvoir les toucher. Indubitablement, ce support de mon enfance conserve intact son pouvoir d'attraction. Ouvrir la première page d'un livre, c'est pénétrer dans le secret de Dieux, plonger dans un monde qui ne s'écrira que pour vous en lettres noires sur un fond blanc, mais que votre imagination s'appropriera à tel point qu'elle le transformera en un univers coloré à trois dimensions. D'où l'importance incontournable du lecteur qui donne vie à vos histoires !
Vous allez rire, mais j'ai placé tous mes livres les uns à côté des autres (trois, ça commence à faire !) et je me suis dit que, bientôt, j'aurai la collection complète !

Les trois tomes de la saga d'Aila
Les trois tomes de la saga d'Aila

Comme pour chacun de mes bouquins, j'ai recherché le petit croquis qui accompagnera mes dédicaces et, après un premier essai qui ne me convenait pas, le deuxième a été transformé ! J'ai pris comme un compliment le « Ah oui, pas mal… » d'une de mes filles, très douée en dessin. Mon seul bémol est que j'ai commencé à dédicacer quelques livres que je vais envoyer et le rendu est moins bon au feutre qu'au stylo, car moins dans les nuances. En conclusion : je dois encore réfléchir.
126 % sur Ulule avec une dernière contribution en provenance du Japon ! Plus que douze jours pour participer, les contributions sont à partir de 5 euros !
Nouveau petit article dans Bibliomonde, avec une version actualisée de celui sur IDBOOX.
Bon dimanche.

6 juinVous ne savez pas la meilleure, je raconte à une amie l'étrange et extraordinaire idée de Marie sur l'origine du nom d'Aila et je la vois ouvrir de grands yeux (eh oui, chacun son tour), puis me répondre du tac au tac : « J'ai toujours pensé que tu avais prénommé ton héroïne en raison de ça ! » Alors, là, clairement, je suis sidérée ! Comment être dépossédée de sa propre histoire par des amies qui voient en vous peut-être plus loin que vous-même ? Je trouve cette histoire parfaitement incroyable. Aurais-je de façon totalement inconsciente établi un lien aussi précis alors que ce prénom peu courant s'est imposé à moi comme une certitude. À peine évoqué, il m'appartenait pleinement et, avec lui, se dessinait le profil de celle qui le porterait.
Aila… quelle part de moi es-tu ? Quelles sont les forces que nous partageons et les fragilités qui nous unissent ? Dis-moi comment tu es née et pourquoi ? Peut-être devrais-je le demander à mes amies dont la clairvoyance est exceptionnelle… Peut-être sauraient-elles mettre des mots sur le lien exceptionnel qui existe entre toi et moi. Laquelle de nous deux est née de l'autre ? Tu es et tu seras pour toujours une lumière dans mon existence, faite pour chasser les ombres de ma vie et me guider dans la nuit. Comme chez toi, résonne en moi une mélodie infinie dont les sonorités s'appuient sur l'arc coloré de la lumière blanche une fois décomposée. Il n'existera de limites que celles que je m'imposerai, alors, comme toi, je veux voler, portée par les Esprits de la Terre ! Comme ton kenda, je relierai le sol et le ciel dans une même vibration, une harmonie jamais imaginée, car je serai ta force et ton pouvoir. Pour aujourd'hui et à jamais, je serai ta magie et tu seras la mienne. À toi…
Écrire… Je veux écrire ! Replonger dans ton univers, te créer un avenir et songer à te préserver de tous les coups du sort qui t'attendent. Ce sera à mon tour de chasser les ombres qui te poursuivent. Je t'inventerai un avenir quand ce dernier semblera s'évanouir, je récréerai ton bonheur et, quand il s'effondrera à nouveau, je serai là pour t'en offrir un autre, celui que tu n'aurais jamais dû perdre. Crois-moi, je te rendrai ce que la vie t'aura pris et j'y mettrai le temps qu'il faudra !
Bon week-end.

5 juinLes jours se suivent et ne se ressemblent pas. La preuve : le soleil est revenu et je veux qu'il reste !
Après Good Morning Crowdfunding dont je fus le 13 mai dernier le projet du jour, le magazine numérique de Sartrouville, me voilà à présent chez IDBOOX. Merci à tous d'offrir un peu de votre temps pour la modeste auteure que je suis.

Article dans IDBOOX - 5 juin 2014
Article dans IDBOOX - 5 juin 2014

125 % sur Ulule ! Trop bien ! Ce n'est pas le moment de flancher !
Bientôt le week-end. Passez une bonne journée.

4 juinMe revoilà ! Encore bien occupée pour changer, mais un peu plus de temps quand même pour faire autre chose que travailler.
Toujours de belles histoires à vous raconter. Ainsi, hier, j'ai rencontré une amie qui m'a accueillie en me disant qu'elle lisait le tome II en ce moment et qu'elle hésitait sur la prononciation du nom de l'héroïne entre Aila et Aïla. Puis, elle ajoutait : « J'ai réfléchi et je me suis dit qu'elle s'appelait Aila en raison des ailes des papillons ou des fées. » J'ai ouvert de grands yeux et je l'ai regardée presque bouche bée. Était-il possible que ce nom qui s'était imposé à moi sans la moindre hésitation eût suivi un chemin aussi évident ? Je n'en sais strictement rien, mais j'ai trouvé cette interprétation magnifique et je voudrais presque me l'approprier pour la garder… Mais non, cette histoire restera à tout jamais celle de Marie et je ne la remercierai jamais assez de l'avoir partagée avec moi !
Me voici dans le magazine numérique de Sartrouville en page 3 avec un peu de publicité pour ma campagne sur Ulule. Merci à la mairie de Sartrouville pour sa gentillesse !

Article magazine virtuel de Sartrouville - juin 2014
Article magazine virtuel de Sartrouville - juin 2014

Oui, oui, je sais que vous allez me dire, c'est écrit "Aïla". Au début, quand les gens prononçaient le nom de mon héroïne ainsi, une petite partie de moi réagissait et je rectifiais. Depuis, j'ai totalement arrêté de le faire. Pourquoi ? Parce que l'héroïne d'un roman n'existe que par ses lecteurs et que l'appropriation est la plus belle récompense que peut offrir n'importe lequel d'entre eux à l'auteur. Alors, Aila ou Aïla, cette jeune fille, puis cette jeune femme n'en perdra pas pour autant ce qui la caractérise : un mélange détonant de force et de fragilité.
Belle journée à tous, même sous la pluie.


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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

La petite troupe s’imposa une halte bienvenue au réfectoire pour se rassasier avant de rejoindre le manège. Sur le point d’arriver, Aila aperçut Bonneau qui partait de l’autre côté du champ de courses et, sautant la barrière, elle se mit à courir, commençant à l’appeler quand elle pensa enfin qu’il l’entendrait. Bonneau arrêta son cheval et elle parvint près de lui, à bout de souffle.
— Je crois que tu as besoin de t’entraîner un peu plus à la course à pied, tu me parais bien essoufflée pour un petit effort…
Aila, qui tentait de reprendre sa respiration, lui jeta un regard de travers.
— Aurais-tu besoin de moi ? Allez, monte ! Je vais avoir pitié de toi, je te ramène à cheval jusqu’au manège.
Elle se hissa derrière Bonneau et ils rebroussèrent chemin pour retrouver le reste de la compagnie.
— Bonn… papa, as-tu des kendas en réserve ?
— Naturellement.
« Aubin avait raison », pensa Aila.
— Il en faudrait six !
— Pas de problème.
Elle venait à peine de reprendre son souffle quand ils rejoignirent les autres.
Rapidement, Bonneau en rapporta dix qu’il planta en ligne dans le sol. Sauf à Orian qui se voulait juste spectateur, il donna un bandeau à chacun à nouer devant les yeux. Ensuite, il les plaça en file indienne sur une ligne perpendiculaire aux bâtons. Il poussa le premier venu, Avelin qui, d’une démarche hésitante, se dirigea vers le kenda le plus à gauche.
Bonneau lui cria :
— Maintenant, vous le touchez et vous ne bougez plus !
Aubin passa en deuxième, puis Tristan, Adam, Hubert et enfin Pardon. Tous se déplacèrent en aveugle vers un kenda différent. À la fin, seuls quatre bâtons solitaires subsistèrent, que Bonneau ramassa et rangea.
— Ôtez votre bandeau et faites connaissance avec votre kenda. Vous vous êtes mutuellement choisis, il est totalement vôtre désormais et seule votre autorisation permettra à un autre combattant de s’en servir. C’est une arme extraordinaire que personne ne pourra retourner contre vous, précisa Bonneau.
Aila fut touchée par cette espèce de tendresse qu’elle perçut dans leurs yeux, alors qu’ils découvraient leur kenda. Chaque caresse de leur main sur lui ressemblait à une marque d’affection et un sentiment de jalousie lui piqua le cœur. Elle n’avait jamais partagé d’émotions avec le sien. Pourquoi ?
Elle lut également dans tous les regards les questions qu’aucun ne posa. Si Bonneau avait voulu être plus précis, il l’aurait fait. Mais elle se promit que, la séance terminée, il lui donnerait les éclaircissements qu’elle attendait.

L’apprentissage commença sous les explications de Bonneau et d’Aila, guidant les premiers pas des nouveaux venus. Ils comprirent comment se déplacer et quelques enchaînements parmi les plus simples. Pardon, un peu plus débrouillé que les autres, travaillait à corriger tous ses petits défauts, sous l’œil intransigeant de ses instructeurs. La leçon se termina par une démonstration, entre Bonneau et Aila, qui laissa le reste du groupe ébahi. Aila développait une virtuosité extraordinaire et mettait en évidence sa vivacité, son agilité à tel point qu’elle paraissait lutter à deux endroits à la fois quand elle ne donnait pas l’impression de voler dans les airs…

Ils demeurèrent silencieux quand les deux combattants vinrent les rejoindre, leur joute achevée.
— C’était magnifique, Aila, exprima Aubin pour tout le monde, et toi aussi Bonneau, s’empressa-t-il d’ajouter.
— Oui, mais moi, je ne ressemble pas à un oiseau, précisa Bonneau avec un sourire.
Orian, le mage royal intervint :
— À présent, écoutez-moi. J’ai une nouvelle information à vous fournir. Afin de renforcer la cohésion de l’équipe, vous quitterez vos lits respectifs pour gagner la salle du conseil où vous cohabiterez à partir de maintenant. Préparez vos affaires en vue de votre prochaine installation. N’oubliez pas que le départ est prévu pour après-demain.
Aubin, Adam, Aila, Pardon et Tristan se regardèrent, franchissant un pas supplémentaire dans la solidarité du groupe. Aila, la seule fille, allait devoir apprendre à vivre au milieu de tous ces hommes et réfléchir sérieusement à la gestion de leurs différences. Elle rendrait visite à dame Mélinda ; cette dernière pourrait sûrement lui prodiguer des conseils avisés.
Ils se séparèrent, mais elle suivit Bonneau.
— Bonn…, papa ! Pourquoi mon kenda n’a-t-il pas réagi de la même façon avec moi ?
— Aila, souviens-toi, C’est toi qui as proposé d’en prendre un pour moi chez mon ami avant de repartir. Comme tu n’as manifesté aucune réaction particulière en le touchant, je n’étais pas tout à fait certain que vous vous étiez appelés. Et puis, dans l’urgence, ce fut lui ou rien.
— Alors, nous ne nous sommes pas choisis ?
— Si, bien sûr ! Sinon tu n’aurais pas pu te battre et vaincre comme tu l’as fait. En fait, tu t’es peu ouverte à lui, juste ce qu’il a fallu.
Elle secoua la tête ; elle avait du mal à tout comprendre.
— Cela t’inquiète ? demanda son père.
— Non, pas vraiment, enfin, je ne sais pas…
— Tu les as enviés parce qu’ils t’ont semblé partager quelque chose de très fort avec leur kenda, c’est cela ?
Elle dut bien l’avouer. Le souvenir de cette tendresse entrevue la tenaillait.
— Tu as tellement peur de te livrer, Aila, tellement peur de souffrir que, même quand tu aimes, tu gardes tes distances. Eux n’ont pas réfléchi. Ils ont abattu leurs barrières naturellement. C’est par sagesse et précaution que je leur bande les yeux, pour qu’ils voient avec leur cœur et non avec leur raison. Tiens, voici un bandeau…
Elle l’interrogea du regard avant que la bande de tissu ne lui ôtât la vue. Il saisit le kenda d’Aila et le plaça au milieu de ceux qui lui restaient. Puis, il l’attrapa par la main et la rapprocha de la réserve avant de lui ordonner :
— Va !
Elle éprouva l’impression que des milliers de fourmis parcouraient tout son corps. Soudain, l’appel de son kenda explosa en Aila. Elle fut tentée de courir vers lui, mais elle se força à marcher sans toutefois hésiter. Elle sentait qu’il la guidait et lui aurait fait éviter tous les obstacles, il voyait pour elle. Sa main monta doucement vers lui et le toucha. L’émotion qu’elle ressentit la coupa de tout son entourage. Elle rayonnait de bonheur, seule avec son kenda qu’elle agrippa avec amour dans ses bras. Ils restèrent ainsi un long moment avant qu’elle ne reprît pied dans le monde réel. D’une dernière caresse, elle lui dit au revoir, ôta son bandeau et rejoignit Bonneau.
— Alors, vous êtes-vous bien choisis ? questionna-t-il.
— Oui et c’était si merveilleux…
Il la prit par les épaules et ils regagnèrent la maison où Aila devait préparer ses affaires.

Elle était en train de finir son sac, reprenant ses esprits doucement quand les questions qu’elle n’avait pas encore posées refirent surface dans sa conscience.
— Bonneau, comment le kenda fait-il pour nous choisir ?
— Aila, c’est une arme très particulière à propos de laquelle nous devons remonter très loin dans notre histoire pour la découvrir. Je ne connais pas tout, tu devrais interroger Hamelin. Je crois me souvenir que différentes sortes de magie coexistèrent à une époque très ancienne ; elles semblent avoir presque toutes disparu, hormis celle des fées qui, grâce à l’alliance qu’elles avaient scellée avec les hommes, résista plus longtemps que ses consœurs. Quelle alchimie unique se développa pour la protéger ? Aucune idée, mais elle prouva son efficacité. Puis vint le jour où elles se séparèrent des êtres humains et, malheureusement, cette alchimie s’évanouit, provoquant leur lente disparition. Ce ne fut probablement pas immédiat et je ne sais pas si elles l’avaient anticipée ou non. Peut-être avaient-elles prévu qu’en restant avec les hommes, même invisibles, elles se préserveraient à jamais. Elles nous ont toujours accompagnés et le kenda représente le dernier cadeau qu’elles nous ont offert en nous quittant.
Aila n’en croyait pas ses oreilles. Bonneau s’y mettait aussi et lui parlait des fées, persuadé de leur existence. Tout ceci bousculait sa vision du monde et ses propres croyances ! Elle le réalisa avec agacement, avant de rire d’elle-même. Il fallait qu’elle retournât voir Hamelin. Petit à petit, s’insinuait en elle la certitude que, qu’elle voulût s’y rallier ou non, les fées devenaient partie intégrante à sa vie…

Aila rejoignit le réfectoire où elle mangerait désormais et retrouva toute la troupe ainsi que le mage et les princes royaux. Hubert prit la parole :
— Aila, nous n’attendions plus que vous. Demain, deuxième cloche, entraînement au kenda. Déjeuner à midi, puis réunion dans la salle du conseil pour finir les préparatifs de notre départ le jour suivant. L’après-midi, vous aurez quartier libre et tous les soirs, extinction des feux à la huitième cloche. Mais à présent, mangeons.
Ils partagèrent ce repas, convivial et animé. Comme souvent, Aila se plaça en observatrice et, malgré l’apparence bon enfant, elle décela rapidement un malaise chez son frère. Elle le rejoignit à la dérobée quand il quitta la table, le repas englouti.
— Aubin, tu veux me parler ?
— Oui, viens !
S’éloignant du château, ils marchèrent longtemps en silence vers des lieux moins fréquentés.
— C’est papa, il va mal. Je ne sais plus si je dois le quitter ou non…
— Sa propre colère l’étouffe, je le suppose. À moins que ce ne soit plutôt la lettre d’Efée qui le mine…
— C’est tout cela, mon départ et avec toi en plus. Il oscille entre le désespoir et l’envie de tout fracasser. Que dois-je faire ?
— Aubin, tu ne peux rien contre ses démons intérieurs. Il lui faudra les surmonter tout seul. Ta présence n’y changera rien. Tu ne feras, en restant, que porter un fardeau qui n’est pas le tien et dont il te prendra à témoin.
— Mais c’est mon père, ai-je le droit de l’abandonner ?
— Ton père a-t-il eu le droit de m’abandonner ? Avait-il le droit de nous séparer ?
Elle s’enflammait :
— Après ce qu’il s’est permis de faire aux autres, quels droits pourrait-il bien revendiquer pour lui-même ?
— Je l’aime, bafouilla Aubin, désemparé.
Elle se calma subitement :
— Je sais, Aubin, mais il a lui-même créé les problèmes qui lui retombent dessus. Les droits priment-ils les devoirs ?
— Je vais réfléchir. Merci, Aila, à bientôt.
Plongé dans ses réflexions, son frère s’éloigna d’elle à pas lents.

Aila retourna chez elle. Bonneau se tenait debout devant l’âtre, réchauffant ses mains. Elle jeta un coup d’œil à son sac qui traînait au pied de son lit, se déshabilla derrière son paravent et se coucha.
— Bonsoir, papa.
— Bonsoir, Aila.
Son père prit la chandelle, grimpa dans sa chambre et l’obscurité déroba la pièce autour d’elle.


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