Les Archives du blog de #fantasy de novembre 2013
tome 2 - La Tribu Libre

La saga d'Aila  fantasy


fantasy officiel

Note : 4.5 / 5 avec 210  critiques Catherine Boullery

Les archives du blog de fantasy d'Aila de novembre 2013

26 novembreEh bien, vous me croirez ou non, mais je suis arrivée au 12. Bon, je l'ai simplement commencé, mais, en plus, j'ai relu les chapitres 1 à 4 ! Donc plutôt contente de la tournure que prennent les événements. Je devrais m'en sortir, malgré la profusion des échéances de cette fin d'année. Comme l'ibookstore ferme pour la période de Noël, je dois avoir rendu ma copie suffisamment tôt pour que Catherine Vailla aliant d'UPblisher dispose du temps nécessaire pour une dernière relecture, un regard neuf sur un texte obligatoirement imparfait est indispensable, mais douloureux, car, malgré le travail et la peine, il restera toujours quelque chose qui nous aura échappé. Mieux vaut un bon professionnel que de vailla aliants apprentis…
Une fois finie cette relecture, ce sera couverture ! Heureusement, mon petit mari avait pris de l'avance, même s'il doit recommencer quelques calques faits à la va-vite, elle avait déjà pris forme et nous disposons des autorisations nécessaires pour la pierre choisie. Restera à adapter le site au tome III et ,là, je vais avoir encore du boulot ! Même si cet opus est plus intimiste que les deux premiers, arrivent malgré tout de nouveaux personnages charismatiques dont je ne vous livrerai les secrets que le moment venu…
Bonne semaine.

22 novembreEncore une semaine qui vient de s'écouler. J'ai mis tout mon boulot entre ordre jeudi (enfin presque tout ! Faut pas rêver non plus) et je devrais encore occuper ce week-end à m'abîmer les yeux sur un écran.
J'avance, j'avance, mais je voudrais tellement disposer de plus de temps pour peaufiner les derniers détails, réécrire les passages dont je ne suis pas parfaitement satisfaite et éliminer les très rares, mais ultimes incohérences, si ténues que seul un esprit, très fin connaisseur de l'histoire, pourrait encore les remarquer. Et ces fragiles écueils, je n'en veux pas !
Programme pour les trois jours qui viennent (30 heures de boulot minimum), arriver au chapitre 12 ! Mais je crois que je suis un peu optimiste, étant donné que je suis en train de terminer le 8. Enfin, je vous tiendrai au courant !
Bon week-end.

17 novembreLe mot d'ordre actuel : travailler, travailler et travailler encore ! Sur trois jours, ce sera encore trente heures de boulot minimum, partagées entre mes deux casquettes.
Je ne peux pas dire que relire me pèse vraiment, sauf que dix heures par jour nécessitent beaucoup d'attention et provoquent une grande fatigue visuelle. À choisir, je préférerais avoir un peu plus de temps au lieu de condenser tout ce travail sur deux mois en plus du reste. Enfin, entre les moments où les mots m'échappent (quand « grésillements » se transforme en « dégriments » et que je ne parviens pas à retrouver le terme exact), ceux où la répétition qui disparaît sur une ligne réapparaît sur la suivante, je m'amuse ! De plus, malgré la première relecture, je réécris certains passages dont l'imperfection me saute aux yeux ! Bon, tous ces efforts vont dans le bon sens, mais mon petit côté perfectionniste n'est jamais parfaitement satisfait.
Allez, je repars travailler. Bonne fin de dimanche.

10 novembreQui a parlé d'un week-end tranquille ? Plus de 10 h de boulot hier pour terminer le chapitre 15 et ses actuelles 27 pages… Pfff, tout cela parce que j'ai divisé certains de mes paragraphes (de véritables pavés de plusieurs pages) en quelques autres moins denses. En conclusion : première relecture terminée.
Mais une fois la première terminée, il est temps de passer à la seconde ! C'est un autre travail qui m'attend pour améliorer encore l'écriture et la description des événements en tenant compte des remarques judicieuses (pour certaines) et, parfois, envahissantes (pour d'autres) de mon petit mari et de son brin de folie et d'originalité, si différent du mien…
Donc c'est reparti pour un travail monstre ! Bon dimanche.

8 novembreIl existe des semaines comme ça qui, une fois qu'elles sont terminées, ne donnent aucune envie de revenir en arrière, mais bien au contraire de voguer vers d'autres eaux plus claires, plus belles et nettement plus profondes !
Rien à faire… Mon dernier chapitre s'étire en raison, d'une part, du peu de temps dont j'ai disposé cette semaine et, d'autre part, de sa densité extrême… Rappelez-moi de ne plus jamais faire de chapitres aussi longs (25 pages, format A4, police 12, c'est définitivement trop !) Mais j'ai déjà corrigé les toutes dernières pages et revécu avec plaisir un des derniers nœuds de l'aventure dont l'intensité palpable vous prend aux tripes. Enfin, ce que j'en dis, c'est juste pour vous mettre l'eau à la bouche.
Bon week-end.

4 novembreFin de week-end et début de semaine marathon ! Dites, docteur, est-ce que c'est normal après avoir passé plus de dix heures sur l'ordinateur de voir flotter des lignes devant ses yeux pendant plusieurs minutes ? Je crois que la réponse est oui, mais je crois aussi que je dois rester raisonnable et que tant de temps devant un ordi n'est pas bon pour les yeux !
Copies corrigées, fiches de révision de contrôle faites, suggestions sur le rapport éthique de ma grande rédigées et poursuite de la relecture du dernier chapitre. Mais quelle idée j'ai eu de faire un chapitre de 25 pages en A4 ! Il est magnifique (c'est le dernier…), mais terriblement long !
Bonne semaine.

2 novembre« J'avance, j'avance ! ». Oui, je me doute que ces quelques mots vous rappellent quelque chose, ce sont les mêmes que ceux du 22 octobre dernier ! Me voici parvenue à l'avant-dernier chapitre, 23 pages en format A4… Surtout que le suivant et dernier en comprend 25 pour une moyenne autour de 15… Doubles chapitres, deux fois plus de temps pour corriger ! Je fatigue un peu, mais je maintiens la pression, car, malgré tout cela, je n'approche la fin que de la première relecture. Bientôt le lycée reprend et je vais, une nouvelle fois, me faire dévorer par mon boulot. En conclusion : j'aurai passé ma deuxième semaine de vacances à bosser environ 7 h par jour, rêvant par moment de partir me promener (m'évader) lors des dernières journées ensoleillées…
Les mariages semblent me réussir, car, sur les trois ventes que j'ai réalisées des tomes I et II, ce sont déjà deux retours positifs !
« Sylvie : cette histoire m'a passionnée
J'ai fini les 2 tomes ! Ce que tu racontes m'emporte ailleurs, loin de la réalité, ça fait vraiment du bien. Je voulais savoir également si les tomes 3 et 4 des aventures d'Aila sont déjà sortis.
 »
« Anne-Marie : J'ai avalé les deux premiers tomes et, maintenant, je voudrais connaître la suite…
Il semble que j'ai fait une erreur en achetant tes deux livres parce que je viens de terminer le deuxième et je suis allée directement sur internet pour télécharger le troisième tome : pas encore paru ! Quelle déception… Bon, je vais donc patienter (mais pas trop longtemps ?)
 »
Bon week-end.


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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Le cœur étreint, Aila pénétra dans la maison, tentant, de toutes ses forces, de canaliser les émotions violentes qui déferlaient en elle. Avec Niamie, elles s'installèrent à table devant le repas léger et surprenant que Nestor leur avait concocté. Même Aila se laissa prendre au jeu des dégustations que son ami avait créé en leur honneur tandis que la fillette en redemandait, battant des mains de plaisir. Enchantée par la diversité des saveurs, les pensées de la jeune femme se tournèrent vers sa chère Odénie, curieuse de savoir dans quelle mesure l'excentricité culinaire de cette dernière avait pu influencer les préparations innovantes de Nestor…
— Oh, je vois que notre petite demoiselle se frotte les yeux. Le temps est arrivé de filer au lit. Tout est resté dans l'état, dame Aila.
Aila rebondit sur la remarque de son hôte pour accompagner son amie jusqu'à la chambre en hauteur, puis, immédiatement, jeta un coup d'œil sous son sommier, soulagée d'y apercevoir son arc. Après avoir vérifié la bonne installation de Niamie, elle rejoignit Nestor qui lui proposa :
— Une petite boisson, chaude ou forte ?
— Chaude me conviendra parfaitement. Merci.
Étrangement, elle se demanda ce qui changerait dans sa vie si au lieu de déguster une boisson chaude, pour une fois, elle l'avait prise forte, elle qui ne consommait jamais d'alcool…
— Quelles sont les nouvelles d'Avotour ? s'enquit Nestor qui s'activait près du feu.
— Nos troupes sont en train de remonter vers la frontière wallane.
— Donc la guerre sera bientôt déclenchée ? dit-il en levant ses yeux vers elle.
Aila hocha la tête. Le visage de Nestor afficha une gravité surprenante chez cet indubitable optimiste.
— Je dois être un homme égoïste, mais j'aurais préféré éviter l'inéluctable…
— Je dois également être une femme égoïste, car j'éprouve les mêmes sentiments que vous.
— Égoïste ! C'est bien le dernier mot qui me viendrait à l'esprit à votre propos ! Je suis désolé en pensant à tous ceux que nous apprécions et qui partent là-bas… Mais vous, dame Aila, quels sont vos projets ? Redevenir Topéca ?
— Topéca est morte, Nestor. Elle ne ressuscitera pas.
— Oh moi, je ne suis pas inquiet ! Il reste dame Aila ! C'est la même personne, seul le nom change !
Aila ne put s'empêcher de sourire. Nestor possédait un don certain pour effacer la tristesse des choses et une énergie qui lui réchauffait le cœur.
— Voyez-vous toujours notre charmante dame Odénie ? s'enquit-il, l'air de rien.
— Toujours. À présent, elle assiste à tous les conseils du roi.
— Et elle arrive à y participer sans parler ?
— Parfaitement ! répondit Aila.
Approbateur, Nestor hocha la tête.
— Je lui tire mon chapeau. Honnêtement, je ne l'en aurais pas crue capable ! Comme quoi…
Il émit un petit rire léger avant de reprendre :
— Quand désirez-vous repartir ?
— Demain ou après-demain. Je voudrais que Niamie puisse se reposer avant d'entamer l'ascension vers le pays hagan.
— Vous devrez la surveiller lors de la montée en altitude. Vous souvenez-vous des conséquences du mal des montagnes ?
Aila fouilla dans sa mémoire :
— Vertige, perte d'appétit, fatigue…
— Mais aussi nausée et insomnie. Apprenez-lui à identifier tous ces signes pour qu'elle vous en informe aussitôt. Enfin, vous disposerez d'un peu de temps pour vous habituer, les premiers effets apparaissent en général au-delà de trois mille mètres, quoique, chez un enfant, ils peuvent se manifester moins haut. Je vous donnerai de quoi combattre les symptômes les plus désagréables.
— Merci beaucoup, Nestor. Comme Niamie, je pars me reposer. Je vous souhaite une bonne nuit et vous remercie infiniment pour votre accueil.
— Bonne nuit, dame Aila. Ah ! au fait, je dois partager avec vous une bien triste nouvelle. Vous vous souvenez de cet endroit magnifique avec une cascade, mon petit coin de paradis comme je l'appelais, c'est terrible, il a été complètement dévasté et il n'est même plus possible de s'y baigner…
Aila s'était figée tandis qu'une sueur glacée s'écoulait le long de sa colonne vertébrale.
— Que s'est-il passé ? demanda-t-elle d'une voix atone.
— Aucune idée. Je l'ai retrouvé ainsi un matin et je n'arrive toujours pas à m'en remettre.
Profondément bouleversée, la jeune femme s'approcha de lui et posa sa main sur son épaule.
— Je suis infiniment désolée. Ce lieu était tellement merveilleux…
Elle revit la cascade dans son cocon de végétation, un vrai petit paradis, comme l'avait rappelé Nestor.
— Je m'y rendrai demain pour tenter de comprendre ce qui a pu s'y produire, ajouta-t-elle.
Il opina.
— À demain, Nestor.
— À demain, dame Aila.

Aila sut immédiatement en s'allongeant dans son lit que c'était une erreur d'être revenue dans cette chambre. Elle suffoquait sous l'afflux des souvenirs qui l'assaillaient. L'ombre de la dame aux mille visages apparut dans son esprit, puis elle se revit projetant ses attributs de chamane sur le sol. La bague avait rebondi sur le mur avant d'atterrir aux pieds d'Adrien… Non, c'était trop dur, elle ne pouvait pas dormir ici. L'échelle descendue, elle traversa la cuisine comme une flèche, puis marcha nerveusement sous le ciel étoilé, cherchant à remplir ses poumons d'air frais et à calmer l'agitation qui s'était emparée d'elle. Malheureusement, de nouvelles images comprimèrent son cœur, en particulier, celles de Pardon lors de son combat contre elle. À nouveau, elle ressentit la violence inimaginable qui avait explosé en elle au moment où leurs kendas s'étaient heurtés. Son corps crispé se mit à trembler comme si la douleur qu'elle avait éprouvée à cet instant ne s'était jamais complètement dissipée… Non, elle devait chasser de sa mémoire tous ces éléments du passé qui la fragilisaient. Cependant, ce fut l'inverse qui se produisit. Ils la submergèrent et, un instant plus tard, la tête sur ses genoux, elle pleurait silencieusement.
— Dame Aila ?
— Nestor ! balbutia-t-elle, essuyant ses larmes d'un geste rapide.
— Ça me peine de vous découvrir aussi triste. C'était déjà difficile quand vous étiez revenue du pays hagan. Je pensais qu'en rentrant chez vous votre quotidien redeviendrait plus simple…
— J'aurais aimé…
— Est-ce que je peux vous aider en quoi que ce soit ?
— À part changer ma vie, je ne vois pas…
— Au petit déjeuner, pain et fromage frais ?
— Vous m'avez manqué, Nestor…
— Vous aussi, dame Aila.
— Est-ce que cela vous dérangerait si je déménageais dans la cuisine ?
— Dame Aila ! s'offusqua son hôte, je ne peux quand même pas vous laisser dormir par terre ! Prenez ma chambre !
— Non, merci. Le sol me conviendra très bien. Par contre, pendant que j'y pense, comme je pars à deux, avez-vous récupéré la tente que nous avions emportée ?
— Sire Adrien me l'a rendue. Pas de souci, je vous la préparerai pour demain. Venez, je vais vous donner de quoi vous allonger plus confortablement.
Il lui fournit une couette épaisse sur laquelle elle put s'étendre ainsi qu'une couverture.
— Est-ce que cela ira maintenant ? demanda Nestor avec beaucoup de douceur.
Elle comprit qu'il ne parlait pas juste de l'installation.
— Oui, très bien. Merci pour votre présence et votre gentillesse.
Aila le vit hocher la tête, légèrement dubitatif, puis le regarda regagner sa chambre en silence. Elle ferma les yeux, bien décidée à ne plus laisser le passé l'anéantir autant.

Après un rapide petit déjeuner, avec pain et fromage frais naturellement, Aila se rendit à la cascade, une inquiétude croissante au fond du cœur. C'était en ce lieu qu'elle avait caché les attributs de Marça et de Péral, pensant qu'il constituerait pour ces derniers un écrin inviolable. Peut-être Nestor avait-il noirci le tableau, mais elle en doutait. La destruction de son coin de paradis l'avait sincèrement éprouvé. Alors qu'elle se rapprochait, elle découvrit une multitude d'arbres abattus et déchiquetés. Comme balayés par une violente tempête, ils gisaient en rangs dispersés, brisés ou fichés dans la terre. Le cœur d'Aila se serra et la jeune femme craignit le pire. Le pas lent de Lumière la mena un peu plus loin tandis qu'au désordre initial succédaient des troncs calcinés, dépouillés de leur ramure. D'abord bouleversée, elle devint anéantie quand, enfin, elle atteignit le centre du sanctuaire. Presque incrédule, elle s'attarda longuement à observer le lieu totalement dévasté, dans lequel toute trace de vie avait été annihilée. De la cascade et de l'étang, seul avait survécu le grand promontoire rocheux sur lequel elle avait grimpé quelques mois plus tôt. La rivière, presque tarie, en était réduite à s'écouler sous la forme d'un filet d'eau miteux, presque silencieux. De la beauté de cet endroit, plus rien ne subsistait…
Remplie d'incompréhension, elle descendit de son cheval et s'assit sur une pierre avant de perdre son regard dans le spectacle qui s'offrait à elle. Qui pouvait être à l'origine d'un tel saccage ? La réponse fusa naturellement : des sorciers ! Son cœur se contracta brutalement. Si elle ne remettait pas la main sur les attributs, elle aurait commis une des plus graves erreurs de sa vie en décidant de les cacher ici… Elle devait à tout prix les retrouver. Mais comment et où ? D'abord les bagues ! Soudain fébrile, elle escalada le rocher et chercha à identifier des repères qui la guideraient vers l'endroit d'où elle avait jeté les anneaux. Enfin, pour être honnête, pas tout à fait…. La dame aux mille visages lui avait appris que, pour être protégées, les bagues devaient demeurer sous l'eau, mais Aila ne s'était pas résolue à s'en débarrasser sans le moindre égard dans l'étang… Alors, quand sa main était rentrée en contact avec une petite retenue liquide en hauteur, elle l'avait préférée pour y dissimuler les anneaux, une eau en valant bien une autre. Dans les faits, elle n'avait précipité qu'une poignée de pierres vers le bas, terrifiée à la perspective de rendre ces attributs visibles par ses ennemis en modifiant son plan initial. Le présent lui confirmait qu'elle avait pris la bonne décision, mais, sur le moment, elle en avait tremblé de tous ses membres, effarée de commettre là une erreur irréparable.
Ici, c'était ici ! Au début, son regard ne perçut rien dans la petite cavité encombrée de cailloux qu'elle commença à ôter un par un. Un léger éclat brisa l'uniformité de l'ombre et une lueur d'espoir s'éveilla en Aila. D'un geste délicat, elle récupéra une première bague, celle de Marça, puis la seconde un instant plus tard, le cœur empli de reconnaissance. Elle les embrassa avec ferveur et les rangea immédiatement dans le sac de Guétri avec ses autres attributs. La quête la plus facile venait de se terminer. À présent, la chance devrait lui sourire également pour les amulettes, mais, quand son regard se posa sur le paysage calciné, elle douta de cette éventualité. Elle redescendit et, parvenue au pied de l'ancienne cascade, laissa ses yeux errer à la recherche des repères qui avaient disparu dans ce monde frappé par un cataclysme. Sans succès. Elle se souvenait parfaitement de l'arbre qui lui avait servi de cachette, placé en retrait sur le chemin. Elle repartit du bord de l'étang qui n'existait plus et compta ses pas tout en essayant d'imaginer la forêt dans son aspect initial. Mais elle n'arrivait pas à superposer les images de sa tête à l'actuel paysage défiguré. Décidant de procéder autrement, elle projeta son esprit dans le passé : elle venait dissimuler les amulettes. Physiquement, elle ressentit à nouveau le chagrin infini qui étreignait son cœur, l'impression d'avoir perdu son âme en abandonnant son lien avec la Terre. Les paupières closes, elle se fondit dans Aila qui cherchait un abri et avança dans les pas qu'elle avait suivis à cette époque. Elle s'arrêta et ouvrit les yeux : l'arbre n'était plus là. Seul témoignage de son existence persistait une souche hérissée dont le fût si précieux avait disparu. Au moins, il n'avait pas brûlé… Cependant, dans la forêt dévastée, des troncs arrachés jonchaient le sol, éparpillés sur une surface considérable… Comment parviendrait-elle à localiser le bon ? Et si les amulettes avaient glissé hors de leur cachette ? Et si les sorciers les avaient finalement emportées ? Envahie par une forme de culpabilité diffuse, Aila sentit les événements la dépasser. La femme aux mille visages lui avait pourtant affirmé que les attributs y seraient préservés et la jeune chamane lui avait accordé sa confiance…
Installée sur Lumière, Aila regarda une dernière fois ce lieu de paradis transformé en zone ravagée : un trou desséché à la place de l'étang, un large anneau d'arbres brûlés et la pagaille infinie des autres, brisés, arrachés, disséminés… Comment, dans cet inextricable enchevêtrement de troncs et de ramures, pourrait-elle récupérer ses précieuses amulettes ? Elle n'y parviendrait pas seule…

Apercevant Nestor qui sortait de la maison, prêt à partir, Aila l'appela.
— Nestor, attendez-moi. Je vais avoir besoin de vos conseils.
Assis de chaque côté de la table, Aila lui expliqua son souci de devoir retrouver deux amulettes en bois au milieu du capharnaüm qu'elle venait de quitter.
— Qui a bien pu détruire cet endroit de telle façon ? demanda Nestor, toujours aussi peiné par cette perte.
— Il me paraît fort probable que ce soit l'œuvre d'un sorcier ou d'une sorcière ou bien des deux…
— Mais pourquoi mon jardin extraordinaire ? s'exclama Nestor, effaré.
Aila déglutit avant de répondre :
— Je crains d'être responsable de cette attaque. Je pensais que les attributs chamans que j'y abandonnais seraient bien protégés de leur convoitise. Mais je me suis trompée, je suis sincèrement désolée.
— Croyez-vous qu'ils les aient découverts ?
— J'ai envisagé cette hypothèse. Si c'était le cas, ils n'auraient eu aucune raison de tout saccager autour d'eux comme ils l'ont fait, donc j'imagine que les amulettes s'y trouvent encore, mais, comme ce sont de tout petits objets…
— … elles ne seront pas faciles à retrouver, termina Nestor. Je vous proposerais bien une solution. Ce serait dommage de laisser tout ce bois pourrir sur place. Si nous partons du principe de le récupérer, nous pourrions commencer par élaguer les branches pour éclaircir l'endroit. Ensuite, nous passerons les troncs au peigne fin et s'ils ne contiennent rien, nous les enlèverons pour voir ce qui se dissimule en dessous. Qu'en dites-vous ?
— Cette tâche vous prendra beaucoup de temps, je suppose…
— Oui, probablement deux semaines de travail, voire plus. Je ne pense pas qu'il faille être trop nombreux pour l'effectuer, sinon nous risquerions de louper l'essentiel.
— Je ne peux pas attendre autant. Pourriez-vous vous en occuper en mon absence ? Et les mettre à l'abri si jamais…
— Bien sûr ! Venez avec moi, nous allons constituer le groupe de recherche tout de suite et vous leur montrerez votre amulette. Leurs yeux doivent être capables de l'identifier du premier coup.
Aila acquiesça, puis demanda :
— Niamie, dort-elle toujours ?
— Oui, nous la réveillerons à notre retour. Et si elle descend avant, son petit déjeuner l'attend sur la table !
C'était parfait ! Aila lui sourit.

Nestor connaissait tout le monde sur le camp et sut immédiatement à qui s'adresser pour exécuter scrupuleusement ce travail. Il constitua un groupe de quatre femmes et trois hommes et leur détailla les différentes missions dont il les chargeait. Aila compléta ses propos en leur montrant l'amulette de Guétri.
— Si leur aspect général reste toujours le même, des variations existent comme celles du veinage du bois ou de leur couleur…
Elle se tut, contemplant à nouveau ces attributs. Pourquoi ces objets ébauchaient-ils les lignes d'une fée ? Elle s'était déjà posé la question en Avotour. Effectivement, ils en possédaient la silhouette, les longs cheveux et les yeux en amande, seul trait significatif de leur visage. Qu'est-ce qui, un jour, longtemps auparavant, avait uni ces deux formes de pouvoir ?

Quand Aila et Nestor rentrèrent, ils découvrirent Niamie attablée qui prenait son petit déjeuner avec entrain.
— Comme c'est bon, monsieur Nestor ! lui dit-elle quand il apparut.
— Pour vous, dame Niamie, c'est Nestor tout court.
Aila dissimula un sourire, elle tenait enfin sa vengeance, persuadée que Niamie n'abandonnerait pas aussi facilement le « monsieur »…
— Et j'ai un petit cadeau, poursuivit-il, parce que je suis un homme qui écoute tout et qui agit avec une redoutable efficacité. Il m'a semblé entendre hier soir parler d'un arc et…, il extirpa un objet du bahut, le voici !
La fillette resta stupéfaite. Devant elle se dressait un magnifique arc en bois poli. Tout excitée, elle jeta un coup d'œil vers Aila.
— Tu peux le prendre, lui accorda cette dernière avec gentillesse.
Niamie passa sa main dessus, caressant le bois, dessinant sa forme, puis, enfin, elle le saisit avec vénération. Nestor ajouta :
— Et voici la touche finale, dit-il en lui tendant un carquois avec des flèches.
La petite fille lui glissa un regard rempli d'amour, elle irradiait de bonheur. Elle se leva sans un mot et entoura de ses bras le buste de Nestor qu'elle serra très fort.
— Oh, merci, monsieur Nestor ! C'est magnifique !
Aila sourit. Gagné ! Niamie l'avait appelé « monsieur ». Elle sut immédiatement que ses pensées et celles de Nestor venaient de s'accorder quand elle croisa les yeux de son ami. Elle y décela la nuance fugitive de l'homme à qui cette modeste leçon d'humilité ferait accepter ce titre comme elle l'avait supporté avant lui…
— Maintenant que tu as fini ton petit déjeuner, que dirais-tu d'un petit entraînement pour commencer ta matinée ? lança Aila.
— Oui, tout de suite !
Niamie entreprit de débarrasser la table quand Nestor lui annonça qu'il terminerait pour elle. Elles partirent vers la forêt.
— Pourquoi n'as-tu pas pris ton arc, Aila ?
— Je l'utiliserai la prochaine fois, mais, aujourd'hui, je veux être tout à ton apprentissage.
Aila lui nomma les différentes parties de l'arme et lui expliqua leur fonction avant de lui faire tester la souplesse du bois sous la tension de la corde.
— Au début, tu pourrais croire que tirer se partage entre le corps et la pensée. Le corps, quand l'arc devient le prolongement de ton bras et de ton œil : ton bras pour agir, ton œil pour diriger. La pensée pour que, lorsque tu décides de décocher, elle se fonde dans la flèche, propulsée grâce à ton bras et guidée par ton œil. En fait, comme tu peux le constater, tu vises une cible avec tout ce que tu es, à l'image de l'union de l'être et de la matière. Allez, essaie.
— Et si je rate ? demanda Niamie, ennuyée.
— Tu recommenceras. Échouer est source d'enseignement, il nous apprend l'humilité, il existe toujours quelque chose que nous ne maîtrisons pas totalement, mais aussi l'espérance, car rien ne nous empêche, portée par notre volonté, de progresser chaque jour, même à petits pas…
— Et toi, que dois-tu améliorer, Aila ?
— Ma résistance au malheur.
La réponse avait fusé toute seule et Aila regretta immédiatement de ne pas avoir tenu sa langue. Quand leurs regards se croisèrent, elle détourna les yeux, les joues légèrement empourprées.
— Très bien, j'essaie, reprit Niamie, l'air de rien.
Elle tira et la flèche s'égara dans le champ, bien loin de la cible. Une déception visible s'afficha sur le visage de la jeune fille. Un instant, Aila pensa lui proposer de l'aide en guidant un peu son corps et son esprit pour lui faire sentir ce vers quoi elle devait tendre, mais Niamie la devança.
— Bon, ce n'est pas grave. Je vais y arriver toute seule, j'en suis sûre. As-tu une idée de ce qu'il faut que j'améliore ?
— Ton lâcher, ton bras doit libérer la flèche et non l'empêcher de partir. Décrispe un peu tes doigts sur la corde et assouplis ton geste.
Niamie s'appliqua et le trait se rapprocha de la cible sans pour autant l'atteindre. Mais la détermination qui l'habitait ne la quitta pas pour autant. Si quelques progrès encourageants s'ensuivirent, arriva le moment où, les muscles fatiguant, les flèches commencèrent à s'éparpiller en tout sens. Le temps était venu d'arrêter l'entraînement. Elles rangèrent le matériel et prirent le chemin du retour.
— Quand partons-nous ? questionna Niamie.
— Demain matin. Asseyons-nous, je désire te parler de l'endroit où nous allons.
Elles prirent place sur l'herbe à l'ombre d'un arbre.
— À la différence d'Avotour, le pays hagan, très escarpé, atteint des altitudes plus de dix fois supérieures à celles d'Antan, tu imagines ! Comme nos corps ne sont pas habitués à séjourner dans de tels lieux, ces dernières peuvent provoquer de réels désagréments physiques, c'est le mal des montagnes. Alors si tu te sens essoufflée, si tu souffres de migraine ou de vertige, si tu ressens des nausées, tu dois absolument me prévenir tout de suite. Nestor me fournira des plantes spécifiques pour soulager ces effets.
— Aila, est-ce qu'on va monter si haut que je pourrai toucher le ciel ?
La jeune femme resta interdite. Elle aurait tant adoré y parvenir.
— Aussi haut que je sois montée, je n'ai jamais réussi à l'atteindre…
— Mais, je le verrai de plus près, tu crois ?
— J'ai plutôt l'impression qu'au fur et à mesure que nous nous rapprochons de lui, il s'éloigne pour nous rappeler que nous ne sommes que de petits êtres insignifiants tandis que lui s'étire à l'infini…
— Quel dommage ! tu ne trouves pas ? conclut Niamie en se relevant.

Les deux filles retournèrent déjeuner chez Nestor avant qu'Aila, accompagnée de Niamie, décidât de se promener parmi le peuple hagan. Son après-midi s'écoula à visiter une tente, puis la suivante, se replongeant volontiers dans un passé à la fois proche et lointain. Alors qu'elles revenaient, sa petite compagne lui demanda :
— Est-ce que tu m'apprendras à parler hagan ?
— Bien sûr ! Nous commencerons dès notre départ.
Entrant dans la salle de Nestor, ce dernier les accueillit avec de multiples herbes étalées sur la table.
— Je vous ai préparé de quoi remédier aux principaux symptômes. Enfin, surtout pour Niamie parce que vous, dame Aila, vous y êtes habituée.
— Je vais chercher ma ceinture à onguents.
Aila connaissait la plupart des plantes, mais elle préféra que Nestor lui expliquât comment les utiliser pour la fillette. Elle les rangea soigneusement, suivant une organisation très personnelle.
— Et maintenant, à table, s'écria Nestor.
Niamie et lui prirent place en un temps record alors qu'Aila n'avait pas esquissé le moindre geste. Elle évita le regard de Nestor ; elle savait pertinemment ce qu'elle y lirait. Elle participa de son mieux à l'ambiance bon enfant que Nestor et Niamie rivalisaient à établir, mais, visiblement, le cœur n'y était pas.

Allongée sur son duvet, elle cherchait quelle raison incroyable pourrait l'empêcher de retourner là-bas. La peur lui contractait l’estomac tandis que son pouls s'emballait, impossible à calmer. Elle finit par s'endormir, crispée par cette impression de souffrance qui persistait même dans ses rêves. Sa sensation de malaise avait encore empiré au petit matin, elle se sentait presque malade, le cœur battant de façon saccadée et le ventre noué. Malgré tout, elle s'occupa des paquetages et des chevaux comme si de rien n'était. Vint le moment de remercier Nestor pour son accueil et, pour Aila, celui d'éviter une nouvelle fois le regard préoccupé de son ami.
Alors que le voyage commençait, l'appréhension de la combattante ne cessa de s'accentuer jusqu'au pied des montagnes. Elle s'arrêta, pétrifiée, mais Lumière ne l'entendit pas de cette oreille et avança. Quand le premier sabot de son cheval foula le sol du pays hagan, Aila acquit la certitude que, si elle revenait en terre connue, la Terre, elle, ne la reconnaîtrait pas. Et sa souffrance intérieure explosa…


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