Les Archives du blog de #fantasy de mars 2014
tome 3 - L'Oracle de Tennesse

La saga d'Aila  fantasy


fantasy préféré

Note : 4.6 / 5 avec 266  critiques littérature

Les archives du blog de fantasy d'Aila de mars 2014

25 marsJe dédie ce blog à ces élèves qui me rappellent qu'enseigner est le plus beau métier du monde, à ceux dont les sourires et l'intérêt éclairent mes heures de cours, à ceux que j'ai regretté de quitter, à ceux que je regretterai de voir disparaître de ma vie… À ces moments de partage où les regards se croisent et où les rires fusent dans une ambiance bon enfant ! Les professeurs n'appartiennent pas au développement durable, leur présence s'estompe aussitôt la dernière heure de cours achevée à chaque fin d'année et c'est ainsi tout le temps, seule persiste la chaleur des souvenirs qui nous auront liés… Pour couronner cette belle journée d'école, voici un article envoyé par l'un d'entre eux que j'ai reçu ce soir et que je partage avec vous, ainsi vous en saurez plus en sciences ! Immense découverte en physique : on a observé les premières secousses du Big Bang.
Je pourrais dire : « Rien de nouveau pour l'écrivaine en ce moment », mais ce serait un pieux mensonge. En somme, rien de très folichon, plus de problèmes que de résolutions et encore plus de questions sans réponse… Demain sera un autre jour ! Courage ! La semaine arrive demain à son apogée avant de redescendre vers le week-end ! Bonne journée.

22 marsHier, c'était le printemps ! Et tous les printemps sont le symbole d'une renaissance, celle de la nature entre autres, quoique, cette année, un simple regard vers la végétation nous renseigne sur le fait qu'il a déjà pointé plusieurs fois le bout de son nez, bien en avance sur le calendrier !
Et ce fut l'occasion d'une nouvelle belle rencontre ! J'ai été contactée par une écrivaine sartrouvilloise d'origine équatorienne pour que nous nous rencontrions. Hier, entre la correction d'un ultime paquet de copies et un conseil de classe, nous nous sommes retrouvées devant la gare avant de descendre vers les quais de Seine et de se laisser bercer par le soleil de la journée sous une brise réchauffée par son rayonnement intense. Les couleurs étaient magnifiques, le paysage paisible, malgré la présence à proximité d'une oie que je lorgnais du coin de l'œil (j'ai conservé une méfiance certaine vis-à-vis de ces bêtes-là ! Ma grand-mère avait un jar aussi hargneux qu'il était blanc !) et, cerise sur le gâteau, de beaux échanges avec la découverte d'un autre parcours, d'une expérience personnelle différente, mais qui reste une approche sensible et humaine. C'est certain, nous nous reverrons !
Enfin le week-end ! J'espère que vous aurez un peu de soleil dans votre vie à défaut d'en avoir dans le ciel.

20 marsIl existe des jours comme ça, où le ciel est aussi gris dehors que dedans et où l'amitié des gens vous rappelle que leur seule présence parvient à rendre la vie moins morose. C'est une des facettes de l'amitié et du plaisir de partager des moments simples, mais chaleureux avec des gens extraordinaires…
Alors, comment repousser les ombres ? Par de petites discussions en salle des profs, juste avant de partir faire ses courses :
« Tu sais, si tu as besoin de moi d'un point de vue marketing, tu n'hésites pas, c'était mon boulot. »
Savez-vous que les hypermarchés sont des lieux de rencontre incroyables ? Je suis devenue amie avec la mère d'une ancienne élève (à la suite d'une rencontre dans ce même hyper d'ailleurs !) et, en général, quand elle se dit que vraiment nous devrions nous voir plus souvent, eh bien, je la croise le jour même ! CQFD, rencontre dans le cadre d'une allée remplie de gâteaux !
« Est-ce que tu te rends compte du chemin que tu as parcouru depuis le jour où tu as édité le tome I ? » me demande-t-elle. Non, je ne m'en rends pas compte… Heureusement qu'il existe des gens comme elle pour me le rappeler ! Je vous souhaite une belle fin de semaine de soleil et de chaleur.

17 marsVous allez penser que je vous ai lâchement abandonnés depuis quelques jours, mais non, pas tout à fait, juste un peu ! La vie continue de s'étirer d'occupation en occupation, me laissant de moins en moins de temps pour rêver et, par conséquent, pour écrire.
Pour une fois, j'ai tout abandonné ce week-end pour découvrir quelques aspects de la Bourgogne, dans la lumière tamisée par les nuages le samedi et sous un soleil radieux le dimanche. Je suis tombée amoureuse de cette région que je connaissais peu, de ses églises massives dont le chœur se fissure parfois lorsque Dieu a déserté le lieu, de ses coteaux hérissés de vignes ou d'arbres fruitiers aux ramures noueuses, de ses villages dont trop de maisons, abandonnées de toute âme, gardent leurs volets clos et se meurent peu à peu, de cette terre ocre et caillouteuse qui colore le paysage de nuances flamboyantes… Je partage avec vous quelques photos :

Basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay
Basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay

Église fortifiée de Chity
Église fortifiée de Chity

Vignes aux alentours de Chity
Vignes aux alentours de Chity

Lavoir de Chablis
Lavoir de Chablis

Mon prochain projet prend forme peu à peu, mais, sincèrement, il génère tellement d'interrogations et, en l'absence de boule de cristal (ou d'une expérience suffisante), des réponses si peu satisfaisantes que je finis par me demander pourquoi j'ai suivi cette idée un peu folle, qui, sur le moment, paraissait tellement attractive… En raison de mon goût pour les expériences nouvelles ? Parce que j'ai cru, comme d'habitude, à la bonne étoile qui éclaire ma vie depuis quelque temps ? Si j'avais imaginé le boulot que cette nouvelle aventure allait faire peser sur mes épaules en plus des responsabilités, je crois que j'aurais appuyé sur « Pause » ! Maintenant que tout est enclenché, il me reste à me laisser entraînée, ballottée par le flot ! Bon, d'accord j'exagère un peu, car, comme d'habitude, elle crée déjà de beaux échanges et c'est ce qui compte le plus pour moi !
Belle semaine à tous.

11 marsEt, allez, hop ! C'est reparti… Je continue à jongler, mais je ne me trouve pas meilleure aujourd'hui qu'hier ! Oh la la… Je travaille pour le lycée, je travaille sur mon projet, je travaille sur mes nouvelles et je passe mon temps à sauter du coq à l'âne ! Cet état d'équilibre incertain finira-t-il par trouver une fin ? Au fait, c'est quand les prochaines vacances (énonce la prof dans toute sa splendeur qui vient de reprendre une semaine plus tôt) ? Bon, mieux vaut en rire qu'en pleurer !
La réflexion sur la fantasy française, en plus écrite par une femme, m'a entraîné vers quelques articles intéressants, dont celui-ci : Les auteurs français de l'imaginaire sont-ils si peu vendables ? Je me suis insurgée contre le fait de choisir un pseudonyme anglo-saxon pour paraître ! Comme si l'habit faisait le moine. J'en comprends parfaitement la raison et les auteurs ont raison de chercher à séduire par ce biais, mais les lecteurs me semblent porter une lourde responsabilité dans ces choix idiots et presque mensongers. Quel dommage de devoir en arriver à de telles extrémités pour avoir une chance de se faire connaître. Ce fait indique à quel point il nous arrive d'être englués dans des stéréotypes sans fondements que, pourtant, nous continuons de véhiculer malgré nous…
Je vous souhaite une belle semaine de soleil et de chaleur.

8 marsQuelle semaine de fou ! J'aurais aimé qu'elle prît fin hier soir, mais ce ne fut pas le cas ! Je surveillais le prépabac de ma première L. Ils sont gentils comme tout, alors, pour les motiver un peu, je leur ai dessiné un palmier au tableau avec une île, la mer, un voilier, quelques oiseaux ainsi le soleil qui régnait dehors et que je devinais derrière la vitre occultée par quelques rideaux (histoire d'éviter la transformation trop rapide de la pièce en four).
Une nouvelle fois, mon esprit joue au grand écart entre toutes les tâches qu'il doit accomplir au point de ne plus savoir s'atteler efficacement à l'une ou à l'autre. Prendre du recul, repousser les idées parasites, se concentrer et laisser les mots venir comme si je n'attendais qu'eux pour exister vraiment… Si seulement c'était aussi simple… Si seulement je parvenais à vider ma tête de ce qui la monopolise au quotidien… Tout oublier pour être capable de rêver les yeux ouverts, l'esprit en éveil et la plume au bout de ses doigts… Si seulement les rêves étaient à portée de doigt…
Je vous souhaite un merveilleux week-end ensoleillé.

4 marsLa bonne nouvelle, cerise sur le gâteau, de la journée de dimanche est que le nombre de livres vendus continue de progresser. Hop, en deux mois (janvier et février), j'ai quasiment doublé mes ventes en numérique ! Et si on rajoute mes ventes papier, le nombre commence à impressionner la modeste auteure que je suis : je frôle le demi-millier… Waouh, quelle aventure !
J'ai beaucoup de mal à trouver un juste équilibre entre le plaisir que je ressens à voir les chiffres augmenter et la crainte qu'ils génèrent en moi sur les effets d'une lumière un peu trop vive sur la personne que je suis (et non sur mon personnage)… Enfin, j'ai encore de la marge avant de rentrer dans la cour des grands ! D'ailleurs, aujourd'hui, je retourne à mon boulot initial, histoire de ne pas prendre la grosse tête trop vite.
Bonne journée.

3 marsJ'avais dit que je vous raconterais… Comment décrire une atmosphère comme celle-là ? Celle du jour où vient d'être créée la communauté d'Aila.
D'abord, je suis parti avec mon voisin, grand fan d'Aila devant l'éternel, puis j'ai croisé une autre voisine, à fond également dans l'histoire, mais, snif, sans son mari, l'initiateur de cet engouement familial, car malade… Pourtant, jusqu'au dernier moment, il avait bien cru pouvoir venir !
Arrivés au parc, nous retrouvons pratiquement tous les figurants, en avance de peur d'être en retard. Cependant, notre réalisateur n'est pas là ! Ce qui me donne le temps de saluer tout le monde (une trentaine de personnes, ça en fait des bisous !) et de faire quelques photos : avec mes voisins, mes anciennes élèves, mes collègues (mathématiques, venues en force, SVT et quelques matières égarées), mes compagnes de Country, quelques amis ainsi que Stefan et Catherine d'UPblisher, tous venus pour Aila et pour moi peut-être aussi.
Nicolas Coiffard mon réalisateur (et acteur en d'autres occasions), arrive et rencontre quelques problèmes avec le micro dont il dispose et que refuse de reconnaître sa caméra. Tant pis, on fera sans !
Allez, après quelques mises en place des figurants et de leur déplacement, je me lance, entame l'énoncé de mon texte et c'est l'horreur ! Comment peut-on tout oublier face à ce petit miroir noir qui vous fixe avec une intensité démoniaque ! Scrogneugneu… Quelques tentatives, certaines meilleures que d'autres, mais, toujours la petite hésitation qui crée l'imperfection. Désolée, je suis comme ça… Personnellement, je serais capable de recommencer cinquante fois pour avoir la prise parfaite. Sauf que, là, le temps n'était pas mauvais, juste un peu frais pour l'auteure qui n'avait qu'un petit gilet sur les épaules (et, heureusement, une écharpe bien chaude autour du cou !) et il était compté pour ceux qui participaient !
Nous avons ensuite rejoint la maison en cortège pour nous réchauffer autour de quelques boissons (chaudes pour certains) et des quelques gâteaux, tartes ou cakes, salés ou sucrés dans une ambiance très agréable. Tout le monde paraissait détendu, heureux d'avoir participé à ce minuscule événement au point de me remercier de les avoir invités alors que c'était moi qui me sentais redevable de leur gentillesse et du temps qu'ils m'avaient consacré. Ils sont tous repartis, ravis, avec une petite attention, dont un certificat de présence à la création de la communauté d'Aila, daté et signé !
En conclusion, une merveilleuse expérience… J'enlèverais juste peut-être le moment où j'étais filmée pour qu'il soit parfait !
Des remerciements infinis à : Alicia B, Annie C, Betty B, Caroline V, Catherine R, Catherine V, Didier B, Dominique A, Emmeline P, Isaura M, Jean-Charles C, Jocelyne T, Émilie A, Mathieu D, Florence D, Florence O, Florence P, Françoise A, Laurie C, Léa C, Nicole A, Pascale C, Raphaël, Sandra P, Ségolène L, Stefan A, Stéphanie C, Taya L, Valérie B et aux deux Nicolas !
Et mille pensées à ceux qui ont participé de loin : Adeline P, Angélique B, Anne-Marie L, Bénédicte M, Cassandre B, Christelle C, Dominique B, Dominique P, Florence L, Gérard A, Line O, Nicole G, Véronique M et je sais que j'en ai oublié !
Belle semaine à tous.

2 marsVoilà, le grand jour est arrivé… Dehors, la lumière du soleil nimbe les dernières brumes matinales et les fleurs déjà écloses, une atmosphère printanière très en avance en ce début mars, un bon présage peut-être…
Beaucoup de boulot en cuisine pour préparer l'accueil de mes figurants après le tournage ! 6 gâteaux sucrés plus tard et bientôt 4 douceurs salées, mon dos proteste légèrement contre ses heures passées debout en cuisine. Je me motive : cette journée va être extraordinaire ! C'est sûr, c'est certain ! Et son souvenir en sera incomparable…
Je vous raconte tout demain. Bon dimanche.

1er marsPetit moment de blues… D'abord, il fait gris dehors. Même si je sais que le soleil est annoncé pour demain, n'empêche, il fait aussi gris dans mon cœur… Pourtant, pas de vraie raison, juste une tristesse sincère parce qu'un couple d'amis, vraiment essentiel pour moi puisque c'est grâce à eux que toute mon histoire a commencé, ne pourra finalement pas venir demain. Ils m'avaient prévenue de cette possibilité et, connaissant leur situation actuelle, je sais que cette absence n'est pas leur choix…
J'ai commencé à bien travailler le texte du script pour que ma diction devienne fluide. Le savoir n'est pas suffisant, il faut également le vivre et ce niveau de performance n'est pas encore complètement atteint. Donc encore du boulot de répétition !
Demain sera un autre jour. Bon week-end.


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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

La petite troupe s’imposa une halte bienvenue au réfectoire pour se rassasier avant de rejoindre le manège. Sur le point d’arriver, Aila aperçut Bonneau qui partait de l’autre côté du champ de courses et, sautant la barrière, elle se mit à courir, commençant à l’appeler quand elle pensa enfin qu’il l’entendrait. Bonneau arrêta son cheval et elle parvint près de lui, à bout de souffle.
— Je crois que tu as besoin de t’entraîner un peu plus à la course à pied, tu me parais bien essoufflée pour un petit effort…
Aila, qui tentait de reprendre sa respiration, lui jeta un regard de travers.
— Aurais-tu besoin de moi ? Allez, monte ! Je vais avoir pitié de toi, je te ramène à cheval jusqu’au manège.
Elle se hissa derrière Bonneau et ils rebroussèrent chemin pour retrouver le reste de la compagnie.
— Bonn… papa, as-tu des kendas en réserve ?
— Naturellement.
« Aubin avait raison », pensa Aila.
— Il en faudrait six !
— Pas de problème.
Elle venait à peine de reprendre son souffle quand ils rejoignirent les autres.
Rapidement, Bonneau en rapporta dix qu’il planta en ligne dans le sol. Sauf à Orian qui se voulait juste spectateur, il donna un bandeau à chacun à nouer devant les yeux. Ensuite, il les plaça en file indienne sur une ligne perpendiculaire aux bâtons. Il poussa le premier venu, Avelin qui, d’une démarche hésitante, se dirigea vers le kenda le plus à gauche.
Bonneau lui cria :
— Maintenant, vous le touchez et vous ne bougez plus !
Aubin passa en deuxième, puis Tristan, Adam, Hubert et enfin Pardon. Tous se déplacèrent en aveugle vers un kenda différent. À la fin, seuls quatre bâtons solitaires subsistèrent, que Bonneau ramassa et rangea.
— Ôtez votre bandeau et faites connaissance avec votre kenda. Vous vous êtes mutuellement choisis, il est totalement vôtre désormais et seule votre autorisation permettra à un autre combattant de s’en servir. C’est une arme extraordinaire que personne ne pourra retourner contre vous, précisa Bonneau.
Aila fut touchée par cette espèce de tendresse qu’elle perçut dans leurs yeux, alors qu’ils découvraient leur kenda. Chaque caresse de leur main sur lui ressemblait à une marque d’affection et un sentiment de jalousie lui piqua le cœur. Elle n’avait jamais partagé d’émotions avec le sien. Pourquoi ?
Elle lut également dans tous les regards les questions qu’aucun ne posa. Si Bonneau avait voulu être plus précis, il l’aurait fait. Mais elle se promit que, la séance terminée, il lui donnerait les éclaircissements qu’elle attendait.

L’apprentissage commença sous les explications de Bonneau et d’Aila, guidant les premiers pas des nouveaux venus. Ils comprirent comment se déplacer et quelques enchaînements parmi les plus simples. Pardon, un peu plus débrouillé que les autres, travaillait à corriger tous ses petits défauts, sous l’œil intransigeant de ses instructeurs. La leçon se termina par une démonstration, entre Bonneau et Aila, qui laissa le reste du groupe ébahi. Aila développait une virtuosité extraordinaire et mettait en évidence sa vivacité, son agilité à tel point qu’elle paraissait lutter à deux endroits à la fois quand elle ne donnait pas l’impression de voler dans les airs…

Ils demeurèrent silencieux quand les deux combattants vinrent les rejoindre, leur joute achevée.
— C’était magnifique, Aila, exprima Aubin pour tout le monde, et toi aussi Bonneau, s’empressa-t-il d’ajouter.
— Oui, mais moi, je ne ressemble pas à un oiseau, précisa Bonneau avec un sourire.
Orian, le mage royal intervint :
— À présent, écoutez-moi. J’ai une nouvelle information à vous fournir. Afin de renforcer la cohésion de l’équipe, vous quitterez vos lits respectifs pour gagner la salle du conseil où vous cohabiterez à partir de maintenant. Préparez vos affaires en vue de votre prochaine installation. N’oubliez pas que le départ est prévu pour après-demain.
Aubin, Adam, Aila, Pardon et Tristan se regardèrent, franchissant un pas supplémentaire dans la solidarité du groupe. Aila, la seule fille, allait devoir apprendre à vivre au milieu de tous ces hommes et réfléchir sérieusement à la gestion de leurs différences. Elle rendrait visite à dame Mélinda ; cette dernière pourrait sûrement lui prodiguer des conseils avisés.
Ils se séparèrent, mais elle suivit Bonneau.
— Bonn…, papa ! Pourquoi mon kenda n’a-t-il pas réagi de la même façon avec moi ?
— Aila, souviens-toi, C’est toi qui as proposé d’en prendre un pour moi chez mon ami avant de repartir. Comme tu n’as manifesté aucune réaction particulière en le touchant, je n’étais pas tout à fait certain que vous vous étiez appelés. Et puis, dans l’urgence, ce fut lui ou rien.
— Alors, nous ne nous sommes pas choisis ?
— Si, bien sûr ! Sinon tu n’aurais pas pu te battre et vaincre comme tu l’as fait. En fait, tu t’es peu ouverte à lui, juste ce qu’il a fallu.
Elle secoua la tête ; elle avait du mal à tout comprendre.
— Cela t’inquiète ? demanda son père.
— Non, pas vraiment, enfin, je ne sais pas…
— Tu les as enviés parce qu’ils t’ont semblé partager quelque chose de très fort avec leur kenda, c’est cela ?
Elle dut bien l’avouer. Le souvenir de cette tendresse entrevue la tenaillait.
— Tu as tellement peur de te livrer, Aila, tellement peur de souffrir que, même quand tu aimes, tu gardes tes distances. Eux n’ont pas réfléchi. Ils ont abattu leurs barrières naturellement. C’est par sagesse et précaution que je leur bande les yeux, pour qu’ils voient avec leur cœur et non avec leur raison. Tiens, voici un bandeau…
Elle l’interrogea du regard avant que la bande de tissu ne lui ôtât la vue. Il saisit le kenda d’Aila et le plaça au milieu de ceux qui lui restaient. Puis, il l’attrapa par la main et la rapprocha de la réserve avant de lui ordonner :
— Va !
Elle éprouva l’impression que des milliers de fourmis parcouraient tout son corps. Soudain, l’appel de son kenda explosa en Aila. Elle fut tentée de courir vers lui, mais elle se força à marcher sans toutefois hésiter. Elle sentait qu’il la guidait et lui aurait fait éviter tous les obstacles, il voyait pour elle. Sa main monta doucement vers lui et le toucha. L’émotion qu’elle ressentit la coupa de tout son entourage. Elle rayonnait de bonheur, seule avec son kenda qu’elle agrippa avec amour dans ses bras. Ils restèrent ainsi un long moment avant qu’elle ne reprît pied dans le monde réel. D’une dernière caresse, elle lui dit au revoir, ôta son bandeau et rejoignit Bonneau.
— Alors, vous êtes-vous bien choisis ? questionna-t-il.
— Oui et c’était si merveilleux…
Il la prit par les épaules et ils regagnèrent la maison où Aila devait préparer ses affaires.

Elle était en train de finir son sac, reprenant ses esprits doucement quand les questions qu’elle n’avait pas encore posées refirent surface dans sa conscience.
— Bonneau, comment le kenda fait-il pour nous choisir ?
— Aila, c’est une arme très particulière à propos de laquelle nous devons remonter très loin dans notre histoire pour la découvrir. Je ne connais pas tout, tu devrais interroger Hamelin. Je crois me souvenir que différentes sortes de magie coexistèrent à une époque très ancienne ; elles semblent avoir presque toutes disparu, hormis celle des fées qui, grâce à l’alliance qu’elles avaient scellée avec les hommes, résista plus longtemps que ses consœurs. Quelle alchimie unique se développa pour la protéger ? Aucune idée, mais elle prouva son efficacité. Puis vint le jour où elles se séparèrent des êtres humains et, malheureusement, cette alchimie s’évanouit, provoquant leur lente disparition. Ce ne fut probablement pas immédiat et je ne sais pas si elles l’avaient anticipée ou non. Peut-être avaient-elles prévu qu’en restant avec les hommes, même invisibles, elles se préserveraient à jamais. Elles nous ont toujours accompagnés et le kenda représente le dernier cadeau qu’elles nous ont offert en nous quittant.
Aila n’en croyait pas ses oreilles. Bonneau s’y mettait aussi et lui parlait des fées, persuadé de leur existence. Tout ceci bousculait sa vision du monde et ses propres croyances ! Elle le réalisa avec agacement, avant de rire d’elle-même. Il fallait qu’elle retournât voir Hamelin. Petit à petit, s’insinuait en elle la certitude que, qu’elle voulût s’y rallier ou non, les fées devenaient partie intégrante à sa vie…

Aila rejoignit le réfectoire où elle mangerait désormais et retrouva toute la troupe ainsi que le mage et les princes royaux. Hubert prit la parole :
— Aila, nous n’attendions plus que vous. Demain, deuxième cloche, entraînement au kenda. Déjeuner à midi, puis réunion dans la salle du conseil pour finir les préparatifs de notre départ le jour suivant. L’après-midi, vous aurez quartier libre et tous les soirs, extinction des feux à la huitième cloche. Mais à présent, mangeons.
Ils partagèrent ce repas, convivial et animé. Comme souvent, Aila se plaça en observatrice et, malgré l’apparence bon enfant, elle décela rapidement un malaise chez son frère. Elle le rejoignit à la dérobée quand il quitta la table, le repas englouti.
— Aubin, tu veux me parler ?
— Oui, viens !
S’éloignant du château, ils marchèrent longtemps en silence vers des lieux moins fréquentés.
— C’est papa, il va mal. Je ne sais plus si je dois le quitter ou non…
— Sa propre colère l’étouffe, je le suppose. À moins que ce ne soit plutôt la lettre d’Efée qui le mine…
— C’est tout cela, mon départ et avec toi en plus. Il oscille entre le désespoir et l’envie de tout fracasser. Que dois-je faire ?
— Aubin, tu ne peux rien contre ses démons intérieurs. Il lui faudra les surmonter tout seul. Ta présence n’y changera rien. Tu ne feras, en restant, que porter un fardeau qui n’est pas le tien et dont il te prendra à témoin.
— Mais c’est mon père, ai-je le droit de l’abandonner ?
— Ton père a-t-il eu le droit de m’abandonner ? Avait-il le droit de nous séparer ?
Elle s’enflammait :
— Après ce qu’il s’est permis de faire aux autres, quels droits pourrait-il bien revendiquer pour lui-même ?
— Je l’aime, bafouilla Aubin, désemparé.
Elle se calma subitement :
— Je sais, Aubin, mais il a lui-même créé les problèmes qui lui retombent dessus. Les droits priment-ils les devoirs ?
— Je vais réfléchir. Merci, Aila, à bientôt.
Plongé dans ses réflexions, son frère s’éloigna d’elle à pas lents.

Aila retourna chez elle. Bonneau se tenait debout devant l’âtre, réchauffant ses mains. Elle jeta un coup d’œil à son sac qui traînait au pied de son lit, se déshabilla derrière son paravent et se coucha.
— Bonsoir, papa.
— Bonsoir, Aila.
Son père prit la chandelle, grimpa dans sa chambre et l’obscurité déroba la pièce autour d’elle.


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